Mayennais

Mayennais
Mayennais
Pays France
Région Mayenne
Typologie SVO
Classification par famille
Échantillon
Dialogue de trois vignerons du païs du Maine sur les misères de ce temps, par J. Sousnor, Sieur de la Nichilière, 1724 :

J'en vay ben de pus riches que may, mais il ont oussi pus d'affaires que may et qu'i ne voudraint. Je prise pus ma patience que lous bens. Mes procez ne m'empêchant point de dormir toute la neut en mon paeuvre petit cheutrin.
Carte
Image illustrative de l’article Mayennais
Langues régionales de France.

Le mayennais, patois mayennais ou encore bas-mainiot est une langue d'oïl, parlée dans le département de la Mayenne en France.

Histoire

Comme toutes les langues d'oïl, le mayennais procède du gallo-roman issu essentiellement du latin populaire, introduit en Gaule après la conquête romaine. Il a peu à peu supplanté la langue gauloise qui est une langue celtique.

Sur le plan national, le mayennais appartient au domaine du Grand Ouest, qui se caractérise par un groupe de langues qui comprend aussi le normand méridional, l'angevin, le gallo et le poitevin.

On distinguait cependant à l'intérieur du mayennais plusieurs parlers différents dans la province du Maine : le bas-mainiot (actuel mayennais) à l'est dans le bas-Maine, le haut-mainiot (actuel sarthois) dans le haut-Maine, tout au nord du Mans. Une autre langue, légèrement influencée par la langue angevine se parlait au sud de la province. Ils ont évolué différemment mais restant très proches et compréhensibles par leurs locuteurs. La diffusion du français a bénéficié de l'unité territoriale, et le mayennais comme langue parlée est devenu un patois pratiqué par les populations rurales jusqu'au XXe siècle.

Répartition géographique

Le mayennais est traditionnellement parlé dans le département de la Mayenne, mais également dans l’extrême sud de l'Orne, où il se confond avec le normand méridional, dans l’extrême est de la Bretagne, où il se confond avec le gallo, et dans l'ouest de la Sarthe, où il se confond avec le sarthois.

Linguistique

La graphie et la grammaire du mayennais ne sont pas codifiées. C'est une langue essentiellement rurale, populaire et vivante.

Le mayennais est un « français local » (selon André Martinet). Il reste encore compris mais n'est plus que très rarement parlé au XXIe siècle. Certaines études se consacrent à ce patois.

Phonétique

Généralités

Ses caractères principaux sont communs à certains des parlers du Grand Ouest:

