La bataille de La Gleize est un des épisodes marquants de la bataille des Ardennes pendant l'hiver 1944-1945, car l'issue des affrontements qui se sont déroulés dans la commune éponyme en Belgique scellent tout simplement l'échec de l'offensive allemande. Mais pour comprendre l'importance de La Gleize, il est nécessaire d'expliquer la situation du conflit à cette époque.
En trois mois, les forces franco-anglo-américaines ont libéré la France, la Belgique et une partie de la Hollande, pour s'arrêter à la fin de septembre aux portes de l'Allemagne. Plus que la résistance allemande, la cause de cet arrêt est surtout le fait d'un grave problème logistique.
Une guerre moderne impose des servitudes très importantes en hommes, matériel, nourriture, essence… Or, depuis le débarquement du (Jour J), les Alliés ne disposent d'aucun port d'importance et proche du front pour réceptionner le ravitaillement en provenance d'Angleterre. En effet, les Allemands, durant leur retraite, ont veillé à rendre inutilisable chaque port de haute mer : soit en détruisant les installations portuaires, soit en y retranchant des unités combattantes, dont certaines tiendront jusqu'à la fin de la guerre. Tout l'approvisionnement est donc débarqué en Normandie (Arromanches, Cherbourg) avant d'être acheminé vers le front par une noria de camions: la Red Ball Express. Fin août, ces camions doivent parcourir près de 500 km pour relier la Normandie au front.
Pour se faire une idée de l'ampleur de la tâche, il suffit de savoir que chaque jour, les armées alliées ont besoin de 3 millions de litres d'essence et que, chaque jour, les camions, pour les transporter, en consomment…1 million!
Cette surconsommation qui dépasse les capacités disponibles oblige les Alliés à redéfinir leur stratégie pour mettre fin au plus vite à la guerre. C'est pourquoi, au début de septembre, Eisenhower stoppe Patton (offensive sud ayant pour but d'envahir l'Allemagne par la Sarre) et ses chars sur la Meuse à l'Ouest de Metz et donne le feu vert à Montgomery pour lancer l'opération Market Garden qui vise à traverser la Hollande et atteindre la Rhur, le centre industriel de l'Allemagne (zéro industrie = zéro matériel militaire = fin de la guerre). Malheureusement, cette offensive est un échec et la 2e armée britannique est stoppée devant Arnhem.
Si le port d'Anvers est libéré le avec ses installations préservées grâce à l'action des résistants belges, sa remise en activité nécessite cependant la libération de l'Escaut qui relie Anvers à la mer. Il faut donc attendre la prise de l'île de Walcheren et de la presqu'île de Zuid-Beveland (le ), pour que le , le premier convoi maritime entre à Anvers. Les alliés décident donc de profiter de l'hiver pour reconstituer leurs stocks et effectifs avant de relancer Montgomery par la Hollande et Patton par la Sarre. De même, le massif des Ardennes, considéré comme infranchissable par des troupes motorisées, leur permet d'installer en Belgique des troupes plus faibles ou au repos.

Tel un remake de 1940, l'opération Die Wacht am Rhein (Garde au Rhin) consiste à lancer 3 forces à travers le massif ardennais entre les Fagnes et le Luxembourg, qui, dès qu'elles ont atteint la Meuse, vont obliquer pour s'emparer de Bruxelles et d'Anvers.
En ayant pour objectif prioritaire la reprise d'Anvers et de son port, les Allemands ont pour but de:
Les opérations additionnelles
La 6e armée blindée SS est clairement la clef de voûte de l’offensive. Tout le poids de l’offensive au nord repose d'ailleurs sur un de ses éléments: la 1.SS Panzer-Division Leibstandarte Adolf Hitler emmenée par leur commandant l’Obersturmbannführer (Jochen) Joachim Peiper. Bastogne, considéré comme objectif secondaire, doit être contourné, sans s’attarder. Du reste, les troupes de la 7e armée sont loin d’être solides et bien équipées, leurs éléments hétéroclites doivent seulement contenir la montée des renforts américains venant du sud.
Littéralement : "division garde personnelle d’Adolf Hitler", abrégée LSSAH ou encore LAH, c’était une unité d’élite de la Waffen-SS. Elle tint le double rôle d’unité de protection du Führer et de formation de combat. Connue pour s’être illustrée à de nombreuses reprises sur le plan militaire, la division l’est également pour sa brutalité, ses nombreuses exactions et crimes de guerre.
[Quoi ?](Blankenheim, Dalhem, Stadtkyll, Kronenburg, Losheim, Lanzerath, Honsfeld, Bullange, Möderscheid, Schoppen, Ondenval, Thirimont, Baugnez, Ligneuville, Stavelot, Trois-Ponts, La Gleize).
Outre les exactions commises par les SS entre autres à Baugnez-Malmedy, l'expédition va également s'apparenter à une course à l'essence tout autant qu'aux "bons chemins". En effet, la plupart des chemins de l'époque et de cette région à ce moment de l'année, ne conviennent pas au poids des chars allemands qui, de plus, ont une consommation effrayante (1 000 l au 100 km). Les réserves d'essence allemandes étant à ce point insignifiantes, ordre est reçu de se servir sur l'ennemi! Ainsi, le , la colonne Peiper s'empare d'un dépôt américain à Bullange, mais ne peut s'emparer, le 18 d'un dépôt américain incendié en dernière minute par des éléments de l'Armée belge qui en avaient la garde.
Du 18 au , elle oppose la LAH à, tout d’abord, les chars de la 3e division blindée en appui de l’infanterie de la 30e division d’infanterie surnommé "les SS de Roosevelt" par la radio allemande et ensuite aux parachutistes de la 82e Airborne.
Les combats qui vont en résulter se passent sur plusieurs communes et lieux-dits: Stavelot, Trois Ponts, Cheneux, Pont de Neumoulin, Carrefour de Werbomont, Route en direction de Werbomont, Stoumont, Ster, Route de Trois Ponts - Ferme Mignon, Parfondruy, Gare de Stoumont, Petit Coo, Petit Spay, Route Stoumont - La Gleize, Renuarmont, Route de Trois Ponts - Stavelot et La Gleize.
Si le nom de tous ces combats est regroupé sous le terme de bataille de La Gleize, c'est pour deux raisons :
La bataille de La Gleize est considérée aujourd’hui comme la principale cause de la défaite allemande dans la bataille des Ardennes. En effet, l'échec de Peiper ne permet pas aux Allemands de reprendre Anvers, ce qui était l'objectif principal de l'offensive. On peut dire que si les Américains ont gagné la bataille des Ardennes à Bastogne, les Allemands l’ont perdue à La Gleize.
Le Musée December 44 situé à La Gleize retrace sur plus de 1 000 m2 l'histoire de la colonne Peiper et des troupes américaines qui se sont opposées.
Le film La Bataille des Ardennes (Battle of the Bulge) de Ken Annakin, 1965, en se focalisant sur la progression de Hessler, chef d'une colonne de chars lourds, raconte en fait les tribulations de Peiper. C'est donc la bataille de La Gleize dont il est question finalement dans ce film.
Brouillard d'automne. Éditions Alire 2013. Lionel Noël : Œuvre de fiction remarquable qui détaille sans concession la dureté des combats dans la région de Stavelot et de La Gleize.