Bochasanwasi Akshar Purushottam Swaminarayan Sanstha

BAPS
Image illustrative de l’article Bochasanwasi Akshar Purushottam Swaminarayan Sanstha
Murti de Shastriji Maharaj au temple BAPS d'Abou Dabi, fondateur du mouvement.

Repères historiques
Fondation 1905
Fondateur(s) Shastriji Maharaj
Lieu de fondation Bochasan, District de Kaira, Présidence de Bombay
Drapeau de l'Empire britanniques des Indes Raj britannique
Siège Ahmedabad, Gujarat
Drapeau de l'Inde Inde
Nom complet Bochasanwasi Akshar Purushottam Swaminarayan Sanstha
Type Swaminarayanisme
Site internet baps.org

Bochasanwasi Akshar Purushottam Swaminarayan Sanstha (BAPS) est une organisation religieuse sectaire se revendiquant de l'hindouisme, fondée en 1905 par Shastriji Maharaj. Son culte est centré autour des figures de Swaminarayan et de Gunatitanand Swami. L'organisation est connue notamment pour la construction de mandir monumentaux un peu partout dans le monde,,

Histoire

Le mouvement BAPS trouve ses origines dans le sampradaya (tradition religieuse) swaminarayan, fondé par Swaminarayan au début du XIXe siècle au Gujarat sous la forme d'une secte. Au début du XXe siècle, Shastriji Maharaj défend une interprétation théologique selon laquelle Swaminarayan est Purushottam, c'est-à-dire l'Être suprême ou Dieu, et Gunatitanand Swami est Akshar ou Aksharabrahman, une réalité éternelle mais distincte de Dieu, dont le jiva, l'individu, cherche à acquérir les qualités par son propre accomplissement spirituel. Gunatitanand Swami, décrit comme le « meilleur des dévots », incarne cette réalité. Cette position le conduit à se séparer du courant de Vadtal en 1905,,.

Le 5 juin 1907, Shastriji Maharaj inaugure à Bochasan, au Gujarat, un temple dans lequel sont consacrées conjointement les représentations (murti) de Swaminarayan et de Gunatitanand Swami. Cet événement est considéré comme la fondation de la Bochasanwasi Akshar Purushottam Swaminarayan Sanstha (BAPS) ou « Institution (Église) swaminarayenne bochasanaise de l'Akshar et du Purushottam ».

Après la mort de Shastriji Maharaj en 1951, la direction spirituelle revient à Yogiji Maharaj, tandis que Pramukh Swami Maharaj, nommé président administratif en 1950, joue un rôle majeur dans le développement de l'organisation. Sous son autorité, BAPS connaît une importante expansion en Inde et à l'étranger et développe un réseau de temples, de centres communautaires et d'activités sociales. Cet essor mondial repose sur la mobilité humaine historiquement élevée des groupes qui constituent ce mouvement, la diaspora gujaratie ayant exporté et implanté ses traditions religieuses partout où elle s'est installée en Inde et à travers le monde.

Le BAPS est une tradition religieuse indienne qui ne fait pas appel aux brahmanes — prêtrise hindoue historique — et qui revendique son ouverture à toute communauté. Sur le plan sociologique, les fidèles et les membres du clergé du BAPS — ainsi que des autres écoles Swaminarayan — sont essentiellement issus de segments spécifiques de la société gujaratie : les castes marchandes dites Bania (les « Banians » des Français) et la communauté des Patidars (Patel), la caste dominante terrienne de la région,,. Ces groupes soutiennent activement le développement de l'organisation avec leurs ressources économiques et leurs réseaux d'affaires (y compris politique). L'Église bochasanaise entretient notamment des relations privilégiées avec la famille Ambani,, une dynastie industrielle parmi les plus puissantes de l'Inde contemporaine.

Après la mort de Pramukh Swami Maharaj en 2016, Mahant Swami Maharaj lui succède comme guru de BAPS.

Temples

Les mandirs occupent une place centrale dans la pratique et le développement du BAPS. Les temples servent à la fois de lieux de culte, de rassemblement communautaire et d'activités religieuses et sociales. Dans la tradition BAPS, les mandirs shikharbaddha, caractérisés par leurs tours et leurs décors sculptés, constituent une forme majeure d'expression de la dévotion,. Le style architectural déployé, puisant toujours dans l'école Maru-Gurjara (dérivée du Nagara) du Rajasthan et du Gujarat médiévaux, rappelle le tropisme culturel de la religion BAPS.

