Zuloaga y Zavaleta est un nom espagnol. Le premier nom de famille, en général paternel, est Zuloaga; le second, en général maternel, souvent omis, est Zavaleta.
Ignacio Zuloaga y Zavaleta, né le à Eibar (Guipuscoa), et mort le à Madrid, fut l'un des plus importants peintres espagnols de la fin du XIXesiècle et du début du XXesiècle. Portraitiste très prisé en son temps, il a également donné des images puissantes de tauromachie en Andalousie et de l'Espagne noire en Castille, notamment à Ségovie.
En 1898, il découvre à Ségovie un univers qui marquera profondément et durablement son œuvre: une terre inhospitalière, aux types et coutumes archaïques. Il installe un atelier dans la ville, et achète en 1925 le château de Los Velasco dans le village médiéval de Pedraza.
Il était un grand aficionado des courses de taureaux, sujet qu'il représenta dans ses tableaux, réussissant même une fois à entrer dans l'arène. Son modèle favori était Agustina, la mère du matador Ignacio Rafael García Escudero «Albaicín».
Il a également eu pour modèle La Niña de los Peines en 1910.
Zuloaga, «qui reste imperméable aux innovations de son contemporain Pablo Picasso, aime à représenter le sang, la volupté et la mort, goût que lui ont légué ses prédecesseurs Diego Vélasquez, Francisco de Goya et surtout Le Greco, dont l'art a toujours suscité chez lui une admiration passionnée et envers qui il veut résolument rester fidèle». Ses thématiques typiquement espagnoles, frisant souvent la caricature (paysages arides, processions rurales, portraits de manolas séductrices, toreros arrogants et pícaros misérables), ont connu beaucoup de succès dans une Europe avide d'exotisme, avant d'être récupérés par les nationalistes.
Les nationalistes ont utilisé son prestige international pour faire la propagande de l'Espagne franquiste, diffusant son œuvre dans des expositions à l'étranger: Venise en 1938, Londres en 1939. Malgré les bouleversements politiques, Zuloaga continue de représenter les figures marquantes de son époque et, entre avril et , il passe 20 jours avec Francisco Franco à l'Hôtel Ritz de Madrid pour réaliser son portrait.
Il s'éloigne ensuite progressivement de la scène publique pour se consacrer à la peinture de natures mortes.
«On peut dire sans exagération qu'un cinquième de l'œuvre de Zuloaga est consacré à la tauromachie avec principalement des portraits individuels ou collectifs de toreros célèbres ou inconnus: La Famille du torero gitan, Portrait de Domingo Ortega, Portrait de Belmonte , et plus rarement de scènes de corrida: La Victime de la fiesta, Corrida à Eibar.»
Parmi les portraits de toreros les plus importants, on compte celui de son filleul, le fils d'Agustina, Albaicín qu'il fit poser en habit de lumières alors que le jeune garçon n'avait pas encore songé à être torero.
Il est l'auteur du portrait du collectionneur d'art Carlos de Beistegui. Ce portrait est exposé au Louvre, dans la "Salle Beistegui" au deuxième étage du pavillon Sully; selon les volontés de son commanditaire ce portrait doit y être exposé en permanence au sein de l'importante et indissociable collection de tableaux de sa donation au Louvre. Zuloaga figure également aux musées d'Orsay ou de Castres.
Le Portrait de la comtesse Mathieu de Noailles, réalisé vers 1913, est présent dans le livre Les 1001 tableaux qu'il faut avoir vus dans sa vie; la critique Lucinda Hawksley l'y qualifie de «merveilleusement décadent».
