Goutroux

Goutroux
Goutroux
L'église Saint-Benoît Labre datant de 1895.
Administration
Pays Drapeau de la Belgique Belgique
Région Drapeau de la Région wallonne Région wallonne
Communauté Drapeau de la Communauté française de Belgique Communauté française
Province Drapeau de la province de Hainaut Province de Hainaut
Arrondissement Charleroi
Commune Charleroi
Code postal 6030
Code INS 52011L
Zone téléphonique 071
Démographie
Gentilé Goutroussien(ne)
Population 2 873 hab. (1/1/2025)
Densité 1 064 hab./km2
Géographie
Coordonnées 50° 24′ 49″ nord, 4° 21′ 44″ est
Superficie 270 ha = 2,70 km2
Localisation
Localisation de Goutroux
Localisation de Goutroux dans la commune de Charleroi
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Goutroux

Goutroux (en wallon Goutrou) est une section de la ville belge de Charleroi située en Région wallonne dans la province de Hainaut.

Avant la fusion des communes belges de 1977, Goutroux était une commune à part entière.

Toponymie

Goutroux, probablement forme germanique de « Gotte-rode » ce qui veut dire « essart de Gotton ».

Géographie

Situation

Goutroux est une localité située à environ 6 kilomètres à l’ouest de la ville de Charleroi. Son territoire couvre une superficie de 264 hectares 31 ares et s’étend sur près de trois kilomètres d’est en ouest. La commune est délimitée à l’ouest par Fontaine-l’Évêque, au nord par Souvret, au sud par Landelies, et à l’est par Courcelles et Monceau-sur-Sambre. Plus petite section de la ville de Charleroi, Goutroux est la plus boisée et comptant la plus forte proportion de maisons récentes.

Géographie et relief

Le relief de Goutroux présente un caractère relativement accidenté, en particulier dans sa partie méridionale, le long du cours de l’Ernelle. L’altitude selon Augusta Lemal varie sensiblement selon les points du territoire:

Nature du sol et sous-sol

Le sol présente une composition variée selon Augusta Lemal:

Le sous-sol renferme des couches de charbon demi-gras, témoignant de l’activité minière historique de la région.

Quartiers

Morgnies

Le nom Morignies dont les variantes anciennes incluent Morigny, Morgny, Morigniez, Morrennies ou Morgnies est attesté dès 1158, lorsque l’évêque de Liège Henri II mentionne les dîmes de Gozée, Landelies, Alne et Morrennies. Les formes médiévales se diversifient ensuite, comme silva de Morignies en 1171 ou Morigniez en 1495, tandis que les cartes de Frickx, Beaurain et Jaillot signalent au XVIIIe siècle un bois nommé Morgny. Selon Augusta Lemal, plusieurs documents du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle décrivent les limites du lieu-dit, notamment une affiche de vente de 1809 qui cite une prairie, une terre et un bosquet de haie situés entre Landelies, Marchienne et la vallée de l’Hernel.

Un calvaire, déjà présent avant 1810 et visible sur la carte de Ferraris, se trouvait à proximité. La tradition locale y situait un ancien lieu d’embuscade, interprétation qui aurait été renforcée par la découverte de squelettes lors de la destruction d’une butte. Augusta Lemal souligne toutefois que l’association populaire entre Morignies et un « lieu de mort » ne repose sur aucune base étymologique.

Les spécialistes du toponymie rattachent généralement les noms en -gnies, -ignies ou -egnie à un anthroponyme gallo-romain ou franc, suivi du suffixe celtique -acos, latinisé en -acum, devenu -iacus puis -ies. Morignies signifierait ainsi « domaine de Morinius » ou d’un nom apparenté. Augusta Lemal note également que plusieurs formes anciennes Morennies, Morinies, Morennis, Moregni évoquent un lien avec la famille seigneuriale de Rumigny, influente dans la région. Un Jean de Rumigni ou de Morengni est mentionné en 1303 dans le cartulaire de Saint-Lambert de Liège, ce qui suggère que les bois de Morgny auraient pu appartenir à cette lignée.

La Bretagne

Le toponyme Bretagne apparaît dans les registres de Landelies après 1870 et ne désigne l’ensemble du village qu’à partir de 1889. Selon Augusta Lemal, cette appellation s’appliquait d’abord au secteur nord de Goutroux, dont l’éloignement relatif a pu inspirer l’idée populaire d’un hameau « aussi loin que la Bretagne », bien que cette interprétation reste conjecturale. Une autre explication repose sur l’arrivée, en 1857, de deux familles dans une zone jusque-là inhabitée : François Piérard, surnommé Carjetan, et Cayetan Hudlot, originaire d’Yves-Gomezée. Le sobriquet Carjetan, rappelant des formes toponymiques bretonnes en Ker ou Caer, aurait pu susciter des associations spontanées avec la Bretagne, tandis que le nom Hudlot, perçu comme étranger, aurait renforcé cette impression.

Les archives montrent que Hudlot fut le premier occupant du secteur, suivi de Piérard et de nouveaux habitants à partir de 1863. La maison construite par Piérard, longtemps connue sous le nom de « maison de Carjetan », est considérée comme la première habitation du quartier. Augusta Lemal souligne que l’absence de constructions antérieures dans la parcelle du prince de Rheina-Wolbeck, combinée à l’arrivée de familles perçues comme « venues d’ailleurs », a probablement favorisé l’adoption du nom Bretagne. L’origine géographique de Cayetan Hudlot, associée à son prénom, aurait ainsi été interprétée localement comme un indice d’un lien imaginaire avec la Bretagne.

Lieux-dits

Amérique

Le nom Amérique, appliqué à un quartier de Goutroux, n’apparaît dans aucun document administratif ancien et semble avoir été d’abord employé de manière plaisante. La première mention connue date de 1894, lorsque Pierre Masset, utilise ce surnom pour désigner une zone encore marginale du village. D’après Augusta Lemal, la tradition locale attribue l’origine du terme au garde forestier Louviaux, à une époque où les discussions sur l’Amérique étaient fréquentes. Les premiers habitants installés dans cette partie boisée au XIXe siècle vivaient dans des conditions très rudimentaires, ce qui aurait suscité une comparaison humoristique avec les pionniers américains. Un témoignage de 1909, cité par Augusta Lemal, renforce cette interprétation : A. Deltenre décrit alors des habitations en torchis ou en gazon rappelant « un campement d’Indiens du Far West »’. L’aspect pittoresque et précaire de ces constructions aurait contribué à fixer durablement le surnom Amérique pour ce secteur de Goutroux, devenu un toponyme populaire malgré l’absence de reconnaissance officielle.

Le Pont-à-Vaches

Le toponyme Pont-à-Vaches apparaît dans les archives en 1894, lorsque le Conseil communal de Landelies évoque l’amélioration d’un chemin reliant ce secteur au hameau de La Bretagne. D’après les observations de Vincent, le mot vache n’entre que tardivement dans la toponymie régionale. Dès 1857, les parcelles du vallon sont toutefois décrites comme « bois de la 1re et 2e coupe de la Taille à vaches », la taille désignant ici un ravin boisé. Selon Augusta Lemal, l’appellation ferait référence à des épisodes de 1794 et 1830, lorsque des fermiers auraient conduit leur bétail dans ces vallons pour le protéger en période de troubles. Un récit de L. Goffin évoque notamment la panique de 1830, durant laquelle les habitants de Marchienne et Monceau se seraient réfugiés avec leurs vaches dans les bois de la Pairotte et de Goutroux.

Le nom renvoie également à la configuration du lieu : un ravin traversé par un ruisseau que l’on franchissait autrefois à gué. En 1894, Pierre Masset décrit d’ailleurs le « Pont des Vaches » comme un vallon au fond duquel coule un ruisseau. Augusta Lemal rappelle que ce vallon fut partiellement comblé en 1910 par les terres du terril du Cadet, puis entièrement remblayé jusqu’à la voie ferrée aujourd’hui le RAVeL. Malgré ces transformations, le ruisseau demeure indiqué sur les cartes de l’IGM, témoignant de la topographie originelle du site.

La borne des Quatre Seigneuries

La borne des Quatre Seigneuries, située le long du chemin de Fontaine à Roux, à la limite de Monceau et Goutroux, est un repère de pierre en forme de pyramide tronquée d’environ 70 cm de haut, dont l’origine remonte à plus de cinq siècles. Ses quatre faces portent les initiales des anciennes juridictions : L pour Landelies au sud, M pour Marchienne au nord, F-L pour Fontaine-l’Évêque à l’ouest et M pour Monceau à l’est. Elle est mentionnée dès 1467 dans la Charte de Monceau comme la « borne qui marque le partage de quatre seigneurs » : le prince-évêque de Liège, le seigneur de Monceau, celui de Fontaine et celui de Landelies. Augusta Lemal rappelle qu’un document du xviiie siècle évoque encore un « gros hêtre à quatre faces » occupant le même rôle de limite.

La présence de quatre seigneuries s’explique par les possessions féodales antérieures à 1794 : la famille de Fontaine contrôlait notamment Landelies aux xiiie – xive siècles, tandis que le prince-évêque de Liège était considéré comme le véritable seigneur de Marchienne. Une carte jointe à la concession minière de Monceau-Fontaine en 1846 confirme la convergence des quatre territoires à cet emplacement. Augusta Lemal signale que la borne, aujourd’hui très altérée, probablement en raison de la pollution, est accompagnée de deux bornes minières du XIXe siècle portant les inscriptions MF (Monceau-Fontaine) et MT (Martinet). Le secteur fut également le théâtre d’un affrontement entre Kléber et le prince d’Orange en 1794, lors de la campagne de Fleurus. D’autres bornes voisines, gravées M ou LAN-DEL-IS, marquent les limites entre Goutroux, Fontaine et Landelies.

