Irving Babbitt

Irving Babbitt
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Irving Babbitt, né le à Dayton et mort le à Cambridge, est un universitaire et critique littéraire américain, notamment connu pour avoir joué un rôle précurseur dans l’émergence d’un courant qui prend par la suite le nom de « Nouvel Humanisme ».

Celui-ci exerce une influence notable sur les débats littéraires et la pensée conservatrice aux États-Unis entre 1910 et 1930. Babbitt s’inscrit dans la tradition de la critique culturelle inaugurée par Matthew Arnold et se montre un adversaire constant du romantisme, dont il conteste les présupposés à travers une critique notamment dirigée contre les écrits de Jean-Jacques Rousseau. Sur le plan politique, il peut, sans déformation excessive de sa pensée, être rapproché de la tradition aristotélicienne et de la pensée d’Edmund Burke.

Il défend l’humanisme classique tout en élaborant une conception œcuménique de la religion. Son humanisme repose ainsi sur une connaissance étendue des différentes traditions morales et religieuses. Son livre Democracy and Leadership, publié en 1924, est tenu pour un texte classique de la pensée conservatrice américaine. Babbitt est ainsi considéré comme l’une des figures importantes du conservatisme culturel et politique aux États-Unis.

Biographie

Jeunesse et études

Babbitt naît à Dayton, dans l’Ohio, de l’union d’Augusta (Darling) et d’Edwin Dwight Babbitt. Durant son enfance, il suit sa famille dans ses déplacements à travers une grande partie des États-Unis. À partir de l’âge de onze ans, il grandit à Madisonville, quartier de Cincinnati, dans l’Ohio. En 1885, il intègre l’université Harvard. Après l’obtention de son diplôme en 1889, il accepte un poste d’enseignant en lettres classiques au College of Montana. Deux ans plus tard, il quitte cet établissement pour poursuivre ses études en France, à l’École pratique des hautes études, rattachée à la Sorbonne. Il y consacre une année à l’étude de la littérature pālie et du bouddhisme. Il regagne ensuite Harvard, où il obtient une maîtrise comprenant notamment l’étude du sanskrit.

Harvard

À cette période, il renonce à une carrière consacrée aux études classiques pour accepter un poste d’enseignant en langues romanes au Williams College, fonction qu’il n’exerce finalement que durant une année. En 1894, il reçoit une nouvelle proposition de Harvard, cette fois comme instructeur de français. Il y demeure dès lors, progressant dans la hiérarchie universitaire jusqu’à accéder, en 1912, à une chaire de professeur titulaire de littérature française. Il est également crédité d’avoir contribué à introduire l’étude de la littérature comparée dans cette partie des États-Unis.

Il est élu membre de l’Académie américaine des arts et des sciences en 1921.

La chaire de littérature comparée « Irving Babbitt » est créée par l’Université Harvard en 1960 et attribuée à son premier titulaire, Harry Levin. L’Institut national des sciences humaines assure la gestion d’un projet consacré à Irving Babbitt.

Nouvel humanisme

C’est au début des années 1890 qu’il noue pour la première fois des liens intellectuels avec Paul Elmer More, avec lequel il élabore les principes fondamentaux de ce qui devient ce qu’il désigne sous le nom de « Nouvel Humanisme ». En 1895, il prononce une conférence intitulée « Qu’est-ce que l’humanisme ? », qui préfigure sa critique de Rousseau. À cette époque, Babbitt s’est détourné des études classiques. Il manifeste ultérieurement son opposition à l’érudition textuelle et philologique contemporaine, qu’il associe principalement à la tradition savante allemande et qu’il considère comme une discipline désormais parvenue à son terme ; il déplore en conséquence que celle-ci soit privilégiée au détriment d’un enseignement fondé sur ce qu’il tient pour la portée morale et spirituelle « éternelle » des chefs-d’œuvre de la littérature. Ses conceptions, à l’instar de celles de More, prennent généralement la forme de textes brefs ou d’essais, ultérieurement réunis en volumes. L’ouvrage de Babbitt intitulé La littérature et le collège américain, bien qu’il rassemble des textes déjà publiés séparément, suscite un vif retentissement lors de sa parution en 1908.

