Hommage lige

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La banalisation du serment d'allégeance, source d'ambiguïté.

L'hommage lige (ou homme lige) est une forme d'hommage. Il oblige davantage le vassal qui le prête vis-à-vis du suzerain que l'hommage ordinaire (dit, par opposition, « simple » ou « plan »), notamment au regard du service d’ost.

Étymologie

Le terme est issu du germanique leeg, signifiant « libre de tout chargement » (le terme peut être employé en batellerie) et par extension « libre de tout autre lien »,. Les dérivés en ancien français sont entre autres : lige, liège, lège. Le terme existe également en latin médiéval, sous la forme ligius.

Dans les pays de langue d'oc, l'hommage portait le nom de solidus. Dans l'usage courant, le terme d'« homme-lige » peut désigner le factotum, ou l'âme damnée d'un homme de pouvoir.

La société féodale

D'après les écrits de Fulbert de Chartres (960-1028), en cas de plurivassalité, une réserve de fidélité doit être intégrée à l'hommage vassalique qui primera sur les autres.

L'hommage lige est prêté oralement. Malgré sa vocation, il finit par rencontrer le même problème que les hommages classiques à travers la multiplication des hommages liges à plusieurs seigneurs. L'antériorité et la hiérarchie des obligations prévalaient (la guerre étant par exemple plus importante que la dot). Le roi Philippe Auguste a voulu hiérarchiser les liens féodo-vassaliques avec, au sommet de la pyramide, le roi ; de fait, les vassaux de ses vassaux sont aussi devenus ses vassaux. Il n'avait donc pas besoin de multiplier les hommages au-delà des grands seigneurs. Mais cela posait problème en cas de conflit, et même les hommages liges se sont multipliés. C'est pourquoi tous les vassaux du roi de France devaient une réserve de fidélité au roi, une sorte d'hommage lige prioritaire.

À Montpellier, on parlait de « meilleur homme », et en Catalogne « d'homme solide »[réf. nécessaire].

Évolution de l’hommage lige

Hommage de Charles IV de Lorraine à Louis XIV pour le Barrois mouvant en 1661.

La tradition franque précisait que servir deux maîtres était impossible. Un homme ne pouvait s'engager ni se mettre sous la dépendance d'un autre que son seigneur.

Toutefois, suivant les alliances et enjeux, certains vassaux puissants ont prêté hommage lige puis simple successivement à plusieurs suzerains. Jean IV de Bretagne, par exemple, chercha dans un premier temps le soutien de l'Angleterre en faisant l'hommage au roi d'Angleterre, du fait de ses terres en Angleterre, en dépit de l'hommage simple de ses prédécesseurs (depuis le début du Modèle:S-XIII) au roi de France pour le duché de Bretagne ou pour ses terres en royaume de France.

Le cas des grands féodaux

La période de la guerre de Cent Ans a été marquée par un affaiblissement important du pouvoir du roi et la montée en puissance des grands du royaume (ducs de Bourgogne, ducs de Bretagne, etc.).

Des alliances fluctuantes se sont créées entre les grands du royaume et les rois de France et d'Angleterre. L'hommage lige n'était plus la garantie d'une exécution stricte des devoirs du vassal. C’est lors de l'arrivée au pouvoir des Montfort que le problème d'hommage fut le plus sensible. Leurs prédécesseurs étaient vassaux des ducs de Normandie par hommage lige, ducs de Normandie eux-mêmes vassaux par hommage lige du roi de France. Lorsque Philippe Auguste confisqua le duché de Normandie et le rattacha directement à la couronne, les ducs de Bretagne prêtèrent directement hommage lige au roi. Certaines tentatives pour s'en affranchir eurent lieu lors de la période d'instabilité liée à la lutte contre les Plantagenêts entre 1159 et 1299 ; l'hommage lige fut prêté jusqu'au milieu du XIVe siècle.