Bornes de Berwinsart

Le nom Berwinsart désigne un ancien secteur situé au nord de Goutroux, entre Fontaine-l’Évêque, Souvret et le Sart d’Hainaut. Le suffixe -sart indique un terrain défriché, tandis que la première partie du toponyme renvoie à un radical celtique bebro / beber / bever, associé au castor, autrefois présent dans les régions gauloises. Ce radical apparaît fréquemment dans la toponymie de l’Entre-Sambre-et-Meuse, notamment dans des hydronymes tels que Beverna, Bebronna, Breuvanne, Berwinne ou Bievene, tous signifiant « ruisseau de castor ». Augusta Lemal souligne que le dénombrement ancien mentionne une borne située « au-dessus d’un ruisseau », ce qui confirme le lien du nom avec un cours d’eau. Une rivière appelée Berwinne existe d’ailleurs toujours, se jetant dans la Meuse à Navagne-lez-Visé. Le nom Biesme, affluent de la Sambre et commune homonyme, dérive également du même radical Bever, attesté sous la forme Beverna au xiie siècle.

Cités

Goutroux compte des cités construites par le charbonnage pour héberger les employés, ainsi que des cités édifiées après la guerre :

  • au nord, la cité du Charbonnage ainsi que la Nouvelle Cité ;
  • au centre de la localité, la cité du Foyer, construite par le Foyer Moncellois ;
  • au sud, la cité Terrienne.

Hydrographie

De vastes nappes aquifères affleurent sous Goutroux, alimentant de nombreuses sources et petits cours d’eau. Plusieurs terrains anciennement marécageux ont été assainis grâce aux travaux d’égouttage. Le plateau de la Bretagne et la crête longeant la rue de Leernes forment la ligne de partage des eaux entre les bassins du Piéton et de l’Ernelle, une configuration que Augusta Lemal signale comme structurante pour l’hydrographie locale.

La fontaine du bosquet de la rue Dieudonné Unique, située dans le vestige d’un petit massif boisé encore visible aujourd’hui, fournissait jusqu’aux années 1960 de l’eau potable à plusieurs habitants du voisinage, notamment ceux de la rue des Liserons. De cette source naît un ruisselet qui descend vers le bois Briquelet avant de rejoindre le ruisseau de Judonsart, participant au réseau secondaire du bassin du Piéton. Jugée dangereuse pour les passants, la fontaine a été protégée par un couvercle en béton, mesure destinée à sécuriser l’accès tout en préservant le point d’eau.

L’étang Marcelle, mentionné par Augusta Lemal, s’est formé au début du xxe siècle à la suite de l’exploitation d’une briqueterie et d’une sablonnière, et était alimenté par les sources locales. Situé en face de l’église, il apparaît déjà indirectement sur la carte de l’État-Major de 1872, qui signale une sablonnière à cet emplacement. Cet étang fut ensuite drainé et comblé, et n’existe plus aujourd’hui.

Goutroux est traversé par trois ruisseaux mentionnés par Augusta Lemal’ :

Bois et tailles

Démographie

Évolution de la population,
1801 1846 1900 1947 1977 2001
Avec Landelies 1 089 1 676 3 752 3 174

De 1950 jusqu'à 1970, Goutroux a doublée sa population par la construction de cités sociales par la Société des Charbonnages de Monceau-Fontaine, la Petite propriété terrienne et le Foyer moncellois.

Histoire

Origines jusqu'à l'Époque contemporaine

Fouilles archéologique de la Préhistoire et de l'antiquité

Goutroux ne conserve que peu de vestiges antérieurs au XIXe siècle, hormis la première cense et les bornes armoriées associées aux anciennes seigneuries. Selon Augusta Lemal, quelques trouvailles isolées signalées à la fin du XIXe siècle témoignent néanmoins d’une fréquentation ancienne du territoire : en 1877, un fragment de silex poli et un coffret de bijoux furent découverts lors des travaux du puits no 14 de Monceau-Fontaine, tandis qu’une hache polie trouvée près du ruisseau du Pont-à-Vaches fut présentée à la Société archéologique de Charleroi. Ces éléments indiquent un passage humain ancien sans prouver une occupation durable. Les voies anciennes traversant la région, notamment le diverticulum Philippeville-Nivelles et l’itinéraire préhistorique reliant Marcinelle à Spiennes et Obourg, confirment ce rôle de corridor. La découverte de boulets de canon en 1890 près du carrefour des rues de Leernes, Alfred Deltenre et de la Bretagne rappelle la présence des batteries françaises lors du siège de Charleroi en 1794, comme le souligne encore Augusta Lemal.

Les abords de Goutroux ont livré des traces d’occupation plus substantielles. À l’ouest, près de l’ancien railway vers Forchies, des sépultures franques furent mises au jour en 1856. Au nord de Monceau, des fouilles réalisées en 1868 révélèrent les restes d’un établissement belgo-romain comprenant tuiles, poteries, murs et médailles. Une villa romaine fut également dégagée en 1865 près de l’Ernelle. D’autres découvertes romaines cimetière, poteries, monnaies, urnes furent signalées à Fontaine-l’Évêque et au confluent de l’Ernelle à Monceau. Les rives de la Sambre et le gué d’Hameau ont fourni des indices d’occupation préhistorique et romaine, tels que outils, pilotis, bijoux et fragments de nasse en céramique. La grotte de Genly, à Montigny-le-Tilleul, a livré des restes humains apparentés au type de l’homme de Spy ainsi que des ossements de faune préhistorique, dont cerfs, hyènes des cavernes, rhinocéros et éléphants. Au Rognac, près de la borne des Quatre Seigneuries, des fouilles ont mis au jour carreaux rouges, murs, poteries, médailles, tessons et colliers, suggérant une construction belgo-romaine d’importance.

La région appartenait autrefois à la vaste Forêt charbonnière, qui formait une barrière naturelle entre Nerviens et Aduatiques. Ce souvenir toponymique subsiste dans le Bois de la Charbonnière, la rue de la Charbonnière et l’ancien nom du ruisseau Yernelle. Après la conquête romaine, le territoire aduatique fut intégré à la Civitas Tongrensium, rattachée à la Germanie seconde, avant d’être réorganisé selon les circonscriptions ecclésiastiques. La frontière entre Germanie seconde et Belgique seconde demeura stable durant treize siècles, divisant durablement le Hainaut. À l’époque franque, le pays fut structuré en pagi et comitatus ; Goutroux se situait alors à la limite des pagi Lomacensis et Hainoensis, sur la frontière entre les évêchés de Liège et de Cambrai. Les paroisses de Chimay à Petit-Rœulx marquaient la bordure du diocèse de Liège. Lors de la formation de la principauté épiscopale, Landelies et ses environs se retrouvèrent en lisière du Pays de Liège, comme l’indique Augusta Lemal dans son étude sur Goutroux.

Conflits durant l'époque médiévale et au Temps modernes

Goutroux apparaît, dans les relevés du comte de Ferraris, comme un secteur dont la configuration favorise les déplacements militaires. Situé au contact de la principauté de Liège, du comté de Hainaut et non loin des terres de Brabant et de Namur, le village se trouvait au croisement de zones politiques souvent en tension, ce qui en fit un point de passage régulier lors des conflits médiévaux. La Sambre et plusieurs voies anciennes renforçaient encore cette fonction stratégique, comme le rappelle Augusta Lemal dans son étude sur la région. En août 1408, les troupes de Guillaume de Bavière, comte de Hainaut, traversèrent les environs pour rejoindre la frontière liégeoise et porter secours à son frère assiégé à Maastricht. Plus tard, en 1660, des ingénieurs espagnols inspectèrent la vallée de la Sambre entre Maubeuge et Pont-de-Loup, une opération qui conduisit à l’édification des premières fortifications de Charleroi, alors simple hameau dépendant de Dampremy. Selon Augusta Lemal, cette militarisation accrue plaça davantage Goutroux sur les itinéraires empruntés par les armées en campagne. Les cartes du chevalier de Beaurain montrent que le territoire de Goutroux, notamment le bois de Morgny, se trouvait dans la zone de manœuvre des forces françaises au XVIIe siècle.