Le premier temple de BAPS est construit à Bochasan et inauguré le 5 juin 1907 par Shastriji Maharaj. Il donne son nom à l'organisation, « Bochasanwasi ». Shastriji Maharaj construit ensuite quatre autres grands mandirs shikharbaddha au Gujarat : à Sarangpur en 1916, à Gondal en 1934, à Atladra en 1945 et à Gadhada en 1951. Ces cinq temples constituent les principaux temples historiques associés à sa période de direction.

Le temple de Gondal est notamment construit autour de l'Akshar Deri, mémorial établi sur le lieu de crémation de Gunatitanand Swami, tandis que Gadhada occupe une place particulière dans la tradition swaminarayenne en raison du séjour prolongé de Swaminarayan dans cette ville. Le temple de Gadhada est inauguré par Yogiji Maharaj en 1951.

Après la période de Shastriji Maharaj, la construction de temples se poursuit sous Yogiji Maharaj puis sous Pramukh Swami Maharaj. À partir de la seconde moitié du XXe siècle, BAPS développe un réseau de mandirs en Inde et dans les communautés issues de l'émigration indienne en Afrique, en Europe, en Amérique du Nord et dans la région Asie-Pacifique. Le mandir de Neasden, à Londres, inauguré en 1995, est notamment présenté comme le premier temple hindou traditionnel construit en Europe.

BAPS a également développé de grands complexes culturels autour du concept d'Akshardham, notamment à Gandhinagar (l'Akshardham de Gandhinagar), New Delhi (l'Akshardham de New Delhi) et Robbinsville aux États-Unis. Ces complexes associent un mandir à des espaces consacrés à la présentation de la culture hindoue, de l'histoire de Swaminarayan et des valeurs défendues par le mouvement.

Controverses

Controverses religieuses

Le mouvement BAPS, et plus largement l'ensemble de la tradition Swaminarayan, fait traditionnellement l'objet d'opprobres de la part des courants historiques de l'hindouisme, notamment en raison de la subordination théologique de toutes les divinités hindoues et, a contrario, de la divinisation de la personne de Swaminarayan. Ainsi, la tradition Swaminarayan tolère l'hommage à certaines d'entre elles en tant qu'esprits inféodés à Swaminarayan, considéré comme le Parabrahman (Purushottam dans le vocabulaire BAPS).

Cette distinction religieuse peut ponctuellement être la source de conflits interconfessionnels entre les écoles Swaminarayan et les tenants de l'hindouisme « classique » (vishnouïtes, krishnaïtes et râmânandis, advaïtins, etc.). Selon les écoles, la divergence théologique peut être mise en avant ou non ; cependant, la plupart (BAPS inclus) incitent à l'adoration exclusive de Swaminarayan et insistent sur celle-ci.

En 2023, les leaders hindous de Limbdi (Gujarat) déclarent, après concertation, un boycott social à l'encontre des Swaminarayan du courant dit Vadtal, suite à la découverte de sculptures murales dépeignant le dieu Hanuman prosterné devant Swaminarayan, au temple de Shree Kashtabhanjan Dev Hanumanji à Sarangpur — un important sanctuaire régional contrôlé par ces derniers. En 2018, un projet de statue monumentale de Hanuman dans ce même temple avait déjà suscité des contestations au sein de la communauté hindoue locale, qui accusait les Swaminarayan de vouloir s'approprier une figure religieuse majeure. La statue, dont le socle comprenait les bas-reliefs à l'origine de la controverse, est toutefois inaugurée en 2023 par le ministre de l'Intérieur indien Amit Shah.

En 2025, les vishnouïtes et krishnaïtes s'insurgent contre les propos d'un maître religieux Swaminarayan enseignant à Surate, incitant son auditoire et la population à abjurer le culte et le sanctuaire de Krishna à Dvârkâ — haut lieu de l'hindouisme — et soulignant que Dieu ne peut se trouver qu'à Vadtal. Une polémique similaire avait émergé en 2022, à la suite de la diffusion d'un satsang (prêche communautaire) conduit à Boston par un moine Swaminarayan d'une autre école, donnant un discours sur le dieu Shiva et son culte, jugé offensant par le Brahmo Samaj et les shivaïtes.

