Fulbert de Chartres, né en 960 et décédé le , était un écolâtre renommé. Auteur de poèmes liturgiques et épistolier, il fut nommé évêque de Chartres en 1006. Il n'est pas considéré comme saint par l'Église catholique, mais il a fait l'objet d'un culte, tardif, dans certains diocèses français où il est liturgiquement commémoré le .
Biographie
Il indique lui-même dans ses poèmes qu'il était issu d'un milieu très modeste. Quant à son origine géographique, elle reste très débattue: certains ont pensé qu'il était natif de Rome ou au moins de l'Italie; d'autres qu'il venait du Poitou; d'autres encore qu'il était originaire du comté de Roucy en Picardie.
Le roi de FranceRobertII le Pieux le fait nommer évêque de Chartres en 1006. Il est sacré fin octobre ou début novembre par Liéry, archevêque de Sens. Il sera un évêque consciencieux et intègre, soucieux de l'indépendance de l'Église, mais aussi de paix et de concorde dans le respect des personnes. C'est ainsi qu'il cherche à réconcilier le comte EudesII de Blois avec le roi de France.
Il utilise le droit féodal qui est très respecté dans le nord du royaume tandis que les territoires du sud le pratiquent moins et l'oublient. À ce titre, le duc GuillaumeV d'Aquitaine le consulte par une lettre pour lui demander quelles sont les obligations qu'a le vassal envers son seigneur, son vassal HuguesIV de Lusignan ne souhaitant pas lui obéir. Fulbert de Chartes lui répond dans une célèbre lettre que la fidélité se résume en six mots: «salut, sécurité, honneur, intérêt, facilité et liberté d'action.» et que « De son côté, le seigneur doit dans tout cela agir de même à l'égard de son fidèle.».
Le , la cathédrale de Chartres disparaît dans les flammes, seule subsiste la crypte. Fulbert se démène pour financer la construction d'une nouvelle basilique.
Ses dons musicaux furent mis au service de la liturgie et au service du culte marial qu'il contribue à développer.
Œuvre conservée
On conserve de Fulbert de Chartres cent treize lettres (cent trente-huit lettres pour l'ensemble de la Correspondance), neuf sermons, plus trois textes de polémique contre les Juifs (comptés autrefois comme un seul Traité contre les Juifs) et une trentaine de poèmes et textes liturgiques. Les deux premières éditions imprimées des œuvres de Fulbert ont été données par Jean Papire Masson (Paris, 1585) et Charles Devilliers (Paris, 1608).
(en) Frederick Behrends (éd., trad.), The Letters and Poems of Fulbert of Chartres, Oxford, Clarendon Press,
Juliette Clément (coord.), Fulbert de Chartres. Œuvres, correspondance, controverse, poésie (texte latin et traduction française), Société archéologique d'Eure-et-Loir, .
Les lettres de Fulbert sont en grande partie adressées à d'autres évêques de son époque (notamment treize lettres adressées à l'archevêque de Sens Liéry, métropolitain de la province dont dépendait Chartres; une adressée au pape JeanXIX; une adressée à Bonipert, premier évêque de Pécs en Hongrie). Il écrit aussi à des abbés de monastère, notamment Odilon de Cluny (quatre lettres).
Parmi ses destinataires laïcs, on relève notamment le roi RobertII le Pieux (quinze lettres), le duc GuillaumeV d'Aquitaine (cinq lettres), mais aussi une lettre au duc RichardII de Normandie et une autre au roi Knut le Grand (roi de Danemark et d'Angleterre).
Il y a aussi sa correspondance avec Hildegaire, son disciple le plus proche (à qui il adresse sept lettres, et douze lettres d'Hildegaire, dont six à Fulbert, sont rangées dans le même corpus de lettres).
Culte
Il faut distinguer la renommée de Fulbert, parfois qualifié de saint homme à partir du XIIesiècle, de son culte liturgique, extrêmement tardif. Fulbert n'a jamais fait l'objet d'un procès de canonisation par l'Église catholique romaine.
À la fin du XIesiècle, il n'est pas encore qualifié de saint dans les documents qui citent ses écrits dévotionnels;
Il est absent du calendrier parisien à la fin du Moyen-Âge (Perdrizet);
À partir du XVIIIesiècle, dans le contexte du gallicanisme qui cherchait à fonder l’Église de France sur des modèles de sainteté locale, il a fait l'objet d'un culte dans certains diocèses français qui s'est prolongé jusqu'à nos jours. Une statue ajoutée dans la cathédrale en mémoire de Fulbert bâtisseur n'est pas une preuve de culte;
En 1784, il est totalement absent de l'édition officielle du martyrologe de l’Église catholique promulgué par BenoîtXIV;
En 1788, il n'est pas fait mention de Fulbert dans le processionnal et rituel du diocèse de Chartres. Il est absent des litanies qui y sont prescrites;
En 1864, une chapelle lui est consacrée dans la crypte de la cathédrale de Chartres; deux vitraux de Gabriel Loire le représentant y sont installés en 1928;
En 1954, François Lorin réalise un vitrail intitulé «Vie de saint Fulbert», installé dans une ancienne baie murée du transept sud, côté est (baie n° 32),;
En 2004, son inscription pour la première fois au martyrologe romain équivaut à une reconnaissance de culte;
Actuellement, Fulbert est inscrit au calendrier des diocèses de l'Église de France ().