Le , plusieurs colonnes traversèrent les chemins reliant Forchies, Roux, Courcelles et Trazegnies. Le 23 juillet, un camp fut installé entre le bois de la Marche et la cense de Chauffour, protégé par les ruisseaux du Piéton et de Trazegnies. Le lendemain, les troupes de Luxembourg franchirent la Sambre et prirent position entre Fontaine-l’Évêque et les bois voisins, assurant la couverture du flanc droit de l’armée, un épisode que Lemal signale comme représentatif du rôle tactique joué par Goutroux dans les opérations régionales. Au XVIIe siècle, Goutroux se trouvait sur plusieurs axes empruntés par les armées, un rôle que souligne Augusta Lemal dans son étude consacrée au village. Le 22 août, le prince de Condé fit franchir la Sambre à ses troupes réparties en trois colonnes : la première traversa les bois de la Marche avant de longer Fontaine-l’Évêque, Leernes et Landelies ; la seconde, venue de Forchies et du Sart du Hainaut, gagna Marchienne-au-Pont ; la troisième, composée d’infanterie et de cavalerie, passa par Trazegnies, Rianwelz et Roux avant de rejoindre un pont de bateaux à Marchienne, où la cavalerie stationnée à Lierne se joignit au dispositif. En octobre 1693, après l’évacuation de Charleroi, les forces françaises se redéployèrent entre Anderlues, Binche et Péronnes ; les colonnes issues de Gosselies et de Marchienne traversèrent Courcelles, Trazegnies, Rianwelz, Forchies et Piéton pour atteindre Carnières, passant notamment près du château de Monceau et du bois de Goutroux, un itinéraire que Lemal identifie comme récurrent dans les mouvements militaires de l’époque.

Lors de la bataille de Fleurus, le , l’armée de Sambre-et-Meuse, commandée par Jourdan, occupait un front étendu de Velaine à Landelies. Kléber tenait l’aile gauche entre la Sambre, Forchies et Trazegnies, contrôlant le ruisseau du Piéton, tandis que Morlot occupait le centre autour de Gosselies et que Marceau s’appuyait sur le bois de Campinaire. L’offensive des troupes coalisées, dirigée par le prince d’Orange, entraîna une série d’engagements violents dans les villages de Fleurus, Heppignies, Wagnelée et Lambusart, pris et repris à plusieurs reprises. Kléber repoussa Wartensleben au-delà du Piéton et progressa vers Trazegnies, tandis que les combats autour de Lambusart, décisifs pour la droite française, furent finalement maîtrisés. La bataille, l’une des plus intenses de la campagne, mobilisa près de 80 000 combattants de chaque côté sur un arc d’environ dix lieues. Bien que Fleurus n’y jouât qu’un rôle secondaire, son nom s’imposa par tradition militaire. Selon Augusta Lemal, cette victoire contribua à mettre fin aux structures féodales encore présentes dans la région.

Les sources anciennes signalent une présence humaine à Goutroux dès le XVIIIe siècle, peut-être antérieure, bien qu’aucune tradition locale n’en ait conservé la mémoire. Ce silence pourrait tenir à l’ancienneté du bâtiment d’origine ou à son usage ultérieur comme logement de gardes forestiers entre 1809 et 1865, une hypothèse évoquée par Augusta Lemal. La seule habitation clairement attestée au milieu du XVIIIe siècle est une ferme exploitée en 1765 par un nommé Bataille, citée dans un acte de relief de la cour féodale de Liège. Sur la carte de Ferraris vers 1770, elle apparaît sous l’appellation « maison de Goutrous », unique construction du territoire à cette époque.

Sous le régime français, un extrait du bureau des hypothèques de 1803 confirme l’existence de la petite ferme de Goutroux, alors dotée de onze bonniers de prairies. Les états des biens de la maison de Looz-Corswarem en 1801 mentionnent également une maison et un jardin dits Goutroux, situés dans le bois du même nom, devenu forêt nationale en 1807. Les documents d’expropriation de 1809 décrivent encore la cense de Goutroux avec précision. Sa localisation exacte demeure difficile à établir en raison de l’imprécision des cartes anciennes, mais Ferraris la situe au sud-est du village, près de l’actuel passage à niveau. Les cartes du début du XIXe siècle permettent d’identifier cette exploitation à la ferme Vanderwalle, rue Capouillet. Une carte de 1844 nomme explicitement le secteur « Goutroux », tandis que la ferme Beyart voisine y apparaît comme « Neuve Ferme », ce qui confirme l’antériorité de l’exploitation de Capouillet. Le plan Heuseling de 1845 renforce cette identification en mentionnant la fontaine de Goutroux dans le même secteur, un élément que Augusta Lemal considère comme un repère topographique fiable pour restituer l’habitat ancien.

Un plan conservé aux Archives de l’État à Mons, dressé sous le régime français (arrêté du 12 brumaire an II), confirme de manière précise l’identification de la ferme Vanderwalle comme étant la maison de Goutrous figurant sur la carte de Ferraris et la cense de Goutroux décrite dans l’affiche de vente de 1809. Ce document ne montre en effet qu’une seule ferme, correspondant à la maison, au verger et à l’enclos de « Gotteroux », soit les 6 bonniers exploités par Bataille en 1765, puis par le garde forestier Jean Marchand en 1809. Le nom de Bataille apparaît régulièrement dans les sources du XVIIIe siècle : droits seigneuriaux de 1783, vente de bois en 1773, et même registres de 1751. Les cartes anciennes montrent que Goutroux se limitait strictement à cette petite exploitation, dont l’étendue varie entre 6 et 11 bonniers selon les périodes. Les toponymes Fontaine de Goutroux, Chemin de Fontaine à Goutroux ou Chemin de Morigny à Goutroux confirment cette délimitation.

Un plan de 1894 relatif à la vente du terrain de l’église mentionne encore le Chemin de Goutroux, reliant les écoles à la ferme, ce qui confirme la persistance d’un axe ancien structurant le hameau. À Monceau, la rue de Goutroux probablement l’ancienne voie ancienne menant au lieu-dit rejoint directement le bas du sentier Capouillet, c’est-à-dire le secteur où se trouvait l’exploitation primitive. La ferme Vanderwalle apparaît ainsi comme la plus ancienne habitation connue de Goutroux, un point que souligne Augusta Lemal dans son étude.

Avant le XIXe siècle, Goutroux n’était qu’un lieu-dit très réduit, seule clairière défrichée du territoire, probablement nommée d’après une source ou un ruisseau (gout-eau). La clairière, et sans doute une première fermette, existaient déjà avant 1502, date à laquelle la « voie de Goutroux » est attestée. La construction du bâtiment actuel demeure impossible à dater avec précision : la métairie primitive a pu être reconstruite ou agrandie à plusieurs reprises, comme c’est souvent le cas pour les fermes seigneuriales.

Ce qui est établi, c’est que cette ancienne cense seigneuriale resta, jusqu’au milieu du XXe siècle, propriété des descendants des seigneurs de Landelies, les comtes de Marotte de Montigny. Les cartes du XIXe siècle, notamment celles de 1844 et 1845, confirment l’identification du site : l’emplacement y est nommé « Goutroux », la ferme Beyart voisine y apparaît comme « Neuve Ferme », et le plan Heuseling mentionne la fontaine de Goutroux dans le même secteur, consolidant la localisation de l’exploitation ancienne décrite par Lemal.

Défrichage du territoire actuel de Goutroux

Après la mort d’Antoine Bataille en 1791, la cense de Goutroux passa à Pierre Bataille, puis à Jean Marchand, garde forestier et fermier attesté en 1801 et 1809. Vers 1820, une seconde exploitation fut édifiée par Nicolas Beyart, dotée d’un vaste ensemble de bâtiments agricoles et d’environ trente hectares de terres, comme l’indique un acte de 1857. Jusqu’en 1856, la quasi-totalité du territoire relevait de Thérèse-Charlotte de Looz-Corswarem. Son héritage fut partagé en 1857 : la partie nord échut à la comtesse Constance de Lannoy de Clervaux et au prince Napoléon de Rheina-Wolbeck, tandis que le sud revint à Louise et Octave de Leusemans.

À cette époque, seules trois fermes existaient : la ferme Vanderwalle, héritière de l’ancienne cense ; la ferme Beyart ; et une troisième exploitation située au sentier Capouillet, mentionnée dans le cadastre Popp au nom de Marie-Josèphe Beghin, épouse Lechien. Vers 1858, Goutroux demeurait largement boisé, avec environ 170 ha de forêts. Les propriétaires commencèrent alors à louer des parcelles à défricher, attirant des familles venues de diverses régions. Beaucoup vivaient dans des habitations précaires et se déplaçaient selon les opportunités de travail agricole ou industriel, un phénomène que Augusta Lemal identifie comme caractéristique des zones de défrichements du XIXe siècle. Les premiers habitants s’installèrent principalement au nord, le long du chemin Roux-Fontaine, et au sud, près du parc de Monceau et du sentier menant vers Morgnies. Ces noyaux de peuplement témoignent de la transition progressive d’un territoire forestier vers un espace rural structuré, où les anciennes censes seigneuriales jouèrent un rôle déterminant dans l’organisation du paysage.

Parmi les premiers habitants installés à Goutroux figure Augustin André, ouvrier agricole originaire de Braine-le-Comte, attesté en 1861 et dont la famille conserva le sobriquet local des Mau Stitchi. Les registres citent également Charles Lechien, François Piérard et de nombreuses familles arrivées entre 1860 et 1865, témoignant d’un peuplement encore dispersé. À partir de 1866, les héritiers Rheina-Wolbeck instaurèrent des baux de longue durée imposant le défrichement et la construction d’une maison en dur d’une valeur minimale de 1 500 francs. Ces contrats favorisèrent l’implantation durable de foyers le long de la rue de Fontaine à Roux et, ponctuellement, près du siège no 14 des charbonnages de Monceau-Fontaine. Selon Augusta Lemal, c’est entre 1865 et 1870 que se dessine la première structure d’habitat dispersé de Goutroux, issue du défrichement progressif et de l’installation d’ouvriers agricoles et saisonniers.

