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Rouyesh (Growth) (d) |
Mohammed Ehsai (en persan : محمد احصایی) ou Seyed Mohammad Ehsaey, né le à Qazvin, est un artiste peintre calligraphe, graphiste et sculpteur contemporain iranien.
Considéré comme un pionnier et l'un des plus importants calligraphes de l'art contemporain iranien, plusieurs de ses œuvres sont conservées au Metropolitan Museum of Art et au British Museum.
Mohammed Ehsai naît à Qazvin en 1939 et est diplômé de la Faculté des Beaux-Arts de l'Université de Téhéran,.
Il commence sa carrière professionnelle au sein de la rédaction du magazine jeunesse de l'ancienne Société du Lion et du Soleil rouges (en), puis rejoint l'Organisation des manuels scolaires, où il travaille comme maquettiste puis comme responsable de l'atelier graphique. Il poursuit ensuite sa carrière comme expert en manuels d'art de troisième année. Son expérience au sein de la Fondation artistique Pars et ses relations avec des personnalités telles que Morteza Momayez (en), Aydin Aghdashloo (en), Ali Asghar Masoumi l'amènent à se rapprocher des arts graphiques, notamment de la peinture et la calligraphie. Progressivement, son influence se fait davantage sentir dans le domaine du graphisme, en particulier dans la typographie et l'exploration esthétique des calligraphies persane et islamique. Fort de sa vaste expérience en graphisme, Ehsai joue un rôle fondamental dans la création du département des arts graphiques de la Faculté des Beaux-Arts de l'Université de Téhéran, où il enseigne à partir de 1972,,,.
Mohammad Ehsai est considéré comme l'un des premiers calligraphes iraniens à avoir utilisé les caractères perso-arabes comme moyen d'expression. Il explore l'art de la calligraphie à travers les rythmes de l'arabesque « naskh » (écriture cursive de la fin du XVIIIe siècle) et « shikasteh » (forme brisée) jusqu'au « nastaliq » (écriture plus verticale développée par les Perses à la fin du XVe siècle). Son dessin est néanmoins considéré plus proche du trait calligraphique traditionnel que les peintres de Saqqa-Khaneh, une approche qu'il assume pour sa fidélité aux traditions calligraphiques et son attachement à la forme originelle des lettres. Sa démarche, qu'il entame quelques années après eux, consiste à passer de la calligraphie à la peinture et à intégrer les éléments visuels et conceptuels de la peinture dans ses calligraphies. D'abord quelque peu rejeté, son style fait ensuite l'objet de nombreuses imitations et il acquiert une renommée nationale puis internationale,,.
En 1975, Ehsai commence à peindre des tableaux principalement composés du mot « Allah » ou du verset « La ilaha illallah » et qui, selon lui, constituent une forme dévocation visuelle d'« Allah » et une manifestation du mysticisme islamique et du soufisme. Il réalise ces œuvres, connues sous le nom d'« œuvres d'Allah », à plusieurs reprises. Dans sa dernière création, il élimine totalement la couleur pour créer un nouveau motif dans l'absence de couleur, avec des tons blanc sur blanc et du noir sur noir, deux manifestations de la lumière. Cette forme de son travail est également connue sous le nom d'« Alphabet éternel ». Ehsai raconte qu'il a présenté des œuvres picturales mentionnant « Allah » à l'éminent artiste Marcos Grigorian pour reccueillir son opinion à leur sujet. Celui-ci l'encourage à poursuivre cette série et à les exposer ; du propre aveu de l'artiste, Grigorian a été l'une de ses plus importantes influences.
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| Lien vers l'œuvre Eternal Alphabet (Alefbā-ye Azalī) (1975). Pour des questions de droit d'auteur, sa reproduction n'est pas autorisée sur la version francophone de Wikipédia. | |
Entre 1975 et 1983, Mohammed Ehsai fait des performances de peintures calligraphiques monumentales à l'université de Téhéran et pour une mosquée de la ville.
Il est membre du Syndicat des Graphistes iraniens de 1986 à 2001, du Comité scientifique de l'université de Téhéran de 1996 à 2001 et de la Foundation Committee of Iranian Painters depuis 1997.
Mohammed Ehsai est reconnu comme étant l'un des pionniers de la peinture calligraphique au Moyen-Orient, transformant l'écriture en langage purement visuel. Il utilise la calligraphie persane dans une forme moderne, parfois abstraite, reliant ainsi la tradition à l'art contemporain.
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| Lien vers l'œuvre La ilaha illallah (1975). Pour des questions de droit d'auteur, sa reproduction n'est pas autorisée sur la version francophone de Wikipédia. | |
Cette façon de repenser la calligraphie comme genre pictural (on parle aussi de « néo-calligraphie ») est apparu avec le mouvement Saqqa-Khaneh. Les artistes peintre de ce groupe exploitent les formes calligraphiques comme matière picturale primaire et cherchent à unifier les formes et les techniques picturales utilisées. Mohammed Ehsai et d'autres artistes comme Reza Mafi (fa) se distinguent de ce groupe en qualité de calligraphes professionnels s'affranchissant des thèmes classiques. Ce mouvement, appelé plus tard Naqqashi-Khatt, rejette quant à lui cette unicité de formes et de techniques : les œuvres sont produites en respectant des règles et des principes strict, en gardant les mots ou les phrases lisibles.