Nationalisme hindutva et controverses en France

BAPS est régulièrement associée à des milieux proches du nationalisme hindou (Hindutva). L'organisation entretient notamment des relations avec Narendra Modi et certains représentants du Bharatiya Janata Party, au pouvoir en Inde. BAPS affirme pour sa part être une organisation religieuse et apolitique,,.

En France, ces liens ont notamment suscité des interrogations lors de la construction puis de l'inauguration du temple BAPS de Bussy-Saint-Georges, en Seine-et-Marne. Le temple est implanté au sein de l'Esplanade des Religions et des Cultures, qui rassemble plusieurs lieux de culte et de spiritualité. Son inauguration a fait l'objet d'articles de presse mettant notamment en avant les liens de BAPS avec le nationalisme hindou et avec des personnalités politiques indiennes,.

En septembre 2026, Mediapart publie une enquête consacrée aux relations entre BAPS, le gouvernement de Narendra Modi et les autorités françaises dans le contexte de l'implantation du mouvement à Bussy-Saint-Georges. L'article rapporte notamment les critiques de représentants syndicaux concernant les conditions dans lesquelles certains travaux auraient été réalisés. La CGT y exprime des soupçons de possibles manquements au Code du travail, notamment concernant les conditions d'emploi et de travail. Ces éléments sont présentés comme des allégations et des interrogations syndicales et ne constituent pas, en l'état, la constatation judiciaire de violations du droit du travail.

L'organisation est réputée particulièrement conservatrice, notamment concernant les femmes. Le , lors d'une visite organisée de la Tour Eiffel, les femmes salariées reçoivent pour consigne de s'invisibiliser durant la durée de la visite de l'organisation. Suite à l'incident, la société d'exploitation de la Tour Eiffel (SETE) confirme avoir accepté de limiter les interactions avec les femmes et reconnaît avoir commis une erreur. L'événement provoque une vague d'indignation qui culmine avec une grève du personnel le , menant à la fermeture temporaire de l'édifice. Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, annonce l'ouverture d'une enquête. Selon l'analyse de la journaliste Carole Dieterich du journal Le Monde, « le BAPS est en réalité le fer de lance du soft power de l’hindouisme politique ».

Travail forcé et accusations d'exploitation

Aux États-Unis, BAPS a fait l'objet d'une enquête fédérale à la suite d'accusations concernant les conditions de travail d'ouvriers ayant participé à la construction du Swaminarayan Akshardham de Robbinsville, dans le New Jersey. En mai 2021, des travailleurs ont engagé une procédure judiciaire, affirmant avoir été recrutés en Inde puis employés dans des conditions relevant du travail forcé et de la traite des êtres humains. Les plaintes faisaient notamment état de longues journées de travail, de faibles rémunérations, de restrictions dans les déplacements et de confiscation de documents personnels.

À la suite de ces accusations, des agents fédéraux, dont des représentants du FBI, sont intervenus sur le site du temple en 2021. Les plaignants affirmaient que plus de 200 travailleurs, principalement issus de communautés dalits du Rajasthan, avaient été amenés aux États-Unis sous le statut de travailleurs religieux et employés dans des conditions abusives. BAPS a contesté ces accusations et soutenu que les intéressés participaient volontairement au seva, c'est-à-dire au service religieux.

L'enquête fédérale a duré plusieurs années. En septembre 2025, le département de la justice a clos son enquête pénale concernant le temple de Robbinsville sans engager de poursuites. Cette décision n'a toutefois pas mis fin à la procédure civile engagée par les travailleurs, celle-ci pouvant se poursuivre devant les juridictions fédérales américaines.

Allégations d'abus sexuels

En 2013, BAPS est confrontée à une controverse à la suite d'accusations d'abus sexuels formulés à l'encontre de deux anciens sadhus de l'organisation. Le 23 octobre 2013, un initié du BAPS depuis l'âge de 14 ans dépose une plainte manuscrite de 17 pages auprès de la police d'Ahmedabad. Il y accuse notamment Pramukh Swami Maharaj et plusieurs autres sadhus de l'avoir agressé sexuellement, en mentionnant différents lieux et périodes, notamment Sarangpur.

La plainte est transmise à la police rurale d'Ahmedabad. Les sources disponibles ne font toutefois pas état d'une enquête ayant donné lieu à des poursuites ou à une condamnation. BAPS rejette les accusations, les qualifiant de fausses et infondées, et défend la conduite de Pramukh Swami Maharaj en mettant notamment en avant son vœu de célibat,.

Références

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Liens externes