| Naissance | |
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| Décès | |
| Sépulture |
cimetière de Passy (10e division), Paris |
| Nom de naissance |
Jacques Luc Henri Lestrille |
| Nationalité | |
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| Influencé par | |
| Père |
Henri Louis Charles Lestrille (1864-?), architecte, maire d'Ault de 1920 à 1922 |
| Distinction |
Prix Blumenthal 1938 |
Jacques Lestrille est un artiste peintre et lithographe français né à Ault (Somme) le et mort à Clichy (Hauts-de-Seine) le .


Jacques Lestrille naît à Ault (Somme) au cœur de l'été 1904, « par hasard » écrit Raymond Cogniat, parce que ses parents - un père, Henri Louis Charles Lestrille (1864-?), architecte formé aux Beaux-Arts de Paris par Honoré Daumet et Pierre Esquié, et une mère, née Lucile Justine Verangat (1869-1922), « très musicienne » - s'y trouvent alors en vacances.
La consultation des registres d'état civil invite à relativiser nettement le « hasard » ainsi énoncé quant à la naissance aultoise de l'artiste : Henri Louis Charles Lestrille, bien qu'exerçant sa profession d'architecte au 5, rue Eugène-Delacroix à Paris, y est bien dit propriétaire domicilié à Ault dont il sera même le maire de 1920 à 1922 : c'est ainsi lui qui, en , confiera à Paul Landowski la commande du monument aux morts d'Ault qu'il inaugurera onze mois plus tard ; dans son journal, en date du , le sculpteur évoque sa visite en son atelier de Boulogne-Billancourt pour la remise des noms des soldats à graver sur les stèles.


Postimpressionniste « dans la foulée de Pierre Bonnard et Édouard Vuillard », alors encore installé dans l'appartement parental du 6, boulevard Flandrin dans le 16e arrondissement de Paris, Jacques Lestrille reçoit les conseils de Maurice Brianchon et Jean Aujame. Les historiens de l'art René Huyghe et Bernard Dorival vont ainsi pleinement s'accorder à le situer, en même temps que les deux précités mais aussi que Balthus, Yves Brayer, Christian Caillard, Jules Cavaillès, Roger Chapelain-Midy, François Desnoyer, Jacques Despierre, Raymond Legueult, Roger Limouse, Marguerite Louppe, Roland Oudot, Jean Pougny, Émile Sabouraud, Kostia Terechkovitch et Charles Walch, dans cette « génération de 1930 », constituée de peintres tous nés autour de 1900, « la plupart d'entre eux servant un idéal figuratif et puisant dans le domaine traditionnel leurs sujets, faits pour séduire et non pour surprendre ». Pour Bernard Dorival, cette nouvelle génération à laquelle appartient donc Jacques Lestrille prend de la sorte la relève des « néo-réalistes qui firent florès de 1920 à 1930 » (tels Maurice Asselin, André Dunoyer de Segonzac ou Henry de Waroquier) et propose, dans le même esprit qu'eux, « un juste milieu » entre la peinture officielle du Salon des artistes français et celle, jugée trop difficile par son irréalisme, des Fauves et des Cubistes.

Ce sont les premiers travaux connus de Jacques Lestrille, situés dans le Morbihan, que semble évoquer Daniel Le Meste lorsqu'il restitue que le jeune artiste (il n'a alors pas encore vingt ans) travaille en 1923 à Rochefort-en-Terre et au Faouët, présentant ainsi dès 1924 des vues des deux localités au Salon des indépendants, puis au Salon d'Automne. Jacques Lestrille reviendra du reste régulièrement à Rochefort-en-Terre pendant une grande partie de sa vie, s'y liant d'amitié avec le peintre américain Alfred Partridge Klots (1875-1939) qui y fit l'acquisition du château en 1907 et faisant des paysages côtiers du Morbihan un thème très récurrent dans son œuvre.
C'est un autre de ses thèmes, celui des Fleurs, que révèle en 1925 sa participation au Salon des indépendants, où il reviendra ensuite avec des sujets festifs comme Jour de fête en 1930, Le banquet en 1931 ou L'arbre de Noël en 1932. Puis, au Salon des Tuileries de 1932, il présente un Nu que le critique d'art Michel Florisoone remarquera comme « fin et harmonieux ».
Jacques Lestrille quitte le boulevard Flandrin pour s'installer au 30, rue de Passy, également dans le 16e arrondissement, en 1933.
Les expositions qui, en puis en à la Galerie Simonson, réunissent cinq jeunes artistes que Germain Bazin dit « liés par un commun sentiment de retour à l'objet » en un groupe baptisé N.G.S. (Nouvelle Galerie Simonson), se composent de Jacques Lestrille, Roger Chapelain-Midy, Adrien Holy, André Planson, et Maurice Georges Poncelet. « Chez Simonson, le groupe de la N.G.S. s'est classé comme une des meilleures équipes de la jeune génération. Tous les cinq manifestent une sympathique volonté de ne pas se contenter d'esquisses heureuses, mais de préciser, de composer, de peindre avec solidité, éclat, juste mesure, des tableaux achevés… Lestrille, dans un style plus graphique, compose avec une naturelle élégance » s'enchante dès la première exposition Maximilien Gauthier pour réévoquer lors de la seconde exposition cette « intéressante équipe dont il m'est déjà arrivé de dire les mérites, le sérieux, l'amour du beau métier, et qui continue fermement ». René Huyghe pour sa part définit dans le même temps la singularité des cinq artistes par « la pratique d'un art moins précieux, mais plus volontaire. Le souci des vérités essentielles de l'art, d'un métier solide et sûr aboutit chez eux à un art plus positif, moins proche de la rêverie ».