Avec l'exposition Zendegi: twelve contemporary iranian artists qui se tient au Beirut Art Center en 2011, Rose Issa présente différentes générations d'artistes iraniens qui ont exploré plusieurs langages esthétiques mêlant tradition et modernité. Mohammed Ehsai fait partie de ceux qui rendent hommage à la poésie et aux arts traditionnels persans.
Dans les années 1990, Charbel Daghir (en) définit pour la première fois l'utilisation des caractères arabes comme éléments de composition d'œuvres artistiques modernes et introduit des mots comme hurufiyya (en arabe : حروفية, litt. « lettrisme »), qui désigne les œuvres d'art « qui utilisent la langue arabe, texte ou caractère, comme élément visuel de composition ». Il sépare le mouvement Hurufiyya de la calligraphie arabe traditionnelle, estimant le premier comme radicalement nouveau, car il rompt avec les styles de la calligraphie arabe traditionnelles en transformant les mots en éléments plastiques et suggère une nouvelle mouvance au sein de l'art moderne,,. Il établit une classification des artistes hurufiyya selon l'usage des caractères dans leurs œuvres ; Mohammed Ehsai est inclus parmi les hurufiyya « textualistes » (qui mettent le texte comme thème central de l'œuvre),.
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| Lien vers l'œuvre Allah (1975). Pour des questions de droit d'auteur, sa reproduction n'est pas autorisée sur la version francophone de Wikipédia. | |
Mohammed Ehsai peint souvent ses compositions sur fond noir ; le sens des mots est magnifié par les caractères colorés et brillants, en contraste avec l'obscurité, le mystère et le vide de l'arrière-plan. Ehsai choisit les couleurs pour la signification qu'il souhaite donner aux mots : le doré ou jaune symbolise l'illumination divine ; le bleu est une référence au céleste, à la sérénité ; le marron rappelle la terre, l'humanité, les racines.
Sa façon de peintre par coups de pinceau spontanés fait le pont entre l'expressionnisme abstrait occidental et l'art calligraphique traditionnel, conférant à ses œuvres une essence méditative, d'autant que les mots eux-mêmes désignent le divin, le spirituel, et les lignes étirées sur fond sombre font office de prière. Parfois jugées trop traditionnelels ou religieuses, ses compositions abstraites s'inscrivent dans une tradition métaphysique dont le but est d'atteindre la conscience et la perception de celui qui les regarde.
Ses œuvres se vendent bien sur le marché de l'art. Elles connaissent un essor important après la révolution islamique de 1979, et son œuvre la plus chère est He Is The Merciful, partie à 1 161 000 $ chez Christie's en 2008,,. Cette vente fait partie des 15 plus chères vendues sur le marché secondaire du Moyen-Orient (statistique de 2015).
Le travail d'Ehsai dans le domaine du graphisme présente une esthétique calligraphique. Dans ses affiches et ses logos, tout est d'abord résumé en caractères persans, puis composé dans des jeux structurels de combinaisons de lettres, pour finalement s'affirmer comme un élément graphique à part entière. Cette alliance entre tradition et innovation moderne touche efficacement le public iranien.
Il réalise notamment les logos de la Fondation Nahj al-Balagha, du Centre culturel Niavaran, de l'Académie des beaux-arts, du Musée Zakaria Razi et de l'Organisation des manuels scolaires, ainsi que les logos de nombreux journaux.
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| Lien vers la sculpture en relief réalisée sur la façade de l'ambassade d'Iran à Abou Dabi, en 1991. Pour des questions de droit d'auteur, sa reproduction n'est pas autorisée sur la version francophone de Wikipédia. | |
Mohammed Ehsai a par ailleurs réalisé des œuvres sous forme de reliefs. La calligraphie et le jeu créatif avec les lettres demeurent les éléments principaux de son travail. La plus célèbre et la plus appréciée est le relief de l'amphithéâtre de la Faculté de théologie de l'Université de Téhéran, créé en 1977. Cette œuvre monumentale, par le jeu des lettres, du mouvement et des combinaisons de mots, évoque la représentation sensorielle du poème de Farid al-Din Attar dans La Conférence des oiseaux et l'ascension puis la chute du Simorgh. Ehsai a également fait les reliefs de la mosquée Alghadir de Téhéran (1980-1983), de l'entrée du musée national d'Iran (1985) et pour la façade de l'ambassade d'Iran à Abou Dabi (1988-1991),. Son approche artistique y est radicalement différente : les caractères monochromes se détachent sur un fond géométrique abstrait d'apparence ancienne.
Mohammed Ehsai a écrit des articles sur la calligraphie, l'art iranien et islamique, et a donné de nombreuses conférences en Iran et à l'étranger.
Mohammed Ehsai a participé à des dizaines d'expositions individuelles et collectives avant et après la révolution islamique en Iran et à l'étranger. Les plus notables sont :