| Karahan Tepe | ||
Karahan Tepe en 2025 | ||
| Localisation | ||
|---|---|---|
| Pays | Turquie | |
| Région | Anatolie du Sud-Est | |
| Province | Şanlıurfa | |
| District | Şanlıurfa | |
| Coordonnées | 37° 13′ 59″ nord, 39° 00′ 56″ est | |
| Altitude | 690 m | |
| Superficie | 10 hectares (site principal) + 5 hectares (carrières) | |
| Histoire | ||
| Époque | Néolithique précéramique A (PPNA) | |
| Néolithique précéramique B (PPNB) | ||
| Géolocalisation sur la carte : Turquie
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| Internet | ||
| Site web | https://tastepeler.org/en/yerlesmeler/karahantepe | |
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Karahan Tepe (parfois orthographié Karahantepe) est un site archéologique du néolithique précéramique situé dans la province de Şanlıurfa, au sud-est de la Turquie. Ses principales structures sont datées du néolithique précéramique A (environ 9 600 - 8 800 av. J.-C.) et du néolithique précéramique B (environ 8 800 - 8 000 av. J.-C.). Il appartient à l'ensemble régional des Taş Tepeler (« collines de pierre ») et il est souvent présenté comme le site « frère » de Göbekli Tepe.

Le site se trouve dans la zone de Kargalı, près du village de Yağmurlu, au sein du parc national des montagnes Tek Tek (Tek Tek Dağları Millî Parkı), une formation calcaire d'âge éocène-miocène dont l'altitude moyenne se situe entre 600 et 800 mètres. Il est situé à environ 46 km à l'est-sud-est du centre de Şanlıurfa et à une quarantaine de kilomètres à l'est de Göbekli Tepe,,. Le calcaire en strates offre le matériau idéal pour les piliers employés en abondance sur le site.
Localement, la colline est aussi connue sous le nom turc Keçilitepe (« colline aux chèvres ») et sous le nom kurde Girê Keçel.
Le site a été signalé dès 1997 par l'archéologue Bahattin Çelik (université de Harran) lors de prospections archéologiques menées dans la région,. Des fouilles systématiques y sont entreprises à partir de 2018-2019 sous la direction de Necmi Karul, professeur à l'université d'Istanbul, dans le cadre du projet Göbekli Tepe Culture and Karahantepe Excavations, placé sous l'égide du ministère turc de la Culture et du Tourisme,.
Karahan Tepe est par ailleurs intégré au projet de recherche régional Taş Tepeler (« collines de pierre »), également connu sous le nom de Şanlıurfa Neolithic Research Project, qui regroupe environ douze sites néolithiques précéramiques de la province de Şanlıurfa, parmi lesquels Göbekli Tepe, Sayburç, Sefertepe, Çakmaktepe, Gürcütepe et Harbetsuvan,. En 2023, environ 5 % seulement de la surface totale du site avaient été fouillés.
Le site s’étend sur environ 10 hectares, auxquels s’ajoutent près de 5 hectares de carrière pour les piliers en pierre. En 2023, seulement environ 5 % de la superficie avaient été fouillés en détail. Les structures mises au jour incluent des galeries ou enclos linéaires avec des piliers en forme de T (anthropomorphes), taillés à même le calcaire ou intégrés dans le relief naturel.
On observe des piliers inachevés, c’est-à-dire encore partiellement attachés à la roche-mère ; ce qui donne des indices sur les techniques de taille sur place. Certaines structures révèlent qu’elles ont été intentionnellement remblayées après usage, ce qui a pu contribuer à leur conservation partielle,.
Karahan Tepe est rattaché aux périodes néolithique précéramique A (environ 9 600 - 8 800 av. J.-C.) et néolithique précéramique B (environ 8 800 - 8 000 av. J.-C.). Le site s'inscrit dans un horizon culturel commun à plusieurs sites de l'Anatolie du Sud-Est, caractérisé par des piliers monolithiques en forme de T, une architecture circulaire ou ovale et un riche répertoire iconographique animalier, dont Göbekli Tepe, Nevalı Çori et Sayburç constituent d'autres représentants majeurs.
Certains chercheurs et plusieurs communiqués officiels turcs ont avancé que Karahan Tepe pourrait être contemporain, voire antérieur, à Göbekli Tepe,. Cette hypothèse reste cependant à confirmer : les datations actuelles reposent principalement sur la typologie de l'industrie lithique et sur des comparaisons stylistiques, et peu de séries radiocarbone propres au site ont été publiées à ce jour.
Cette colline a été utilisée pendant environ 1500 ans. Elle est couverte de constructions en calcaire tiré de l’environnement immédiat. Le site présente, entre autres, une structure architecturale similaire en terme de dimensions à la structure C de Göbekli Tepe. Dans aucune de ces structures, on ne rencontre les éléments que l'on voit dans les habitations. À Karahantepe, il s'agit de la structure nommée AD. Une partie a été taillée dans la roche où l’on a taillé des banquettes dans la roche mère. L'autre côté possède des banquettes formées de pierres plates de grande taille.