Représentations cultuelles
Fulbert présentant une maquette de la cathédrale, clôture du chœur.
Vie de saint Fulbert, baie 32 du transept sud de la cathédrale de Chartres.
Une statue contemporaine en bronze de l'évêque Fulbert de Chartres exécutée par Bernard Damiano (1926-2000) se trouve sur la place de la cathédrale chartraine;
Fulbert de Chartres, chantre de l'an 1000, Anne-Marie Deschamps, ensemble Venance Fortunat, CD L'Empreinte Digitale 13155, 1989;
En 1991, sur le site d'une ancienne abbaye du XVIIesiècle, dont une chapelle néogothique désacralisée, un lycée situé dans la rue Saint-Chéron de Chartres est nommé lycée Fulbert;
Une rue de Chartres porte son nom au sein du cloître Notre-Dame: elle relie la rue Percheronne à la rue du cloître Notre-Dame.
↑« Sed recolens quod non opibus neque sanguine fretus/ Conscendi cathedram, pauper de sorde levatus,/ Arbitror hoc a te factum sicut tuus est mos,/ Nec mutare locum, nisi significaris, ausim »; et dans un autre: « Te de pauperibus natum suscepit alendum/ Christus, et immeritum sic enutrivit et auxit/ Ut collata tibi miretur munera mundus./ Nam puero faciles providit adesse magistros,/ Et juvenem perduxit adhuc ut episcopus esses [...] ». Ce dernier vers précise donc qu'il était encore jeune quand il devint évêque en 1006.
↑En rapprochant deux passages d'une lettre (Domino suo Einhardo): « [...] hæsitare diutius cœpi, an mihi adhuc codicem illum unum haberem quem a natali patria inter ceteros devexeram, in quo ejusmodi exemplaria continebantur»; et à la fin de la lettre « [...] Hæc pauca [...] ad præsens sufficiant, dum ego codicem de ejusmodi exemplaribus a Romano scrinio prolatum perlegam ». Le livre en question est donc dit à la fois « a natali patria » et « a Romano scrinio ».
↑Adelman de Liège donne une liste de disciples dans son poème Rhythmi alphabetici, mais il en a fait deux versions à quinze ans d'intervalle (1033 et 1048), avec en partie des noms différents.
↑Sur l'histoire du culte de Fulbert, voir aussi Edina Bozoky. Le culte de sainteté de Fulbert de Chartres. Michel Rouche. Actes du colloque, oct 2006, Chartres, France. Presses Universitaires de Paris Sorbonne, p. 173-187, 2008, Cultures et Civilisations médiévales; 43. 〈hal-00343374〉et surtout Margot Fassler, "Fulbert après Fulbert. Le mythe d'un évêque de Chartres" dans Fulbert de Chartres, dir. M. Rouche, Presses universitaires Paris Sorbonnes, 2008, p. 103 sqq.
↑Voir par exemple le manuscrit Dijon, Bibliothèque municipale, ms. 30, f. 131r: "Oratio domni Fulberti episcopi Karnotensis...".
↑Almanach du Diocèse de Paris: 1842-1843, , 196p. (lire en ligne), p.6.
Dezobry et Bachelet, Dictionnaire de biographie, vol. 1, Ch. Delagrave, 1878, p.1118
René Merlet et abbé Clerval, Un manuscrit chartrain du XIe siècle. Fulbert, évêque de Chartres, Chartres, imprimerie Garnier, , 294p. (lire en ligne)
Claude Genin, Fulbert de Chartres (vers 970-1028): une grande figure de l'Occident chrétien au temps de l'an mil, Société archéologique d'Eure-et-Loir, 2003.
Société archéologique d'Eure-et-Loir - Cl. Genin, présentation générale, J. Clément, introductions, Pierre Riché et Gilbert Dahan, table de concordance avec les éditions latines et anglaise, Fulbert de Chartres, Œuvres, Correspondance, Controverse, Poésie, Chartres, SAEL, , 600p. (ISBN2-905866-48-9, présentation en ligne);
Michel Rouche (dir.), Fulbert de Chartres. Précurseur de l’Europe médiévale?, présentation en ligne, Paris, PUPS, 2008;
Société archéologique d'Eure-et-Loir, Index Œuvres Fulbert, Correspondance, Controverse, Poésie, Chartres, SAEL, , 20p. (ISBN2-905866-58-6, présentation en ligne);