Malawania anachronus
| Règne | Animalia |
|---|---|
| Embranchement | Chordata |
| Sous-embr. | Vertebrata |
| Classe | Sauropsida |
| Ordre | † Ichthyosauria |
| Famille | † Ichthyosauridae |
Malawania est un genre fossile d'ichthyosaures ayant vécu entre les étages Hauterivien et Barrémien du Crétacé inférieur dans ce qui est actuellement l'Irak. L'unique espèce connue est Malawania anachronus, premièrement décrite en 2013 à partir d'un squelette partiel découvert en 1952 à Amedi. Longtemps resté de datation incertaine, les analyses palynologiques permettent de déterminer l'âge de Malawania au Crétacé inférieur, faisant de cet ichthyosaure le premier représentant non ophthalmosauridé à avoir traversé la limite Jurassique-Crétacé. Son nom scientifique, voulant dire « nageur hors du temps », fait d'ailleurs référence au caractère jugée « anachronique » du taxon, son anatomie primitive contrastant avec son époque.
Par sa morphologie, Malawania présente de fortes affinités avec l'emblématique Ichthyosaurus, daté du Jurassique inférieur, la plupart des analyses phylogénétiques les retrouvant comme taxons frères au sein des Ichthyosauridae. Cette parenté, malgré un écart temporel d'environ 66 millions d'années, remet en question l'hypothèse d'un renouvellement complet des faunes d'ichthyosaures à la limite Jurassique-Crétacé et suggère que certaines lignées ont conservé une morphologie relativement stable sur une très longue période de leur histoire évolutive.
L'holotype et l'unique spécimen actuellement connu de Malawania est découvert en 1952 à Chia Gara, dans la ville d'Amedi, au nord de l'Irak, par une équipe de géologues pétroliers britanniques dirigée par Douglas M. Morton (en). Il consiste en un squelette partiel et articulé comprenant un crâne fragmentaire, plusieurs vertèbres cervicales et dorsales, des côtes, une partie de la ceinture scapulaire ainsi qu'une palette natatoire gauche presque complète. Le fossile n'est pas mis au jour in situ, mais retrouvé au bord d'un oued, où il avait peut-être été déposé afin de servir de dalle de pavage pour un sentier muletier. Consciente de son intérêt scientifique, l'équipe de Morton le transporte au Royaume-Uni et en fait don au musée d'histoire naturelle de Londres en 1959, où il est depuis conservé sous le numéro d'inventaire NHMUK PV R6682. Le spécimen est alors premièrement étudié en 1974 par le paléontologue britannique Robert M. Appleby, qui à cette époque était le seul chercheur focalisant son travail sur les ichthyosaures en Grande-Bretagne,,.
En 1979, Appleby soumet un manuscrit consacré au fossile à la revue scientifique Palaeontology, mais celui-ci est refusé après qu'un des relecteurs a jugé insatisfaisantes les informations relatives à sa provenance stratigraphique. Bien qu'Appleby souligne les fortes ressemblances anatomiques du spécimen avec l'emblématique Ichthyosaurus, daté du Jurassique inférieur, il lui est difficile de déterminer avec certitude son âge géologique. Le fossile, conservé sur une dalle instable ne correspondant pas aux couches rocheuses environnantes, est en effet dépourvu de contexte stratigraphique fiable. En raison de certains caractères anatomiques, Appleby envisage même une origine remontant au Trias supérieur. Cette hypothèse est toutefois contestée par les géologues ayant travaillé dans la région de Chia Gara, qui attribuent le spécimen au Jurassique de la formation de Sargelu, sans pouvoir préciser s'il relève du Jurassique moyen ou supérieur. La première analyse palynologique de la matrice rocheuse, réalisée en 1980 par le paléobotaniste canadien Norman F. Hughes, attribue le fossile au Crétacé inférieur, à un étage probablement antérieur à l'Aptien. Appleby considère toutefois ces résultats comme probablement erronés,,.
Malgré les recherches qu'Appleby poursuit au cours des années suivantes afin de préciser l'âge du spécimen, qu'il prévoyait de nommer Iraqisaurus kurdistanensis, ses travaux consacrés à d'autres ichthyosaures retardent la publication de son étude, qui demeure inédite jusqu'à sa mort en 2004. La récupération des manuscrits inachevés d'Appleby par le paléontologue écossais Jeff Liston conduit alors à une nouvelle réévaluation de la provenance stratigraphique du fossile. En prélevant de nouveaux échantillons directement dans la matrice rocheuse renfermant le spécimen, Liston met en évidence des microfossiles constitués de kystes de dinoflagellés, de grains de pollen et de spores. Les résultats de cette révision confirment ceux de l'analyse initiale d'Hughes : la présence du kyste du dinoflagellé Muderongia staurota, de deux taxons polliniques et de trois taxons de spores indique un âge compris entre la fin de l'Hauterivien et le Barrémien, au Crétacé inférieur. Cette datation suggère ainsi que le spécimen irakien est issu des niveaux inférieurs de la formation de Sarmord ou de celle de Balambo, toutes deux affleurant à proximité du lieu de sa découverte,,.
Dans une étude publiée en 2013 et dirigée par le paléontologue belge Valentin Fischer, le spécimen est désigné comme holotype du nouveau genre et espèce Malawania anachronus. Le nom générique Malawania dérive du mot kurde malawan, signifiant « nageur », tandis que l'épithète spécifique anachronus, issue du grec latinisé, signifie « hors du temps ». Cette dernière fait référence au caractère « anachronique » du taxon, dont l'anatomie primitive contraste avec son âge du Crétacé inférieur. Malawania est également le deuxième ichthyosaure répertorié au Moyen-Orient, juste après un possible mixosauridé du Trias mis au jour en Arabie saoudite, et le premier connu dans la région pour une période postérieure à cette époque,.
