En grammaire, une phrase peut être considérée comme un ensemble autonome, réunissant des unités syntaxiques organisées selon différents réseaux de relations plus ou moins complexes appelés subordination, coordination ou juxtaposition. Cette autonomie peut être définie comme un prédicat (en français, le plus souvent un verbe conjugué) associé à une modalité d'énonciation (assertion, interrogation, injonction, exclamation dans un sens restreint, amorcé par un marqueur exclamatif).
En 2022, des chercheurs ont comparé plusieurs modèles d'intelligence artificielle à l'activité cérébrale de 102 personnes lisant 400 phrases. Ils concluent que les modèles qui ressemblent le plus au fonctionnement du cerveau sont ceux qui peuvent prédire les mots (ou tokens) à partir du contexte, comme le fait l'humain. Cette similarité a engendré d'autres recherches comparant les manières dont le cerveau et les IA (de type LLM) construisent progressivement le sens : d'abord en reconnaissant les sons et les mots, puis en combinant leur sens dans la phrase. Le croisement de ces deux disciplines aide à mieux comprendre les bases du Traitement du langage naturel.
En 2023, des chercheurs comparent comment le cerveau comprend le langage, en comparant l'activité cérébrale de 304 personnes écoutant des histoires, en le comparant avec le fonctionnement de modèles d'intelligence artificielle. Ils montrent que le cerveau, comme les modèles de langage, prédit en permanence les mots à venir, mais à plusieurs échelles de temps. Les prédictions les plus simples se font dans les zones temporales, alors que les zones frontales et pariétales anticipent des informations plus complexes et plus longues. Les auteurs observent que les LLM naissants deviennent plus proches du fonctionnement du cerveau quand on leur ajoute des capacités de prédictions à long terme.
En 2025, une autre étude montre que, pour comprendre une histoire ou la raconter, notre cerveau essaie constamment d'anticiper, de deviner les mots et les phrases qui vont arriver ; on observe que le cerveau organise la compréhension du langage à différents niveaux en même temps. Grâce à l'imagerie par résonance magnétique (IRM) et à des modèles d'intelligence artificielle, les chercheurs ont découvert que cette anticipation se fait de manière organisée : certaines zones du cerveau prédisent les mots à court terme, tandis que d'autres prédisent le sens des phrases entières. Ils montrent aussi que les régions qui traitent les phrases ne se mettent à jour, séquentiellement, qu'à la fin de chaque phrase, et non en continu.
Des chercheurs ont ensuite (2026) pu observer sur l'imagerie cérébrale en temps réel, comment le cerveau humain construit des phrases (avant même qu'une personne ne parle). En enregistrant l'activité de neurones chez des patients épileptiques équipés temporairement d'électrodes, on a récemment découvert que certaines cellules du cortex fronto‑temporal sont spécialisées : certains réseaux ne neurones réagissent uniquement aux noms, d'autres aux fins de phrases, etc. Le cerveau, via certains neurones, assemble le langage, en fonction de règles grammaticales précises (comme les relations entre les mots ou leur catégorie grammaticale), tandis que d'autres suivent la structure globale de la phrase et l'enchaînement des segments de phrase. Ensemble, ces neurones combinent syntaxe, sens des mots et contexte de la phrase pour encoder le langage de manière très fine. L'étude révèle aussi comment ces cellules sont organisées localement, comment leurs signaux diffèrent des activités électriques plus larges du cerveau, et comment ces représentations linguistiques sont surtout situées dans l'hémisphère gauche.
En comparant ces données à des modèles d'intelligence artificielle, les scientifiques ont aussi montré que le cerveau, comme les IA, mémorise les cinq derniers mots pour prévoir le sens du suivant. Cette étude offre une vision nouvelle et fine des mécanismes neuronaux qui permettent de formuler des phrases.
En suivant les à-coups spontanés de la pensée et le jaillissement incontrôlé des émotions plutôt que la planification structurée de la syntaxe, un tel type de phrase permet de faire partager l'état d'esprit du locuteur. À l'écrit, il s'agit le plus souvent d'une figure de style :
La grammaire traditionnelle appelle de telles unités des propositions indépendantes. Elles sont soit juxtaposées par un signe de ponctuation, tel que virgule, point-virgule, double point, tiret, soit reliées par un coordonnant (coordonnées, donc) :
Une phrase est constituée d’une ou plusieurs propositions. Chaque proposition est typiquement constitué d’un sujet et d’un prédicat (groupe verbal) auxquels peuvent s’ajouter des éventuels compléments circonstanciels.
Le sujet (accompagné de tous les éléments qui en dépendent) constitue le thème de la phrase, c'est-à-dire, ce dont on parle.
