La babouk (Heteropoda venatoria) est une grande araignée aranéomorphe rattachée aux Sparassidae, famille des araignées dites « chasseresses ». Originaire d'Asie tropicale, elle a été disséminée par le commerce maritime dans la quasi-totalité de la ceinture intertropicale, si bien qu'elle est aujourd'hui l'une des araignées les plus largement réparties au monde,. C'est l'espèce type du genre Heteropoda.
De grande taille (corps de 2,2 à 2,8 cm, envergure pouvant atteindre 12 cm pattes étendues), aplatie et extrêmement rapide, elle ne tisse pas de toile et chasse à vue et au contact, de nuit, des proies souvent volumineuses comme les blattes,. Très synanthrope, elle fréquente volontiers les habitations, où elle est appréciée dans de nombreuses régions tropicales pour la régulation des insectes domestiques,. Son venin, inoffensif pour l'humain en dehors d'une douleur locale brève, contient des peptides étudiés en pharmacologie pour leur action sélective sur certains canaux potassiques et sodiques,. Elle est enfin connue des arachnologues pour une particularité rare : lors de la parade, le mâle émet un bourdonnement audible à l'oreille humaine, produit par la vibration de ses pattes.
Elle est régulièrement confondue avec les Phoneutria, véritables « araignées-bananes » d'Amérique du Sud dont le venin est dangereux, ce qui alimente une part importante des fausses alertes lors de sa découverte dans des cargaisons de bananes en Europe,.
Le mot babouk vient du créole réunionnais, dans lequel il s'emploie au masculin (« le babouk »). Le français régional de l'île connaît aussi les graphies babouc et babouque. L'aranéologue Christine Rollard l'orthographie « Babouck ».
En français, on la rencontre aussi sous les noms d'« araignée-crabe géante », d'« araignée chasseresse » et d'« araignée des régimes de bananes ». Selon Emmanuel Delfosse, ces appellations renvoient respectivement à sa posture aux pattes étalées sur les côtés, qui rappelle celle des Thomisidae (les vraies araignées-crabes), à son mode de chasse active et à sa présence fréquente dans les bananes importées. Aux Antilles comme au Québec, on l'appelle parfois « araignée-banane » ou « araignée des bananes », une appellation peu fiable puisqu'elle s'applique aussi à plusieurs autres espèces sans lien de parenté.
En anglais, elle est notamment appelée giant crab spider, pantropical huntsman spider ou banana spider. Au Japon, où elle est installée dans les maisons des régions chaudes, elle porte le nom d'ashidaka-gumo (アシダカグモ, littéralement « araignée aux hautes pattes »).
L'épithète spécifique venatoria dérive du latin venatorius, « relatif à la chasse », de venator, « chasseur », en référence à son mode de capture des proies sans toile. Le nom de genre Heteropoda est formé sur le grec ancien heteros (« différent ») et pous, podos (« pied »).
Les adultes mesurent en général de 22 à 28 mm de longueur de corps, pour une envergure de 7 à 12 cm pattes étendues. Les mesures publiées varient selon les populations et les conditions d'élevage : la base araneae indique 21 mm pour le mâle et de 17 à 34 mm pour la femelle ; selon le Natural History Museum de Londres, la longueur maximale atteint 30 mm pour une femelle contre 22 mm pour un mâle. Les mâles adultes élevés par Jerome S. Rovner à partir d'individus de Floride mesuraient 17 mm.
Le corps est brun, nettement aplati dorso-ventralement et presque dépourvu de motif sur la face dorsale. Cet aplatissement permet à l'araignée de se glisser dans des fissures étonnamment étroites, ce qui explique en partie sa présence fréquente derrière les meubles, les cadres ou sous les planches.
Dans les deux sexes, le clypeus (zone située en avant des yeux) est jaune à crème et une large bande marginale entoure le reste de la carapace, fauve chez la femelle et crème chez le mâle. Le mâle présente en outre une bande longitudinale sombre sur l'abdomen et une zone pâle bordée de clair en arrière des yeux. Les pattes portent des points noirs bien visibles, de chacun desquels part une grande soie érectile (macrosoie) ; en dehors de ces soies, l'araignée est peu velue.
