Critique textuelle

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En pratique : Quelles sources sont attendues ? Comment ajouter mes sources ?

La critique textuelle est une science, à l’intersection de l’histoire, de la philologie, de la critique littéraire et de la littérature, qui étudie la tradition de textes anciens jusqu’à nous. Discipline des études textuelles (en), elle se distingue de la critique des sources (en) (étude critique d'un texte dans le but de connaître les différentes sources ayant permis à l'auteur de le composer ou, selon une définition plus extensive, examen de sources telles que des textes, des documents iconographiques ou épigraphiques).

Également appelée critique de restitution, la critique textuelle est l'opération visant à reconstituer, d'après les témoins subsistants, la teneur originelle d'un texte, forme écrite d'une œuvre. Elle comporte deux types d'exercices distincts, la critique externe et la critique interne.

Généralités

Les étapes et objectifs de la critique textuelle sont :

  1. la découverte et la documentation de vieux manuscrits, de vieilles écritures ;
  2. la comparaison des variantes ;
  3. si possible, l'établissement du texte le plus proche de la version originale.

La comparaison des variantes peut venir d'un « critère externe » du genre :

  1. datation du support d'écriture – un papyrus est, par exemple, généralement plus ancien qu'un parchemin –, voire de la composition de l'encre ;
  2. datation du type d'écriture – un texte en minuscule est, par exemple, généralement plus récent qu'un texte rédigé en majuscule ; cfr. caroline, onciale.

On décide toutefois principalement après des « critères internes » :

Méthodes

Trois approches sont fondamentales dans la critique textuelle : l’édition de référence, l’éclectisme, la stemmatique.

Édition de référence

Avec l'édition de référence, le critique choisit pour texte de base un manuscrit jugé digne de confiance. Souvent le texte de base choisi est supposé le manuscrit le plus ancien du texte, mais, avant l'imprimerie, le texte de base était souvent un manuscrit actuel.

En utilisant la méthode de l'édition de référence, le texte à examiner est confronté au texte de base, le critique procède à des corrections (appelées emendatio) dans les endroits où le texte lui semble erroné. Ceci peut être fait en recherchant les endroits du texte comportant des leçons incompréhensibles ou en examinant la leçon d'autres textes témoins pour trouver une leçon supérieure. Les conflits sont habituellement résolus en faveur du texte de référence.

La méthode est fragile : elle favorise l'intégration des « fautes » du copiste, telles les interpolations, ou l'intégration de gloses (« annotations ») dans les copies suivantes du texte quand l'édition de référence est le plus récent manuscrit. Dans quelques cas, ces parties de texte modifiées du point de vue du contenu l'ont été volontairement – comme quelques passages d'un évangile adaptés aux passages parallèles d'un autre évangile.

La première édition du Nouveau Testament en grec à avoir été publiée, celle d'Érasme en 1516, a été produite par cette méthode : le texte de la polyglotte d'Alcalá avait été imprimé dès 1514, mais il ne fut mis en circulation que plus tard. Cette édition ne comporte pas d'apparat critique : la première à en être pourvue est celle de Robert Estienne, en 1550. Faute d'un manuscrit contenant le Nouveau Testament entier, Érasme en a utilisé plusieurs. Pour l'essentiel du texte, il s'est appuyé sur deux manuscrits médiocres du XIIe siècle conservés dans une bibliothèque monastique de Bâle, l'un des Évangiles, l'autre des Actes et des Épîtres, qu'il a comparés à deux ou trois autres et corrigés en marge ou entre les lignes à l'usage de l'imprimeur ; pour l'Apocalypse, il n'a disposé que d'un manuscrit du XIIe siècle emprunté à Reuchlin.

Éclectisme

L'éclectisme consiste à retenir, en chaque point de variation, la leçon qui rend le mieux compte de l'existence des autres, sans tenir a priori un manuscrit ou un groupe de manuscrits pour supérieur. Le texte ainsi établi ne se lit intégralement dans aucun manuscrit : il combine des leçons empruntées à des témoins différents.

La méthode se partage en deux courants. L'approche dite éclectisme raisonné, que suivent la quasi-totalité des critiques contemporains, fait jouer ensemble les données externes - âge, répartition géographique et poids relatif des témoins - et les données internes, qui relèvent d'une part des habitudes des copistes, d'autre part du style et du vocabulaire de l'auteur. L'approche dite éclectisme intégral, défendue notamment par G. D. Kilpatrick puis par J. Keith Elliott, donne au contraire la priorité aux seules considérations internes : pour ce courant, aucun manuscrit ni groupe de manuscrits ne détient le monopole des leçons originales, et ni le nombre, ni l'ancienneté, ni la répartition géographique des témoins ne fournissent d'argument décisif, faute de savoir combien d'étapes séparent un manuscrit donné de l'original et quelles modifications sont intervenues à chaque copie.

