
Au sens strict le chaulage est un traitement à la chaux, soit avec de la chaux vive (CaO), soit avec de la chaux éteinte ( Ca(OH)2)). L'expression est employée assez généralement pour désigner divers traitements à la chaux en agriculture, sylviculture, arboriculture et ostréiculture, dans l'industrie agro-alimentaire (traitement des jus de betteraves sucrières, de canne à sucre, de fruits ou de légumes avec du chlorure de calcium (CaCl2), autrefois réalisé à l'eau de chaux, lors de l'opération de clarification ou défécation), dans la gestion industrielle ou collective des eaux et des effluents ainsi que traditionnellement dans le bâtiment pour l'assainissement des murs et boiseries.
Cependant dans la pratique professionnelle agricole chaulage désigne précisément « l'action d'apporter à un sol un amendement calcique ou calco-magnésien afin d'en corriger l'acidité ». En pratique, il s'agit rarement aujourd'hui de chaux au sens strict mais généralement de calcaires ou dolomies broyés (dits commercialement « chaux humide ») ou de mélanges.

Le chaulage des sols est une technique agricole qui consiste à apporter des amendements calciques ou calco-magnésiens à un sol pour en corriger l'acidité, amener le pH à la valeur souhaitable pour les cultures envisagées et permettre ainsi la libération des nutriments nécessaires.
Le but du chaulage est de libérer des ions Ca2+ qui permettront de réguler les liens de la matière organique avec les argiles et l'ensemble des cations ( K+, NH4+, …). Cette libération intervient facilement dans un sol acide selon la formule : CaCO3 +H2O → Ca2+ + 2OH- +CO2.
Le chaulage a pour effet :


C'est une notion relative, différemment interprétée par l'écologue, l'agronome, le pédologue, l'agriculteur ou le jardinier.
Pour l'écologue, le pH « optimal » d'un sol est celui qui se rapproche le plus du pH naturel induit par le contexte géologique et pédologique. Un sol acide, s'il est naturel (dans une tourbière à sphaignes par exemple) n'a pas à être amendé. Les sols acides (largement dominants dans les forêts tropicales) ont une productivité agricole moindre, mais sont associés à une biodiversité bien plus élevée. Le chaulage de milieux naturellement acide est source de destruction d'espèces devenues rares ou protégée (plantes carnivores du type drosera dans les zones tourbeuses ou paratourbeuses de France par exemple, qui ne vivent que dans ces milieux).
Pour l'agriculteur ou l'agronome, il dépend de plusieurs facteurs :
L'agroécologie tente de concilier ces deux points de vue et de mieux adapter les cultures au sol, plutôt que de systématiquement chercher à adapter le sol aux cultures.
Les meilleures périodes pour chauler sont sous forme d’apport régulier (environ 300 g de chaux par mètre carré tous les deux à trois ans) de préférence au tout début du printemps avant la reprise de la végétation ou en été et en automne après la récolte.
Trois indicateurs simples permettent de rendre compte du besoin de chaulage d'un sol :

Les dosages varient grandement selon qu'on utilise de la chaux vive (interdite par le cahier des charges de l'agriculture biologique) ou du calcaire broyé.
Les sols sablonneux ne nécessitent que 400 à 1 000 kg de chaux vive par hectare alors que les sols argileux peuvent nécessiter jusqu'à plus de 3 tonnes par hectare. Si on utilise du calcaire broyé on peut doubler les doses. Les doses sont calculées en fonction du pH tampon du sol et du pH cible à obtenir. Si la correction de pH est importante, il faut étaler ces dosages sur deux ou trois ans. Pour un chaulage d'entretien des prairies, par exemple, la dose est réduite à une à deux tonnes par hectare et par an, cela étant donné que la chaux est appliquée en surface et qu'elle n'est pas incorporée au sol.
On ne chaule pas un sol immédiatement après ou avant un apport de fumier ou de lisier frais mais il faut cependant distinguer selon le type de chaux utilisé. Un amendement de carbonate de calcium (CaCO3) n'amenuise pas la valeur fertilisante du fumier alors que la chaux vive (CaO) ou même la chaux éteinte provoque une perte d’azote significative (volatilisation de l'azote ammoniacal) d'environ 25 %.