Il poursuit ses publications dans une orientation analogue, s’en prenant fréquemment aux auteurs relevant de sa spécialité revendiquée, la littérature française. Il formule également des critiques à l’encontre de Francis Bacon et s’emploie à réfuter les principes du naturalisme littéraire ainsi que ceux de l’utilitarisme.

Il accorde une importance prépondérante à la moralité individuelle et à l’exercice de la raison humaine. Il insiste sur l’autodiscipline ainsi que sur la nécessité de contenir les pulsions qui tendent à s’affranchir de toute forme de contrainte. Il s’oppose au naturalisme, auquel il reproche de privilégier l’action des forces naturelles extérieures au détriment de la force de caractère et de la conscience individuelle. Il condamne le romantisme et, plus particulièrement, son principal promoteur, Jean-Jacques Rousseau. Il considère Rousseau comme l’une des principales influences néfastes exercées sur la culture moderne. Il récuse l’exacerbation du sentimentalisme, la représentation de l’être humain comme perfectible à l’infini ainsi que les conceptions utopiques propres au romantisme. Ses conceptions s’inscrivent dans la continuité de la tradition littéraire classique et préromantique.

Démocracy and leadership

En 1924, Babbitt publie ce qui est peut-être son ouvrage le plus connu, Democracy and Leadership. Il y expose ses conceptions politiques à la lumière de sa pensée humaniste. L’ouvrage examine et réfute plusieurs théories politiques dérivées du naturalisme. Babbitt distingue, dans la pensée naturaliste, deux orientations qu’il soumet particulièrement à la critique : d’une part, la conception mécaniste ou utilitariste, notamment diffusée par Francis Bacon ; d’autre part, l’orientation sentimentale, dont Jean-Jacques Rousseau est, selon lui, l’un des principaux représentants. Il reproche à ces deux courants d’accorder une prépondérance excessive aux déterminismes naturels ainsi qu’aux passions et aux impulsions humaines lorsqu’elles échappent à toute discipline, au détriment du rôle fondamental qu’il attribue à la conscience individuelle et à la formation du caractère moral. Il récuse également les conceptions déterministes de l’histoire, dont il retrace la généalogie de saint Augustin à Bossuet. Selon lui, l’exigence morale constitue la qualité essentielle d’un dirigeant appelé à exercer son autorité dans une société démocratique. Il met enfin en garde contre les dérives d’un majoritarisme dépourvu de contrepoids au sein des régimes démocratiques.

Les conceptions politiques de Babbitt s’inscrivent dans la filiation du libéralisme classique, notamment dans la pensée d’Aristote et d’Edmund Burke. Son ouvrage acquiert le statut de classique de la littérature politique conservatrice. Plusieurs intellectuels conservateurs, parmi lesquels Russell Kirk, se réclament de son influence. Kirk considère ainsi le livre comme « l’une des rares œuvres de pensée politique véritablement importantes ».

Ses conceptions politiques procèdent de la conviction que le caractère moral revêt une importance primordiale. Il récuse l’activisme sociopolitique et le sentimentalisme, qu’il tient pour des expédients illusoires se substituant à la conscience et à la rectitude individuelles. Il affirme le principe de la responsabilité personnelle et s’oppose à « l’ingérence de chacun dans les affaires de chacun ».

Critique, influence et héritage

Au fil des années, il se trouve confronté à des critiques de plus en plus nombreuses. Parmi les personnalités qui en viennent à déclarer publiquement leur opposition figurent notamment R. P. Blackmur, Oscar Cargill, Ernest Hemingway, Harold Laski, Sinclair Lewis, H. L. Mencken, Joel Elias Spingarn, Allen Tate et Edmund Wilson. Dans le cas de Mencken, du moins, Babbitt lui oppose une réplique tout aussi directe : il qualifie les écrits du journaliste de « vaudeville intellectuel ».

Il exerce une influence précoce sur T. S. Eliot, qui compte parmi ses élèves à Harvard. Dans son essai de 1926, intitulé « L’humanisme d’Irving Babbitt », consacré à une critique de Democracy and Leadership, Eliot adopte une position devenue plus nuancée, considérant que l’humanisme de Babbitt demeure insuffisamment réceptif aux principes du dogme chrétien ; son attitude à l’égard de la religion continue toutefois de faire l’objet de débats parmi les commentateurs.

