| Naissance | |
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| Décès | |
| Nationalité | |
| Formation |
Université de Bordeaux (d) |
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| Père |
Oscar Auriac (1878-1949), directeur de l'ENS Saint-Cloud |
| Fratrie |
Pierre Auriac (1911-2004), médecin et résistant |
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| Conflit |
Fondateur du groupe de résistance Auriac-Bergez pendant la Seconde guerre mondiale |
| Distinction |
Jean Auriac, né le à La Roche-sur-Yon (Vendée) et mort le à Bordeaux (Gironde), est un médecin et résistant français. Professeur de physique médicale à la faculté de médecine de Bordeaux, il est spécialisé dans le diagnostic radiologique et la radiothérapie du cancer à l'institut Bergonié.
Lors de l'occupation nazie, Jean Auriac fonde en 1941 avec André Bergez le groupe de renseignement Auriac-Bergez de la « Confrérie Notre-Dame », chargé de transmettre des informations sur les installations militaires allemandes à la France Libre à Londres. Dénoncé par un agent infiltré dans le groupe, il est arrêté le 18 juillet 1941 dans les locaux de la faculté de médecine. Libéré sur parole pour la nuit après un premier interrogatoire, il se suicide avec du cyanure de mercure pour ne pas trahir les membres de son réseau. Après la Libération, Jean Auriac reçoit à titre posthume de nombreuses distinctions, et est officiellement reconnu en 1946 comme résistant et agent des Forces Françaises Combattantes.
Jean-Jacques Auriac, dit Jean Auriac, est né le à La Roche-sur-Yon (Vendée). Ses parents sont tous deux issus de familles ariégeoises : Oscar Auriac (1878-1949), né à Betchat, et Anne Marie Jalabert (1880-1960), née à Saint-Girons, se marient le 25 juillet 1905 à Saint-Girons, et ont deux fils, Jean né en 1906 et Pierre né en 1911.
Son père, Oscar Auriac, fils de Jean-Jacques Auriac (1847-1892) instituteur à Ercé, et petit-fils d'un garde-champêtre également nommé Jean-Jacques, est agrégé de philosophie en 1903,. Oscar Auriac commence sa carrière en tant que professeur de philosophie dans des lycées de Toulouse puis de La Roche-Sur-Yon, où naît son fils aîné Jean. A partir de 1913, il est inspecteur d'académie dans différentes villes, dont Bordeaux de 1925 à 1930. En 1930, il est nommé inspecteur général des écoles primaires élémentaires, puis inspecteur général de l'instruction publique (enseignement primaire) et directeur de l'école normale supérieure (ENS) de Saint-Cloux de 1935 à sa retraite en 1942. Il est un des membres fondateurs de l'Académie Montesquieu en 1945. Oscar Auriac est agnostique, et ne fait pas baptiser ses enfants, mais les incite à fréquenter un temple protestant pendant deux ans afin qu'ils puissent choisir leur orientation religieuse.
Son frère, Pierre Auriac (1911-2004), suit également des études de médecine à la faculté de Bordeaux, où il est externe des hôpitaux. Il est champion de France universitaire d'épée en 1936. Il obtient son doctorat de médecine en 1940 et s'installe comme médecin généraliste à Villenave-d'Ornon (Gironde). Sous l'occupation nazie, il s'engage en 1943 dans le réseau Brutus de la résistance bordelaise (carte n° 178033), où il est impliqué dans une filière d'évasion d'aviateurs américains par l'Espagne. En 1944, il passe clandestinement en voiture en Espagne avec deux aviateurs, et est interné dans le camp de Miranda de Ebro. Il parvient à gagner l'Algérie, où il s'engage dans les commandos de France dans un groupe de choc de troupes parachutistes. Blessé plusieurs fois, il participe à la libération de Belfort, puis à la campagne d'Allemagne et d'Autriche. Après la libération, il est maire de Villenave-d'Ornon en 1945.
