Cap Djinet

Cap Djinet
Vue aérienne sur Cap Djinet
Vue aérienne sur Cap Djinet
Localisation
Pays Drapeau de l'Algérie Algérie
Wilaya Wilaya de Boumerdès
Coordonnées 36° 52′ 40″ nord, 3° 43′ 14″ est
Mer Mer Méditerranée
Géolocalisation sur la carte : Algérie
(Voir situation sur carte : Algérie)
Cap Djinet

Cap Djinet (en arabe : رأس جنات), également appelé Djinet, est un cap du littoral méditerranéen algérien, situé dans la partie orientale de la wilaya de Boumerdès. Il donne son nom à la commune de Djinet, rattachée à la daïra de Bordj Menaiel. Le site est notamment connu pour abriter les vestiges de l'ancienne cité de Cissi, occupée durant l'Antiquité et mentionnée dans plusieurs sources historiques et géographiques.

Géographie et localisation

Cap Djinet se trouve sur le littoral nord de l'Algérie, à environ 95 km à l'est d'Alger, dans la partie orientale de la wilaya de Boumerdès. Il se situe entre Dellys, à l'est, et Bordj Menaiel, au sud. Son territoire communal est bordé par la mer Méditerranée au nord, les communes de Bordj Menaiel et de Leghata au sud et à l'ouest, et celles de Sidi Daoud et d'Ouled Aïssa à l'est et au sud-est.

Le cap constitue l'extrémité orientale de la baie de Boumerdès. Cette partie du littoral présente plusieurs petites baies, notamment celles d'El Kerma, de Zemmouri El Bahri (en) et de Djinet. L'arrière-pays comprend des reliefs côtiers de faible altitude qui encadrent la plaine de Zaatra et la vallée inférieure de l'Oued Isser.

La région appartient au domaine climatique méditerranéen, caractérisé par des étés chauds et secs et des hivers plus humides. La proximité de la mer atténue les variations thermiques. Les données présentées dans l'étude géologique de la région indiquent une pluviométrie annuelle comprise entre 500 et 1 300 mm, avec une importante variabilité.

Histoire

Le site de Cap Djinet correspond à l'ancienne cité de Cissi. Son nom est probablement d'origine punique. L'ethnique correspondant pourrait être attesté sur une stèle néo-punique découverte à proximité, sous la forme SKSY. Le site a également livré des monnaies de Carthage punique et de l'époque maurétanienne. Dans les inscriptions latines, le nom de la cité apparaît sous la forme Cissi, tandis que les adjectifs Cissianus et Cissitanus sont également connus.

Un trésor monétaire dont les émissions les plus récentes sont celles de Ptolémée de Maurétanie pourrait témoigner d'une implication de la cité dans la révolte d'Aedemon, consécutive à l'assassinat du roi. Cissi est mentionnée avant 110 apr. J.-C. dans la Géographie de Ptolémée, sous la forme Kissè. Elle apparaît également dans l'Itinéraire d'Antonin, la Table de Peutinger et la Cosmographie de Ravenne.

L'identification de Cissi à Cap Djinet a également permis de préciser la localisation d'autres lieux de la côte kabyle. En confrontant l'ordre des localités citées par Ptolémée à savoir, Cissi, Addyma et Rusuccuru, aux données épigraphiques, Jean-Pierre Laporte situe Cissi à Cap Djinet et Rusucurru à Dellys. Il identifie Addyma, mentionnée comme un fleuve dans la Cosmographie de Ravenne sous la forme « Adima », à l'actuel Oued Sebaou, et non à une agglomération.

Une inscription punique découverte à Cap Djinet, antique Cissi, mentionne un individu désigné par le terme Škšy, que Jehan Desanges rapproche des Sokosii et présente comme « appartenant au peuple de Lixus », constituant ainsi un témoignage épigraphique attestant la présence à Cissi d'un individu rattaché au peuple de Lixus.

L'existence d'un ordo decurionum, attesté par une inscription datée de 226, ainsi que les indications des documents géographiques antiques conduisent Jean-Pierre Laporte à envisager que Cissi ait obtenu le statut de municipium au cours du IIe siècle, sans que la date précise soit connue. La cité aurait ensuite été affectée par les troubles du IIIe siècle. Deux trésors monétaires pourraient être associés à ces événements : l'un à la révolte dite de 253, l'autre à l'insurrection réprimée par Aurelius Litua au début du règne de Dioclétien.

La présence chrétienne est attestée au Ve siècle par deux évêques de Cissi. Quotvultdeus, évêque donatiste, est mentionné en 411, tandis que Reparatus figure parmi les évêques recensés en 484. Une occupation byzantine est envisagée par Laporte en raison de la position du site sur les routes du cabotage côtier. Toutefois, aucun vestige architectural de cette période n'avait été signalé, à l'exception de quelques monnaies.

Au XIe siècle, le géographe Al-Bakri mentionne une localité appelée Djennad, située à l'est de Marsa al-Dajaj. Selon Laporte, elle aurait pris le nom d'une tribu voisine, dont l'appellation aurait évolué vers la forme Djinet. Au XIIIe siècle, le cap apparaît sur la Carte pisane sous le nom de Berengereto, comme escale entre Dellys et Marsa al-Dajaj. Cette appellation figure également sur le planisphère d'Angelino Dulcert de 1339 et sur des cartes catalanes du XVe siècle.

