Commanderie de Montredon

Commanderie de Montredon
Présentation
Fondation Drapeau de l'Ordre du Temple Templiers ; maison attestée en 1213
Reprise Drapeau des chevaliers hospitaliers Hospitaliers au début du XIVe siècle
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Auvergne-Rhône-Alpes
Département Haute-Loire
Ville Bellevue-la-Montagne
Géolocalisation

La commanderie de Montredon est une ancienne maison de l'ordre du Temple, puis de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, située au hameau de Montredon, dans la commune de Bellevue-la-Montagne, en Haute-Loire. La maison templière est attestée en 1213, avec un précepteur nommé Étienne de Mazars. Cette mention ne constitue pas une date de fondation ; aucun fondateur n'est identifié par les documents publiés ici utilisés,.

Dépendante de la maison templière du Puy, placée sous le vocable de saint Barthélemy, elle passe aux Hospitaliers après la suppression du Temple et devient un membre de la commanderie de Devesset, dans le grand prieuré d'Auvergne. L'établissement associe une église, devenue paroissiale, un domaine agricole et forestier et des droits seigneuriaux.

Présentation historique, géographique et architecturale

Montredon se trouve dans le sud de la commune de Bellevue-la-Montagne, au nord du Puy-en-Velay, dans le secteur de Saint-Paulien et de l'ancienne seigneurie d'Allègre. Noël Thiollier décrit le site comme un petit village établi dans une vallée. Son étude distingue l'église romane, construite en granite soigneusement appareillé, des transformations et prélèvements de matériaux intervenus ultérieurement.

Au début du XVIIe siècle, l'ensemble comprend l'église, les bâtiments d'exploitation organisés autour d'une cour et un moulin à farine. Le château, ancienne résidence du commandeur, est donné comme incendié pendant les guerres de Religion par Augustin Chassaing. La visite de 1789 mentionne encore une église, une cure, une maison, une grange, une étable et un moulin,.

Histoire

Origines templières et relations seigneuriales

Le précepteur Étienne de Mazars apparaît en 1213. Pierre de la Roche est attesté en 1254. En 1252, un chanoine de Saint-Agrève du Puy nommé Lyon lègue deux sous à l'église de Montredon, désignée comme une église du Temple.

Chassaing rapproche également le legs de trois cents sous fait au Temple par Pons d'Allègre, chanoine de Notre-Dame du Puy, de dommages qui auraient été causés à Montredon au cours d'une guerre privée opposant les Allègre à Guigon de Châteauneuf, doyen du chapitre du Puy. Il présente toutefois cette interprétation comme une hypothèse, et non comme la teneur explicite d'un acte de fondation.

En août 1270, Montredon figure parmi les possessions pour lesquelles le représentant du Temple du Puy prête hommage à l'évêque Guillaume de La Roue, avec notamment Bessamorel, Chantoin et La Sauvetat. En 1273, Raymond Chambarut, précepteur du Puy, intervient dans une transaction avec Guillaumette de Peyre, abbesse des Chazes, pour Guillaume de Menteyres, dit Pouget. Chassaing propose, avec réserve, d'identifier ce dernier comme précepteur de Montredon.

Un autre accord est connu par une copie conservée dans les archives hospitalières : le 6 juillet 1293, Armand, seigneur des châteaux d'Allègre et de Saint-Just, traite de questions de juridiction avec frère Gui Adémar, qualifié de commandeur de la maison du Temple de Montredon dans l'analyse archivistique.

Passage aux Hospitaliers

Après la suppression de l'ordre du Temple, ses biens sont dévolus à l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Chassaing situe en 1313 la réorganisation des anciennes possessions templières du Velay. Montredon est ensuite administré dans l'ensemble dépendant de Devesset.

Les terriers de 1339-1340 sont établis au profit d'Artaud de Fay, commandeur de Montredon. Ils enregistrent les reconnaissances de tenanciers de nombreux mas, dont Joux, Aubignat et des lieux du secteur de Saint-Paulien. Un terrier de 1449-1452 est établi au nom de Jacques de Milly, grand prieur d'Auvergne et commandeur de Montredon,.

Guerres de Religion et gestion du domaine

Chassaing rapporte l'incendie du château au XVIe siècle, pendant les guerres de Religion, sans donner dans sa notice une date précise de destruction. En 1589, Marc de La Goutte, bailli de Devesset, afferme ensemble Montredon et Freycenet à Claude Prohet, bourgeois de Saint-Paulien.

