Prostitution (exposition)

Prostitution (exposition)
Type Exposition artistique temporaire (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Organisation
Date d'ouverture Voir et modifier les données sur Wikidata
Localisation
Site Institute of Contemporary ArtsVoir et modifier les données sur Wikidata

Prostitution est une exposition du collectif COUM Transmissions montrée du 19 au à l'Institute of Contemporary Arts (ICA) de Londres. Cette exposition a causé un grand émoi dans la presse. Elle a aussi lancé la carrière du groupe Throbbing Gristle, qui a joué lors de l'ouverture de l'exposition. Le titre de l'exposition fait référence au travail de Cosey Fanni Tutti dans l'industrie du sexe, mais est aussi une critique du fonctionnement du monde de l'art.

Historique

En 1975, alors que COUM Transmissions commence à participer à des expositions internationales (la 9e Biennale de Paris, à l'invitation du British Council), Ted Little (directeur du ICA depuis 1973) propose au groupe de monter une exposition l'année suivante.

Déroulement

L'exposition

L'exposition comporte quatre éléments:

Le carton d'invitation comporte une photo de Tutti allongée sur un divan, dénudée, dans une pose évoquant l'Olympia de Manet.

Soirée d'ouverture et concert de TG

Le est organisé une soirée de vernissage ("private view"), durant laquelle a lieu un concert de Throbbing Gristle, qui est considéré comme l'événement officiel de lancement du groupe. TG a développé ses premiers morceaux lors de sessions en studio depuis l'automne 1975, et s'est produit à deux reprises durant l'été de 1976 (il s'agit donc du troisième concert public du groupe).

Le concert joué par TG, commençant lentement et montant en intensité, comporte les morceaux Very Friendly (une chanson consacrée aux meurtres de la lande), We Hate You (Little Girls), Factory (un interlude instrumental), Slug Bait, Dead Ed, et Zyklon B Zombie. Le concert est enregistré avec deux magnétophones Sony. Cette interprétation de Slug Bait (le récit horrifique d'une scène de violence sadique) sera le morceau d'ouverture de leur premier album The Second Annual Report, publié l'année suivante. Le concert intégral sera publié sur la cassette At the ICA (IRC2), incluse dans le coffret 24 Hours of Throbbing Gristle.

En deuxième partie est programmé un groupe punk nommé LSD (composé de Gene October, Billy Idol et Tony James). Sont également engagés une strip-teaseuse nommée Shelley, et un garde du corps travesti. Selon Ford, l'événement réunit un public de 600 à 800 personnes. La soirée, selon Tutti, se termine dans une certaine agitation avec des rixes qui envoient le commissaire Ted Little et P-Orridge aux urgences.

Répercussions

L'exposition provoque un débat au Parlement du Royaume-Uni, mettant en cause l'attribution de subventions publiques à ce genre d'évènements. Dans la Chambre des communes, le représentant conservateur écossais Nicholas Fairbairn demande des explications au ministre des Arts Harold Lever. La presse anglaise se fait immédiatement le relais de cette indignation. Dans le Daily Mail du , Fairbairn qualifie l'exposition d'« Outrage révoltant. Sadique. Obscène. Diabolique. », ajoutant une phrase qui marquera le début d'une légende: « Ces gens sont des fossoyeurs de la civilisation » (« Wreckers of civilisation »). La presse tabloïd, dont le Daily Mirror, News of the World et Sunday People, se focalise en particulier sur les magazines érotiques, ainsi que les tampons hygiéniques.

P-Orridge et Tutti font des découpages de ces articles criant au scandale et élaborent des collages, qui sont à leur tour intégrés à l'exposition.

« What had set out to be a retrospective exhibition had been transformed into an evolving show that was increasing in size as the press fed their own hysteria. »

— Cosey Fanni Tutti, Art Sex Music (p.206)

« Ce qui devait être une exposition rétrospective s'est transformé en un show évolutif, qui prenait de l'ampleur à mesure que la presse alimentait sa propre hystérie. »

— Art Sexe Musique

Pour le 20e anniversaire de l'exposition, le magazine musical britannique The Wire dédie un article à Prostitution dans son numéro d'octobre 1996.

En 2016, pour les 40 ans de Prostitution, l'ICA organise un événement qui commémore cette exposition déclarée comme «l'une des plus controversées dans l'histoire de l'art britannique»,. Selon John A. Walker, si l'exposition ne fut pas d'une importance majeure pour l'histoire de l'art, elle a constitué un phénomène médiatique et un événement notable de «panique morale». Un événement comparable se produit quelques mois plus tard, lorsque la presse populaire s'enflamme à la suite d'une apparition des Sex Pistols à la télévision le .

Bibliographie

Notes et références

  1. 1 2 Ford 1999, p. 147-154.
  2. ↑ (en-GB) Alexis Petridis, « Cosey Fanni Tutti: 'I don’t like acceptance. It makes me think I've done something wrong' », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le )
  3. ↑ Tutti 2017, p. 198.
    « it also represented our thoughts about the art world – talent being touted and sold for a price, the relationship between high art and money. »
  4. ↑ (en-GB) Anthony Everitt, « Ted Little », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le )
  5. ↑ Tutti 2017.
  6. 1 2 Tutti 2017, p. 202.
  7. 1 2 (en) John A. Walker, « Cosey Fanni Tutti & Genesis P-Orridge in 1976: Media frenzy, Prostitution-style », sur www.artdesigncafe.com, (consulté le )
  8. ↑ Tutti 2017, p. 203. «The exhibition was both a farewell retrospective of COUM and the official launch of our new project»
  9. ↑ Tutti 2017, p. 185.
  10. 1 2 Ford 1999, p. 156.
  11. ↑ (en) Tom Doyle, « Classic Tracks: Throbbing Gristle ‘Hamburger Lady’ », sur www.soundonsound.com, (consulté le )
  12. ↑ Tutti 2017, p. 203.
  13. 1 2 Duboys 2007, p. 37-38.
  14. ↑ (en-GB) Adrian Searle, « 'Wreckers of civilisation': Hull embraces its frenzied sexual past », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le )
  15. ↑ Tutti 2017, p. 209.
  16. ↑ (en) Simon Ford, « Industrial Revolutionaries », The Wire, no 152,‎ , p. 34-38
  17. ↑ (en) Melanie Coles, « 'Prostitution' Revisited : What went on at the ICA's most controversial exhibition », sur archive.ica.art, (consulté le )
  18. ↑ (en) Augustin Macellari, « COUM Transmissions are digging up the roots of their rebellion », sur Crack Magazine, (consulté le )