Les parcelles louées au milieu du XIXe siècle variaient entre 45 ares et 1,70 ha. Certains locataires, comme Jean Devaux, disposaient déjà de matériaux ou d’une construction préalable, tandis que l’obligation d’ériger une maison d’au moins 1 500 francs représentait un investissement considérable pour des familles vivant souvent du travail journalier. Plusieurs nouveaux arrivants possédaient toutefois des biens ailleurs, montrant que tous n’étaient pas démunis. La nature du sol influença les matériaux : au nord, l’argile permit l’implantation de briqueteries et la construction en brique ; au sud, les terrains pierreux favorisèrent l’usage de pierres locales, encore visibles dans quelques murs anciens. Les premières habitations, souvent rudimentaires, furent ensuite transformées ou agrandies, comme la ferme d’Augustin André, illustrant l’évolution typique de l’habitat rural dans les zones de défrichements du XIXe siècle.

L'ancienne ligne 112 devenu un sentier du RAVeL.

Les premiers habitants de Goutroux vivaient principalement de l’agriculture, de l’élevage et de diverses activités complémentaires : travail dans les houillères et usines voisines, campagnes de briques ou de betteraves, artisanat ou voiturage. Entre 1860 et 1870, les registres signalent six cultivateurs, trois ouvriers agricoles, trois journaliers, deux houilleurs, deux forgerons, un carrier et un briquetier, tandis que les enfants participaient souvent aux travaux miniers ou industriels. La crise économique de 1861-1867 baisse des salaires, chômage, hausse du prix des denrées, conflits sociaux entraîna un afflux de familles cherchant à se sécuriser par la culture et le défrichement de parcelles, un phénomène que Augusta Lemal relie à l’essor des communautés de pionniers ruraux. Les grèves de 1867 dans le bassin de Charleroi illustrent ce climat de tension. Entre 1861 et 1870, la population de Landelies-Goutroux passa de 710 à 1 220 habitants, la croissance provenant essentiellement de Goutroux. Dès 1870, la plupart des familles qui marqueront durablement le village étaient installées, et la carte d’état-major de 1872 montre déjà une cinquantaine d’habitations.

La croissance de Goutroux s’accéléra grâce à plusieurs facteurs structurants : la construction de la ligne de chemin de fer d’Haine-Saint-Pierre à Marchienne en 1864,, les successions et ventes des propriétés Looz-Corswarem, Lannoy et Leusemans, ainsi que l’installation du puits numéro 14 des charbonnages de Monceau-Fontaine sur la parcelle de J.-B. Cuinié vers 1876. La mise en activité du puits entraîna des travaux importants, l’arrivée de l’ingénieur Isaac, la construction de maisons ouvrières et d’une école libre, transformant profondément la vie locale. Selon Augusta Lemal, cette période marque la transition d’un territoire de pionniers ruraux vers un village industriel en formation.

À partir de la fin des années 1870, Goutroux devint une communauté ouvrière structurée, distincte de Landelies, et entra dans une phase d’expansion durable. L’implantation minière, combinée aux nouvelles infrastructures et à la redistribution des terres, fixa une population auparavant mobile et donna au hameau une identité propre, inscrite dans le mouvement plus large d’industrialisation locale qui transforma le bassin de Charleroi au XIXe siècle.

Époque contemporaine

Début de l'exploitation houillère

Charbonnage 14 de Monceau Fontaine à Goutroux vers 1955.

Au début du XIXe siècle, la production de charbon de bois est lancée grâce aux ressources forestières pour alimenter en combustible les nouvelles industries se développant à proximité. Durant la deuxième moitié du XIXe siècle et le XXe siècle, l'exploitation du bois est remplacée par celle de charbon de houille à la suite de l'ouverture de mines. La Société des Charbonnages de Monceau-Fontaine y exploite le puits no 14’. Dans ce charbonnage, deux puits permettaient l'extraction et l'aérage des travaux. La population de Goutroux devient alors majoritairement ouvrière se distinguant de Landelies, resté relativement agricole. Outre la distance pour rejoindre le centre de Landelies, les habitants du hameau se sentaient défavorisés notamment au niveau de l'instruction et des moyens de communication. Ainsi, ce n’est qu’en 1891 que l’école de Goutroux est construite.

Début de l'autonomie de Goutroux

Les premiers colons de Goutroux demeurèrent longtemps socialement et administrativement distincts des habitants de Landelies, qui les considéraient comme des étrangers. En 1873, le conseil communal de Landelies proposa même de céder le hameau à Monceau-sur-Sambre contre 20 000 francs, initiative qui n’eut pas de suite. Une pétition déposée en 1888 réclamant l’érection de Goutroux en commune autonome fut rejetée en raison des coûts jugés trop élevés chemins, église, écoles, administration et d’un supposé intérêt spéculatif de certains promoteurs. Selon Augusta Lemal, ces tensions illustrent la difficulté d’intégrer une population issue des défrichements dans une structure administrative ancienne.

Après plusieurs démarches, les habitants obtinrent une première représentation : J.-B. Cuinié fut élu conseiller en 1891, puis, en 1895, Cuinié et J.-B. Van Petegem siégèrent ensemble au conseil. Une nouvelle demande de séparation, déposée en 1894, reçut cette fois un avis favorable et aboutit à la loi du 14 avril 1896 érigeant le hameau de la Bretagne en commune de Goutroux, dont la limite fut fixée au ruisseau de l’Ernelle. La nouvelle entité fut dotée d’un conseil de sept membres, et J.-B. Cuinié fut nommé bourgmestre par arrêté royal le ’.

Les services communaux furent progressivement organisés : secrétaire, receveur, garde-champêtre, tandis qu’un médecin fut attaché au bureau de bienfaisance dès 1897. Cette structuration administrative marqua l’intégration définitive de Goutroux comme communauté autonome, distincte de Landelies, et acheva le processus d’émancipation amorcé par les premiers colons du XIXe siècle. Suite à la proclamation de l'autonomie de la nouvelle commune de Goutroux au reste du territoire de Landelies dont il était prolongée vers le nord. Il est désormais érigé en commune à part entière. Symbolisant ce nouveau statut, la commune se dote d'une église (l'Église Saint-Benoît Labre) et d'une chapelle (la chapelle Notre-Dame de Walcourt). La commune compte alors 968 habitants.

Au début du XXe siècle, Goutroux demeurait un hameau pauvre, dépourvu de finances et de voirie carrossable. Les déplacements se faisaient encore par des sentiers privés, les piedsentes, reliant les habitations à la rue des Liserons et à la route Mons–Charleroi. L’absence totale d’éclairage obligeait les habitants à circuler avec une lampe-tempête et, la nuit, à marcher en groupe dans les chemins étroits, ce qui renforçait le sentiment d’insécurité, surtout en hiver. Malgré ces conditions difficiles, la population se montra particulièrement active. L’existence d’un point d’arrêt ferroviaire sur la ligne du Centre facilita les communications, avec une dizaine de trains quotidiens dans chaque direction, un élément que Augusta Lemal identifie comme déterminant dans l’ouverture du hameau.

L’administration communale entreprit l’élargissement et l’amélioration des sentiers, ainsi que la création de chemins carrossables reliant les différents quartiers, amorçant la modernisation de la voirie rurale. L’initiative privée joua également un rôle : des voituriers apportaient chaque dimanche des pierres pour stabiliser le « chemin de la ferme ». La première rue pavée fut la rue de Leernes, autour de laquelle se construisirent progressivement des maisons ouvrières de type 1900. L’essor démographique fut rapide : 968 habitants en 1897, 1 137 en 1903, 1 321 en 1910, pour 317 maisons.

Pour répondre à cette croissance, un bureau de poste dépendant de Fontaine-l’Évêque fut ouvert en 1910, en face de l’église. Le premier facteur, Vincent Loonen, distribuait le courrier quotidiennement, y compris les dimanches et jours fériés, avec des tarifs de 2 centimes pour une lettre et 1 centime pour une carte. Ce début de siècle marque ainsi la transition de Goutroux : d’un hameau isolé et forestier vers un village structuré, doté de services et d’une population en expansion, amorçant son entrée dans le XXe siècle comme une communauté ouvrière organisée. La commune se développe alors et électrifie ses habitations en 1930-1931 avant la voirie en 1936.

Le Première Guerre mondiale

La population de Goutroux fut prise de court par l’entrée en guerre en août 1914. Des cavaliers français stationnèrent brièvement dans le quartier de la Bretagne avant de se retirer. À partir du 22 août, après des engagements autour de Monceau et de l’Éspinette, des unités allemandes pénétrèrent dans la région et imposèrent couvre-feu, arrestations et fouilles. Plusieurs habitations furent incendiées et des civils tués, parmi lesquels A. Vandekerkhove, A. Mouchard et F. Capouillet, ce dernier identifié après le conflit. Des habitants furent utilisés comme boucliers humains ou menacés d’exécution. Les témoignages recueillis par Augusta Lemal évoquent également pillages, blessés et exécutions sommaires dans les localités voisines. Les combats de l’Éspinette et de Leernes opposèrent des détachements français réduits à des forces allemandes nettement supérieures, qui exploitèrent les hauteurs proches du puits no 14 pour coordonner leurs mouvements’.

