| Règne | Fungi |
|---|---|
| Embranchement | Basidiomycota |
| Sous-embr. | Agaricomycotina |
| Classe | Agaricomycetes |
| Sous-classe | Agaricomycetidae |
| Ordre | Boletales |
| Famille | Boletaceae |
| Genre | Lanmaoa |
Lanmaoa asiatica est une espèce de champignons basidiomycètes de la famille des Boletaceae, décrite en 2015 et présente dans le sud-ouest de la Chine et dans le nord des Philippines. Comestible apprécié dans la province du Yunnan, ce bolet provoque des hallucinations lorsqu'il est mal cuit. Les personnes intoxiquées voient alors de nombreux petits personnages, un phénomène appelé hallucination lilliputienne.
L'espèce est décrite en 2015 par les mycologues Gang Wu et Zhu-Liang Yang, de l'institut de botanique de Kunming, dans un article qui crée quatre nouveaux genres de Boletaceae. Elle est désignée comme l'espèce type du genre Lanmaoa, créé à cette occasion. L'holotype a été acheté sur un marché aux champignons de Kunming le 8 juin 2008. Les analyses moléculaires la placent très près de Lanmaoa carminipes, qui s'en distingue par un bleuissement plus rapide et des spores plus étroites.
En 2026, une étude fondée sur le séquençage de 53 génomes reconnaît 17 espèces dans le genre Lanmaoa, dont L. asiatica est la seule à être psychoactive. Elle est plus proche du cèpe de Bordeaux que des champignons hallucinogènes connus.
Le nom de genre rend hommage à Lan Mao (1397-1476), botaniste de la dynastie Ming, premier auteur chinois à désigner les bolets par un nom signifiant « champignon foie de bœuf ». L'épithète spécifique asiatica fait référence à sa présence en Asie de l'Est.
Au Yunnan, il est connu sous le nom de jianshouqing (« voir la main bleue »), car sa chair bleuit lorsqu'on la presse ou la coupe. Ce nom désigne plusieurs champignons, mais s'applique surtout à L. asiatica dans cette province. Dans le nord des Philippines, il est appelé sedesdem.
Le chapeau mesure 5 à 11 cm de diamètre. D'abord hémisphérique, il devient largement convexe, parfois ridé, avec une marge légèrement incurvée. Sa surface, sèche, est rose à rouge et brunit au toucher. Les tubes, longs de 3 à 7 mm, sont échancrés autour du pied. Ils sont jaune clair et bleuissent immédiatement au toucher, tout comme les pores, irréguliers à presque ronds, qui sont au nombre de 1,5 à 3 par millimètre. Le pied mesure 8 à 11 cm de haut pour 1 à 3 cm d'épaisseur. Cylindrique ou élargi vers le bas, parfois bulbeux à la base, il est jaune au sommet, rouge grisâtre à brunâtre au milieu et rouge rubis grisâtre à la base. Sa partie supérieure peut présenter un réseau. La chair, jaune pâle, bleuit lentement à la coupe. Au contact de la potasse, la surface du chapeau se colore en jaune. Les spores mesurent généralement 9 à 11,5 μm de long sur 4,5 à 5,5 μm de large.
Les spécimens récoltés aux Philippines sont plus petits et de couleur rose pâle, alors que ceux de Chine sont plus gros et plus rouges. Au Yunnan, l'espèce est facilement confondue avec les cèpes vendus localement.
Les sporophores poussent isolés ou dispersés dans les forêts subtropicales de pins du Yunnan. Ce champignon ectomycorhizien vit en symbiose avec le pin du Yunnan (Pinus yunnanensis). Il est présent entre 1 500 et 3 500 m d'altitude dans le sud-ouest de la Chine.
Longtemps considérée comme endémique de la Chine, l'espèce a aussi été identifiée par séquençage de l'ADN dans la cordillère du nord des Philippines. En décembre 2025, une mission en Papouasie-Nouvelle-Guinée, où des hallucinations semblables ont été rapportées, n'a pas permis de trouver le champignon en cause.
Lanmaoa asiatica est un comestible très apprécié au Yunnan pour sa saveur umami. Pendant la saison des champignons, de juin à août, il est vendu sur les marchés, figure au menu des restaurants et se cuisine à la maison. Il doit cependant être bien cuit pour ne pas provoquer d'hallucinations. Dans les restaurants du Yunnan, le champignon est cuit longtemps et l'alcool est interdit pendant le repas. Certains établissements gardent aussi un échantillon des champignons servis, au cas où une analyse serait nécessaire. Dans l'un d'eux, un serveur a réglé un minuteur sur quinze minutes en avertissant les clients de ne pas en manger avant la sonnerie, sous peine de « voir des petits bonhommes ».
En 2022, L. asiatica est le champignon le plus souvent responsable d'intoxications avec troubles neuropsychiques en Chine, alors qu'Amanita subglobosa arrivait en tête de 2019 à 2021. Selon le centre chinois de contrôle et de prévention des maladies, cette hausse pourrait s'expliquer en partie par la vente en ligne, où l'acheteur n'est pas informé directement de la façon de le cuire.