Les archives des XVIIe et XVIIIe siècles documentent une administration par baux, des renouvellements de terriers et des procès relatifs aux bois et aux droits seigneuriaux. En 1715, le grand maître Raymond Perellos y Rocafull confie à Marc de La Richardie une mission de recouvrement des biens aliénés ou usurpés. Des procédures l'opposent ensuite à des détenteurs de terres, au curé de Saint-Just et aux habitants de cette paroisse.

Entre 1740 et 1761, les prétentions de l'abbaye de La Chaise-Dieu sur des cens dus par les habitants des Fours, dans la paroisse de Félines, donnent lieu à un contentieux. L'administration hospitalière intervient pour défendre la censive et la directe de Montredon. Le dossier comprend des copies de reconnaissances plus anciennes produites à l'appui du procès.

Révolution et période contemporaine

À la veille de la Révolution, le domaine fait toujours l'objet de visites de l'ordre : celle de 1789 décrit les bâtiments et des prés et bois dépendant de Montredon. Le compte rendu de la monographie de Francine Vitrant et Jean-Pierre Charrat situe en 1793 le démembrement du domaine lors de la vente des biens nationaux.

En 1900, Thiollier décrit les prélèvements de pierres sur l'église et le déplacement de ses deux portails : celui de l'ouest est remployé à Lissac, celui du sud à la chapelle de l'hôpital de Saint-Paulien.

Un article de presse de 2023 signale à Yssingeaux une collection municipale d'une vingtaine de pierres sculptées provenant de Montredon, acquises à la fin des années 1950. Il annonce leur étude par l'historienne de l'art Laurence Cabrero-Ravel.

Architecture et mobilier

Église

L'église est placée sous le vocable de saint Jean-Baptiste dans la visite de 1616. Ce document, cité par Thiollier, lui attribue onze cannes de longueur pour quatre de largeur et la décrit comme entièrement voûtée, avec deux autels de pierre. Il signale quatre fenêtres aux vitres cassées, deux portes et une séparation de bois fermant le chœur.

Les observations et illustrations de Thiollier documentent les façades nord et sud, les contreforts, les baies et la sculpture intérieure. La façade septentrionale longe le versant du terrain. L'auteur décrit les moulures des ouvertures et de la corniche, ainsi que des supports et chapiteaux sculptés. Son étude distingue le grand portail occidental de la porte méridionale ouverte dans la première travée ; tous deux avaient été déplacés au moment de sa publication.

Ces descriptions concernent l'état observé à la fin du XIXe siècle et les éléments déjà remployés ailleurs. Elles ne constituent pas un relevé de conservation actuel.

Mobilier liturgique et éléments sculptés

La visite de 1616 mentionne une image de Notre-Dame au-dessus de l'autel. Chassaing relève également la présence d'une custode de cuivre destinée au Saint-Sacrement. Ces mentions renseignent l'équipement ancien de l'église, sans établir la conservation actuelle de ces objets,.

La sculpture architecturale est illustrée par Thiollier, notamment par des vues de chapiteaux et de l'intérieur. La collection signalée à Yssingeaux en 2023 comprend des éléments à décor végétal, géométrique, humain et animal,.

Domaine, droits et desserte paroissiale

Terres, revenus et justice

Selon les visites exploitées par Chassaing, le domaine comprend terres labourables, jardins et chènevières, prés et bois. Les superficies sont exprimées dans les unités locales : le relevé de 1616 donne notamment 120 à 140 setérées de terres, 60 journaux de prés et plus de 100 setérées de bois. Le moulin à farine et un four banal de Roche-en-Régnier contribuent aux revenus.

Le bailli dispose de droits de haute, moyenne et basse justice sur le mandement. Chassaing énumère notamment les Fours, Aubignat, Freycenet, Joux, Chadouard, une partie de La Farge et des maisons des faubourgs de Saint-Paulien. Les redevances comprennent des versements en argent, en seigle et en avoine, des poules et des journées de travail. Les ventes de tenures sont soumises aux lods et ventes.

Les relations avec l'aristocratie locale ne se limitent pas aux Allègre : Chassaing signale une redevance annuelle en seigle et en argent due au seigneur d'Usson et de Montpeloux. Les archives des bois conservent, quant à elles, des autorisations de coupe, des enquêtes et des procédures judiciaires jusqu'au XVIIIe siècle,,.