Le chaulage peut occasionner des effets secondaires :
Des essais sur 10 années menés par ARVALIS et l'INRAE semblent démontrer que l'épandage des engrais de ferme (fumiers et lisiers y compris le lisier de porc), de déchets urbains (compost de biodéchets, des issues des espaces verts, lisain) ou industriels (composts de l'industrie alimentaire, boues de station contrôlées, fumier de champignon) peut suffire à empêcher l'acidification d'un sol et même à en augmenter le pH. Ces résultats, en contradiction avec de nombreuses observations du passé, semblent liés à une meilleure gestion de la fertilisation azotée : prise en compte de tous les apports azotés et calcul au plus juste de la fertilisation, diminution de la lixiviation des nitrates grâce à des engrais verts, des cultures intermédiaires piège à nitrate (CIPAN), des cultures intercalaires et restitution des pailles et fanes, l'essentiel de l'acidification étant du à la lixiviation des nitrates (Voir chapitre Causes de l'acidification des sols et l'article Nitrification). Des quantités importantes de matière organique peuvent freiner les bactéries nitrificatrices par compétition avec les saprophytes.
Dans cette optique, la gestion de la matière organique du sol est une priorité. Il n'y a par exemple pas d'intérêt à chauler les jardins qui reçoivent d'énormes quantités de matière organique comparativement aux sols agricoles.
En élevage la généralisation de la culture du maïs au lieu de la betterave fourragère, le remplacement partiel de l'orge par le triticale et de la luzerne par des variétés performantes de trèfle en terre modérément acide témoignent également d'une adaptation des cultures au pH du sol.
Lorsqu'il est nécessaire de faire un important apport de calcium sans changer le pH et sans recourir aux engrais calciques coûteux (cyanamide calcique, nitrate de calcium), typiquement en sol neutre, on peut choisir un amendement tel que le gypse (CaSO4, 2H2O) sans effet sur le pH ; le recyclage du plâtre (CaSO4) est aussi possible et commence à être organisé (SEDE Veolia devenu Veolia agriculture France) ; il s'agit là d'éviter le chaulage proprement dit.

Le chaulage de certains lacs ou cours d'eau acidifiés par les pluies acides ou par un drainage minier acide permet de rééquilibrer, au moins provisoirement le pH de l'eau pour y permettre la vie de certaines espèces, et une moindre circulation et une moindre biodisponibilité d'éléments-traces métalliques toxiques. C'est une technique très employée en Europe du Nord et en Amérique du Nord, qui améliore provisoirement la qualité de l'eau, à partir du site traité et sur l'aval, mais non dans la partie amont ni dans le réseau hydrographique du bassin versant périphérique ; pour compenser cela, l'épandage de chaux se fait parfois par hélicoptère y compris sur la forêt.
Le chaulage d'un lac acidifié ou naturellement acide a parfois une vocation d'amendement visant à augmenter la production piscicole. Si l'acidité du milieu était naturelle, il peut perturber la flore et la faune du lieu.
Le chaulage permet également de réduire la turbidité des eaux grâce au pouvoir floculant de la chaux.

En horticulture, le lait de chaux appliqué sur le tronc des arbres est un antiseptique qui détruit les larves des parasites nichant sous l'écorce des arbres fruitiers (notamment les carpocapses), ainsi que les champignons microscopiques, qui y passent également l'hiver en attendant de développer à la saison les maladies cryptogamiques (tavelure, cloque, moniliose, chancre...). Le chaulage des troncs n'est plus pratiqué par les arboriculteurs professionnels mais connaît un regain d'intérêt chez certains amateurs.
Peinture à la chaux de couleur blanche, réalisée par mélange d'eau et de chaux fraîchement éteinte (environ un volume de chaux pour un volume d'eau).
La chaux fraîchement éteinte a un caractère alcalin très marqué qui contribue à tuer toute forme de vie organique (bactérie, microbes...). Cette technique est utilisée pour assainir les granges, les murs des fermes, les étables, bergeries...
Les produits autorisés sont avant tout des carbonates de calcium d’origine naturelle, c’est-à-dire des roches calcaires plus ou moins pures et plus ou moins finement broyées. Le produit agira d’autant plus vite qu’il sera plus tendre (craie par exemple) et plus réduit en poudre (tamis 300 ou 400).