  • Le son /o/ (souvent écrit « o », « au » ou « ô » en français) est prononcé fortement et devient /aø/ écrit « aeu ». Ainsi, tôt devient taeût, ôter devient aeûter, nôtre et vôtre deviennent naeûtre et vaeûtre (mais notre et votre adjectifs se disent noûtre et voûtre), pauvre devient paeuvre, pot devient paeut, etc.
  • Le son français « oi » est souvent remplacé par « ai » (position accentuée) ou « é » (position non accentuée), car, comme les autres variétés d’oïl de l’ouest, le mayennais a conservé l’ancien son « ei » de l’ancien français avant qu’il évolue en « oi » dans les dialectes de l’est au XIIIe siècle (à partir de la Bourgogne et de la Champagne surtout). Par exemple, le latin stella (« étoile ») avait donné esteile en ancien français qui devint estoile, puis étoile en français moderne (prononcé èstèle ou èstèïle jusqu'au XIe siècle, èsteuïle au XIIe siècle, èstoïle au XIIIe siècle, puis èstoèle ou étoèle au XVe siècle, étouèle jusqu'au XVIIIe siècle où « ouè » s'ouvrit en « ouâ », donnant la prononciation de « oi » actuelle en français moderne : étouâle), mais le mayennais dit toujours étaile (prononcé étèle ou étæïle). Cependant, un grand nombre de verbes du troisième groupe qui se terminent en français en -oir peuvent finir en mayennais en -ouèr, par influence des parlers de l’orléanais voisins. Ainsi, boire se dit baire, quelquefois se dit quieauquefais, voisin se dit vésin, voiture devient véteüre (ou véture, ou véteure), mais savoir devient sçavouèr (ou sçavair), vouloir est voulouèr ou voulair (pouvoir en revanche se dit partout pouair), etc.
  • Les consonnes finales, comme en français, ne sont pas prononcées, mais en mayennais ce phénomène est encore plus étendu. Ainsi on écrit il mange comme en français mais on prononce i manj, parce que l'l final de « il » n'est pas prononcé. Par exemple, les verbes du deuxième groupe sont en -ir comme en français, mais on prononce -i parce que l'r final est muet (finir se dit fini mais s'écrit comme en français).
  • De même, les mots finissant en français par -eur finissent régulièrement en mayennais par -oux (prononcé -ou), l'r final ne se prononçant plus. Bêcheur se ainsi dit bèchou qu'on écrit baîchoux (plus rarement baîchou, baichour, baîchous, etc.). L'orthographe -oux permet de raccorder ces substantifs qui en français sont en -eur à leur féminin qui est en -ouse (français -euse dans la plupart des cas), ainsi qu'aux adjectifs en -oux (qui correspondent aux adjectifs français en -eux) dont le féminin est également en -ouse (et en français également en -euse). Ainsi, achaloux veut dire « ennuyeur » quand il est utilisé comme nom et « ennuyeux » quand il est utilisé comme adjectif (achaler signifie « ennuyer »).
  • oign- (prononcé « ogn » comme dans oignon) et ogn- se prononcent ongn-. Ainsi, ongnon pour oignon.
  • -ail, à la fin d’un mot, se dit invariablement -al : portal pour portail ; traval pour travail. Par confusion, beaucoup de substantifs en -ail, prennent comme ceux en -al, des pluriels terminés en -aux.
  • ui du français (et à l’occasion é, è ou i) est réduit à un seul son eu. Ainsi nuit se dit neut.
  • eu du français évolue parfois en u /y/ (Ugène correspond à Eugène), mais dans de nombreux cas on trouve ou à la place, car là encore le mayennais a conservé l’ancienne prononciation « ou » de l’ancien français avant qu’elle n’évolue en eu au XIVe siècle dans les parlers de la Loire, du bassin parisien et de la Picardie. Là encore, ce phénomène n'a pas touché les parlers de l’ouest (mayennais, angevin, gallo, normand). Ainsi, on dit mangeoux et chantoux (fém. mangeouse et chantouse) pour mangeur et chanteur (fem. mangeuse et chanteuse), houre pour heure, goule pour gueule, fiour pour fleur, coue pour queue (d’où le français couette, « petite queue »), noud pour nœud, etc.
  • ien du français se prononce in (régulièrement écrit en, in) : chin correspond à chien, ben (prononcé bin) à bien, il vint à il vient (mais le passé simple il vint du français se dit il venit en mayennais), etc.
  • Il existe une diphtongue notée au utilisée à la place de al et au en français : un jevau / chevau « un cheval »
  • Les groupes cl, gl, bl, pl, fl deviennent qui, gi, bi, pi, fi : pien (plein), bianc (blanc), pianche (planche), fiour (fleur), éguyise (église), équiésiastique (ecclésiastique), etc.
  • Les pronoms personnels je et on sont employés à la place de nous : je mangeons (nous mangeons), je vourrions (nous voudrions), j’avions (nous avions), etc.
  • La 3e personne du pluriel de l'indicatif présent se termine en -ant et en -aint à l'imparfait (il mangeant, il mangeaint), ce phénomène touche aussi le passé simple et le conditionnel : il diant ou il disant (présent), il dirant (passé simple) pour ils disent et ils dirent ; il disaint et il diraint pour ils disaient et ils diraient ; ou encore il sortant de là à matin pour ils sortent d'ici ce matin
  • Au passé simple, les terminaisons en is, it sont courantes pour tous les verbes du premier groupe et d’une grande partie de ceux du troisième. (je mangis, tu mangis, il mangit, je mangîmes, vous mangîtes, il mangirant)
  • Le subjonctif est terminé par -ge pour les verbes du troisième groupe : que je saige « que je sois », que je vinge « que je vienne », que je prenge « que je prenne », que j'auge « que j'aille », que je vaige « que je voie » etc.
  • Les x graphiques du pluriel sont prononcés [s], les cosiaux (cosiaws) « les sauts »
  • Le son 'r n'est pas prononcé dans bon nombre de situations : par exemple: la « douaitte » pour la droite, « ête maig » pour être maigre.
  • Dans le nord du département, les mots finissant en -er, -é, -ai se prononcent -eu. Exemple : Vin' don' mangeu' ! ( Viens donc manger ! )

Consonantisme

Les consonnes du mayennais sont proches ou analogues à celle du français.

Vocalisme

  • Traitement du [e] long et du [i] bref latin analogue à ce qu'on observe dans une grande partie de l'ouest
Exemples
ouestfrançais
mai, tai, sai moi, toi, soi
fai, drait, véteüre foi, droit, voiture
nair, pesson, vésin noir, poisson, voisin
  • Traitement du [o] long et du [u] bref latin
Exemples
bas latinouestfrançais
coda coue (cf. couard) queue
nodu noud nœud
gula goule (cf. goulot, goulet) gueule

De même que les produits du suffixe latin -ore(m) et -osu(s) n'ont pas évolué respectivement en -eur (pêcheur, menteur, prieur, etc.) et -eux (généreux, pierreux, etc.), mais en -oux (pêchoux, mentoux, prioux, etc.) et -oux (généroux, p(i)erroux, etc.), d'où le suffixe adjectival anglais -ous qui est issu du normand occidental.