L’occupation allemande, qui dura quatre ans, entraîna réquisitions de chevaux et de matériaux, rationnement strict, amendes et hébergements forcés de troupes dans des bâtiments publics ou privés. Les écoles furent parfois transformées en cantonnements, et la vie quotidienne demeura perturbée jusqu’à l’armistice. Le , les jeunes hommes de plus de 17 ans furent convoqués aux ateliers Germain de Monceau-sur-Sambre ; trois d’entre eux Jules Delestienne, Constant Peeters et Grégoire Joachar furent déportés pour le travail obligatoire à Güben. La pénurie de charbon provoqua la fermeture des écoles en février 1917, durant un hiver particulièrement rigoureux.

Le , quarante réfugiés de Saint-Quentin furent accueillis à Goutroux et pris en charge par les habitants. Comme dans le reste de la Belgique occupée, un comité local de secours et de ravitaillement, lié au Comité national et aux organisations humanitaires internationales, assura la distribution de vivres, vêtements, lait, repas scolaires, ainsi qu’un service médical gratuit et des parcelles de culture. Une coopérative, les Magasins communaux de l’arrondissement de Charleroi, fut fondée en 1916 avec la participation de Goutroux. Les rations étaient limitées : 240 à 330 g de pain par jour, un demi-kilo mensuel de sucre ou de produits sucrés, un quart de kilo de riz ou féculents, et environ 60 kg de pommes de terre par an. Selon Augusta Lemal, les prix du marché noir atteignirent des niveaux exceptionnels, multipliés par dix à vingt entre 1914 et 1918.

La retraite allemande d’octobre 1918 s’accompagna de destructions, notamment l’incendie de wagons de munitions à Monceau-Formation et Courcelles, visibles depuis Goutroux. Les derniers soldats traversèrent le village le 13 novembre, annonçant la fin des combats. Le 17 novembre, des troupes australiennes célébrèrent la paix avec les habitants. Sur les 42 mobilisés originaires de Goutroux 36 Belges et 6 Françaisdix périrent au front. Deux civils, Vincent Loonen et Alfred Deltenre, participèrent activement à la résistance locale en transmettant des renseignements et en aidant soldats et jeunes gens à franchir la frontière. Après les cérémonies officielles, la population retrouva progressivement une vie normale et marqua la fin de la guerre par des fêtes populaires, symbole du retour à la liberté après quatre années de privations, comme le souligne Augusta Lemal.

L'entre-deux-Guerres

Après la Première Guerre mondiale, Goutroux connut une structuration culturelle et sociale plus affirmée. La généralisation de la journée de huit heures favorisa l’essor des sociétés de loisirs, dont les cercles dramatiques wallons furent les plus actifs. Au Salon de la Place de l’Église, Philanthropie et Agrément, et au Salon Romain, Les Disciples de Jules des Essarts, accueillirent les représentations d’auteurs locaux tels que Louis Palm et Jean-Baptiste Adriansens, comme le rapporte Augusta Lemal. Le football s’implanta dès 1921 : une première équipe se forma au quartier de l’Amérique avant d’être transférée à la Bretagne, sur un terrain loué symboliquement à la Société de Monceau-Fontaine.

Les années 1920 virent également la multiplication de sociétés patriotiques, politiques, ouvrières et d’entraide, témoignant d’une vie communautaire en pleine organisation. La modernisation matérielle demeura cependant lente. Le téléphone n’apparut qu’en 1928, d’abord au Salon Romain puis dans quelques habitations, selon Augusta Lemal. L’électrification générale, réalisée en 1930-1931, transforma profondément le quotidien : disparition des lampes à pétrole, amélioration du confort domestique et allègement du travail ménager. Pour les quelque 1 500 habitants de l’époque, ce progrès marqua une étape décisive dans l’évolution du village.

La Seconde Guerre mondiale

Au début de la Seconde Guerre mondiale, Goutroux possédait quelques installations défensives sommaires, dont des tranchées-abris près de la maison communale et une sirène manuelle utilisée par la Défense passive. Le , des unités françaises traversèrent le village avant l’effondrement rapide du front sous la pression des forces allemandes et de leurs attaques aériennes. Dès le 14 mai, les hommes de 16 à 35 ans furent sommés de gagner Ypres par leurs propres moyens, ce qui entraîna un exode massif vers le nord de la France. La progression allemande provoqua la fuite d’une grande partie de la population, tandis que des troupes françaises en retraite procédèrent à des arrestations arbitraires dans plusieurs communes. À Goutroux, des civils furent conduits à Epinois, où un tribunal improvisé fonctionna brièvement avant d’être abandonné lors du repli des soldats français, permettant aux détenus de rentrer chez eux. Selon Augusta Lemal, les premiers soldats allemands atteignirent le village le , consignèrent le quartier de la Bretagne et réquisitionnèrent plusieurs habitations.

L’occupation s’installa rapidement, marquée par des réquisitions de logements, l’organisation d’un ravitaillement d’urgence et le retour progressif des habitants évacués, dont certains ne revinrent jamais en raison des bombardements sur les routes de l’exode. À partir de la fin de 1940, les autorités allemandes imposèrent une politique plus contraignante : collecte de métaux, de charbon, de bétail et de denrées, ainsi que déportation de travailleurs, parmi lesquels Raymond Neffe, mort à Dresde en 1944. En août 1942, Goutroux fut intégré au Grand Charleroi administré par des collaborateurs. Le ravitaillement, décrit par Augusta Lemal comme plus difficile encore que durant la Première Guerre mondiale, se caractérisa par des rations très faibles et un pain de qualité médiocre, malgré l’aide limitée du « Secours d’hiver ».

Le marché noir prit une ampleur considérable : la farine atteignit 90 francs le kilo, les pommes de terre 15 francs, le lard 500 francs et le beurre 600 francs, des prix sans commune mesure avec ceux de 1940. À partir du printemps 1944, les bombardements alliés visant les gares de Roux-Monceau et Marchienne-Zone entraînèrent l’arrivée de nombreux sinistrés à Goutroux, tandis que quelques bombes tombèrent au sud de l’Ernelle. La population vécut dans une crainte constante des attaques aériennes. Le village abrita des réfractaires au travail obligatoire et des prisonniers soviétiques évadés, qui rejoignirent les groupes de résistance locaux. Ceux-ci menèrent des actions variées : diffusion de presse clandestine, fabrication de fausses cartes d’identité, réquisitions de vivres, sabotages de lignes et d’installations ferroviaires, ainsi que des combats contre les derniers détachements allemands dans les bois de Goutroux et de la Charbonnière en septembre 1944, aboutissant à la capture de 82 soldats. Un résistant, Gabriel Mary, fut grièvement blessé et amputé.

Les blindés américains arrivèrent ensuite par les routes de Trazegnies-Marchienne et de Mons, accueillis avec enthousiasme. La guerre se poursuivit néanmoins jusqu’en 1945, marquée par l’offensive des Ardennes et le passage des V1 et V2. Plusieurs habitants engagés dans l’armée libératrice participèrent aux combats en Allemagne ; l’un d’eux, Omer Lurkin, de la Brigade Piron, mourut de ses blessures en décembre 1945. La capitulation allemande du mit fin aux hostilités. Les prisonniers militaires et civils rentrèrent au pays, chaleureusement accueillis, tandis que les restrictions alimentaires se prolongèrent encore plusieurs années, certaines étant toujours en vigueur en 1947. Cette situation, rappelle Augusta Lemal, témoigne de la lente sortie de guerre dans les communes industrielles du bassin carolorégien.

Depuis la Libération jusqu'à aujourd'hui

Après 1945, Goutroux entra dans une phase de modernisation rapide. Selon Augusta Lemal, le village se transforma profondément grâce à la construction de plusieurs cités ouvrières édifiées par la Société de Monceau-Fontaine, la Petite Propriété Terrienne et le Foyer Moncellois, portant le parc immobilier à près d’un millier de logements. La population augmenta fortement, passant d’environ 1 700 habitants à la Libération à plus de 3 500 au tournant des années 1970, avant de se stabiliser. Cette croissance s’accompagna d’un équipement scolaire étendu : de nouvelles écoles maternelles et primaires furent ouvertes dans les rues de Leernes, Delestienne et Morgnies, tandis qu’un groupe scolaire central fut inauguré en 1962. À la même époque, Goutroux fut relié au réseau régional par deux lignes d’autobus et bénéficia de l’introduction progressive de services modernes tels que la distribution d’eau, la collecte des déchets, la télédistribution, l’égouttage partiel et l’amélioration de la voirie. Comme le souligne Augusta Lemal, en moins d’un siècle, l’ancien hameau isolé s’était mué en une localité dotée d’infrastructures complètes et d’un habitat structuré.

Le déclin des charbonnages, amorcé dans les années 1970, entraîna la fermeture du siège de Monceau-Fontaine en 1972 et sa démolition peu après. À l’approche de la fusion des communes, certains responsables locaux, dont Daniel Denagtergael, plaidèrent pour une intégration de Goutroux dans la nouvelle entité tout en préservant les acquis du développement engagé depuis l’après-guerre. En 1977, le village perdit son autonomie communale : bien que la plupart des équipements publics fussent achevés ou programmés, l’absorption par Charleroi suscita des inquiétudes quant à la représentation locale, Goutroux ne comptant aucun élu au conseil communal. Denagtergael fut néanmoins nommé vice-président du CPAS, rôle qui servit de relais entre les habitants et l’administration centrale. À partir de la fin des années 1970, une nouvelle phase d’expansion immobilière se développa, portée par les sociétés de logements comme la Petite Propriété Terrienne et le Foyer Moncellois et par la mise en vente progressive des terrains Delobelle. D’après Augusta Lemal, cette dynamique entraîna une forte augmentation du nombre d’habitations, qui atteignait environ 1 160 logements en 1990 pour un peu plus de 3 200 habitants, au prix d’une réduction notable des espaces boisés.