Malawania est un petit ichthyosaure dont la taille est estimé à environ 3 m de long. Bien qu'incomplet, il aurait eu, comme les autres représentants du groupe, un museau long et fin, de grandes orbites et une nageoire caudale soutenue par les vertèbres de la moitié inférieure de la queue. Les ichthyosaures présentent une morphologie comparable à celle des dauphins, avec des membres transformés en palettes natatoires plutôt qu'en pattes, et, à l'exception des formes les plus primitives, une nageoire dorsale,. Bien que leur colorations soit inconnue, certains ichtyosaures seraient probablement uniformément sombres de leur vivant, comme l'indique la découverte de fortes concentrations de pigments d'eumélanine dans la peau fossilisée d'un représentant plus ancien du groupe.
Chaque lacrymal, os pair constituant le bord antérieur des orbites, présente une dépression sur sa partie antérieure. Fischer et ses collègues suggèrent qu'elle pouvait correspondre à l'emplacement des glandes lacrymales, responsables de la production du film lacrymal. Les longs processus postérieurs des lacrymaux s'étendent jusqu'à la moitié de la longueur des orbites. Les globes oculaires sont soutenus par des anneaux sclérotiques composés de treize plaques osseuses.
Malawania possède au moins cinq vertèbres cervicales. Bien que leur limite reste visible, les deux premières sont fusionnées. Tous les corps vertébraux connus présentent une longueur similaire, à l'exception du premier, qui est environ deux fois plus long que les suivants. Chez certaines vertèbres dorsales, les facettes costales antérieures se prolongent de manière continue jusqu'à leurs bords. Les épines neurales situées à l'avant des corps vertébraux, largement espacées les unes des autres, présentent un sommet trapézoïdal, un caractère unique à ce genre. Les côtes possèdent une section transversale bilobée.
Contrairement aux Baracromia, les omoplates de Malawania ne présentent pas d'échancrure sur leur bord antérieur. Les humérus, de forme trapézoïdale, sont exceptionnellement courts, une morphologie propre à ce genre. Leur extrémité proximale porte un processus capitulaire dirigé vers l'arrière, également unique à Malawania, les processus correspondants des autres ichthyosaures étant généralement semi-circulaires. Les humérus ne présentent pas de constriction médiane, un caractère rare en dehors des Ophthalmosauridae. Leur extrémité distale ne s'élargit que faiblement et s'articule uniquement avec le radius et l'ulna. Ces deux os, allongés et hexagonaux, sont en contact sur toute la longueur de leur bord médial, sans laisser d'ouverture entre eux.
À l'exception des radiales, de forme quadrangulaire, la plupart des os de la main sont hexagonaux et étroitement imbriqués, rappelant la condition observée chez Macgowania (en). Les intermédiaires, deux os du carpe, atteignent presque la taille des radius, un caractère distinctif de Malawania. Deux doigts prennent naissance à partir de chaque intermédiaire, comme chez Ichthyosaurus. Les nageoires antérieures comportent au total quatre doigts. Le premier possède plus de neuf phalanges, la première étant munie d'une encoche.

Dans leur étude publiée en 2013, Fischer et ses collègues classent M. anachronus au rang de membre basal des Thunnosauria sur la base de plusieurs caractères anatomiques, notamment la présence de côtes dorsales bicapitées (à double tête) et l'absence d'une tubérosité antérieure proéminente sur l'extrémité antérodistale de l'humérus. Leur principale analyse phylogénétique le récupère comme taxon frère d’Ichthyosaurus communis, conduisant les auteurs à les rattacher tout deux dans la famille des Ichthyosauridae. L'ensemble des thunnosauriens plus dérivés, comprenant notamment Stenopterygius et les Ophthalmosauridae, est quant à lui regroupé au sein d'un nouveau clade, nommé les Baracromia. Les ichthyosauridés étant jusqu'alors considérés comme éteints depuis le Jurassique inférieur, soit près de 66 millions d'années avant l'âge estimé de Malawania, ce dernier devient le premier ichthyosaure non ophthalmosauridé reconnu comme ayant franchi la limite Jurassique-Crétacé. Cette découverte remet en cause l'hypothèse d'un renouvellement complet de la faune des ichthyosaures à cette période et suggère une plus grande stabilité morphologique du groupe qu'auparavant supposée,.
Néanmoins, la position phylogénétique de Malawania a été réévaluée à plusieurs reprises au cours des études ultérieures. Si certaines analyses confirment sa position en tant que taxon frère d’Ichthyosaurus,, une étude du paléontologue britannique Dean R. Lomax et ses collègues publiée en 2017 le récupère comme un thunnosaurien basal, tandis qu’Ichthyosaurus est retrouvé comme taxon frère de Protoichthyosaurus. Des analyses plus récentes suggèrent à leur tour des positions divergentes, plaçant Malawania à proximité d’Hauffiopteryx (en), soit parmi les parvipelviens basaux, parmi les Baracromia dérivés, voire en dehors même des Parvipelvia. Lorsque Lomax et ses collègues décrivent le leptonectidé (en) Xiphodracon dans un article publiée en 2025, ils récupèrent la position de Malawania parmi les Ichthyosauridae, étant cette fois-ci inclut dans un clade regroupant la totalité des espèces connus de cette famille. Leur cladogramme simplifiée est visible ci-dessous :
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