Jean Auriac poursuit ses études secondaires dans des lycées de Montpellier et Nancy. Élève studieux consacrant son temps à la lecture, il est surnommé le « petit philosophe » par ses proches. En 1923, il obtient successivement le baccalauréat de latin et sciences, puis celui de philosophie. Il envisage de poursuivre ses études à l'école polytechnique, mais en est dissuadé après avis médical du fait d'une forte myopie. Il est licencié ès sciences physiques de la faculté de sciences de Bordeaux en 1928, tout en poursuivant des études de pharmacie. La société de pharmacie de Bordeaux lui décerne la médaille vermeil pour la validation de son stage officinal en 1924. Il obtient son diplôme de pharmacien à la faculté de médecine et pharmacie de Bordeaux en 1929.

Il s'engage alors dans des études médicales, et réussit le concours de l'externat des hôpitaux de Bordeaux en 1929. En parallèle à ses études médicales, il est auxiliaire d'internat au lycée Longchamp (actuel Lycée Montesquieu) puis maître d'internat stagiaire au Lycée Montaigne de Bordeaux. Jean Auriac prend en 1929 un poste d'attaché au titre des recherches physiques dans le service du Pr Georges Réchou, au Centre Régional de Lutte contre le Cancer (CRLCC, actuel Institut Bergonié) fondé en 1923 par le Pr Jean-Alban Bergonié. En 1934, il obtient la médaille de bronze des hôpitaux de Bordeaux. Il devient médecin-résident du CRLCC à partir de 1935, et se forme au traitement des cancers par radiothérapie. Il choisit ce sujet pour sa thèse de doctorat en médecine intitulée Contribution à la dosimétrie en rœntgenthérapie de voltage élevé, qu'il soutient le 28 juillet 1937. Cette thèse obtient la médaille d'or du prix Godard des thèses de la faculté de Bordeaux, et le prix des thèse de la société de radiologie médicale de France.

Jean Auriac réussit le concours de chef de clinique, est nommé chef de clinique d'électricité médicale en 1937, puis reconduit dans cette fonction en 1938,. Il assure un cours de physique médicale et pharmaceutique à la faculté de médecine de Bordeaux. En 1939, il réussit 1er ex-æquo le concours d'agrégation de médecine et est nommé agrégé de physique médicale à la faculté de médecine de Bordeaux le 1er novembre 1939,.
Sur le plan hospitalier, il est radiologiste-adjoint au sanatorium de Haut-Lévêque à Pessac (Gironde). Ses travaux de recherche et ses publications portent sur le diagnostic radiologique et la radiothérapie des cancers par rœntgenthérapie et curithérapie, ainsi que sur la physique biologique (densitométrie, dosimétrie des rayons X, ionisation atmosphérique, etc.).
Lorsque la guerre est déclarée le , Jean Auriac est réformé du fait de sa forte myopie. Tout en continuant d'assurer les cours à la faculté de médecine, il remplace les médecins partis pour le front, et doit pour cela se déplacer en vélo entre plusieurs sites hospitaliers (hôpital Saint-André, institut Bergonié, sanatorium de Haut-Lévêque).
Après la défaite de l'armée française, Jean Auriac désapprouve le discours du doyen Pierre Mauriac prononcé le 25 octobre 1940 lors de la cérémonie de rentrée de la faculté de médecine et de pharmacie. Pierre Mauriac, frère de François Mauriac, est membre de l'Action Française, et soutient activement le Maréchal Philippe Pétain et le régime de Vichy pendant toute la période de l'occupation,. Jean Auriac écrit le lendemain de ce discours à ses parents : « Hélas ! Il y avait deux Corneille, il y aura deux Mauriac, et tous les Pierre ne se ressemblent pas »,.