Les deux rangées d'yeux sont recurvées ; les yeux médians antérieurs sont plus petits que les latéraux antérieurs, et les latéraux postérieurs reposent sur de légères éminences. Les pattes sont latérigrades, c'est-à-dire orientées vers les côtés comme chez les crabes, la deuxième paire étant nettement la plus longue (formule des pattes II-I-IV-III). Les extrémités des pattes portent des touffes de soies adhésives bien développées, qui lui permettent de courir sur des surfaces verticales lisses, y compris le verre.
La femelle est plus massive que le mâle, la différence portant surtout sur le volume de l'opisthosome. Le mâle possède en revanche des pattes plus longues et des pédipalpes allongés dont l'article terminal, renflé, porte l'appareil copulateur.
En Floride, Heteropoda venatoria se distingue des autres grandes araignées errantes par son corps brun aplati et les points noirs à la base des macrosoies des pattes. Aux États-Unis, elle est parfois confondue avec une grande recluse brune (Loxosceles reclusa), espèce venimeuse d'une tout autre famille (Sicariidae), avec laquelle elle n'a aucune parenté.
En Europe, le risque principal de confusion concerne les araignées du genre Phoneutria (Ctenidae), qui voyagent elles aussi dans les régimes de bananes et dont certaines espèces, comme Phoneutria nigriventer, sont responsables d'envenimations sérieuses en Amérique du Sud. L'épisode de Sallanches (2015), détaillé plus bas, en est une illustration.
On la trouve aussi bien à l'intérieur des constructions que dans les bananeraies, en forêt secondaire ou dans les zones rocailleuses. Bien qu'étroitement associée à l'humain, elle n'est pas strictement dépendante des constructions là où le climat le permet : dans le sud de la Floride, où le gel est rare, elle s'est établie à l'état « sauvage » et est commune dans les vergers d'avocatiers de la région de Homestead. C'est d'ailleurs dans ces vergers qu'ont été prélevés les individus ayant servi aux études de référence sur son cycle de vie et sa communication,. La nuit, les individus y reposent sur les feuilles mortes au pied des arbres ou sur le feuillage des branches basses.
Sensible au froid, l'espèce ne peut pas survivre en extérieur dans les régions où les hivers sont gélifs ; elle s'y maintient seulement dans les serres et les bâtiments chauffés. En Europe centrale, elle n'est connue que dans des maisons chauffées et des entrepôts, et n'est pas capable d'y survivre dans la nature.
Active la nuit, elle ne tend aucun piège de soie : elle capture ses proies à la course. Comme les autres araignées errantes, elle repose sur sa grande vitesse de course et la puissance de ses chélicères pour capturer ses proies, auxquelles elle injecte un venin produit par des glandes qui s'étendent des chélicères jusque dans le céphalothorax. Ses yeux réfléchissent la lumière : la nuit, à la lampe frontale, ils apparaissent comme des points bleus sur les troncs et au sol, à la manière de ceux des araignées-loups, ce qui facilite sa recherche par les naturalistes.
Rovner signale par ailleurs, sur la base d'observations non publiées, qu'elle est capable de détecter et de capturer des insectes volant à proximité.
Elle se nourrit principalement de blattes et d'autres insectes domestiques, ce qui lui vaut d'être appréciée dans les pays tropicaux. Son régime est toutefois opportuniste : des captures de scorpions et de chauves-souris ont été rapportées en Inde par G. C. Bhattacharya en 1941, même si Ross et al. doutent qu'il s'agisse de proies habituelles. Au Japon, elle figure parmi les araignées domestiques étudiées comme ennemies naturelles de la mouche domestique. En élevage, les jeunes acceptent des drosophiles, puis des larves de ténébrion meunier, des mouches et des grillons.
