L’architecture naïve ou environnements visionnaires désigne des constructions édifiées par des personnes autodidactes sans formation artistique. Ce sont des créations de plein air élaborées par des artistes ayant un statut marginal, avec une vision subjective et personnelle.
Ces constructions n’ont généralement pas de but fonctionnel et s’apparentent à des sculptures monumentales. Nombre d’autres désignations sont également utilisées : Architectures imaginaires, marginales, populaires, jardins imaginaires ou d’Art brut, et leurs créateurs sont appelés « habitants-paysagistes », « archi-sculpteurs » ou encore « anarchitectes ». Ils sont souvent proches d’œuvres artistiques monumentales, comprenant l’agrémentation / décoration entière de l’habitation du créateur ou de vastes ensembles de sculptures disposées en plein air. Ils rejoignent par là une forme brute de land art et sont souvent un véritable art de la récupération et du recyclage.
Le caractère spontané de ces réalisations les apparente aux créations de l’art naïf ou de l’art brut. L’importance de ces constructions, œuvres souvent d’une vie pour leurs créateurs, suscite un mélange de rejet et d’admiration. La forte charge émotionnelle et symbolique attachée à ces réalisations rend leur transmission difficile. Peu d'occupants souhaitent habiter des lieux aussi lourdement investis par leur précédent propriétaire.
Qu’il soit l'œuvre de créateurs autodidactes ou éduqués, le phénomène des constructions marginales, habitations décorées, jardins de sculptures en plein air ou créations se rapprochant du Land art est aujourd’hui reconnu mondialement. À la disparition de leur créateur, faute d'une prise en charge par la collectivité, ces architectures sont généralement vouées à l'abandon et à la destruction.


Un facteur du Sud-Est de la France Ferdinand Cheval (1836-1924) porte le rêve de construire un palais merveilleux. En 1879, la découverte d'une pierre à la forme étrange lors d’une de ses tournées lui fait entamer la construction de son Palais Idéal. L’édification de cette incroyable construction imaginaire dans son jardin, à Hauterives (Drôme), lui prend 33 ans et fera l’admiration du monde entier (notamment d'artistes comme Breton, les surréalistes,ou Dubuffet). Classé au titre des monuments historiques le , le Palais idéal est aujourd’hui une visite touristique très prisée. Le terme architecture naïve a été principalement inventé pour définir l’œuvre de Ferdinand Cheval.
Plusieurs Environnements de ces « Habitants-Paysagistes » sont remarquables en France, dont :

De nombreux ouvrages ont fait connaître ces environnements, à commencer par Les Inspirés et leurs demeures de Gilles Erhmann (1962) préfacé par André Breton, et Les Jardins Imaginaires de Bernard Lassus (1977), véritable livre-manifeste, qui serviront de référence à la présentation de ces Environnements à l’exposition-clé Les Singuliers de l’Art (Musée d'Art moderne de Paris) en 1978. D'autres médiateurs ont œuvré depuis lors à faire connaître ces lieux, en les photographiant, en leur consacrant des ouvrages, voire en défendant leur préservation : Jacques Verroust et Jacques Lacarrière, Francis David, Claude et Clovis Prévost, Marc Décimo (depuis 1987), Olivier Thiébault, ou plus récemment dans les années 2000, Marielle Magliozzi et Bruno Montpied.

Là aussi, une figure emblématique et remarquable émerge, celle de Simon Rodia (1875-1965). Cet immigré italien passa trente-trois années de sa vie à construire neuf tours (dont trois très grandes) avec des matériaux de récupération, les Watts Towers, à Los Angeles. Le public commença à en mesurer la valeur lorsque la ville de Los Angeles menaça de les détruire en 1958. Une association se créa alors et les tours furent sauvées.
Un passionné, photographe, Seymour Rosen, décida alors de partir à la recherche d’autres environnements et d’œuvrer à leur conservation. Son travail amena musées et journalistes américains à consacrer des expositions et des articles à ce type de créations dans les années 1960 et 1970. En 1978, Rosen fonde l’Association SPACES (Saving and Preserving Arts and Cultural Environments), consacrée au sauvetage et à la préservation des Environnements visionnaires aux États-Unis, encore très active de nos jours. Pas moins de 300 créations d’envergure furent répertoriées !
De nos jours, de nombreuses associations privées ou muséales œuvrent à la préservation des Environnements aux États-Unis. Le magazine d’art international Raw Vision leur consacre régulièrement des articles.


Les environnements visionnaires sont très souvent un art du recyclage, de la récupération, où l’ingéniosité des auteurs doit rivaliser avec leur manque de moyens. L’une des constantes de ces constructions est le fait qu’elles soient nées d’accumulations, sans que leurs auteurs n’imaginent au départ quelles proportions elles allaient prendre finalement (la fin étant d’ailleurs souvent conditionnée par l’espace disponible lui-même ou la mort du créateur, tant l’idée est de remplir cet espace et d’être en constante évolution).
Ici plus qu’ailleurs se retrouvent les influences de l’art populaire : girouettes, manèges, personnages de carnaval ou de manifestations religieuses sont des figures courantes, les créateurs d’Environnements visionnaires réinterprétant le monde de leur enfance ou celui qui les entoure. Monde immédiat de figures ou d’animaux qu’ils côtoient, parfois réinterprétations d’images qui ont sollicité leur imaginaire (Maison Piccassiette, Jardin de Nous-Deux, Rock Garden…). D’autres essaient de rivaliser avec des constructions existantes, faisant ainsi œuvre d’architecte naïf (Watts Towers). Enfin, on trouve des accumulateurs anarchistes qui cheminent de manière plus abstraite sans chercher à représenter quelque chose (Maison aux Miroirs, Jardin des Coquillages…).