«Gloire universelle, portraitiste des grandes vedettes, peintre de Maurice Barrès devant Tolède, et, au reste, artiste adroit et fougueux qui, dans ses silhouettes torturées, ses ciels projetés au devant de la toile, ses paysages et ses fonds caractéristiques, a conservé avec un zèle irréfutable quelques-unes des images et quelques-uns des thèmes qu'évoquent spontanément dans la mémoire du vulgaire les noms d'Espagne, de Castille, de peinture espagnole, de Vélasquez, Greco, Goya.» - Jean Cassou
«Outre des figures, Zuloaga peint surtout des paysages de la vieille Castille. Et il le fait avec un accent, une âpreté qui rendent, à travers une technique moderne, en des plans vigoureusement charpentés, la plus vibrante et la plus profonde tradition espagnole. Des toiles comme ses Sorcières de San Millan, groupées sous un ciel d'orage, relèvent d'un art qui ne doit rien aux écoles, ni aux modes, mais sourd du fond même d'une race et d'un homme. Zuloaga est le peintre de l'Espagne noire. Lui aussi peint des nains et les chevaux éventrés de l'arène. Il est le témoin implacable de son temps et de son pays dont il s'efforce à percer l'âme sous les apparences et les rites. Toujours insatisfait, doutant de lui, travaillant dans le silence et l'isolement, Zuloaga a rendu à l'Espagne un peintre digne d'elle.» - Pierre Leprohon
«Il partage son existence entre Montmartre et l'Espagne, usant d'une palette somptueuse aux tonalités sombres, d'un expressionnisme parfois frinçant, pour de grands portraits, des gitanes et des toréadors, des nains et des sorcières, et conquiert bientôt une carrière internationale de portraitiste mondain. Revenu en Espagne après la Première Guerre mondiale, il réunit en sa villa de Zumaia une collection dont la pièce maîtresse, L'ouverture du septième sceau du Greco, est aujourd'hui au Metropolitan Museum de New York.» - Gérald Schurr
«Se voulant le continuateur de la tradition espagnole, il a traité les sujets nationaux: courses de taureaux, gitans dans leurs chants et leurs danses, clergé sombrement mystique, et surtout, dans la partie la plus émouvante de son œuvre, la misère de la vie des paysans et des pêcheurs qu'il côtoyait à Zumaia. Zuloaga représente une Espagne austère, rude et fière, celle du Maurice Barrès de Du sang, de la volupté et de la mort. Non seulement par les thèmes traditionnels, intégralement dans l'hispanité, par certains côtés sa peinture s'apparente à Diego Vélasquez et à Francisco de Zurbarán, le choix de ses sujets dans leur réalisme âpre et douloureux fait penser à Francisco de Goya, mais surtout il considérait Le Greco comme "le Dieu de la peinture" et son œuvre en est fortement influencée… La conjonction des thèmes et des influences fait de l'œuvre de Zuloaga une sorte de très brillante synthèse de la peinture espagnole des trois siècles passés.» - Jacques Busse
↑Lucinda Hawkley, Portrait de la comtesse Mathieu de Noailles, page 604, in Les 1001 tableaux qu'il faut avoir vus dans sa vie, traduit de l'anglais par Amandine de Chastaing, Cécile Giroldi et Anne Marcy-Benitez, Flammarion, 2007, (ISBN9782081202603).
↑ Jean Cassou, «La peinture en Espagne et en Amérique latine», L'Amour de l'art, 1934, p.492.
↑ Pierre Leprohon, «Zuloaga» dans, sous la direction de Pierre Waleffe, La vie des grands peintres espagnols, éditions du Sud, Paris, 1965, pp.362-365.
↑ Gérald Schurr, Le Guidargus de la peinture, Les Éditions de l'Amateur, Paris, 1993, pp.1048-1049.
Amanda Herold-Marme, Des artistes espagnols à Paris - Identités et engagements face à la guerre civile, collection «L'art et l'essai», CTHS / INHA, 2024.
Javier Novo González, «Ignacio Zuloaga et son utilización por el franquismo», Ondare - Cuadernos de artes plásticas y monumentales, n°25, 2006, pp.233-243.
Emmanuel Bénézit (article de Jacques Busse), Dictionnaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs, vol.14, Gründ, 1999.
André Roussard, Dictionnaire des peintres à Montmartre, éditions André Roussard, Paris, 1999.