Station de métro de Morgnies.

L’ouverture du R3 en 1988 modifia profondément la situation de Goutroux. Deux accès directs, situés au nord et au sud du territoire, relièrent le village au périphérique carolorégien et à la dorsale wallonne, renforçant son intégration dans les flux de circulation régionaux. Comme le rappelle Augusta Lemal, cette nouvelle infrastructure plaça Goutroux dans une position stratégique au sein de l’agglomération. À l’extrémité méridionale du village, la station de Morgnies assura la correspondance entre le semi-métro ou métro léger Charleroi-Anderlues et les lignes de bus desservant le quartier, facilitant les déplacements quotidiens des habitants.

Cette amélioration des connexions transforma la perception du territoire : l’ancien hameau rural, longtemps en marge des grands axes, devint progressivement un quartier résidentiel intégré à l’ensemble urbain carolorégien. Pour Augusta Lemal, cette étape marque l’entrée de Goutroux dans une nouvelle phase de son histoire, caractérisée par une mobilité accrue, une attractivité renforcée et une inscription durable dans la dynamique métropolitaine de Charleroi. Depuis la fin du XXe siècle, l'activité économique de Goutroux repose sur ses petites et moyennes entreprises familiales (boulangerie semi-industrielle, commerces, Horeca, menuiserie, etc.). Avec la fin de son activité industrielle, elle est devenue une commune résidentielle de la région de Charleroi dont l'attrait principal est constitué par ses nombreux espaces verts.

Liste des bourgmestres, de 1896 à 1976

Patrimoine et culture

Patrimoine architectural

L'église Saint-Benoît Labre

L'église Saint-Benoît Labre fut édifiée à la fin du XIXe siècle pour répondre aux difficultés rencontrées par les habitants de Goutroux, longtemps contraints de se rendre à l’église de Landelies-centre par des chemins étroits et mal praticables. Dès 1890, l’abbé Félix Boutelier assura l’enseignement religieux dans la cantine puis dans les nouvelles écoles, mais l’absence d’un lieu de culte local demeurait problématique. Comme le rappelle Augusta Lemal, l’abbé entreprit une collecte destinée à financer une église au hameau de la Bretagne. Le , un arrêté royal confirma l’érection d’une succursale paroissiale et la création d’un Conseil de Fabrique, après avis favorable de l’Évêché et des autorités provinciales.

Un terrain de 72 ares fut acquis auprès des comtes de Marotte, et la construction fut confiée à l’architecte Le Borgne (Gilly) et à l’entrepreneur Copin (Monceau-sur-Sambre). Le chantier, évalué à 45 000 francs, utilisa des briques fabriquées sur place’. Malgré les réticences initiales du conseil communal, la donation de l’édifice en cours de construction à la Fabrique de Saint-Benoît-Labre fut approuvée en juillet 1895 et confirmée par arrêté royal en septembre. L’église fut inaugurée le .

De style néo-gothique, l’édifice adopte un plan en croix de 35 m sur 20 m, avec une nef soutenue par des colonnes à chapiteaux sobres. Les vitraux représentent notamment saint Georges, sainte Herlinde et sainte Renelde, tandis que le maître-autel et les confessionnaux, en chêne sculpté, témoignent d’un mobilier soigné. Plusieurs pièces proviennent de l’ancienne église des Jésuites de Charleroi, démolie dans les années 1970. L’église conserve également un missel Plantin daté de 1765, élément patrimonial remarquable signalé par Augusta Lemal.

La chapelle Notre-Dame de Walcourt

La chapelle Notre-Dame de Walcourt, située rue Van Petegem, est un petit édifice votif dont l’origine repose sur une tradition locale rapportée par Mme A. Paindaveine. Selon ce récit, Léandre Dufranne, alors âgé de vingt-deux ans, se serait grièvement blessé en manipulant un cric. Il invoqua Notre-Dame de Walcourt et promit d’ériger une chapelle en son honneur s’il en avait un jour les moyens. La guérison immédiate de sa blessure fut interprétée comme un signe, mais Dufranne dut attendre la vieillesse pour concrétiser son engagement. Comme le rappelle Augusta Lemal, la construction fut finalement réalisée en mai-juin 1896 et l’inauguration eut lieu en septembre de la même année. Les archives indiquent que le terrain ne fut pas donné, mais vendu pour 150 francs par Isidore Bury à Léandre Dufranne, alors négociant à Marchienne-au-Pont. La propriété passa ensuite à son neveu et filleul, également nommé Léandre Dufranne, puis au fils de ce dernier, assurant la continuité familiale autour de ce lieu de dévotion.

Le centre civique

Le centre civique de Goutroux, aujourd’hui installé rue de Leernes dans l’ancienne supérette Courthéoux, résulte d’une succession de relocalisations administratives depuis la création de la commune en 1896. L’administration fut d’abord hébergée dans une dépendance de la ferme Beyart, puis transférée la même année sous le préau couvert des écoles communales. Après l’ouverture de la classe gardienne en 1900, les bureaux prirent place dans une maison louée à l’abbé Debiève. En 1921, les services communaux s’installèrent dans la maison de l’institutrice Moreau, bâtiment édifié en 1890 avec l’école du village grâce à un financement partiel des Charbonnages de Monceau-Fontaine. Cet édifice à façade enduite, doté d’un fronton central, devint insuffisant au fil du temps. Malgré les travaux approuvés en 1971 annexe, rénovation intérieure, toiture et chauffage central l’ensemble ne répondit plus aux besoins croissants. Un nouveau centre civique fut alors aménagé dans les locaux d’une supérette construite en 1967, inauguré en janvier 1993 et regroupant la Salle des mariages ainsi que les services de Police, de la Population et de l’Accueil du citoyen.

Autres bâtiments

  • Sur la rue Van Petegem, une maison bourgeoise, surnommée « le château », fut édifiée pour l’ingénieur des mines Isaac (inscrit en 1876). Deux maisons ouvrières pour les porions et une habitation pour le garde furent construites à proximité du puits no 14.
  • Le château d'eau, situé rue Alfred Deltenre.
  • L'ancien phalanstère du puits no 14, située rue Cuinié.

Culture

Bibliothèque communale « La Taille aux Loups ». La bibliothèque propose des animations destinées aux enfants à partir de 8 ans tous les mercredi après-midis.

Folklore

Petit cortège carnavalesque organisé le dimanche, une semaine avant Pâques, relancé en 2024 par le club de football local.

Enseignement

L'école fondamentale des Coquelicots est la seule école maternelle et primaire du village. Le , un incendie criminel, impliquant quatre jeunes âgés de 13 à 18 ans, détruisait entièrement l'école des Coquelicots. Le , la nouvelle école reconstruite est inaugurée. Une plaque en l'honneur de cette réouverture trône sur la façade même de l'école. Bénéficiant d'une infrastructure récente, l'école est en mesure d'accueillir 300 enfants. Goutroux possède une petite école maternelle qui est nommé l'école de la Terrienne, située rue de Morgnies.

Économie

Exploitation du charbon

Dans la partie sud-est du territoire, notamment dans les ravins, les affleurements houillers étaient si proches de la surface qu’un simple dérochement suffisait à mettre à nu des couches exploitables. Selon Augusta Lemal, cette richesse géologique explique l’ancienneté des concessions locales.

Concessions et autorisations avant le XIXe siècle

  • 1721, à Monceau, la baronne de Hamal concède à bail l’exploitation des veines du Try del Pairotte.
  • 1756, le comte de Rodoan, seigneur de Fontaine, autorise l’extraction des houilles situées sous le bois de la Charbonnière (fosses Pain et Sainte-Françoise).
  • 1788, le prince de Gâvre accorde le droit d’exploiter toutes les couches situées au nord de la Sambre, de part et d’autre du ruisseau de l’Hernelle jusqu’au bois de la Pairotte, moyennant une redevance équivalente au quinzième panier.

Développements au XIXe siècle

En 1826, Cossée de Marchienne ouvre une fosse de recherche au centre de Landelies et découvre, à 12 mètres de profondeur, deux veines qu’il commence à exploiter. Cette initiative marque le début d’une série de petites houillères locales.

Principales fosses exploitées sur le territoire selon Augusta Lemal :

  • Fosse no 1 « Elvire » (1826-1850), près du cimetière, profondeur : 79,40 m ;
  • Fosse no 2 « Communication », près de la ferme Beyart, 60 m ;
  • Fosse no 3 « Saint-Louis » (1847-1848), entre la ferme et le Pont-à-Vaches, 53 m ;
  • Fosse no 4 « Bonne Confiance » (1837-1847), derrière l’église, 58 m ;
  • Fosse no 5 « Occident », 35 m ;
  • Fosse no 6 « Saint-Nicolas I », 40 m. Les fosses 5 et 6 furent actives entre 1850 et 1868 dans le bois situé entre la rue Capouillet et l’église ;
  • Fosse no 7 « Saint-Nicolas II », entre la ferme Vanderwalle et le chemin de fer, 18 m ;
  • Fosse no 8 « Caroline » (1850-1868), 35,50 m ;
  • Fosse no 9 « Sainte-Thérèse » (1845-1852), 42 m ;
  • Fosse no 10 « Saint-Joseph » (1847). Les fosses 8, 9 et 10 se situaient entre le chemin de fer, le sentier Capouillet et la rue Vandekerkove ;
  • Fosse no 11 « Morgny », rue Neffe. Trois autres fosses de la rue Neffe apparaissent sur une carte de 1844.