Patronage et service religieux

Le commandeur exerce le patronage de la cure de Saint-Just, près de Chomelix. Des provisions de cures sont conservées pour Claude Roux, dit Ferreyron, en 1481, Jean de Collanges en 1644 et Jacques Roux en 1652. En 1674, le représentant du bailli autorise l'exercice de fonctions curiales pour les villages des Fours et de Freissenet.

Les rapports avec les curés et les communautés sont aussi financiers. Une transaction de 1694 avec Martin Besse, curé de Saint-Just, porte sur une portion congrue de quarante setiers de seigle ; d'autres pièces concernent les dîmes et les visites paroissiales de 1655 et 1685.

Précepteurs, commandeurs et administrateurs

Les dates ci-dessous sont des attestations documentaires et ne donnent pas nécessairement les limites des mandats. Les fonctions de commandeur, de bailli, de recteur et de procureur doivent être distinguées.

Période templière

AttestationNomObservations et sources
1213Étienne de MazarsPrécepteur ; forme latine Stephanus de Mazars,.
1254Pierre de la RochePetrus de Rocha,.
1273Guillaume de Menteyres, dit PougetIdentification comme précepteur proposée avec réserve par Chassaing ; Guillelmus de Monteriis dans le répertoire de Léonard,.
1293Gui AdémarQualifié de commandeur de Montredon dans l'analyse d'une copie de l'accord avec Armand d'Allègre.

Période hospitalière

AttestationNomFonction et source
1339-1340Artaud de FayCommandeur de Montredon, bénéficiaire des reconnaissances du terrier.
1449-1452Jacques de MillyGrand prieur d'Auvergne et commandeur de Montredon.
2 juin 1459Claude de JuinxÉgalement commandeur de Montiracle, selon Chassaing.
1540-1546Georges de VauzellesCommandeur de La Tourette et de Montredon ; terriers et reconnaissances.
1589Marc de La GoutteBailli de Devesset, bailleur des revenus de Montredon et de Freycenet.
1644Charles-Philibert MignotCommandeur de Saint-Barthélemy ; intervient comme recteur de Montredon. Cette fonction ne doit pas être assimilée sans réserve à celle du bailli titulaire de Devesset.
Dans le terrier de 1654-1677Annet de Chaste de Gessan ; Jacques de Cordon des VieuxTitulaires successivement nommés dans le registre : grand bailli de Lyon et commandeur de Montredon pour le premier ; grand bailli de Lyon et de Devesset pour le second. Les dates du registre ne fixent pas celles de chaque mandat.

Marc de La Richardie intervient au XVIIIe siècle comme commissaire chargé du recouvrement des droits. Hugues Saunier est désigné comme procureur du grand prieur dans le terrier de 1420-1435. Leurs fonctions ne permettent pas de les ajouter comme tels à une succession de commandeurs,.

Archives et iconographie

Le fonds de l'ordre de Malte conservé aux Archives départementales du Rhône et de la métropole de Lyon comprend une subdivision « Membre de Montredon », cotée 48 H 1717 à 1728, couvrant les années 1293 à 1773. Elle réunit reconnaissances, procédures, baux, transactions et terriers. Les visites générales et les dossiers de Devesset apportent des compléments, notamment 48 H 1819 et le registre de 1789, 48 H 182,.

Les minutes notariales comprises dans ce fonds incluent les reconnaissances reçues par Antoine Pratlong en 1541. Le terrier de 1540-1543 mentionne aussi Benoît Ardalhion et Bergery ; celui de 1654-1677, Roche et Cottier.

Thiollier publie des illustrations de l'église et de sa sculpture, notamment les figures 227 à 232 de son ouvrage. La planche CVIII, numéro 6, documente le portail remployé à Saint-Paulien. Un plan non daté du Grand Bois de Montredon est signalé dans le dossier 48 H 1717, pièce 8 ; il s'agit d'un document foncier, distinct d'un plan architectural de l'église.