Comme de nombreuses grandes araignées, elle est la proie de guêpes chasseuses de la famille des Pompilidae : en juillet 2018, en République dominicaine, une femelle de Tachypompilus ferrugineus bicolor a été photographiée traînant un jeune Heteropoda venatoria paralysé jusqu'à une cavité dans un poteau.
En 2016, l'émergence d'un ver mermithidé long de 29 cm à partir d'un individu de 1,7 cm, observée dans la réserve de tigres de Buxa au Bengale-Occidental, a constitué le premier signalement connu d'un mermithidé parasitant une araignée de la famille des Sparassidae ; l'hôte est mort moins d'une heure après la sortie du parasite.
La parade du mâle a été décrite en détail par Jerome S. Rovner en 1980, à partir de mâles stimulés par les phéromones laissées par une femelle dans une cage. Le mâle alterne des phases d'exploration et des phases d'immobilité, pattes largement écartées et solidement ancrées au support, le corps partiellement soulevé. Dans cette posture, il émet des salves de vibrations qui produisent un bourdonnement grave, audible à l'oreille nue jusqu'à au moins 30 cm, même lorsque l'araignée se trouve sur du verre.
Le signal principal dure de 2,5 à 4 secondes. Il commence par plusieurs trains d'ondes brefs d'amplitude croissante (3,8 en moyenne), suivis d'un train « majeur » en deux parties, puis de trains finaux qui contiennent les fréquences les plus hautes. La hauteur du son augmente ainsi au cours de chaque signal, ce qui est perceptible à l'oreille. Les fréquences moyennes mesurées sont les suivantes :
| Phase du signal | Fréquence moyenne (Hz) | Écart-type | Effectif |
|---|---|---|---|
| Trains initiaux (« pré-majeurs ») | 87,5 | 24,8 | 40 |
| Train majeur A | 93,7 | 5,2 | 15 |
| Train majeur B | 108,3 | 6,5 | 15 |
| Trains finaux (« post-majeurs ») | 145,7 | 19,5 | 30 |
Les harmoniques ne dépassent pas environ 800 Hz. Après chaque signal principal vient une phase relativement silencieuse d'environ 37 secondes en moyenne, suivie d'une série de trains de très faible amplitude pendant environ 29 secondes, avant un nouveau signal principal.
Contrairement à une idée répandue, le son n'est pas produit par l'abdomen. Le filmage à 250 images par seconde montre des oscillations verticales des pattes postérieures et de l'abdomen à environ 63, 83 et 125 Hz, la fréquence la plus élevée étant atteinte par la quatrième paire de pattes. Un mâle dont les pédipalpes avaient été immobilisés et l'abdomen fixé au céphalothorax par de la paraffine a continué à produire le son, de même qu'un mâle privé de sa première paire de pattes. Rovner en conclut que ce sont les pattes, surtout la quatrième paire, qui génèrent la fréquence fondamentale, les vibrations de l'abdomen n'étant qu'un mouvement passif induit.
Ce mécanisme constituait alors une « troisième méthode » de production sonore chez les araignées, après la stridulation et la percussion. Il est analogue au bourdonnement de vol des insectes, dont la fréquence est directement fixée par la vitesse d'oscillation des appendices ; les fréquences de la babouk se situent d'ailleurs dans la gamme du vol de certains coléoptères (75 à 100 Hz) et recoupent celles des bourdons ou de la mouche domestique (150 à 200 Hz). L'adhérence des touffes de soies des tarses est essentielle : elle couple l'araignée au support, qui transmet le signal et sert de caisse de résonance. Rovner suppose que la femelle perçoit le signal à la fois par les vibrations du support, par les organes sensoriels en fente de ses tarses et par ses trichobothries.