Une étude portant sur 81 patients admis en 2023 aux urgences d'un hôpital de Kunming décrit les intoxications par L. asiatica. Près des deux tiers des patients présentent à la fois des troubles neuropsychiques et digestifs. Le premier symptôme le plus fréquent est l'hallucination visuelle, le plus souvent la vision de petits personnages, qui s'intensifie quand le patient ferme les yeux. Viennent ensuite les nausées, la fatigue, les vomissements et les vertiges. Les troubles digestifs apparaissent en général dans les six heures qui suivent le repas, et les troubles neuropsychiques surviennent le plus souvent entre 12 et 24 heures après. Les analyses ne montrent aucune atteinte du foie, des reins ou du cœur, et aucun décès n'est relevé. La durée médiane d'hospitalisation est de trois jours, mais six patients ont été transférés en psychiatrie en raison de symptômes persistants. Un épisode dure en général un à trois jours, parfois jusqu'à une semaine.
Ces visions de petits personnages sont appelées hallucinations lilliputiennes, un terme de psychiatrie qui fait référence aux habitants de l'île de Lilliput dans Les Voyages de Gulliver. Les personnes intoxiquées décrivent des dizaines, voire des centaines de personnages miniatures, mesurant pour la plupart entre 3 et 30 cm, qui paraissent réels. Neuf sur dix les comparent à des lutins ou à d'autres créatures féeriques, souvent vêtus de couleurs vives. Ces personnages semblent obéir aux lois physiques : ils contournent les obstacles et tombent parfois du bord d'une table. Alors que les effets des autres psychédéliques varient d'une personne à l'autre et d'une prise à l'autre, les hallucinations provoquées par L. asiatica prennent presque toujours la forme de petits personnages.
La substance responsable des hallucinations n'est pas encore identifiée. Une étude de l'université de l'Utah n'a trouvé dans le champignon aucun des composés psychoactifs connus, dont la psilocybine. Son génome ne contient pas non plus les gènes habituellement impliqués dans la synthèse de la psilocybine ou de l'acide iboténique, ce qui suggère l'existence d'un composé psychoactif nouveau. Lors d'essais sur la souris, des extraits du champignon ont provoqué une période d'hyperactivité suivie d'une longue torpeur, un comportement proche de celui observé chez l'humain.
Une étude du plasma de 20 patients intoxiqués relève des perturbations du métabolisme énergétique des cellules, ce qui oriente les auteurs vers un dysfonctionnement des mitochondries, sans que la toxine soit identifiée.
Les premiers témoignages d'hallucinations de petits personnages après la consommation de champignons sauvages sont recueillis en 1934 en Papouasie-Nouvelle-Guinée, où le phénomène est qualifié de « folie des champignons ». Dans les années 1960, Gordon Wasson et Roger Heim y recherchent le champignon en cause. Ils envoient des spécimens au chimiste Albert Hofmann, qui n'y trouve aucune molécule active. Les deux chercheurs concluent que ces récits relèvent de légendes culturelles, et les recherches s'arrêtent.
En 1991, deux chercheurs de l'Académie chinoise des sciences décrivent des intoxications au Yunnan par un bolet vendu sur les marchés de juin à août, qu'ils nomment Boletus speciosus. Les 300 patients dont ils analysent le cas à l'hôpital psychiatrique de la province rapportent tous des hallucinations lilliputiennes. Ils voient de petits personnages et animaux partout, jusque sur leurs vêtements et dans leurs assiettes. Tous guérissent, la plupart en moins de dix jours, mais les troubles durent plus d'un mois chez certains. En 2008, le mycologue David Arora (en) décrit les xiao ren ren (« petits hommes »), bien connus au Yunnan, que l'on aperçoit après avoir mangé par mégarde des bolets bleuissants mal cuits.
Après la description scientifique de l'espèce en 2015, L. asiatica est soupçonnée d'être à l'origine de ces intoxications. En 2023, le doctorant Colin Domnauer achète sur les marchés du Yunnan les champignons qui, selon les vendeurs, font « voir des petits bonhommes ». Le séquençage de leur génome confirme qu'il s'agit de L. asiatica. En 2024, une communauté autochtone de la cordillère du nord des Philippines lui décrit des visions semblables après la consommation du sedesdem. Le séquençage montre que ce champignon appartient à la même espèce. Les résultats sont publiés en juin 2026 dans la revue Mycologia.
En juillet 2023, lors d'une visite officielle en Chine, la secrétaire au Trésor des États-Unis Janet Yellen dîne avec sa délégation dans un restaurant pékinois de la chaîne Yi Zuo Yi Wang, spécialisée dans la cuisine du Yunnan. Quatre portions de jianshouqing, le nom local du champignon, sont commandées à sa table. L'épisode suscite un engouement pour ce champignon en Chine. Interrogée en août sur CNN, Janet Yellen explique qu'elle ignorait les propriétés hallucinogènes du champignon et que les plats avaient été commandés par l'organisateur du dîner. Elle ajoute que le champignon était sans doute bien cuit, puisque aucun convive n'en a ressenti les effets.