Techniques anciennes d’extraction : caractéristiques des premiers puits

Les premières extractions de charbon dans la région reposaient sur des puits sommaires appelés cayats. Selon Augusta Lemal, ces ouvertures, rarement profondes elles atteignaient en général moins de cinquante mètres présentaient un diamètre étroit, de l’ordre d’un à deux mètres et demi. Souvent dépourvus de maçonnerie, ces puits recoupaient directement la veine exploitée. Le personnel comme le charbon étaient déplacés au moyen de cuves manœuvrées par treuils manuels ou par des dispositifs à traction animale, connus localement sous les noms de barritelles ou tourillons. Alignés le long de galeries destinées à évacuer les eaux vers un cours d’eau, les cayats nécessitaient l’installation de machines d’exhaure dès que l’exploitation descendait sous le niveau de drainage. Augusta Lemal signale qu’en 1865, la parcelle du cayat no 1 portait déjà le nom de Vieille Machine, indice d’un équipement ancien destiné au pompage.

Avec l’approfondissement progressif des travaux et l’élargissement des zones exploitées, les petites équipes de maîtres charbonniers ne suffirent plus. L’évolution technique et les besoins financiers entraînèrent, au cours du XIXe siècle, la création de sociétés minières capables de développer des installations plus profondes, mieux équipées et plus sûres. Cette transition marque, comme le rappelle Augusta Lemal, le passage d’une exploitation artisanale à une organisation industrielle structurée.

Prolongement du chemin de fer vers le puits no 12 (1853)

En 1853, la ligne de chemin de fer reliant le rivage de la Sambre au puits no 7 de Monceau fut prolongée vers Forchies-la-Marche, atteignant le puits no 8. D’après Augusta Lemal, ce nouvel itinéraire traversait Goutroux et desservait également le puits no 12 du bois de la Charbonnière. L’inauguration officielle, le , confirma l’intégration progressive du rail dans l’exploitation charbonnière du bassin de Charleroi. Le tracé franchissait la rue de Roux à Fontaine-l’Évêque, près des premières habitations situées sous le pont du Cavalier, emplacement déjà identifiable sur la carte de Van der Maelen. L’ouverture de cette section marqua la fin du traînage des wagons par chevaux au profit de la traction par locomotive, signe d’une modernisation technique que Augusta Lemal considère comme déterminante pour l’évolution des infrastructures minières. En 1864, l’État belge racheta la ligne, l’intégrant au réseau public en expansion.

Un document daté de 1862 mentionne un bail à durée illimitée conclu par Charles et Louisa de Leusemans avec la Société Monceau-Fontaine. Ce bail concernait une parcelle de neuf ares située à Goutroux, occupée par la voie ferrée de la société, pour un loyer annuel de 476,90 francs. Selon Augusta Lemal, cette parcelle appartenait à un ensemble plus vaste loué à Nicolas Beyart, propriétaire local, illustrant les interactions fréquentes entre exploitants miniers et propriétaires fonciers dans la région.

Le puits no 14

Par l’arrêté royal du , la Société Monceau-Fontaine reçut une concession houillère de 1 748 ha couvrant notamment Monceau, Marchienne, Landelies (dont Goutroux), Fontaine-l’Évêque, Forchies, Souvret et Courcelles. Selon Augusta Lemal, les anciens cayats de Goutroux étaient inclus dans ce périmètre. Une première association minière avait été constituée dès 1804 par le prince de Gâvre, Mmede Rodoan et J.-F. Gendebien pour préserver et étendre les concessions existantes. La société Monceau-Fontaine fut formellement établie en 1836.

Expansion territoriale

La concession s’accrut progressivement selon Augusta Lemal :

  • 1852 : +318 ha (reprise du Martinet).
  • 1869 : +250 ha (extension sous Fontaine et Anderlues).
  • 1874 : +625 ha (fusion avec la Compagnie Piéton-Centre).

Vers 1880, Monceau-Fontaine devint l’une des principales sociétés charbonnières du Hainaut, exploitant 2 945 ha sous 11 localités et disposant de 9 sièges, dont le puits no 14 à Goutroux.

Mise en exploitation du puits no 14

La préparation du siège se poursuivit jusqu’en 1885, année de l’ouverture des gisements. Selon Augusta Lemal, le puits fut classé en deuxième catégorie grisouteuse (). Le traitement du charbon était initialement assuré au puits no 12, relié par une chaîne sans fin.

Contexte économique et social

La création du siège no 14 intervint dans une période de fluctuations profondes : après une brève reprise, l’industrie houillère connut une crise sévère entre 1877 et 1886, marquée par la baisse des prix, la réduction des salaires et l’augmentation du chômage. Selon Augusta Lemal, ces tensions culminèrent dans les grèves de mars 1886, accompagnées d’émeutes à Jumet et Roux et d’une répression militaire meurtrière. L’enquête gouvernementale qui suivit mit en évidence les conditions de travail extrêmement précaires des mineurs et contribua à l’émergence d’une législation sociale. Augusta Lemal note que de 1952 à 1972, le grisou était acheté, transformé et vendu par la société Distrigaz, puis il était acquis et utilisé dans l'industrie sidérurgique.

Impact local

À Goutroux, l’installation du puits no 14 entraîna dès les années 1880 un vaste chantier : déboisement, fabrication de briques, construction des bâtiments, creusement des puits et bouveaux (504 m atteints en 1881). Ces travaux fournirent un emploi important à la population locale, composée de journaliers polyvalents.

L’exploitation se développa ensuite en profondeur selon Augusta Lemal:

  • 1918 : 735 m ;
  • 1925 : 845 m ;
  • 1958-1964 : approfondissement jusqu’à 1 019 m et ouverture de l’étage 925 avec galerie inclinée et télémine. Un record de 700 tonnes/jour fut atteint après l’ouverture de l’étage 1019.
Fermeture

Le charbonnage fut définitivement arrêté le , mettant fin à près d’un siècle d’activité et à un élément structurant de l’histoire locale.

Tourisme vert et promenade

Le RAVel à Goutroux, sur l'anncien voie ferrée.

Goutroux est traversé par le RAVeL L112 de Fontaine-l'Évêque à Monceau-sur-Sambre. Le RAVel (Réseau Autonome des Voies Lentes) permet la pratique du vélo à des fins sportives et de tourisme sur des itinéraires protégés.

Depuis 2023, Goutroux se trouve sur le tracé d'un grand itinéraire de randonnée balisé GRP1666, la Grande Dérive. Ce chemin forme une boucle de 54 km entourant le grand Charleroi. La Grande Dérive, passe à travers les marges vertes de Charleroi, sur des sentiers balisés en grimpant sur les terrils et en traversant parcs publics, bois, zones agricoles et friches. Au sud-est, une partie du parc de Monceau-sur-Sambre se trouve sur le territoire de Goutroux.

Transports

Chemin de fer

L'ancienne station de Goutroux située rue Vandekhove.

Du à 1980, un point d’arrêt nommé Landelies-Bretagne fut ouvert sur la ligne Marchienne-au-Pont – Haine-Saint-Pierre, qui traversait Goutroux après avoir desservi Fontaine-l’Évêque et Piéton. Cette ligne, l’une des premières du bassin charbonnier, avait été mise en service pour le trafic marchandises en janvier 1865, puis pour les voyageurs en juin de la même année, avant d’être intégrée au réseau de l’État en 1871. Augusta Lemal souligne que l’autonomie communale de Goutroux entraîna, en octobre 1897, le changement officiel de nom de la halte, désormais identifiée au village. Très fréquentée, elle facilita les déplacements quotidiens vers les centres industriels voisins. Fermée en 1940, la ligne fut finalement mise hors service en 1980 et remplacée par une liaison électrifiée reliant Monceau-Formation à Forchies et Piéton, passant au nord de Goutroux, évolution que Augusta Lemal interprète comme un signe de la réorganisation progressive du réseau ferroviaire régional. Depuis lors, l'assiette du chemin de fer a été reconverti en RAVeL.

Transports en commun

Goutroux est desservi exclusivement par des lignes de bus du TEC ; aucune ligne de métro n’y circule, le métro léger de Charleroi ne passant pas par le village. Les lignes actuelles reliant Goutroux aux pôles urbains les plus proches sont les lignes TEC 63, 64 et 710. Le village est également desservi par les lignes M1 et M2 du métro léger, et Goutroux dispose d’une station appelée Morgnies.

Sports

Goutroux a un club de football appelé le Royal Goutroux Sports dont le stade Théo Cavillot se trouve rue de Leernes. Le Royal Goutroux Sports est un club de football affilié à l’Union belge sous le matricule 234, ce qui en fait l’un des clubs historiques de la région de Charleroi. L’entité juridique actuelle fonctionne sous forme d’ASBL, créée officiellement le , et enregistrée comme association sportive active dans les activités de clubs de football. Selon les informations publiques du club, Goutroux Sports revendique une existence depuis 1920, ce qui le place parmi les clubs centenaires du bassin carolorégien. Le club occupe une place importante dans la vie associative du quartier de Goutroux, organisant régulièrement des tournois de jeunes (U8 à U16), événements festifs et activités communautaires, témoignant d’un fort ancrage local.