En 1937, Jacques Lestrille, qui est gratifié d'une commande de l'État pour l'Exposition universelle, est également appelé à brosser les grandes peintures murales de l'amphithéâtre Tisserand de l'Institut national agronomique, rue Claude-Bernard à Paris, où l'exécution de celles de l'amphithéâtre Risler est confiée à André Planson,. Michel Florisoone situera de la sorte Jacques Lestrille et André Planson, avec Maurice Georges Poncelet (qui œuvre alors à trois grandes créations pour le palais de la Découverte), Jean Aujame (qui intervient au lycée de jeunes filles - aujourd'hui lycée Antoine-Watteau - de Valenciennes), Charles Dufresne (qui terminera juste avant sa mort en 1938 les peintures murales de l'amphithéâtre de la Faculté de pharmacie de Paris), et Francis Gruber, parmi les peintres qui, par leur confrontation aux problèmes de la décoration murale contemporaine, se doivent de « retrouver les règles nécessaires de la composition », voire même les renouveler, et il écrira ainsi : « Lestrille et Planson, pour l'Institut agronomique, ont cherché, semble-t-il, moins à décorer le mur qu'à l'habiller à la façon d'une tapisserie qui meuble un fond, s'y superpose, mais ne veut pas faire corps avec lui. C'est une "parure cossue", sans éclat inutile, mais riche. Dans le cadre etroit, tout s'entasse, un peu mêlé, mais selon de grandes lignes bien lisibles qui conduisent du fond de la vie campagnarde, par les arbres et les plantes, à la vie libre de l'air ». En 2022, le déplacement de l'institut (rebaptisé entretemps AgroParisTech) de Paris à Saclay entraînera le transfert des fresques dans les réserves du Fonds national d'art contemporain.
Une certaine proximité entre la peinture de Jacques Lestrille et la composition de la tapisserie est déjà remarquée dès 1937 par le critique d'art Raymond Lécuyer : « Lestrille fait de la tapisserie » observe ce dernier lors de sa visite du Salon d'Automne. L'intérêt de l'artiste pour la tapisserie se vérifie de fait dans les collections du Mobilier national où est toujours conservé un important carton, La Nature, qu'il peint en 1941, qui ne sera cependant jamais tissé. Une courte collaboration (décors de vases) à la Manufacture nationale de Sèvres est centrée sur l'année 1950 : deux dessins gouachés portant témoignage de cette relation sont conservés par l'établissement. Dans les années qui suivent, il se réinvestit concrètement dans la conception de cartons de tapisseries pour la manufacture des Gobelins et le Mobilier national,,.
La datation des lithographies de Jacques Lestrille conservées en musées (le musée d'Art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole et surtout le Beffroi Musée Boucher-de-Perthes - Manessier d'Abbeville où se trouve la plus importante collection recensée) semble relier l'approche de l'estampe par l'artiste aux années 1950-1954,.
Jacques Lestrille épouse Pauline Mintzker (1925-1993) le à Paris. De cette union naîtra un fils, Marc-Henri Lestrille (1952-2004).
Outre sa fidélité au Morbihan, sa peinture va alors également énoncer des villégiatures allant de la Côte d'Azur (Vue sur le Cap Martin, 1953) à la Normandie (Les planches à Deauville, vers 1963), mais aussi, à travers la vie parisienne, la persistance de son attachement, déjà remarqué dans les années 1930, aux sujets festifs (Kermesse aux étoiles dans le jardin des Tuileries, printemps 1955 ; Nuit de la Saint-Sylvestre place Blanche en 1963). En 1964, soit en sa soixantième année, un hommage lui est rendu par une exposition personnelle en la Galerie André Weil à Paris.
Se faisant discret au soir de sa vie, Jacques Lestrille meurt le et est inhumé au cimetière de Passy, dans la 10e division.
Il demeure parmi les quelques noms dont se souvient Pierre Cabanne à propos de cette « génération de 1930 » qui, ennemie des excès d'alors, assuma cette difficulté existentielle de « porter le poids d'être née d'une lassitude », que citent également René Huyghe et Jean Rudel lorsqu'ils évoquent ces mêmes artistes qui « parurent d'abord les continuateurs des peintres nabis, dont l'idéal redonnait à l'homme une valeur permanente, à côté de celle de la nature, parvenant à fixer la réalité à travers les jeux de la lumière, devenue aussi image de la spiritualité, soulignant l'action, creusant des perspectives, animant les visages et révélant l'âme. Quelques peintres reprirent à leur compte ces points de vue, au cours d'une expérience qui, entre les deux guerres, n'avait pas son orthodoxie, tels Raymond Legueult, Maurice Brianchon, Jules Cavaillès, Roger Limouse et Jacques Lestrille qui ajoutent à la vision de Pierre Bonnard une exquisité nouvelle. Ce sont des maîtres sans doctrine qui, contrairement à la majorité des peintres contemporains peignant à partir d'idées, d’a priori, œuvrent en regardant – comme les impressionnistes ».