Lexique comparatif

Le mayennais est très proche du français et lire un texte en mayennais n'est pas compliqué pour un francophone. Cependant, le mayennais, comme les parlers d'oïl de l'ouest en général, sont assez archaïques dans leurs vocabulaires, c'est-à-dire qu'ils ont conservé certains mots ou certaines formes que le français moderne ne connaît plus ou peu mais qui étaient courants en ancien ou moyen français. Sur un plan phonétique, les parlers d'oïl de l'ouest, mayennais y compris, comportent aussi quelques évolutions différentes du français, parfois plus proches de l'ancien français. Si, en lisant un texte en mayennais, beaucoup de mots seront identiques au français, d'autres seront différents voire inconnus. Petit aperçu :

MayennaisFrançaisAncien françaisBas latin
fiourfleurflor, flour, fleurflore(m)
adementiers tandis que (cf. italien mentre, « pendant ») adementiers, a dementre, a dementieres *ad dum-interim
ademeshui désormais, dorénavant a de mes huy *ad de magis hodie
ains-jandéjàainz ja*antes etiam ("déjà avant")
ainhinainsiainsins, ensi, ainsi*in sic (inde)
taeûttôttost*tostu(m)
formentfortementforment, fortment*forti(s) mente
cieuxceuxcieus, ceus*ecce illos
ot, d'otavecod, otapud
quièrecarquer, quare, quere, quierequare
doududel, deu, dou, dau, du*de illu(m)
vairvoirveeir, veoirvidere
t(e)rouertrouvertrover, truver, truiretropare
cheuxchezchiesecasa
ben bien ben, bien bene
mau mal mau, mal male
meillour meilleur meillor, meillour, meilleur meliore(m)
pusplus, davantageplus, pusplus
sçavair / sçavouèrsavoirsavoir (mais moyen français sçavoir)sapere
louxleur, leurslor, lour, leur(il)loru(m)
jes'utilise pour je et nousnosego, nos
ilutilisé pour il et ils(3e pers. pluriel) ililli
roèderaideroit (fém. roide)rigidu(m)
quaiquoiquei, quoiquid
quieau, quelle, quieaux, quellesquel, quelle, quels, quellesqueu(s) / quieu(s), quele, queus / quieus, quelesqualis
quieauquequelquequeuque, quieuque, quelque*qualis quam
tieau, telle, tieaux, tellestel, telle, tels, tellesteu(s), tele, teus, telestalis
trétoustous (pronom)trestoz / trestouz*trans totos
noûtre, voûtrenotre, votrenostre / noustre, vostre / voustrenoster, vester / *voster
le naeûtre, le vaeûtrele nôtre, le vôtrele nostre / le noustre, le vostre / le voustre*illu(m) nostru(m), *illu(m) vestru(m) / *illu(m) vostru(m)
rainrienrien(s), ren*rem
pien (fém. pienne)plein (fém. pleine)plen (fém. plene) / plein (fém. pleine)plenu(m), plena
bianc (fém. bianche)blanc (fém. blanche)blanc (fém. blanche / blanke)*blancu(m), blanca (d'origine germanique)
paeuvre pauvre povre pauperu(m)
un heusune porte (un huis)un uis / une porte*unu(m) ostiu(m) / una porta
la neutle nuitla noit, la nectilla(m) nocte(m)
l'hourel'heurel'oure, l'eureilla hora
la goule la gueule, la figure, le visage la gueule, la goule, la gouille, la goille illa gola
la men la main la man, la main, la men, la mein illu(m) manu(m)
le pen le pain le pain, le pan, le pen illu(m) pane(m)
finer (je finons, vous finez)finir (nous finissons, vous finissez)finer / fenir (nos finons, vos finez)finire (nos finimus / *finiscemus, vos finitis / *finiscetis)
voulair / voulouèr (je vieus, tu vieus, il vieut)vouloir (je veux, tu veux, il veut)voloir (je vueil, tu vueus, il vueut)velle / *volere (volo / *voleo, vis / *voles, vult)
connoêtre / quenoêtre connaître conoistre cognoscere
gaignergagnergaaignier*wadaniare (du francique)
oïr / ouïr entendre, ouïr oïr audire
ahaner travailler dur ahan (nom) *ahaner *afanno (sûrement d'origine celtique)

Lexique mayennais

Exemples d'énoncés en mayennais

Expressions

Textes en mayennais

Bibliographie

Notes et références

  1. ↑ René Lepelley, La normandie dialectale, Presses universitaires de Caen, Caen, 1999, p. 46.
  2. ↑ Éditions Larousse, « Définitions : baragouiner - Dictionnaire de français Larousse », sur www.larousse.fr (consulté le )
  3. ↑ Caroline Jouanneau, « Râpis-tè don' bin amont la hâe. La chârte, a' va pâsser et la boe va cotir amont tes hardes » Accès libre, sur France Bleu,

Voir aussi

Articles connexes

Lien externe