Datcha Mesmacher

Datcha Mesmacher
Дача Месмахера
La datcha Mesmacher en novembre 2020.
Présentation
Type
Partie de
Pargolovo Manor (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Destination initiale
Maison de villégiature
Style
Architecte
Maximilian Mesmacher
Matériau
Début de construction
Années 1870 (premier projet)
Fin de construction
1902 (dernier remaniement)
Propriétaire initial
Georg Mesmacher
Patrimonialité
Objet du patrimoine culturel d'importance régionale
Localisation
Pays
Russie
Ville fédérale
District
Localité
Adresse
Parc Chouvalov, 13, lettre A
Coordonnées
Géolocalisation sur la carte : Russie
(Voir situation sur carte : Russie)
Géolocalisation sur la carte : Saint-Pétersbourg
(Voir situation sur carte : Saint-Pétersbourg)

La datcha Mesmacher (en russe Дача Месмахера), également appelée datcha jaune (Жёлтая дача) ou « maison aux fantômes », est une maison de villégiature en bois située dans le parc Chouvalov, à Pargolovo, au nord de Saint-Pétersbourg. Elle fut conçue par l'architecte Maximilian Mesmacher pour son frère Georg, juriste. Son premier projet remonte aux années 1870, tandis que le millésime 1902, porté par sa girouette, correspond à son dernier remaniement. Elle est considérée comme la seule datcha en bois de Mesmacher conservée en Russie presque sans modification.

Protégée comme objet du patrimoine culturel d'importance régionale, la maison se dégrada fortement faute d'entretien au début du XXIe siècle. Vendue aux enchères par une filiale de Rostec en 2020, elle a fait l'objet en 2023 de travaux d'urgence et de conservation, préalables à une restauration complète.

Situation

La datcha se trouve au numéro 13, lettre A, du parc Chouvalov, dans la localité de Pargolovo, rattachée au district de Vyborg. Elle s'élève près de l'entrée du parc, en face de l'ensemble palatial des comtes Chouvalov, dans la zone de protection du parc, lui-même protégé comme monument d'importance fédérale. La maison occupe une parcelle de 359 m2, tandis que les terrains environnants relèvent de la propriété fédérale.

Histoire

Une maison pour Georg Mesmacher

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les propriétaires du domaine de Pargolovo louaient des parcelles sur lesquelles les locataires faisaient bâtir des maisons de villégiature. Georg Mesmacher, juriste de formation, travaillait à l'école centrale de dessin technique du baron Stieglitz, dont son frère Maximilian fut le premier directeur de 1879 à 1896 ; il ne possédait jusque-là aucun domicile fixe et louait des appartements à Saint-Pétersbourg.

Un bail de 1899, conclu avec l'administration du domaine, situe la parcelle près des portes dites « Secondes » ou « Rouges » du parc, en face des datchas de Bourenine et de Rein. Il fixait le loyer à 250 roubles par an, payables d'avance, et mettait à la charge du locataire l'entretien et les réparations des bâtiments, des clôtures et du jardin. Les activités commerciales et industrielles étaient interdites sur la parcelle ; le locataire pouvait puiser gratuitement l'eau d'un puits du comte et arroser son jardin avec celle d'un étang voisin.

La datation de la maison varie selon les sources. La Grande Encyclopédie russe la situe dans les années 1870, d'autres publications retiennent les années 1870-1879, les années 1900-1902 ou l'année 1902. Selon le journaliste et historien local Sergueï Glezerov, le premier projet date des années 1870 et le millésime 1902, inscrit sur la girouette à côté des initiales « GM », correspond au dernier remaniement de la maison.

L'époque soviétique

La maison traversa la Révolution russe et le siège de Léningrad, et fut habitée pendant la période soviétique. À partir de 1947, elle releva de l'Institut de recherche sur les courants à haute fréquence V. P. Vologdine (VNIITVTch), installé dans les palais du domaine Chouvalov. Un passeport technique de 1987 la décrit comme la base de loisirs sportifs de l'institut. Les plans de 1964 ne montrent depuis lors aucune transformation structurelle, hormis le remplacement des poêles à bois par le chauffage au gaz.

Abandon et obligations de conservation

Devenu propriétaire du bâtiment en 2005, l'institut était tenu par des obligations de protection envers le Comité pour le contrôle, l'utilisation et la protection des monuments historiques et culturels de Saint-Pétersbourg (KGIOP). Selon ce dernier, il aurait dû faire réaliser une étude de l'état technique de la maison en 2011, puis un projet de réparation en 2014, mais il n'avait encore soumis aucun document en 2015. L'institut faisait valoir que le bâtiment était clos, gardé et chauffé en hiver, qu'il en avait démoli une annexe non autorisée et restauré le perron historique, mais que les moyens manquaient pour une restauration complète.

En 2017, l'extérieur paraissait encore en bon état, mais l'intérieur souffrait d'infiltrations anciennes : une tempête avait arraché une quinzaine d'années plus tôt une grande partie de la couverture métallique, qui n'avait pas été réparée à temps. Les fondations étaient jugées saines. Au printemps 2018, une partie de la façade s'effondra. Une décision de justice imposa alors à l'institut de restaurer la maison avant le 23 juillet 2019, conformément à une documentation approuvée par le KGIOP, délai qui ne fut pas tenu.