Avec les Montfort aux commandes, soutenus par les Anglais lors de la guerre de Succession de Bretagne, la situation changea. Le nouveau duc Jean IV prêta hommage lige au roi d'Angleterre pour le comté de Richemont, avec des conséquences sur le duché de Bretagne. Par son titre de comte de Richemont, le duc de Bretagne put s'affranchir d'un hommage lige auprès du roi de France. Ses successeurs firent tout pour ne pas rendre l'hommage lige au roi de France, même un hommage simple. Le roi de France, bien que ne reconnaissant pas une autre forme d'hommage, ne pouvait pas punir le duc de Bretagne : son pouvoir était trop affaibli par la lutte avec l'Angleterre. À l'issue de la guerre de Cent Ans, le roi de France a pu mettre au pas les grands féodaux, dans une lutte qui prit fin avec la Guerre folle.

Le cas des ducs de Bretagne est significatif de cette période et se retrouve, à différents degrés, dans tous les grands fiefs. Les grands féodaux évitaient de s'impliquer dans une lutte tant que le vainqueur n'était pas identifiable ; ils en profitaient pour étendre leur pouvoir, leurs fiefs, et leurs rentrées fiscales.

Citations et analyses des différents auteurs

L'hommage lige vu par un texte écrit au Moyen Âge : « Un homme peut prêter plusieurs hommages à différents seigneurs pour les différents fiefs tenus de ces seigneurs ; mais il doit y avoir un hommage principal et cet hommage doit être prêté au seigneur de qui l'on tient son principal fief. La foi au seigneur roi et à ses héritiers doit toujours être mise à part. »

François Olivier-Martin définit ainsi l'hommage lige :

« Dès le IXe siècle, certains vassaux reçoivent des bénéfices de deux seigneurs, et leur prêtent également hommage. L'incompatibilité apparaît seulement quand les deux seigneurs d'un même vassal se font la guerre. On essaie d'y échapper en distinguant deux sortes d'hommages : l'hommage lige, sans restriction aucune, qui oblige le vassal à servir son seigneur envers et contre tous, et l'hommage simple (dit « plan », ou planus), qui est prêté sous la réserve des hommages antérieurement prêtés à d'autres seigneurs. La distinction apparaît en France dès le XIe siècle, mais bientôt, certains vassaux, grands amateurs de fiefs, prêtent un second hommage lige, qu'ils espèrent pouvoir concilier avec le premier. »

— Fr. Olivier-Martin, Histoire du droit français.

Achille Luchaire donne cette définition :

« L'hommage lige implique un renforcement de l'hommage ordinaire ; l'homme lige est tenu à tous les devoirs, positifs et négatifs, qu'entraine l'hommage ordinaire ; mais la ligéité implique un lien encore plus étroit. Le vassal lige est tenu de servir à ses dépens le suzerain, tant que dure la guerre que celui-ci soutient contre ses ennemis […]. La ligence est une véritable ligue offensive et défensive entre le suzerain et son vassal. »

— Achille Luchaire, Manuel des Institutions françaises, période des capétiens directs.

Voir aussi

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Notes et références

  1. 1 2 Romain Telliez, Les institutions de la France médiévale : IXe – XVe siècle, Paris : A. Colin, 2009. Collection « Collection Cursus. Histoire », (ISBN 978-2-200-35429-9), p. 15.
  2. ↑ « Französisches Etymologisches Wörterbuch (FEW) - Lire Page », sur lecteur-few.atilf.fr (consulté le )
  3. ↑ Nouveau Larousse universel.
  4. ↑ « Lige », sur Larousse.
  5. ↑ Anne Ben Khemis, « Lige », sur universalis.fr (consulté le ).
  6. ↑ Joël Cornette, Histoire de la Bretagne et des Bretons. Tome I, septembre 2005, Éditions Seuil.
  7. ↑ Traité des lois et des coutumes du royaume d'Angleterre, attribué à Glanvill, fin XIIe siècle, publié par Hachette, Manuel de la classe de 5e, 1997 : doc. 4, p. 85.
  8. ↑ François Olivier-Martin. Histoire du droit français, CNRS éditions, Paris, 1992, 1995, 2005, page 261.
  9. ↑ Achille Luchaire, Manuel des Institutions françaises, Paris, 1892, Librairie Hachette et Cie. Rééd. Genève 1979.

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