Les principales figures identifiables du mouvement néo-humaniste, en dehors de Babbitt et de More, subissent pour l’essentiel l’influence personnelle de Babbitt et comprennent G. R. Elliott (1883–1963), Norman Foerster (1887–1972), Frank Jewett Mather (1868–1953), Robert Shafer (1889–1956) et Stuart Pratt Sherman (1881–1926). Parmi ces personnalités, Sherman s’en détache toutefois à un stade précoce, tandis que Foerster, qui en constitue l’une des figures les plus représentatives, infléchit ultérieurement sa position et se rallie aux orientations du New criticism.

Plus marginalement, Yvor Winters et le mouvement des Grands Livres sont susceptibles d’avoir recueilli certains éléments du Nouvel Humanisme. Parmi les érudits auxquels l’influence de Babbitt est généralement rattachée figurent notamment Milton Hindus, Russell Kirk, Nathan Pusey, Peter Viereck, Richard M. Weaver, Claes G. Ryn et George Will. Des affinités intellectuelles ont également été relevées entre Babbitt et Gordon Keith Chalmers, Walter Lippmann, Louis Mercier et Austin Warren ; toutefois, il demeure délicat d’étayer des hypothèses d’influence qui ne sont pas explicitement attestées, d’autant que Babbitt est réputé avoir déconseillé les manifestations publiques d’hommage à son égard.

Après avoir occupé une place prééminente dans la vie intellectuelle américaine au cours des années 1920, notamment grâce à l’appui, réel mais contestable, de The Bookman, le Nouvel Humanisme voit son audience décliner après la mort de Babbitt, en 1933, tandis que les courants modernistes et progressistes acquièrent une influence croissante dans les sphères intellectuelle, culturelle et politique des États-Unis. Dans les années 1940, ses détracteurs le tiennent pour presque disparu ; toutefois, la pensée de Babbitt continue d’exercer une influence plus diffuse, parfois souterraine, tandis qu’un regain d’intérêt notable se manifeste à partir des années 1980 et se prolonge au cours des décennies suivantes. Babbitt demeure fréquemment mentionné dans les débats consacrés au conservatisme culturel. Son influence en Chine, particulièrement sensible durant les années 1930 et 1940, connaît par ailleurs un nouvel essor avec la parution de nombreux ouvrages consacrés à Babbitt ou issus de ses écrits.

Vie privée

Babbitt épouse Dora May, née Drew, le . De cette union naissent deux enfants : Esther et Edward Sturges.

Il s’éteint à son domicile de Cambridge, dans le Massachusetts, le .

Œuvres

Notes et références

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Irving Babbitt » (voir la liste des auteurs).
  1. ↑ Robert Muccigrosso, ed., Research Guide to American Historical Biography (1988) 1:80- 85
  2. ↑ « Babbitt, Irving, 1865-1933. Papersof Irving Babbitt : an inventory » [archive du ], oasis.lib.harvard.edu (consulté le )
  3. ↑ (en) « Book of Members, 1780-2010: Chapter B » [archive du ], American Academy of Arts and Sciences (consulté le )
  4. ↑ Ryn, « An American Classic » [archive du ], www.Kirkcenter.org, The Russell Kirk Center for Cultural Renewal, (consulté le )
  5. ↑ Irving Babbitt, Democracy and Leadership, 1924.
  6. ↑ Ryn, « An American Classic » [archive du ], University Bookman, (consulté le )
  7. ↑ (en) « Babbitt, Irving, 1865-1933. Papers of Irving Babbitt: an inventory », sur lib.harvard.edu. (version du sur archive.org).
  8. ↑ (en) « Death Comes to Irving Babbitt », North Adams Transcript,‎ , p. 9 (lire en ligne, consulté le )
  9. ↑ « Review of The Masters of Modern French Criticism by Irving Babbitt », The Athenaeum, no 4461,‎ , p. 455–456 (lire en ligne)

Voir aussi

Bibliographie

Liens externes