L'éclectisme raisonné est la méthode dominante d'édition critique du texte grec du Nouveau Testament. La 28e édition du Novum Testamentum Graece (Nestle-Aland), parue en 2012, en est le principal représentant ; une 29e édition est en préparation, qui intégrera les résultats de l’Editio Critica Maior pour Marc, les Actes et l'Apocalypse.

Pour les livres du Nouveau Testament traités dans l’Editio Critica Maior, le texte n'est plus établi par le seul éclectisme : il l'est au moyen de la méthode généalogique fondée sur la cohérence (Coherence-Based Genealogical Method, CBGM), que ses concepteurs présentent comme un complément et un correctif aux approches existantes. Ce déplacement s'accompagne d'un changement de vocabulaire, les éditeurs ne parlant plus de texte original mais de texte initial, forme du texte à partir de laquelle la tradition manuscrite conservée peut être expliquée. Sur l'état des éditions du Nouveau Testament grec, voir l'établissement du texte du Nouveau Testament.

Stemmatique

La recension stemmatique est l'une des approches les plus rigoureuses de la critique textuelle. Elle exige la reconstruction de l'histoire du texte en examinant les variantes selon des modèles d'erreur. En particulier, les critiques stemmatiques emploient le principe que « une communauté d'erreur implique une unité d’origine » pour décider si un groupe de manuscrits sont engendrés d'un intermédiaire perdu, nommé un hyparchétype. On détermine alors les relations entre les intermédiaires perdus par le même processus, de sorte que tous les manuscrits existants puissent être placés dans un arbre généalogique ou stemma codicum descendus d'un seul hyparchétype.

Après cette étape, appelée la recensio, le critique stemmatique procède alors à l'étape de la selectio, où le texte de l'archétype est déterminé en examinant les variantes des hyparchétypes les plus proches de l'archétype et en choisissant les meilleurs. Dès que le texte de l'archétype est établi, se déroule l'étape de l’examinatio pour examiner ce texte et en rechercher les corruptions. Si le texte archétypal semble corrompu, il est corrigé par un processus de divinatio ou une emendatio.

Ainsi, la méthode stemmatique adopte les techniques des autres approches après le recollement des manuscrits dans un cadre historique rigoureux. Le processus de selectio ressemble à la critique textuelle éclectique, mais appliquée à un ensemble restreint d'hyparchétypes hypothétiques. Les étapes de l’examinatio et de l’emendatio ressemblent à la méthode du texte de référence.

La faiblesse de la méthode tient au fait que les antécédents familiaux du texte ne peuvent être déterminés rigoureusement, seulement approchés.

S’il semble qu’un manuscrit est le texte de loin le meilleur, la méthode de l’édition de référence est appropriée ; s'il semble qu'un groupe de manuscrits est bon, alors l'éclectisme sur ce groupe s'impose.

Notes et références

  1. ↑ Metzger et Ehrman 2005, p. 303.
  2. ↑ Aland et Aland 1989, p. 281.
  3. ↑ Metzger et Ehrman 2005, p. 166-167 et 303.
  4. ↑ Royse 2010, p. 705-736, en particulier 735.
  5. ↑ Metzger et Ehrman 2005, p. 142-143 et 150.
  6. ↑ Ehrman et Holmes 2013, Michael W. Holmes, « Reasoned Eclecticism in New Testament Textual Criticism », p. 771-772.
  7. ↑ Ehrman et Holmes 2013, J. Keith Elliott, « Thoroughgoing Eclecticism in New Testament Textual Criticism », p. 745-746.
  8. ↑ (de) « Ausblick: Nestle-Aland 29 », sur Deutsche Bibelgesellschaft (consulté le )
  9. ↑ Novum Testamentum Graece, Nestle-Aland, 28e éd., 2012, introduction, p. 48*, 52* et 53*. Sur la méthode, voir Gerd Mink, « Contamination, Coherence, and Coincidence in Textual Transmission: The Coherence-Based Genealogical Method (CBGM) as a Complement and Corrective to Existing Approaches », dans Klaus Wachtel et Michael W. Holmes (dir.), The Textual History of the Greek New Testament, Atlanta, Society of Biblical Literature, 2011, p. 141-216.

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes

Liens externes