En laboratoire, le mâle tisse une toile spermatique environ deux heures avant l'accouplement, puis se nettoie les pédipalpes pendant 5 à 25 secondes. Après être monté sur la femelle, il frotte sa première paire de pattes sur l'abdomen de celle-ci. La copulation se déroule par séquences de une à six heures réparties sur 24 heures, les pédipalpes étant insérés alternativement pendant 20,4 secondes en moyenne (n = 70). Les mâles sont souvent dévorés par la femelle après l'accouplement, ce qui pourrait expliquer l'excès de femelles observé sur le terrain.
Environ 12 à 14 jours après l'accouplement, la femelle confectionne un cocon circulaire, aplati, blanc crème, de 1,27 à 2,54 cm de diamètre et de 3,2 à 6,4 mm d'épaisseur. Elle tisse d'abord un plancher de soie sous une surface plane, comme une feuille, y dépose ses œufs d'environ 1,5 mm de diamètre, les recouvre d'une seconde couche, scelle les bords puis détache l'ensemble. Elle porte ensuite ce cocon sous son corps, maintenu par ses pédipalpes, pendant toute l'incubation, et ne se nourrit généralement pas pendant cette période,.
Le nombre d'œufs est très variable :
Une femelle produit en moyenne 2,16 cocons fertiles, au maximum cinq. Les cocons infertiles, qui représentaient 54 % des cocons produits en élevage, sont parfois abandonnés ou mangés. Sur le terrain, en août 1981 à Homestead, 18,3 % des femelles adultes collectées portaient un cocon ; l'été semble être la principale saison de ponte, bien que tous les stades soient présents toute l'année,.
À 26,7 °C, le stade œuf dure de 8 à 14 jours. L'éclosion, qui prend environ quatre heures, est facilitée par une paire de « dents d'éclosion » brunâtres portées par les pédipalpes de l'embryon. Suivent deux stades post-embryonnaires immobiles (le premier de 1 à 6 jours, le second de 9 à 10 jours), pendant lesquels apparaissent les pigments oculaires puis les motifs de la carapace. La première mue a lieu dans le cocon, et les jeunes y restent encore environ une semaine avant d'en sortir. Dans un cas documenté, 277 jeunes sont sortis d'un cocon 32 jours après sa confection.
| Paramètre | Mâles | Femelles |
|---|---|---|
| Nombre de stades jusqu'à l'adulte | 8 à 10 (moy. 8,7 ; n = 3) | 9 à 12 (moy. 10,6 ; n = 13) |
| Durée jusqu'à la maturité | 241,7 jours en moyenne | 315,6 jours en moyenne |
| Durée de vie totale (de l'œuf à la mort) | 355 à 586 jours (moy. 464,5 ; n = 4) | 298 à 710 jours (moy. 580,3 ; n = 16) |
Il faut donc environ un an pour qu'un œuf donne un adulte. Le taux de survie du premier stade jusqu'à l'adulte atteignait environ 85 % en laboratoire. La largeur de la carapace augmente de façon presque linéaire d'un stade à l'autre, ce qui conforte l'hypothèse selon laquelle les grandes araignées atteignent leur taille en multipliant les mues plutôt qu'en accélérant leur croissance entre deux mues. Rovner a par ailleurs observé que certaines femelles peuvent survivre trois ans à l'état adulte en captivité.
Le rapport femelles/mâles était de 2,4 pour 1 chez les individus élevés et de 3,4 pour 1 (71 femelles pour 21 mâles) chez les adultes collectés à Homestead en août 1981. Ross et al. attribuent ce déséquilibre au cannibalisme sexuel.
En 1997, Michael C. Sanguinetti et ses collègues ont isolé du venin trois peptides baptisés hétéropodatoxines (HpTx1, HpTx2 et HpTx3), longs de 29 à 32 acides aminés et apparentés aux hanatoxines d'une mygale du Chili. Les araignées utilisées provenaient de Malaisie. Ces toxines allongent la durée du potentiel d'action des cellules du ventricule cardiaque de rat et bloquent, de manière dépendante du voltage, le canal potassique Kv4.2, mais pas le canal Kv1.4. La structure tridimensionnelle de HpTx2 a été résolue en 2000. Grâce à leur sélectivité pour les canaux de la famille Kv4, les hétéropodatoxines servent d'outils pour étudier ces canaux dans le cœur et le système nerveux.