Les ventes de 2020

Placé en 2018 sous la gestion de RT-Kapital, filiale de Rostec chargée des actifs en difficulté, l'institut mit en vente plusieurs biens jugés étrangers à son activité, dont la datcha Mesmacher et la « datcha verte » voisine. Lors des enchères organisées le 18 mai 2020 par la Maison russe des enchères, la datcha, d'une surface de 413,5 m2, fut adjugée avec sa parcelle à un entrepreneur individuel pour 5,63 millions de roubles, pour une mise à prix de 4,3 millions. L'acquéreur n'ayant pas réglé le prix, une nouvelle vente fut organisée en septembre 2020.

La datcha fut alors remportée pour 7,21 millions de roubles par la blogueuse et maquilleuse Rada Rousskikh, qui signa le contrat de vente le 30 septembre 2020 ; son droit de propriété fut enregistré en décembre suivant. Elle déclarait alors vouloir sauver la maison sans en avoir arrêté l'usage, écartait l'idée d'un restaurant ou d'une auberge et estimait le coût de la restauration à une dizaine de millions de roubles.

En avril 2021, les Vedomosti de Saint-Pétersbourg constataient qu'aucun chantier n'avait commencé : seules les fenêtres du rez-de-chaussée avaient été condamnées et des panneaux « propriété privée » posés, alors que la toiture était en très mauvais état et qu'une partie du bâtiment menaçait de s'effondrer. Le copropriétaire Fiodor Savintsev évoquait un projet de restauration et la création éventuelle d'une fondation caritative. Alexandre Kononov, de la Société panrusse de protection des monuments historiques et culturels (VOOPIK), soulignait que la propriété ne portait que sur le sol situé sous la maison, les terrains alentour restant fédéraux, ce qui compliquait jusqu'à l'installation d'une guérite et d'une clôture.

La procédure judiciaire

En novembre 2021, le KGIOP délivra une mission pour l'élaboration de la documentation de restauration, que la propriétaire ne présenta pas. Une inspection menée en avril 2022 constata une nouvelle dégradation depuis juillet 2021 : structures en bois déformées, rondins et bardage pourrissants, baies voilées, planchers en partie effondrés dans la partie nord, toiture percée et plafonds enduits endommagés par les infiltrations.

Les travaux d'urgence, exigés pour la fin du mois de juillet 2022 par l'obligation de protection, n'ayant pas été réalisés, le KGIOP saisit la justice en septembre 2022 afin d'obtenir la conservation du monument dans un délai d'un an, sous peine d'une astreinte de 100 000 roubles, puis de 150 000 roubles par mois. Il porta également plainte auprès de la police pour des dégradations commises par des tiers. En mars 2023, le tribunal d'arbitrage de l'oblast de Sverdlovsk, compétent en raison du lieu d'enregistrement de la propriétaire, fit entièrement droit à cette demande.

Les travaux de conservation

La documentation révisée fut remise au KGIOP en avril 2023 et l'autorisation de travaux délivrée en mai. Le chantier, dont le début fut annoncé le 2 juin 2023, comprenait la pose d'une couverture provisoire, la réparation de parties de la toiture, le rétablissement de l'évacuation des eaux pluviales, l'étaiement provisoire des parties dangereuses et la fermeture des accès non autorisés. Membre de l'ICOMOS, l'expert Alexandre Demine rappelait qu'il ne s'agissait pas d'une restauration et que le principal problème tenait sans doute à l'état des éléments porteurs en bois, très atteints par la pourriture, et des fondations en brique.

Ces travaux furent réalisés par l'entreprise de restauration Intef, qui en fit approuver le rapport par le KGIOP et obtint de celui-ci un certificat de réalisation ; elle préparait ensuite le projet de restauration complète et d'adaptation du bâtiment à un usage contemporain. Dans un entretien publié en octobre 2023, Rada Rousskikh indiquait avoir investi environ 23 millions de roubles et évaluait le coût total de l'opération entre 100 et 120 millions. Elle envisageait désormais un restaurant doté d'une grande terrasse d'été au rez-de-chaussée et une auberge à l'étage, dont l'exploitation serait confiée à une société de gestion.

Architecture

Extérieur

La datcha est une construction en bois à deux niveaux. Sa composition asymétrique et dynamique et son riche décor sculpté associent des références néogothiques, des éléments de l'Art nouveau et des motifs inspirés des terems de l'architecture russe ancienne : tourelles, balcons, lucarnes ouvragées et corniches sculptées. La tourelle nord-est porte les initiales « GM » de Georg Mesmacher, et la girouette le millésime 1902. La couleur jaune de ses parois lui a valu son surnom.

Intérieurs

Parmi les éléments intérieurs protégés figurent un escalier en bois et plusieurs rosaces de plafond ; aucun poêle ne fait partie des éléments protégés, les poêles à bois ayant été remplacés par le chauffage au gaz à l'époque soviétique.

Interprétations

Dans une communication présentée en 2021 aux « Lectures Mesmacher » de l'Académie d'art et d'industrie Stieglitz, A. M. Arabidis rapproche la datcha de la Red House conçue par Philip Webb pour William Morris. Cette comparaison porte notamment sur l'articulation entre la maison et le jardin, l'importance accordée au décor et l'évocation romantique du Moyen Âge, sans établir de filiation directe entre les deux œuvres.

Galerie

Notes et références

Sur les autres projets Wikimedia :

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