« Jean, l’ami que je vous ai présenté, dort. »
Le sujet est « Jean, l’ami que je vous ai présenté ».
Le sujet peut être implicite. Ainsi, dans le mode impératif, la terminaison du verbe aide à le déterminer.
« Donne-moi cinq euros. »
Le sujet, non explicité, est l’interlocuteur ou interlocutrice.
Le prédicat (le verbe accompagné de tous les éléments qui en dépendent directement) constitue le rhème (ou propos) : c’est ce que l’on dit du thème.
« Jean dort profondément. »
Le prédicat est « dort profondément ».
Le verbe constitue le noyau de la phrase.
Par exception à la constitution usuelle de la phrase, certaines phrases n’ont pas de verbe conjugué et sont donc « atypiques ».
La phrase elliptique est une phrase où le sujet implicite provient directement du contexte. Ainsi, isolée, elle n’a pas de sens.
— Où vas-tu ?
— Chez Martine.
Certains mots ou certaines locutions peuvent constituer à eux seuls des phrases correctes. C’est le cas des adverbes d’affirmation et de négation (oui et non) ou des formules de politesse (bonjour).
Les autres phrases atypiques sont dites averbales. Le noyau repose donc sur un autre élément : un adjectif, un groupe nominal — on parle alors de phrase nominale —, un adverbe ou un groupe prépositionnel.
Elle se combine, tout comme une phrase, d'une modalité d'énonciation, l'assertion (parfois avec un supplément d'affect) :
« Une belle ville, Toulouse » — Bernanos
« Toujours imbue de religion, ta femme ? » — Feydeau
« au clou, le Lagarde et Michard » — Ernaux
Ainsi la phrase nominale peut également contenir deux éléments comme ci-dessus. Dans ce cas, on peut dire qu'il y a un début d'organisation (un début de syntaxe, donc) ; on peut par exemple être en présence d'un sujet (ou support) et d'un élément juxtaposé qui nous renseigne sur ce sujet. Dans les phrases ci-dessus, on a le noyau (ou prédicat) suivi du sujet (ou support). L'absence de verbe nous invite à deviner le type de lien existant entre ces deux éléments : Autres exemples :
Phrase nominale de Arthur Rimbaud dans Enfance / Illuminations.
La phrase averbale peut être également constituée d'un seul et unique élément :
[Nota : "Formidable." est une phrase adjectivale, et non nominale, car elle est constituée d'un adjectif qualificatif.]
Autres exemples : Très bon, très bon, et très neuf comme saveur; une trouvaille, mon cher ! (Maupassant, ex. tiré de Lefeuvre 1999)
Elle peut avoir un sens attributif comme dans les cas répertoriés jusqu'ici, mais également un sens existentiel, posant l'existence d'un objet : À chaque pas des fossés, des ronces, des broussailles.(Daudet, ex. tiré de Lefeuvre 1999)
et même parfois, un sens processuel impliquant une dynamique qui se réalise dans le temps: Visite de Mlle Chantal. (Bernanos, ex. tiré de Lefeuvre 1999)
A gauche, la mer invisible, qui roulait doucement… (Daudet, ex. tiré de Lefeuvre 1999)] Une phrase asyntaxique peut être néanmoins interprétable.
Les éléments échappant aux règles de la syntaxe (dits éléments hors syntaxe), sont des mots ou des syntagmes, n'entretenant aucun rapport, direct ou indirect, avec le noyau de la phrase (c'est-à-dire, le verbe). Ils sont donc totalement indépendants du discours de niveau supérieur dans lequel ils sont insérés (on parle d'ailleurs d'insertion à leur sujet) :
Dans l'interjection (qui est une véritable catégorie grammaticale) comme dans l'exclamation (qui est une catégorie grammaticale quelconque employée comme interjection), on constate une très forte charge affective.
L'apostrophe ou invocation, constitue une fonction du nom ou du pronom. Ni satellite du verbe, ni satellite du sujet (tout au plus satellite de la phrase), l'apostrophe permet de nommer la personne (ou la chose personnifiée) à qui s'adresse le discours. Il s'agit le plus souvent d'un nom, ou d'un pronom personnel disjoint de la deuxième personne (toi ou vous). Sa place est relativement libre, mais on trouve habituellement l'apostrophe en début de phrase :
Il s'agit d'un discours inclus, enchâssé dans un autre discours, chacun de ces deux discours, ayant sa propre syntaxe, et parfois, sa propre énonciation. À l'oral, afin de bien faire sentir que les deux discours sont sur des plans différents, le discours secondaire (parfois appelé phrase incidente ou sous-phrase) est souvent énoncé avec une intonation plane.