Lors de l'occupation nazie, Jean Auriac s'engage dès le début de l'année 1941 dans la Résistance. Il est en relation avec le Dr André Chauvanet, ancien étudiant de la faculté de médecine de Bordeaux, chirurgien à l'hôpital de Thouars, qui a constitué un groupe d'action dès juillet 1940,. Ce groupe est coordonnée par le « colonel Rémy » (Gilbert Renault), agent secret qui assure la liaison entre la résistance intérieure et la France libre à Londres. Rémy charge Chauvanet d'organiser un réseau de renseignement, visant notamment à réunir des informations sur les installations militaires allemandes pour les transmettre à Londres.

Le 4 février 1941, Auriac contacte André Bergez (1923-1943), étudiant à l'école d'hygrographie de Bordeaux, qui a créé en 1940 avec d'autres étudiants bordelais le groupe Alliance de la Jeunesse Française (AJF), et qui est également en contact avec Chauvanet,. Ils fondent le groupe Auriac-Bergez de la « Confrérie Notre-Dame », un des premiers réseaux de renseignement du Bureau central de renseignements et d'action (BCRA). Auriac est le chef régional du groupe, composé de résistants bordelais : Robert-Gaston-Camille André, Jean-Robert Blanc, Jean Girard, Marcelle Girard, Pierre Girard, Jean-Baptiste Raufaste, Jean Silverberg, Jean et Pierre Villain,. Leur mission est de recueillir des informations sur les troupes d'occupation du port de Bordeaux et de l'aéroport de Mérignac, ainsi que sur les usines travaillant pour l'armée nazie. Ils utilisent des séjours dans des auberges de jeunesse comme couverture, le sigle AJF de leur groupe étant identique à celui de l'association des auberges. À partir d'avril 1941, Auriac est l'agent de liaison assurant la transmission de ces informations à Londres. Pour cela, Auriac rencontre régulièrement Chauvanet à l'hôpital Saint-André, et le groupe Auriac-Bergez possède un émetteur radio rue Huguerie à Bordeaux.
Le groupe Auriac-Bergez est infiltré par Geneviève Sauvaneix dite « Jeanne Peron ». Employée de la préfecture, elle agit sur ordre du commissaire de police Pierre Poinsot, qui travaille à la fois pour le régime de Vichy et la Gestapo, et de Georges Reige, directeur de cabinet du préfet François Pierre-Alype. Elle se rapproche de Marcelle Girard, et obtient des informations sur les membres du groupe Auriac-Bergez, dont les arrestations débutent le 15 juillet 1941.
Jean Auriac est arrêté le 18 juillet par un policier français et un policier allemand dans les locaux de la faculté de médecine et pharmacie, alors qu'il est sur le point de participer à un jury universitaire. Il est conduit à son domicile pour une perquisition, où les policiers trouvent plusieurs documents compromettants, dont une liste de noms de membres de son groupe. Il est conduit au commissariat de police et interrogé par le commissaire Poinsot de 19 h à 21 h. Il déclare connaitre André Bergez exclusivement en tant que patient qu'il a soigné pour une blennoragie, et ne divulgue aucune information sur le groupe. Poinsot l'autorise à rentrer à son domicile pour la nuit, après l'avoir menacé de s’en prendre à ses parents s’il s’enfuit, et lui avoir fait comprendre qu’il parviendrait à le faire parler le lendemain.

Auriac refuse de fuir en zone libre comme le lui proposent son frère Pierre et un ami. Dans la nuit, il parvient à échapper à la vigilance des policiers qui gardent son domicile, et quitte par une voie arrière son domicile situé 160 boulevard Georges-V à Bordeaux. Vers 11 h du soir, il s'introduit dans l'institut Bergonié en escaladant le portail, et récupère deux ampoules de cyanure de mercure après avoir brisé un carreau pour ouvrir l'armoire à pharmacie. Il retourne à son domicile, rédige des lettres d'adieux pour ses parents et à son frère, dans lequel il s'excuse pour la peine qu'il leur cause, et explique son geste destiné à protéger les autres membres du groupe et à ne pas compromettre ses proches par une fuite : « C'est dur, mais nécessaire ». Il ouvre le gaz après avoir laissé un mot d'avertissement pour la femme de ménage, enferme son chat dans une autre pièce, et absorbe les ampoules de cyanure à 3h30 du matin (il note l'heure sur un papier). Il décède le , ses obsèques ont lieu le 21 juillet 1941, suivies par plusieurs milliers de personnes dans les rues de Bordeaux,. Il est inhumé dans le caveau familial avec ses parents et son frère dans le cimetière de Saint Girons (Ariège).