Pour un inventaire de ces ressources potentielles en France, voir le mémento du BRGM. Selon le BRGM (2017), 1 million de tonnes de carbonates sont utilisées comme amendement agricole par an en France.
Les produits de carrières traditionnels (craie, marnes, faluns), ont été très exploités localement et le sont encore parfois malgré une réglementation sévère.
Les produits commerciaux mettent en avant surtout le magnésium présent dans les calcaires dolomitiques. Il existe également des calcaires phosphatés, ferrugineux, potassiques ou argileux (marnes). Tout élément accessoire est intéressant s'il corrige une carence et devient nuisible s'il augmente une richesse naturelle : les calcaires magnésiens sont rarement justifiés en sols granitiques et totalement aberrants en sols basaltiques, très fortement pourvus en magnésium.
Les produits fins sont plus actifs que les produits grossiers mais leur réactivité est à double tranchant car elle engendre plus de risques de blocage et plus de sensibilité au lessivage : pour éviter ces inconvénients, il faut les réserver pour des apports annuels à petite dose, ne dépassant pas 500 kg/ha de produit brut en sol sablo-limoneux.
L’utilisation d’un carbonate broyé d’action moyennement rapide (solubilité carbonique de 20 à 40 %), appelé couramment « chaux humide » est techniquement satisfaisante et plus économique (prix de l’unité de CaO inférieure de 50 % au carbonate pulvérisé et encore bien moins dans le cas d'exploitation de ressources de proximité).
Le maërl fournit un amendement organo-calco-magnésien d'origine marine ; il a été très apprécié notamment en agriculture bio. Son exploitation est aujourd'hui sévèrement réglementée pour des raisons écologiques. Il en est de même pour le sable coquillier (traez en Bretagne) et la tangue (vases marines).

Certains guanos contenaient 33 % de CaO. Le guano est encore régulièrement exploité au Chili, au Pérou et en Namibie, principalement pour les marchés domestiques, sporadiquement ailleurs.
L'exploitation de coquillages invasifs (huîtres creuses sauvages, crépidules) lorsqu'ils forment des bancs indésirables est envisagée et le recyclage des coquilles de coquillages domestiques (huître, moule, coquille Saint-Jacques) en est à ses débuts.
À défaut de produits commerciaux, la cendre de bois peut être utilisée pour un chaulage léger.
La fertilisation à la chaux provoque des émissions de CO2 et concerne donc le climat, mais les émissions sont faibles, environ 1 million de tonnes par an pour l'Allemagne par rapport aux émissions totales (environ 900 millions de tonnes/an). La fabrication de la chaux donnent en effet lieu à la réaction globale :
CaCO3 roche → CaO solide + CO2 gaz
La neutralisation du calcaire dans le sol (cette neutralisation intervient aussi avec une partie du calcaire présent naturellement dans les sols basiques) entraîne la même émission de gaz carbonique mais avec production d'ions Ca2+ (voir complexe argilo-humique). Inversement dans le cas d'épandage de chaux vive ou éteinte, une partie de celle-ci peut subir un processus de recarbonatation aboutissant à la néoformation de calcaire sur une échelle de quelques mois.
L'exploitation des ressources marines ou continentales peut porter atteinte à certains biotopes : destruction de pelouses calcaires à l'emplacement des carrières, dragage de maërl et extraction de sable coquiller en mer, décapage des îles à guano perturbant la faune aviaire,. Ces exploitations sont cependant très contrôlées en Europe. De même le chaulage de sols naturels acides est à éviter.