| Architecte départemental (d) Loire-Atlantique | |
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| Architecte-voyer Ville de Nantes (d) | |
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Manoir de la Bégraisière (d) |
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Louis Crucy (en) |
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Félix Crucy (d) |
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Prix de Rome () |
Mathurin Crucy, né le à Nantes et mort le à Chantenay, est un architecte et urbaniste français de style néo-classique, architecte-voyer de la ville de Nantes de 1780 à 1800 à la suite de Jean-Baptiste Ceineray, concepteur d'un programme urbain et architectural qui a profondément marqué sa ville natale. Il joue aussi un rôle dans la construction navale nantaise sous le Premier Empire, à travers les chantiers de l'entreprise familiale, d'où sort notamment la frégate Méduse, dont le naufrage inspire à Théodore Géricault Le Radeau de La Méduse.
Mathurin Crucy appartient à une famille dont le rôle est important à Nantes à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle.
Mathurin Crucy est le fils de Jean Crucy (1714-1785), négociant en bois de premier plan à Nantes, dont l'entreprise réalise notamment le pont Rousseau (1777) et le pont Maudit (1787), et de Michelle Brodu, épousée en 1745. Sa mère est la fille de Mathurin Brodu et de Michelle Marchais, de familles de maîtres de forges originaires des Brouzils, de Vieillevigne et de Montaigu, liées aux Le Maignan de l'Écorce et aux du Marchais.
Par son père, il est le petit-fils de Georges Crucy et de Claudine Joubert. Une tradition généalogique fait de lui l'arrière-petit-fils de Charles Louis de Crucy de Marcillac et de Françoise d'Arcemalle, ce qui rattacherait les Crucy de Nantes aux Crugy-Marcillac, famille noble originaire du Quercy et établie en Poitou. Ce rattachement, rapporté au XIXe siècle, est contesté : d'après les registres paroissiaux, Georges, passeur sur le Rhône à Vernaison, est originaire des monts du Lyonnais, et son nom s'écrit alors « Crouzi ».
Mathurin est le fils aîné et le deuxième des quinze enfants de Jean Crucy. Cinq d'entre eux jouent un rôle important dans son existence : ses sœurs Anne (1747-1814), mère de Mathurin Peccot, qui lui succède comme architecte-voyer, et d'Antoine Peccot, et Michelle (née en 1753) ; ses frères Jean-Gilbert (1751-1783), qui seconde leur père dans l'entreprise, Louis (1756-1837) et Antoine (1765-1815), ses futurs associés. Les filles de Louis, Justine et Alexandrine-Zita, épousent les architectes Louis-Prudent et Constant Douillard.
Le , Mathurin Crucy épouse Marie-Françoise Le Roux, fille du tanneur Julien Mathurin Leroux, le jour même où son frère Louis épouse Françoise, sœur de la mariée ; Antoine épousera par la suite une troisième sœur, Marguerite Michelle.
Le couple a sept enfants, dont les mariages ancrent les Crucy dans la bourgeoisie nantaise des arts et du droit.

En 1767, Mathurin Crucy commence une formation d'architecte à Nantes, au sein de l'atelier de Jean-Baptiste Ceineray. Avec son aide, il monte à Paris où il rencontre l'architecte Étienne-Louis Boullée et le peintre Joseph-Marie Vien. Ce dernier l'aide à accéder à l'Académie royale d'architecture, où il entre en 1771. En 1774, il est le lauréat du « premier prix de l'Académie » (appelé par la suite Prix de Rome), pour un projet de « Bains publics d'eau minérale ». Cela lui permet d'effectuer un séjour de quatre ans à Rome. Il côtoie alors le peintre Jacques-Louis David et découvre les villas de l'architecte Andrea Palladio.
Il est de retour à Nantes en 1779, où son parcours antérieur est considéré très favorablement. Il devient assistant de Ceineray, à une époque où celui-ci a des problèmes de santé (asthme) et est de plus en butte à un conflit avec l'ingénieur des Ponts et Chaussées, Mathurin Grolleau, en raison d'une éventuelle malfaçon dans le bâtiment de la Chambre des comptes de Bretagne. Mathurin Crucy effectue une contre-expertise qui disculpe Ceineray.
L'année suivante, Ceineray donne sa démission et le Conseil de ville nomme Mathurin Crucy comme son successeur à titre provisoire, compte tenu de promesses faites antérieurement à Pierre Cacault, alors en Italie. Ce n'est qu'en 1782 que Cacault s'étant désisté, Mathurin Crucy devient titulaire du poste. Ses appointements sont fixés à 1 000 livres, ce que touchait Ceineray depuis les années 1750. Ils seront portés à 2 400 livres en 1786 et à 3 000 livres en 1790. Il est donc chargé de la direction des grands aménagements urbains en cours à l'époque, notamment la transformation du quartier de la Bourse et la création du quartier Graslin. Il est ainsi à l'origine du plan d'urbanisme du quartier Graslin (place et théâtre).
La fonction d'architecte-voyer, jusque-là modeste, prend alors une importance nouvelle avec les grands travaux d'extension urbaine. Alors que d'autres grandes villes de province continuent de faire appel à des architectes parisiens, l'architecte-voyer est à Nantes tout-puissant dans son domaine : la ville, au sommet de sa croissance économique, devient un vaste chantier dirigé par Crucy, qui donne les plans des édifices publics, des places et des rues nouvelles.