Pour la saison 2025-2026, le Royal Goutroux Sports aligne une équipe première en 3e Provinciale C (Hainaut). Le club y occupe une place dans le bas du classement, avec un total de 37 points en 30 matchs, ce qui le situe à la 12e place du tableau. Les résultats montrent une équipe compétitive mais irrégulière, alternant victoires significatives (par exemple 3-0 contre Carnières) et défaites serrées. Le Royal Goutroux Sports utilise les couleurs rouge et vert, souvent associées à un emblème canin (le chien), régulièrement mis en avant dans sa communication. Cette identité visuelle contribue à la cohésion du club et à son image chaleureuse et familiale.

Notes et références

Notes

  1. ↑ Après 1945, Goutroux entra dans une phase d’expansion marquée par l’amélioration progressive du cadre de vie et l’édification de nouvelles cités ouvrières. Augusta Lemal indique que plusieurs organismes participèrent à cet essor : la Société de Monceau-Fontaine développa les quartiers du nord, la Petite Propriété Terrienne aménagea le sud, tandis que le Foyer Moncellois construisit des habitations au centre du village. L’ensemble porta le parc immobilier local à environ mille logements, témoignant d’une urbanisation rapide. La croissance démographique accompagna ce mouvement. De 1 707 habitants en septembre 1945, Goutroux passa à 1 800 en 1950, puis à 2 290 en 1957, dont une proportion notable de résidents étrangers. Selon Augusta Lemal, cette dynamique se poursuivit jusqu’au milieu des années 1960, avec 2 800 habitants en 1965 et un maximum de 3 373 en 1970, avant une légère diminution à 3 079 en 1976. Ces évolutions reflètent les transformations sociales et économiques d’un ancien village minier devenu une communauté résidentielle structurée (Lemal 1979, p. 77).
  2. ↑ Situation de la maison du peuple (50° 24′ 57″ N, 4° 21′ 19″ E).
  3. ↑ Situation du lieu-dit (50° 25′ 13″ N, 4° 21′ 48,2″ E).
  4. ↑ À cette époque, Monceau faisait partie de la commune de Marchienne (Lemal 1979, p. 82).
  5. ↑ Emplacement de l'étang (50° 24′ 43,8″ N, 4° 21′ 20,7″ E).
  6. ↑ Situation de l'étang de la ferme Beyart (50° 24′ 54,8″ N, 4° 21′ 30,1″ E)
  7. ↑ Situation du Bois de Goutroux (50° 24′ 37,1″ N, 4° 21′ 16″ E).
  8. 1 2 Selon Augusta Lemal, le nom « Charbonnière » vient du procédé de fabrication du charbon de bois, utilisé comme combustible par les Romains pour fondre le minerai de fer. La forêt où l’on produisait ce charbon était appelée « carbonaria silva » (Lemal 1979, p. 9).
  9. ↑ Situation du bois (50° 24′ 34″ N, 4° 22′ 13″ E).
  10. 1 2 Fusion de communes en Belgique.
  11. ↑ À cette époque, une carrière de sable était en activité près de l’église selon Lemal, et une carrière de grès se trouvait aussi non loin, dans le bois de la Charbonnière (Lemal 1979, p. 59).
  12. ↑ En 1867, des enfants âgés de 7 à 10 ans travaillaient dans les usines et les mines, gagnant seulement 80 à 90 centimes pour 12 heures de labeur. Augusta Lemal note que ce n’est qu’en 1884 que les travaux souterrains furent interdits aux garçons de moins de 12 ans et aux filles de moins de 14 ans (Lemal 1979, p. 59).
  13. ↑ À l’origine exploitée par la SA des Chemins de fer des Bassins houillers du Hainaut, la ligne du « Centre » (no 112) passa sous la gestion de l’État belge en 1871. Selon Augusta Lemal, le premier garde-barrière du passage à niveau du chemin de Morgnies fut Dokier Em. Jh., originaire de la province de Namur, inscrit en 1875. Pour l’autre passage, la première garde-barrière était l’épouse de Stroobant Isidore, alors garde-voie. Tous deux furent inscrits en 1878, venant de Grammont (Lemal 1979, p. 62).
  14. ↑ Dès 1895, la Société des chemins de fer des bassins houillers du Centre inaugure la station « Landelies-Bretagne » sur la ligne reliant Marchienne-au-Pont à Haine-Saint-Pierre (Lemal 1991, p. 58).
  15. 1 2 Emplacement du puits (50° 25′ 32,9″ N, 4° 21′ 05,5″ E).
  16. ↑ Dans les communes regroupant plusieurs hameaux distincts, l’art. 66 de la loi de 1885 autorisait la Députation permanente à fixer, en fonction de la population, le nombre de conseillers à élire parmi les éligibles de chaque hameau. selon Augusta Lemal ce n'est qu'en 1890, que le recensement de Goutroux indiquait 809 habitants pour un hameau, sur un total de 1 852 habitants (Lemal 1979, p. 64).
  17. ↑ Aujourd'hui, le bâtiment abrite une entreprise de pompes funèbres. Situation actuelle du bâtiment (50° 24′ 50″ N, 4° 21′ 19″ E).
  18. ↑ Près de cinquante ans après Marchienne-au-Pont et à Fontaine-l’Évêque en 1881 (Lemal 1979, p. 76).
  19. ↑ Une communication locale revenait à 30 centimes (Lemal 1979, p. 76).
  20. ↑ À une trentaine de kilomètres, la violente bataille de Gembloux opposait une division française commandée par le général Juin, une division marocaine et les Panzerdivisionen allemandes (Lemal 1979, p. 32).
  21. ↑ Le , à l'aube, l'artillerie allemande défilait déjà à Charleroi (Lemal 1979, p. 33).
  22. ↑ Dans cette nouvelle entité, la commune de Goutroux appartenait au District VI, également appelé District de Marchienne-au-Pont.
  23. ↑ Dans cette affaire, Goutroux perdit une encaisse de 250 000 francs, un montant considérable pour l’époque, qui aurait pu être employé à meilleur escient avant la guerre. Cela n’empêcha toutefois pas la commune d’être contrainte de rembourser les dettes du « Grand Charleroi » après 1945 (Lemal 1979, p. 33).
  24. ↑ Actuellement c'est l'école maternelle de la Terrienne.
  25. ↑ Selon Augusta Lemal, en 1955, cette société, installée au sud du point d'arrêt, possédait quelques vieilles maisons, précisant qu’elles « avaient été construites depuis longtemps sur un terrain appartenant à autrui ». Selon Lemal, ces maisons furent ensuite démolies (Lemal 1991, p. 134).
  26. ↑ Quelques petits commerces subside encore pour les besoins des habitants du village et des environs.
  27. ↑ Selon Augusta Lemal, en 1904, bien que la majorité fût socialiste, un membre de la minorité fut nommé bourgmestre par arrêté royal, les socialistes étant alors automatiquement exclus de ce poste à cet époque (Lemal 1991, p. 150) et (Lemal 1979, p. 70).
  28. ↑ De 1912 à 1919, aucun bourgmestre ne fut nommé à Goutroux, par arrêté royal (Lemal 1979, p. 81).
  29. ↑ Entre 1917 et 1918, les Allemands le remplacèrent par J.B. Stroucken, qui n’appartenait pas au conseil communal (Lemal 1991, p. 150).
  30. ↑ Emile Moureau étant décédé en 1942, en pleine guerre, aucun bourgmestre ne fut légalement nommé avant 1945 (Lemal 1979, p. 81).
  31. ↑ En août 1942, Goutroux a été rattaché à Charleroi et placé sous l’autorité allemande (Lemal 1991, p. 150).
  32. ↑ Le sol est argileux. Le trou laissé par l’extraction de l’argile a été rempli avec la terre prélevée sur le monticule voisin, ce qui a permis de niveler le terrain (Lemal 1991, p. 47-49).
  33. ↑ Elle se situe rue des Coquelicots.
  34. ↑ Actuellement le RAVeL.
  35. ↑ En 1910, l’entreprise s’étendait sur 18 communes, couvrant 4 083 hectares, et en 1954, elle comptait déjà 25 communes pour un total de . Selon Augusta Lemal, en 1979, il ne reste plus que trois puits en service : le no 17 à Piéton, ainsi que les no 18 et 19 à Marchienne-au-Pont. La fermeture définitive a eu lieu en 1980 (Lemal 1979, p. 103).
  36. ↑ Les niveaux de 124 m et de 140 m étaient classés dans la première catégorie (Lemal 1979, p. 103).
  37. ↑ La guerre franco-allemande de 1870 avait considérablement augmenté les échanges avec les marchés étrangers (Lemal 1979, p. 103).
  38. ↑ En 1884, la loi interdisait aux garçons de moins de 12 ans et aux filles de moins de 14 ans de travailler au fond (Lemal 1979, p. 103).
  39. ↑ Devenu par la suite Fluxys.
  40. ↑ Emplacement de l'ancienne gare de Goutroux (50° 24′ 26,8″ N, 4° 21′ 37,2″ E ).

Références

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Voir aussi

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Articles connexes

Bibliographie