Diamanda Galás

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Diamanda Galás
Diamanda Galás
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Diamanda Galás, née le à San Diego (Californie), est une artiste d'avant-garde américaine, musicienne, poète et chanteuse.

Biographie

Enfance et études

Elle naît en Californie de parents Grecs orthodoxes. Son père, musicien, est un Grec pontique d'Anatolie, contraint à s'exiler de Turquie vers les États-Unis. Son père, professeur de mythologie grecque et tromboniste de jazz, l’initie à la musique, au jazz, puis à la musique traditionnelle arabe et grecque. Comme il stigmatise fortement la pratique du chant, Diamanda Galás apprend d'abord le piano, réalisant son premier concert avec l'orchestre symphonique de San Diego à l'âge de 14 ans.

Elle étudie la biochimie à l'université du Sud de la Californie (Los Angeles), tout en suivant un cursus de chant lyrique et de musique (piano) jazz. Elle poursuit ensuite ses études en Europe.

Débuts (années 1980 et 1990)

Elle débute sur scène en 1979 au Festival d'Avignon, dans un opéra du compositeur Vinko Globokar, Un jour comme un autre, en collaboration avec Amnesty International.

En 1983, son frère Philip Dimitri Galás (1954-1986) est déclaré séropositif. Il décède du Sida en 1986. Elle oriente alors ses thématiques autour du sida et de la communauté homosexuelle. Elle publie en 1985 une trilogie intitulée The Masque of the Red Death, offertoire en mémoire des victimes du Sida. En 1991 avec l'album Plague Mass enregistré dans une église new-yorkaise, elle se livre à une attaque virulente contre l'attitude de l'Église catholique face au Sida. Avec Vena Cava (1992), œuvre pour voix et électronique, elle traite de la folie et de la dépression clinique qui accompagnent certains cas de Sida.

En 1994, elle enregistre un disque en collaboration avec John Paul Jones, bassiste de Led Zeppelin, qui est son album le plus proche de la musique rock à ce jour.

Sa carrière se poursuit avec Schrei 27 (1996), qui revient au thème de la torture et de l’isolement, ainsi qu’avec un opéra intitulé Nekropolis.

Elle travaille ensuite sur un cycle autour des génocides intitulé Defixiones, Will and Testament, présenté dans plusieurs versions/étapes depuis une première, le , à Gand, suivi par des performances à la Kitchen de New York et des productions officielles pour le Barbican de Londres, les Opéras d’Athènes, de Sydney, les festivals de Perth, Mexico, Dresde, etc.

Collaborations et renouvellement du répertoire (années 2000 et 2010)

Elle participe en 2000 à l'album Liquid de Recoil, projet solo de Alan Wilder (ex Depeche Mode), notamment pour le chant sur le titre Strange Hours.

En 2011 elle collabore avec l'artiste russe-italien, dissident de l'ère soviétique, Vladislav Shabalin pour l'installation sonore Aquarium, inspirée par la catastrophe écologique du Golfe du Mexique. L'oeuvre est et exposée à la Leonhardskirche de Bâle (Suisse) du 12 au 2011 et dans l’église San Francesco à Udine en Italie, au festival Vicino/Lontano, du 9 au 2013.

Elle ajoute également à son répertoire un intérêt pour les musiques traditionnelles et populaires d’Asie Mineure, du rebetiko grec et arménien aux Amanes (lamentations improvisées des années 1920 et 1930), qu’elle incorpore à ses « tours de chant ». Ces concerts, dont le programme combine ses propres compositions à des emprunts à diverses traditions musicales ou littéraires, sont des coupes transversales dans un répertoire généralement sombre, qu’elle interprète seule au piano, et qui couvre les thèmes de l’exil (Songs of Exile), de l’amour assassin (Guilty, Guilty, Guilty), de la tragédie (Chansons Malheureuses).

Identité artistique et thématiques

Diamanda Galás chante, avec une voix d'une amplitude d'au moins trois octaves et demi, joue du piano, compose et écrit. Elle en vient d'abord au chant et à la voix tout d’abord dans une vocation thérapeutique (elle chante quelque temps dans les cliniques et les asiles psychiatriques) avant d’en faire son instrument principal.