En tant qu'architecte-voyer Crucy conçoit l'aménagement de la place Graslin. Jean-Joseph-Louis Graslin, receveur général des fermes du royaume et par ailleurs mécène de la ville, possède des terres sur une butte rocheuse à l'ouest du centre ville. Il souhaite notamment y créer un nouveau quartier doté d'un théâtre. Le projet est lancé en 1779.
Pour aménager cette place, Crucy s'inspire de la place de l'Odéon à Paris. Le théâtre domine une place en hémicycle. La place Graslin est percée de huit rues. Les façades des immeubles sont sobres, de style classique. Les six bâtiments de la place sont conçus de façon uniforme. Leur rez-de-chaussée est orné d'arcades et on trouve des balcons filants aux premier et troisième étages. Le Grand Théâtre est achevé en 1788 et ouvre ses portes la même année.

Sur la place d'Armes (actuelle place Maréchal-Foch), dont l'ordonnance avait été conçue par Ceineray, Crucy élève en 1783 l'hôtel Montaudouin, qui fait pendant à l'hôtel d'Aux. L'édifice doit son surnom d'« hôtel des Colonnes » à la colonnade qui surmonte son porche. Il porte le nom des Montaudouin, famille d'armateurs nantais enrichie par le commerce colonial et la traite. Ses façades et ses toitures sont inscrites au titre des monuments historiques depuis 1951.
En 1782, il s'associe à titre privé avec Jean-François Duparc et François Mellinet pour créer un entrepôt de marchandises tropicales dans le secteur de Launay : c'est ce qu'on va ensuite appeler l'« Entrepôt des cafés », qui sera réquisitionné en 1793 pour être une prison de sinistre réputation.
En 1783, la mort de Jean-Gilbert alors que Jean Crucy est déjà âgé, et de plus quasi illettré, oblige Mathurin à assister sa mère pour assurer la continuité de l'entreprise. Très rapidement, il demande à Louis, encore en Italie, de revenir à Nantes, et de prendre la tête de l'entreprise. C'est donc Louis qui va avoir le rôle principal, assisté un peu plus tard par Antoine ; mais Mathurin est tout de même très présent et cela va lui valoir, ainsi qu'à ses deux frères, un conflit de la part des deux sœurs Anne et Michelle, qui les accusent après la mort de Michelle Brodu d'avoir accaparé l'entreprise à leur détriment. Cette affaire est mal réglée en 1788.
Il est confirmé à son poste par les premières municipalités du nouveau système communal. Il devient aussi ingénieur de la Garde nationale () et participe donc à ce titre à la défense de Nantes au moment de l'attaque des insurgés vendéens en mai-. Bien que n'ayant pas d'activité proprement politique, il est très proche de la municipalité Baco, dont sont membres son beau-père et son neveu Antoine Peccot, autre fils d'Anne Crucy.
Il est donc révoqué par Carrier en même temps que la municipalité Baco, le . Quoique pas directement menacé par ailleurs, il préfère s'éloigner de Nantes et aller visiter des chantiers forestiers à l'intérieur du pays. Le successeur choisi par Carrier, Richelot, étant cependant mort très vite, dès que Carrier quitte Nantes en , Mathurin Crucy est rappelé à son poste par la municipalité Renard, alors même que Mathurin Leroux et Antoine Peccot sont emprisonnés à Paris dans le cadre de l'affaire des 132 modérés nantais (ils seront acquittés en ).
Un épisode notable de cette période du début de la République est son intervention au moment de la destruction de l'église des Carmes (centre de l'ancienne paroisse ducale) en 1793 ; il réussit à préserver le tombeau du Duc François II de Bretagne et de Marguerite de Foix, que l'on peut maintenant voir dans la Cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes.
Il démissionne en 1800 pour se consacrer, avec ses frères Louis et Antoine, au chantier de construction navale familial. Cette activité est en pleine expansion en raison des guerres contre l'Angleterre ; l'entreprise, située à Basse-Indre, construit, entre autres, des frégates pour la marine française.
Sous le Premier Empire, les chantiers Crucy comptent parmi les principaux constructeurs privés travaillant pour la Marine : de Basse-Indre, de Chantenay et de Paimbœuf sortent des frégates, des corvettes et des bricks destinés à la flotte impériale. La plus célèbre de ces unités est la frégate Méduse, lancée à Paimbœuf le par le chantier que dirigent alors son frère Louis et son neveu Louis Michel. Son naufrage au large des côtes africaines en 1816 inspire à Théodore Géricault Le Radeau de La Méduse (1818-1819).
