| Artiste | |
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| Date |
1870 |
| Type | |
| Commentaire |
Tableau disparu depuis le XIXe siècle |
Deux Bons Amis est une peinture à l'huile sur toile réalisée en 1870 par le peintre français François-Alfred Delobbe. Il s'agit de l’un de ses tableaux les plus diffusés, aujourd’hui considéré comme perdu, mais dont la fortune critique et commerciale au XIXe siècle est exceptionnellement bien documentée.
Deux Bons Amis (1870) représente un enfant et un chat partageant un moment de repas. C’est une scène domestique, simple, affective, universelle, centrée sur l’enfance et la douceur du quotidien. Ce type de sujet correspond parfaitement à ce que Delobbe maîtrise déjà en 1870 : la tendresse naturaliste, la psychologie enfantine, et la scène de genre intimiste. C’est un tableau conçu pour toucher un public large, au-delà des frontières françaises.
L'année 1870 est le moment où Delobbe s’installe durablement dans l’univers breton, grâce à ses séjours à Concarneau avec Alfred Guillou et Théophile Deyrolle. Cette année‑là, il peint : Jeune Fille de Concarneau (Finistère) et Le Coin du bois, plusieurs études d’enfants bretons, aujourd’hui dispersées et Deux Bons Amis. Autrement dit : toute sa production de 1870 est bretonne, ou fortement marquée par la Bretagne. Les œuvres de 1870 ont toutes les mêmes caractéristiques : lumière douce, latérale, atmosphère intime, décor simple, non pittoresque, psychologie enfantine très fine, absence de folklore forcé, vérité des gestes. Ce sont exactement les traits de la Jeune Fille de Concarneau, Le Coin du bois, où la toile Deux Bons Amis partage la même lumière, la même douceur, la même vérité que les scènes bretonnes de 1870.

Dans les années 1870, Delobbe peint des enfants bretons dans des intérieurs modestes, avec des animaux domestiques (chats, chiens, poules), dans des scènes de repas ou de travail. C’est exactement ce que montre Deux Bons Amis. Le chat, notamment, est très présent dans les intérieurs bretons du XIXe siècle, où il protège les réserves de nourriture des rongeurs. Le sujet est parfaitement compatible avec une scène bretonne. Deux Bons Amis est très probablement une scène bretonne, peinte dans le même esprit et au même moment que La Jeune Fille de Concarneau et Le Coin du bois. Ce n’est pas une certitude absolue — le tableau est perdu — mais c’est l’hypothèse la plus cohérente, historiquement et stylistiquement.
Dès 1872, Goupil & Cie — le plus puissant éditeur d’images d’Europe — publie une photoglyptie du tableau. Cette diffusion implique que Goupil a jugé l’œuvre hautement commercialisable, que le sujet convenait parfaitement au marché international. La photoglyptie est vendue à Paris, à Londres, à New York, à Berlin, à La Haye.
En 1876, The Illustrated London News — le plus grand hebdomadaire illustré du monde — commande à William Hollidge une gravure d’après le tableau. Cette gravure paraît le . Pourquoi est‑ce important ? Le ILN tirait à plus de 300 000 exemplaires. Une gravure dans ce journal garantissait une visibilité mondiale. Hollidge était l’un des meilleurs graveurs de son temps. Le sujet — un enfant et un chat — correspondait parfaitement au goût victorien. La gravure fait de Deux Bons Amis une icône internationale. La gravure de Hollidge entre dans les collections du Metropolitan Museum of Art en 2013, ce qui atteste de la popularité durable du sujet, tout en inscrivant Deux Bons Amis dans le patrimoine mondial de l’image imprimée.
Probablement vendu très tôt à un particulier, ce tableau n’a pas été exposé au Salon. Il a pu être détruit, endommagé, ou simplement oublié. L’absence totale de réapparition depuis le XIXe siècle laisse penser que l’œuvre est soit détruite, soit dans une collection privée inaccessible. Deux Bons Amis reste une œuvre fondatrice de Delobbe, même si elle n’existe plus physiquement.