Relations avec d'autres établissements

ÉtablissementNature du lien documenté
Maison templière Saint-Barthélemy du PuyDépendance de Montredon à l'époque du Temple ; intervention du précepteur du Puy dans les affaires de la maison.
Commanderie de DevessetRattachement hospitalier ; gestion par le bailli et visites des dépendances,.
Saint-Jean-la-Chevalerie du PuyÉtablissement cité, comme Montredon, dans les visites de l'ensemble hospitalier ; sa présence dans ces documents doit être distinguée de l'ancienne maison templière Saint-Barthélemy.
FreycenetBail commun de 1589 ; métairie donnée comme dépendante de Montredon dans les baux de 1609-1650,.
Abbaye Saint-Pierre-des-ChazesTransaction de 1273 impliquant l'abbesse Guillaumette de Peyre.
Abbaye de La Chaise-DieuContentieux de censive aux Fours au XVIIIe siècle ; ce procès ne constitue pas un lien de dépendance monastique.
Montiracle ; La TouretteAutres commanderies détenues par Claude de Juinx et Georges de Vauzelles ; ces cumuls doivent être distingués d'un rattachement institutionnel de Montredon,.

Notes et références

  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Chassaing 1882, notice de Montredon, p. XI.
  2. 1 2 3 4 Léonard 1930, section « Domorum Aniciensis diocesis », rubrique « Domus Montisrotundi ».
  3. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 Chassaing 1888, notice « Montredon ».
  4. 1 2 3 4 5 6 7 8 Thiollier 1900, chapitre XXXVII, « Montredon », notamment p. 128 et figures 227-232.
  5. 1 2 3 4 5 Archives départementales du Rhône et de la métropole de Lyon, 48 H 182, registre de visites de 1789, rubrique « Membre de Montredon », analyse dans FranceArchives.
  6. ↑ Chassaing 1882, acte XXXII.
  7. 1 2 3 4 5 6 Archives départementales du Rhône et de la métropole de Lyon, 48 H 1717, notamment pièce 1, copie de la convention du 6 juillet 1293 ; pièces 10-14, provisions de cures ; pièces 15-32, baux, analyse dans FranceArchives.
  8. 1 2 Archives départementales du Rhône et de la métropole de Lyon, 48 H 1720, terrier de 1339-1340, notice ; 48 H 1721, copie de reconnaissances des mêmes années, notice.
  9. 1 2 Archives départementales du Rhône et de la métropole de Lyon, 48 H 1724, terrier de 1449-1452, notice.
  10. ↑ Archives départementales du Rhône et de la métropole de Lyon, 48 H 1823, pièce 53, bail de 1589, notice ; Chassaing 1888, notice « Montredon ».
  11. 1 2 3 4 Archives départementales du Rhône et de la métropole de Lyon, 48 H 1719, notamment pièces 1-18 et 22-56, analyse dans FranceArchives.
  12. 1 2 Archives départementales du Rhône et de la métropole de Lyon, 48 H 1718, pièces 1-141, procédures de 1740-1761 ; pièces 142-147, copies de reconnaissances de 1300 à 1745, notice.
  13. ↑ Jérôme Sagnard, « Montredon, la commanderie templière », sur Livres en Forez Velay, (consulté le ). Compte rendu de l'ouvrage de Francine Vitrant et Jean-Pierre Charrat.
  14. 1 2 « Les vestiges d'une commanderie templière livrent leurs secrets à Yssingeaux », sur 450.fm, (consulté le ). Reprise d'un article de La Commère 43.
  15. 1 2 Archives départementales du Rhône et de la métropole de Lyon, 48 H 1725, terrier de Joux, 1546, notice ; 48 H 1727, terrier de 1540-1543 et copies d'actes de 1525, notice.
  16. ↑ Archives départementales du Rhône et de la métropole de Lyon, 48 H 280, actes de 1641-1645, notice ; Chassaing 1888, notice « Montredon », attestation du 11 avril 1644.
  17. ↑ Archives départementales du Rhône et de la métropole de Lyon, 48 H 1728, terrier de 1654-1677, notice.
  18. ↑ Archives départementales du Rhône et de la métropole de Lyon, 48 H 1723, notice du terrier de 1420-1435.
  19. ↑ Archives départementales du Rhône et de la métropole de Lyon, « Membre de Montredon, 1293-1773 », sur FranceArchives (consulté le ) ; 48 H 1819, visites et prise de possession, 1616-1776.
  20. ↑ Archives départementales du Rhône et de la métropole de Lyon, 48 H 1726, minutes de 1541 ; 48 H 1727 et 1728.

Annexes

Bibliographie

Articles connexes

Liens externes