Aucun membre du groupe Auriac-Bergez ne survit, tous sont exécutés ou morts en déportation. Selon le témoignage du Dr André Chauvanet, le suicide de Jean Auriac permet de sauver d'autres résistants : « Personnellement, je lui dois de vivre ; d'autres militants aussi ; je ne connais pas de sacrifice plus pur que le sien ». Le commissaire Poinsot déclare dans un rapport sur le groupe Auriac-Bergez que « Le suicide du Professeur Auriac empêchera de faire toute la lumière sur cette affaire ».
Un tract incitant à poursuivre le combat de Jean Auriac est rédigé par des étudiants dans les jours suivant son décès, et un cercle d'étudiants portant son nom est fondé. Lors des obsèques, la faculté de médecine et pharmacie est représentée par le Pr Jean-André Labat, assesseur du doyen et par le Pr Paul Delmas-Marsalet pour les agrégés. Le doyen Pierre Mauriac, qui n'a pas réagit après l'arrestation d'un enseignant dans les locaux de l'université, se fait excuser. Pierre Mauriac évoque le suicide de Jean Auriac lors de l'allocution de rentrée de la faculté de médecine et pharmacie du 3 novembre 1941:
« A 82 ans, après une vie toute entière consacrée à la recherche et à l’enseignement, M. le Professeur Barthe disparaît et après lui un de vos jeunes maîtres les plus aimés, le Professeur agrégé Auriac dont le scrupule, la conscience, la sensibilité ont vibré si intensément, aux durs ébranlements de l’époque que la brisure s’est produite et l’effondrement, ne laissant après eux que le souvenir d’un nom désormais lié à la tragédie de l’heure. [...] honte à ceux qui ne trouvent d’énergie que dans l’ombre pour tracer sur les murs des inscriptions stupides ou se mêler à des complots dérisoires, malédiction sur ceux dont les attentats lâchement anonymes exigent l’affreuse rançon des otages fusillés. »
— Doyen Pierre Mauriac, novembre 1941
Dans le dossier d'épuration administrative constitué à l'encontre de Pierre Mauriac après la Libération, ces propos sont accusés d'avoir eu pour conséquence : « [...] de voiler sous les termes généraux d’une psychologie de littérateur les antécédents discrets et la véritable signification (qu’on pouvait dès lors deviner sinon connaître exactement) du suicide du jeune professeur de faculté de médecine Auriac ».
Après la Libération, la mémoire de Jean Auriac est honorée par le doyen Dupérié dans son discours d'allocution de rentrée de novembre 1947. Il demande à la famille l'autorisation d'utiliser le masque mortuaire de Jean Auriac pour la réalisation d'une plaque commémorative dans la salle d'honneur de l'université, et son nom figure en tête de la liste des membres de la faculté morts pour la France. Son nom est donné à un amphithéâtre du laboratoire de physique pour rappeler « le souvenir de l'héroïque sacrifice du plus regretté et du plus jeunes de nos maîtres ».
Le 2 février 1946, Jean Auriac est officiellement reconnu comme agent P2 des Forces Françaises Combattantes du 1er janvier 1941 au 19 juillet 1941, au sein du réseau de renseignement « Confrérie Notre-Dame », avec le titre de chargé de mission de 3° classe, et le grade d'homologation sous-lieutenant,. Il reçoit à titre posthume de nombreuses distinctions incluant la légion d'honneur et la croix de guerre 1939-1945 (détails dans la section distinctions).