Son apparence, ses performances scéniques, volontiers provocatrices, alliés à ses engagements qui font d'elle une véritable activiste lui ont valu le surnom de « diva des dépossédés », lui donnant parfois un statut d'icône gothique.

Galás est une artiste de scène, qui se produit beaucoup aux États-Unis et en Europe, avec des spectacles qui tiennent davantage de la performance que du concert proprement dit.

Elle collabore avec de nombreux artistes d'avant-garde comme Philip Glass, Terry Riley, John Zorn, Iannis Xenakis et Vinko Globokar, ainsi qu'à la bande originale du film Dracula de Francis Ford Coppola, et du film Tueurs nés d'Oliver Stone.

Plusieurs de ses oeuvres portent sur la torture et les victimes de toutes formes d’oppression : Un Jour comme un autre, basé sur le rapport d’Amnesty International sur un cas de torture en Turquie, les Litanies of Satan, adaptées d’un poème de Charles Baudelaire et dédiées à tous ceux qui souffrent d’isolement et d’aliénation sociale par la faute du gouvernement, Tragouthia apo to Aima Exoun Fonos (Cantique pour le sang des prisonniers assassinés), dédié aux victimes de la junte militaire grecque, Insekta dédié aux gens qui souffrent dans des institutions psychiatriques, etc. Elle travaille également sur le sida (dans les années 1980 et 1990) et les génocides, mettant en musique et interprétant des textes de Paul Celan, Pier Paolo Pasolini, Gérard de Nerval, Henri Michaux, etc. Le deuil, la souffrance, le désespoir, l'humiliation, l'injustice sont des thèmes récurrents de ses compositions, qu'elle chante, ou hurle d'une manière qui évoque parfois la glossolalie.

Sida

Diamanda Galás se positionne violemment contre la droite religieuse des États-Unis qui voit dans l’épidémie une rétribution divine et détournera l’imagerie et les textes religieux à son profit. Outre les allusions à Edgar Allan Poe (dans le titre The Mask of the Red Death notamment), elle utilisera plusieurs textes bibliques, contrastant la compassion des psaumes et des Lamentations à la cruauté des textes mosaïques ou du Lévitique, cités par la majorité morale autoproclamée comme condamnation définitive de l’homosexualité. Ces textes sont tout à la fois récités, chantés, criés, dans une construction programmatique inspirée des grands offices religieux.

Les trois disques de cette trilogie : The Divine Punishment (1985), Saint Of The Pit (1986) et You Must Be Certain Of The Devil (1988) seront plus tard rassemblés dans un concert intitulé Plague Mass, dont la première aura lieu le en la cathédrale St. John-the-Divine, à New York. Cette trilogie et les concerts qui l’accompagneront amorceront les accusations d’immoralité, de blasphème, voire de satanisme qui poursuivront Galás pendant une grande partie de sa carrière. Outre son combat en faveur de la communauté homosexuelle, ses détournements de textes religieux ou son usage de la figure du Christ comme symbole de la rébellion contre l’ordre établi, ses détracteurs focaliseront sur des pièces comme Sono L'Antichristo dans laquelle Galás entonne : « Je suis le Fléau. Je suis l'Imbécile Sacré. Je suis la merde de Dieu. Je suis le Signe. Je suis la Peste. Je suis l'Antéchrist ».