En 2018, une équipe chinoise a décrit une toxine insecticide, la μ-sparatoxine-Hv2, composée de 37 acides aminés dont six cystéines conservées. Injectée à des blattes, elle est létale avec une DL50 de 2,8 nmol/g de masse corporelle ; elle bloque les canaux sodiques de leurs neurones avec une CI50 d'environ 834 nM. Elle n'a en revanche aucun effet notable sur les canaux sodiques, potassiques et calciques des neurones sensoriels de rat, ni sur les sous-types de canaux sodiques humains testés (NaV1.3 à 1.5, 1.7 et 1.8), ce qui en fait une piste pour le développement de bio-insecticides.
Pour l'humain, la babouk ne présente pas de danger, mais une morsure reste possible et elle est douloureuse. Elle mord surtout lorsqu'on tente de l'attraper ou de la chasser à mains nues, ou lorsqu'elle se retrouve accidentellement coincée, par exemple dans une chaussure. La douleur est décrite comme immédiate et passagère, disparaissant en quelques minutes ; un gonflement local est parfois noté. Face à un humain, elle a tendance à fuir plutôt qu'à se défendre.
Son berceau est l'Asie tropicale ; sa présence actuelle sur l'ensemble de la zone intertropicale résulte d'introductions. La révision de Jäger (2014) recense des données pour le sous-continent indien et l'Himalaya (Inde, Sri Lanka, Bangladesh, Népal, Bhoutan), pour la péninsule indochinoise (Birmanie, Thaïlande, Cambodge, Viêt Nam), pour l'Asie du Sud-Est insulaire et la Mélanésie (Malaisie, Singapour, Indonésie, Philippines, Papouasie-Nouvelle-Guinée) et pour l'Asie orientale (Chine, Taïwan, Japon).
Selon le World Spider Catalog, elle a été introduite dans les îles du Pacifique, en Amérique du Nord, centrale et du Sud, en Macaronésie, en Europe et en Afrique. Sa dispersion intrigue les naturalistes depuis longtemps : dès 1878, l'Américain Henry Christopher McCook consacrait une note à sa possible dispersion par les alizés, mais c'est surtout le transport de marchandises, notamment de bananes, qui est aujourd'hui invoqué,.
Dans la France d'outre-mer, l'espèce est présente aussi bien dans l'océan Indien (La Réunion, Mayotte) que dans la zone Antilles-Guyane (Guadeloupe, Martinique, Guyane) et dans le Pacifique (Nouvelle-Calédonie, Polynésie française). Sa présence à La Réunion est ancienne : Auguste Vinson la décrit et l'illustre dès 1863, sous le nom d'Olios leucosius, dans ses Aranéides des îles de La Réunion, Maurice et Madagascar,. En Polynésie, elle est notamment signalée sur l'île de Rapa, dans les îles Australes. La thèse de Juliane Casquet sur la formation des communautés d'araignées insulaires d'Hawaï et de l'océan Indien la mentionne sous son nom de babouk.
Aux États-Unis, elle est établie dans les zones subtropicales de Floride, du Texas et de Californie, ainsi que sur les côtes de Géorgie et de Caroline du Sud. Elle a aussi été signalée au Chili, aux îles Galápagos, au Mexique (Sinaloa), à Porto Rico et sur l'île brésilienne de Trindade.
En Europe, l'espèce est surtout connue par des individus importés, et n'est pas capable de s'y établir en extérieur. Des signalements ont été publiés en Belgique, à Chypre, en Tchéquie, en Finlande, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Pologne, en Suisse et au Royaume-Uni, ainsi qu'au Maroc,,. Une ancienne synonymie témoigne aussi de sa présence en Macaronésie : Helicopis maderiana, décrite de Madère par Thorell en 1875, est aujourd'hui considérée comme la même espèce.