L'effort de guerre met les Crucy en relation régulière avec le gouvernement, les commandes de la Marine obligent à négocier sans cesse avances et paiements, ce qui impose de fréquents voyages à Paris. Le 10 août 1808, lors de son voyage d'inspection dans l'estuaire de la Loire, Napoléon se rend sur le site de Basse-Indre accompagné de son ministre de la Marine, l'amiral Denis Decrès. Mathurin Crucy profite du cadre de cette visite, qui incluait la présentation de ses réalisations maritimes, pour exposer également à l'Empereur ses projets d'urbanisme civil pour le centre-ville nantais, notamment l'achèvement de la place Graslin et la reconstruction de son théâtre. À cette occasion, il présente également les enjeux de l'estuaire en soumettant à l'Empereur une vision novatrice pour l'embouchure de la Loire : ses premières esquisses d'aménagements pour un avant-port en eau profonde à Saint-Nazaire, anticipant de plusieurs décennies le développement industriel de la région.
Le lendemain, le 11 août 1808, avant de quitter la ville, Napoléon dicte et signe un décret impérial accordant l'aide de l'État pour les infrastructures locales. Cet acte officiel valide expressément le financement nécessaire à l'amélioration de la navigabilité de la Loire, à la réfection des quais nantais ainsi qu'aux travaux d'achèvement du Palais de la Bourse et de la reconstruction du théâtre Graslin initiés par Crucy.
L'entreprise familiale fait faillite, ce qui brouille durablement Mathurin Crucy avec ses frères ; sa liquidation intervient en 1813. Mathurin abandonne pour sa part la construction navale en 1810. Le chantier Crucy est vendu en 1821 à un groupe d'hommes d'affaires britanniques pour implanter une "forge à l'anglaise", ce qui va devenir les Forges de Basse-Indre.
Comme architecte du département, il donne encore les plans de l'ancien musée des Beaux-Arts et de la halle aux toiles de Nantes (1821), ainsi que ceux de plusieurs églises rurales, au Loroux-Bottereau, à Sainte-Pazanne et à La Chapelle-Heulin. Sa renommée lui vaut aussi la commande de la reconstruction du chœur et de la nef de la cathédrale de Rennes, qu'il conçoit comme un vaste vaisseau basilical d'une grande austérité, dont l'aspect a été modifié par le décor ajouté au milieu du XIXe siècle.
En 1808, par ailleurs, il est appelé par le sculpteur François-Frédéric Lemot (1771-1827) pour réaliser un ensemble d'inspiration italienne, dans son domaine situé à Gétigné, près de Clisson : c'est l'actuel domaine de la Garenne Lemot. Entre 1811 et 1815, il entame l'aménagement du parc et construit la maison du jardinier, l'un des chefs-d'œuvre de l'architecture rustique à l'italienne en France. Mais il se brouille avec Lemot en 1823 et c'est son successeur, Pierre-Louis Van Cleemputte, qui achève le projet.

À la fin de l'Empire, Mathurin Crucy rédige un récit autobiographique, l'Exorde, dans lequel il détaille ses années de formation, son activité d'architecte-voyer et sa participation à la société de construction navale « L. Crucy frères » jusqu'à la faillite de celle-ci et à la mésentente qui en résulte avec sa famille. Ce texte, qui est aussi une charge contre ses frères et contre les gouvernements successifs depuis 1793, est une source sur le fonctionnement des chantiers navals privés travaillant pour la Marine.
Mathurin Crucy meurt en 1826 dans une demeure située près du chantier Crucy à Chantenay. L'officier d'état civil le désigne comme « architecte honoraire de la ville de Nantes ». Il est inhumé à Nantes au cimetière Miséricorde.



Une rue de Nantes a été nommée en hommage à Mathurin, la rue Crucy (le long de la partie ouest des anciennes usines LU, et perpendiculaire à l'avenue Carnot). L'impasse Crucy, près des anciens chantiers Dubigeon, se réfère en revanche à son frère Antoine.
L'une de ses petites-filles aurait été la belle Nantaise que Stendhal décrit dans son récit de voyage, les Mémoires d'un touriste (1838).
Quatre réalisations de Mathurin Crucy font aujourd'hui l'objet d'un classement aux monuments historiques :
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