À cette époque Galás avait amélioré la maîtrise de sa voix, passant du langage au cri en quelques secondes, atteignant une tessiture de trois octaves et demie, démultipliant sa voix via l’électronique (utilisant plusieurs microphones, des effets de delays, etc.), expérimentant de nouvelles techniques vocales ou de nouveaux effets. Puisant son inspiration autant dans les « Schrei-opéra » de l’expressionnisme allemand que dans des références aux chœurs grecs antiques, aux « poètes maudits », Baudelaire, Tristan Corbière, Gérard de Nerval, etc., mais aussi dans la tradition américaine du blues (John Lee Hooker, Screamin' Jay Hawkins, Willie Dixon), de la country (Hank Williams), et du jazz (Ornette Coleman), Galás a réinventé les personnages de la Furie, de la Harpie. Comme elles, elle se positionne comme témoin et juge, réclamant vengeance des crimes commis par l’humanité contre elle-même. Les Furies, dans la tradition latine, ou Erinyes dans la tradition grecque, personnifient la malédiction lancée contre les auteurs de crimes horribles qu’elles poursuivent durant toute leur vie. Justes mais sans merci, aucune prière ni sacrifice ne peut les émouvoir ni les empêcher d'accomplir leur tâche. À l'origine, les êtres humains ne peuvent ni ne doivent punir les crimes horribles. C’est donc aux Furies qu’il revient de poursuivre le meurtrier de l'homme assassiné et d'en tirer vengeance. Elle voit son rôle d’artiste en partie comme une catharsis personnelle, mais surtout comme un cérémonial sacrificiel, dirigé vers le public. Celui-ci est pris à partie des violences et des crimes qui sont commis, non à son insu, mais au contraire devant ses yeux et qu’il refuse souvent de prendre en considération. « Mes ennemis », déclare-t-elle, «« sont les gens qui choisissent de rester ignorants, car ils sont poltrons et aiment courir en bandes »[réf. nécessaire].

Génocides

Dans son cycle intitulé Defixiones, Will and Testament, elle traite du génocide en général, mais surtout des génocides commis entre 1914 et 1923 par les Ottomans sur les Arméniens, les Assyriens et les Grecs d’Anatolie. Ces génocides, et la position négationniste de la Turquie à ce propos, sont le point de départ d’une méditation furieuse sur les crimes contre l’humanité, ainsi que sur l’hypocrisie et l’indifférence coupable de l’opinion publique et des pouvoirs politiques des grandes puissances sur les injustices commises à ses portes. Galás évoque ces massacres à travers des textes d’écrivains comme Henri Michaux, Paul Celan, Pier Paolo Pasolini, Adonis ou le Dr Freidoun Bet-Oraham, mais aussi au travers des « Defixiones ». Ces « Defixiones » sont des formules rituelles, mi-avertissements, mi-malédictions, qu’on trouve traditionnellement en Grèce et en Asie Mineure sur les tombes. Elles menacent d’une vengeance terrible toute personne profanant ou déplaçant les sépultures. Le symbole est d’autant plus fort dans le cas de populations assassinées, déplacées de force, mortes sur le chemin de l’exil, et dont les survivants sont coupés de leurs racines.

Discographie/Bibliographie

Albums

Rééditions

Singles

Vidéos

Livres

Notes et références

  1. 1 2 (en-US) Louise Brown, « The Immortal Diamanda Galás: Still Wild, Still Extreme », sur VICE, (consulté le )
  2. 1 2 3 4 (en-US) Jim Farber, « See That My Grave Is Kept Clean: The Regal Darkness of Diamanda Galas », sur Observer, (consulté le )
  3. ↑ (en-US) Stephen Holden, « DIAMANDA GALAS, AVANT-GARDE DIVA », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le )
  4. ↑ (en-US) George Varga, « Diamanda Galas sings with pain-fueled eloquence about human suffering: ‘I’m inhabited by dark subject matter’ », sur San Diego Union-Tribune, (consulté le )
  5. 1 2 (en) Luke Turner, « Diamanda Galás: devil woman », sur Dazed, (consulté le )
  6. ↑ .
  7. ↑ (en) « Aquarium : installation by Vladislav Shabalin, sound by Diamanda Galás : Diamanda Galas », sur diamandagalas.com (consulté le ).
  8. 1 2 (en-US) Manny Theiner, « Diamanda Galás combines astounding vocal range, social commentary », sur Pittsburgh City Paper | News, Dining, Music, Best Of, Arts, Film, (consulté le )
  9. ↑ (en-US) Charles Curkin, « Diamanda Galás, Still Wild and Primal, Returns to the New York Stage », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le )
  10. ↑ (en-US) Will Pinfold, « Diamanda Galás: The Divine Punishment », sur Spectrum Culture, (consulté le )

Liens externes