Le sol de cette structure AD est enduit d’un mortier. C’est une structure architecturale centrée, de près de 28m de diamètre dans sa première phase de construction (30m ensuite). Elle a été utilisée pendant près d’un siècle comme lieu de rassemblement au PPNB. Elle possède des banquettes, 18 piliers pesant plus de 10 tonnes qui supportaient probablement la toiture en bois, et deux piliers se faisant face au centre, plus hauts que les autres. Des fosses funéraires y ont été vidées de leur contenu lors de l’abandon du site. Des fosses taillées dans la roche sont liées, par des canaux et des passages, à des structures immédiatement adjacentes.
Contre les murs, les deux zones avec banquettes se font face sur l’axe des piliers centraux. Sur le côté nord-nord-est et, en face, au milieu du mur sud, chaque fois entre deux piliers. Côté nord, il y a une banquette à deux marches. Au milieu de la marche supérieure, au centre, une pierre horizontale découverte brisée donne l'aspect d'un siège ou destiné à recevoir des offrandes ; sur la marche inférieure se trouvaient de grands plats en pierre et des statues d'animaux. En face, de nombreuses statues et reliefs ont été jetés à l'intérieur lors de l'enfouissement du bâtiment, et une niche, ménagée dans le mur, contenait la tête d'une statue. Les autres niches contenaient probablement des sculptures, comme ce léopard qui voisinait la tête de statue, et la couleur est probable comme à Göbekli Tepe sur la statue du sanglier. Toutes ces caractéristiques de la structure AD se répètent dans de nombreux autres espaces.
Juste à côté de cette structure, il y a un espace présentant des piliers en forme de phallus. Certains font face à une tête de statue. D’autre part des canaux serpentent d’un espace à l’autre vers la structure AD, et un liquide pouvait s’y déverser par ce moyen. Enfin pour toutes les statues ou reliefs trouvés tant à Karahantepe que sur les sites contemporains, notamment à Göbeklitepe, presque tous ceux dont le sexe est identifiable représentent des individus masculins. Cependant à Gürcütepe, qui est daté de la fin de la période, on trouve une grande quantité de statuettes féminines et quelques représentations féminines antérieures ont subsisté ; Necmi Karul suppose que des images de femmes en matériaux naturels ont pu disparaître.

2023 : Lors des fouilles en 2023, dans une autre salle, à piliers inclus dans les murs, on a découvert une statue de 2,30 m de haut, représentant un homme assis, aux côtes saillantes et tenant son pénis dans ses mains. Cette œuvre est décrite comme l’un des exemples les plus impressionnants d’art préhistorique,,. Une statuette de vautour a été trouvée dans la même salle, avec un bec et des ailes finement sculptées,, exposée au Musée archéologique de Şanliurfa.
Le site a livré ainsi divers sujets animaliers : serpents, oiseaux, fragments de lièvres, pattes de gazelles, etc,.
Des carottages et des relevés archéohydrologiques ont révélé un système ancien de collecte et de stockage d’eau (citernes, canaux, bassins) à environ 500 m au nord du site, suggérant une gestion hydrologique réfléchie.
Dans la structure dite “AB”, on relève dix piliers verticaux taillés dans le substrat, ainsi qu’une tête d’humain-serpent sculptée dans la paroi.
2025 : Lors de la campagne de fouilles de 2025, le ministère turc de la Culture a annoncé la découverte, à Karahan Tepe, d’un pilier en forme de T comportant un visage humain sculpté sur sa face supérieure. Selon cette annonce, le visage présente des yeux profondément incisés, un nez droit et des pommettes bien définies, ce qui serait inédit dans le corpus des piliers T des sites Taş Tepeler. Cette découverte est présentée comme susceptible de « modifier l’interprétation symbolique » des monuments néolithiques de la région, en rapprochant les piliers d’une représentation anthropomorphique plus explicite. Il constitue à ce jour la plus ancienne représentation réaliste d’un visage humain connue dans le monde néolithique.
Les archéologues considèrent généralement Karahan Tepe comme un site à vocation rituelle ou cultuelle, analogue à Göbekli Tepe, bien que le débat subsiste quant à l’existence d’une composante résidentielle ou utilitaire.
Certains chercheurs ont proposé une interprétation astronomique des symboles présents sur les piliers et en reliefs, liant ces motifs à un calendrier luni-solaire ancien. Par exemple, on a fait le rapprochement entre des symboles en “V” sur des piliers de Göbekli Tepe et un agencement de 11 piliers dans une structure de Karahan Tepe, interprétés par certains comme signifiant des “jours épagomènes” dans un système calendaire.
Le projet Taş Tepeler comprend des plans pour sécuriser, aménager et ouvrir Karahan Tepe au public à partir de 2025. Le site est attendu pour devenir un pôle touristique dans le cadre de la valorisation du patrimoine néolithique local.
Le musée d’archéologie et de la mosaïque de Şanlıurfa est l’un des lieux d’exposition des objets provenant de Karahan Tepe.