Les Lètes sont les membres de certains peuples germains et iraniens (Sarmates, Alains, etc.) épargnés par l'armée romaine après leur défaite. Ils constituent vraisemblablement, malgré l'opacité de leur statut légal dans les sources, un ordre particulier de groupes barbares liés à l'Empire.
Le terme lètes serait issu d'un mot germanique *lātaz (cf. m. néerl. laet, v. h. all. lāz, v. fris. lēt, v. angl. lǣt) signifiant « lâché, permis », c'est-à-dire « affranchi ».[réf. nécessaire]
Le terme latin laetus, pluriel laeti est attesté pour la première fois en 297 dans le panégyrique de Constance Chlore, qui mentionne l'installation de Germains en Gaule du nord, sur les territoires des Nerviens, des Ambiens et des Bellovaques pour remettre en culture les terres abandonnées suite aux invasions.
Il correspond en effet dans le droit romain à la condition de déditice, la privation de tout droit civique, qui place directement sous le pouvoir de l'empereur. Les « barbares » soumis étaient désarmés et déplacés de force vers les terres de l'empire (saltus ou terres défrichées et cultivées conquises), qu'ils devaient défricher ou cultiver. Les hommes étaient en outre astreints au service militaire obligatoire, devenant ainsi des sujets de l'empire, mais placés directement sous domination militaire, contrairement aux Gallo-romains « vrais » qui pouvaient recourir à l'administration civile. Mais, à la différence de l'habitude de l'Empire de disperser les hommes vaincus devenus déditices, les Lètes n'étaient pas séparés entre différents territoires à cultiver ; ils ont ainsi fini par constituer des entités homogènes sur le même territoire, dont l'assimilation a été moindre, et une nouvelle menace pour Rome.
Du point de vue romain, cette manœuvre permettait de revaloriser les terres délaissées par leurs populations traditionnelles (c'est le cas en Dacie, Pannonie et en Illyrie après 375, par exemple) et de remédier aux problèmes de recrutement de l'armée tout en éloignant structurellement une menace pour le limes.
Du point de vue germanique, cette condition est extrêmement infâmante : le vaincu est déplacé, forcé à devenir fermier et privé de ses armes, qui étaient la marque de son statut d'homme dans la tradition gauloise ou germanique. Lors du service militaire, les jeunes hommes étaient tondus (les cheveux longs étaient aussi une marque de liberté… et de noblesse dans la Gaule chevelue).
Les enfants de ces vaincus restent des « Lètes », mais ceux qui survivent à une carrière militaire complète pourront accéder à la pleine citoyenneté. Il y a par ailleurs un débat historiographique concernant l'interprétation du papyrus de Giessen, source textuelle de l'édit de Caracalla, afin de savoir si les déditices bénéficiaient, ou non, de cet édit.
Il convient de différencier les Lètes des peuples fédérés comme les Goths qui, eux, gardent une autonomie (le fœdus est un contrat d'égal à égal et non une soumission).
De manière générale, ils ne sont pas à prendre en tant que groupe communautaire (auquel cas, lire peuple fédéré), mais sur le plan individuel comme des colons qui sont réimplantés sur les terres qui leur sont assignées. Ils ne perdent pas forcément leur culture germanique, et leur adhésion à la culture latine et à son rayonnement culturel est relatif, ce qui les amène vraisemblablement à changer d'allégeance une fois que les armées gothiques traversent les provinces (lire guerres gothiques, bataille d'Andrinople et geste d'Alaric).
Les Lètes sont présents sur nombre de frontières de l'empire, mais en Belgique seconde (entre Rhin et Ardennes) ils jouent un rôle sans équivalent. Les Saliens sont en effet des déditices, et ils semblent accepter ce statut mieux que nombre d'autres tribus barbares, au point d'en faire un élément-clé de leur identité, ce qui provoquera d'originales conséquences institutionnelles. Pour plus de détails sur les Lètes francs, voir cet article.
Pour l'infanterie (praesentales pediti), les préfets (Praefectus laetorum) dirigent leur troupes, comme les unités régulières, sous le commandement général du maître de la milice (Magister militum).
En Gaule aquitaine :
En Gaule belgique :
En Gaule narbonnaise :