La parenthèse, en tant que contenu (et non pas en tant que signe graphique), consiste le plus souvent en un supplément d'information (parfois, une digression quelconque), relatif à tout ou partie du discours de niveau supérieur :
La parole rapportée (le discours direct proprement dit) est normalement délimitée par des guillemets.
Toujours concernant le discours direct, mais à l'intérieur de la parole rapportée, cette fois, on trouve l'incise. Celle-ci contient le verbe introducteur indiquant qui énonce le discours en question. Elle peut être intercalée entre virgules dans le corps de la phrase ou rejetée à la fin de celle-ci. Lorsque le sujet du verbe est un pronom personnel, celui-ci devient sujet inversé (placé après le verbe, avec un trait d'union).
Proposition généralement de peu d'étendue et syntaxiquement indépendante, intercalée entre virgules dans le corps de la phrase ou rejetée à la fin de celle-ci, utilisée pour indiquer que l'on rapporte les paroles ou les pensées de quelqu'un ou pour introduire diverses nuances (supposition, opinion, explication, interrogation).
Un modalisateur est un élément quelconque inséré dans le discours (mot, groupe, proposition…) exprimant un commentaire de l'énonciateur sur le contenu de son propre énoncé : ses jugements, ses réflexions, ses sentiments…
Or un modalisateur peut, soit être pleinement intégré à la syntaxe, soit être plus ou moins supprimable, soit avoir une valeur de parenthèse :
Le type de phrase est la structure morphosyntaxique que revêt la phrase en fonction de la plus ou moins grande implication que l'énonciateur fait peser sur le destinataire. Selon ce critère, on regroupe les phrases en trois types : déclaratif, injonctif et interrogatif.
Une phrase déclarative (ou énonciative ou assertive) indique simplement que l'énonciateur communique une information, déclare un fait au destinataire, s'engage sur sa vérité. Se termine habituellement par un point, elle peut être plus ou moins complexe. C'est le type de phrase le plus répandu, et dont les grammairiens ont fait la phrase type, canonique, exemplaire :
Une phrase injonctive (ou de type impératif), indique que l'énonciateur communique au destinataire, un ordre, une interdiction, un conseil, une simple prière, etc., dans l'attente d'une action de la part de celui-ci. Elle se termine habituellement par un point (ou un point d'exclamation).
La phrase injonctive emploie normalement le mode impératif. Mais elle peut également employer un temps ayant la même valeur : infinitif, indicatif présent, futur, subjonctif présent… Elle peut être aussi une phrase nominale :
Une phrase interrogative indique que l'énonciateur demande une information au destinataire, et attend une réponse de la part de celui-ci. Il s'agit d'une remise en question de l'assertion.
La phrase interrogative ne peut consister qu'en une interrogation directe. En effet, l'interrogation indirecte étant contenue dans une proposition subordonnée, celle-ci ne peut en conséquence être considérée comme une phrase interrogative.
Il existe trois formes d'interrogation directe :
L'inversion du pronom sujet et l'emploi de la locution « est-ce que » s'excluent mutuellement, autrement dit, une phrase telle que « Est-ce qu'il viendra-t-il ? » est totalement incorrecte. On devrait dire : « Est-ce qu'il viendra ? » ou « Viendra-t-il ? »
En fonction de la réponse attendue, on distingue habituellement l'interrogation globale et l'interrogation partielle.
La phrase standard ne contient pas de négation, elle a un sujet actif et ne précise pas d’intonnation particulière. Cependant, la phrase peut aussi prendre ces différentes formes.
Une phrase peut être niée logiquement à l’aide d’adverbes de négation incluant forcément ne : elle est alors à la forme négative.
Lorsque le sujet subit l’action plutôt qu’il n’en est l’acteur, le verbe est à la voix passive : la phrase est à la forme passive. À la forme passive, il peut y avoir un complément d'agent qui est le sujet de la phrase active correspondante.
« La souris est mangée par le chat. »
Dans cette forme passive, « par le chat » est complément d’agent. Il est sujet dans la phrase active correspondante :
« Le chat mange la souris. »
Une phrase exclamative constitue l’expression d’une émotion (joie, colère, surprise…) par l’énonciateur. Elle contient une forte affectivité. À l’écrit, elle se termine par un point d'exclamation.
Je suis fier de toi !
La forme exclamative peut être induite par un outil exclamatif (adverbe ou déterminant) introducteur.
« Quelle belle journée ! » (déterminant exclamatif quel)
« Comme tu es courageux ! » (adverbe exclamatif comme)