Au XVIe siècle, Luis del Mármol Carvajal situe Djinet près de l'embouchure de l'Oued Isser, sous le nom de Beni Abdallah. Il rapporte que la localité aurait auparavant porté le nom de « Sisli », sans qu'il soit possible de déterminer si cette appellation constitue une survivance du nom antique. Au XVIIIe siècle, Thomas Shaw décrit Djinet comme une petite baie dotée d'une rade et signale les échanges de céréales avec l'Europe.

Recherches archéologiques

La première description archéologique connue du site est celle de Charles de Vigneral, publiée en 1868. Entre 1898 et 1905, Camille Viré y effectue plusieurs fouilles. En 1952, Jean Lecerf signale les stèles puniques et libyco-puniques. Les observations d'André Russinger sur le captage antique sont publiées en 1960. Jean-Pierre Laporte étudie ensuite le site et découvre en 1970 la dédicace des Cissiani à Sévère Alexandre, publiée en 1973,.

L'installation d'un village de regroupement pendant la guerre d'Algérie, puis l'extension de l'agglomération moderne, ont contribué à la dégradation et au recouvrement des vestiges. L'exploitation d'une carrière de basalte a également entraîné la disparition du relief du Settara et d'une partie des structures antiques qui le surmontaient. Nacéra Benseddik a encore recueilli quelques vestiges en 1977 et 1978.

Vestiges archéologiques

L'ancienne cité de Cissi occupait un petit plateau dominant la mer de 20 à 30 m. Elle était dominée par un relief basaltique appelé Settara'", qui s'élevait d'une dizaine de mètres au-dessus du plateau. La chaîne côtière environnante atteint une altitude de 438 m. La baie située à l'ouest du site constituait un mouillage utilisable par beau temps, mais difficile pendant l'hiver en raison de son exposition aux vents dominants.

Les recherches anciennes ont permis de reconnaître plusieurs éléments de l'organisation de la cité. Camille Viré avait notamment distingué un secteur correspondant au relief du Settara et un autre situé à l'est, autour du marabout de Sidi Bou Zid. Il signalait également un mur épais descendant jusqu'à la mer et une tour proche du cap. L'absence de relevé topographique précis ne permet toutefois pas de restituer le plan complet de l'agglomération antique.

Le mobilier épigraphique comprend des stèles puniques et libyco-puniques. Deux de ces documents ont été signalés par Jean Lecerf. Une dédicace des Cissiani à l'empereur Sévère Alexandre, découverte par Jean-Pierre Laporte en 1970, constitue un témoignage de la vie civique de la cité. Elle a fait l'objet d'une publication spécifique en 1973.

L'alimentation en eau de Cissi était assurée par une conduite enterrée descendant des hauteurs environnantes. Le point de captage, signalé par André Russinger en 1960, a été nettoyé et réutilisé pour l'approvisionnement de l'agglomération moderne. Les nécropoles antiques se situaient à l'est et à l'ouest de la ville. Un caveau était encore visible à l'est en 1970, tandis qu'un grand pressoir taillé dans le roc a été signalé dans les environs.

Une église chrétienne, datée du IVe siècle ou du Ve siècle, était encore en bon état vers 1880 et reconnaissable en 1907. Elle a depuis disparu. Le monument était construit en grandes pierres de taille et comportait notamment des colonnes en marbre blanc, éléments architecturaux que Laporte souligne comme rares dans les basiliques de Maurétanie césarienne.

Géologie

Le secteur de Cap Djinet présente un affleurement de roches magmatiques associé à l'activité volcanique du Miocène. Les formations étudiées comprennent notamment des roches basaltiques et andésitiques. L'étude pétrographique de Lamia Dehibi porte sur l'analyse de lames minces de plusieurs échantillons de basalte porphyrique prélevés dans la région de Cap Djinet-Dellys. Ces travaux examinent leur composition pétrographique et complètent les recherches géologiques et géomécaniques consacrées aux propriétés des roches et à leur utilisation comme granulats,.

Références

  1. 1 2 Monographie de la wilaya de Boumerdès, Wilaya de Boumerdès (lire en ligne)
  2. 1 2 Noureddine Daddi Moussa Ider et Mohamed Fouad Semmache, Étude de caractérisation géologique et géomécanique de l'affleurement magmatique de Cap Djinet pour la production des granulats, Alger, École nationale polytechnique,
  3. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 Jean-Pierre Laporte, « Cissi (Cap Djinet) », Encyclopédie berbère, vol. 13,‎ , p. 1977-1980 (DOI 10.4000/encyclopedieberbere.2303, lire en ligne).
  4. ↑ Jean-Pierre Laporte, « Addyma », Encyclopédie berbère, vol. 2,‎ , p. 119 (lire en ligne, consulté le ).
  5. ↑ Jehan Desanges, « Sokosii », Encyclopédie berbère, vol. 43,‎ , p. 7481-7482 (lire en ligne, consulté le )
  6. 1 2 Jean-Pierre Laporte, « Cap Djinet : une dédicace des Cissiani à Sévère Alexandre », Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques et scientifiques, vol. 9, no B,‎ , p. 25-37 (lire en ligne, consulté le ).
  7. ↑ Lamia Dehibi, Étude pétrographique sur analyse de lames minces du basalte porphyrique de la région de Cap Djinet-Dellys (BP1, BP2, AD2, BDys), Alger, École nationale polytechnique, .

Liens externes