Les cargaisons de fruits et autres marchandises la font régulièrement voyager hors des tropiques ; au Royaume-Uni, une personne a ainsi été mordue par un individu importé. En France, plusieurs de ces passagères clandestines ont attiré l'attention des médias :
Linné est l'auteur de la première description, publiée en 1767 sous le nom d'Aranea venatoria (protonyme). Le spécimen type, qui aurait été déposé au Natural History Museum de Londres, n'a pas été retrouvé. En 2026, Peter Jäger, Liphone Nophaseud et Majid Moradmand ont établi que le matériel type décrit par Linné était une femelle.
En 1804, Latreille crée pour elle le genre Heteropoda, dont elle reste l'espèce de référence (espèce type). Pendant une partie du XXe siècle, certains auteurs l'ont rangée dans une famille des Heteropodidae, en raison d'un doute sur la validité du nom Sparassidae ; le nom Sparassidae a été stabilisé par Peter Jäger en 1999,. C'est pourquoi les publications des années 1980, comme celles de Ross et al., la classent encore parmi les Heteropodidae.
En raison de sa vaste répartition, la babouk a été décrite à de nombreuses reprises sous des noms différents, d'Asie, d'Afrique, des Amériques et des îles. Une grande partie de ces noms a été mise en synonymie par Peter Jäger en 2002 puis en 2014,. La révision de 2014 a notamment rattaché à H. venatoria des espèces décrites des îles Andaman et Nicobar (H. andamanensis et H. nicobarensis Tikader, 1977), de l'archipel Tokara (H. tokarensis Yaginuma, 1961) et de Hainan (H. hainanensis Li, 1991), ainsi que les sous-espèces asiatiques décrites par Embrik Strand en 1907. Les types de ces dernières, conservés au musée de Stuttgart, ont été détruits en 1944. À l'inverse, Heteropoda squamacea Wang, 1990, parfois rapprochée de la babouk, est une espèce distincte.
Le World Spider Catalog rattache aujourd'hui à H. venatoria les noms suivants, publiés entre 1767 et 2000 :
Dans sa version 20.5 (octobre 2019), le World Spider Catalog distinguait trois sous-espèces :
Le nom Heteropoda venatoria pseudomarginata, d'application incertaine, est traité comme un nomen dubium.
Le genre Heteropoda compte plusieurs centaines d'espèces, pour la plupart en Asie du Sud et du Sud-Est et en Océanie ; H. venatoria est la seule à avoir acquis une répartition pantropicale. Le genre comprend aussi Heteropoda maxima, décrite du Laos en 2001 et considérée comme la plus grande araignée connue par l'envergure. La première phylogénie moléculaire du genre a été publiée en 2025.
Grande, répandue sur plusieurs continents et habituée des maisons, la babouk fait partie des araignées que l'on croise le plus souvent sous les tropiques. Son allure impressionne, mais elle est bien tolérée, voire recherchée, dans de nombreuses régions chaudes pour son appétit envers les blattes et autres insectes indésirables. Ross et al. la considèrent comme l'une des meilleures candidates à l'utilisation des araignées en lutte biologique : elle vit au contact de l'humain, s'élève facilement et se nourrit habituellement de blattes.
Au Japon, où l'on compte de 40 à 50 espèces d'araignées vivant dans les maisons, l'ashidaka-gumo est l'une des plus grandes, avec une envergure qui dépasse souvent 10 cm ; elle y est présentée à la fois comme un auxiliaire utile contre les blattes et comme une source fréquente de frayeur.
Rovner rapporte, d'après une communication personnelle, qu'en Afrique une grande araignée errante dont on entend le bourdonnement dans les cases est considérée comme un signe de chance ; il suggère qu'il pourrait s'agir de la babouk elle-même.
Facile à élever et à maintenir, l'espèce a servi de modèle pour des travaux sur le cycle de vie des grandes araignées, sur la communication vibratoire et sur la pharmacologie des canaux ioniques,.