

Le protectionnisme est une politique économique interventionniste visant à protéger et favoriser les producteurs et travailleurs nationaux face à la concurrence étrangère. Il s'oppose au libre-échange, qui vise à réduire les obstacles à la circulation internationale des biens et des services,.
Le protectionnisme vise à atténuer la pression de la concurrence étrangère et peut également avoir pour objectif de réduire le déficit commercial. Ses partisans estiment qu'il permettrait de protéger les industries naissantes qui ne sont pas assez compétitives pour affronter la concurrence internationale.
À travers l’instauration de barrières tarifaires et non tarifaires, le protectionnisme vise notamment à augmenter le prix des biens et services importés afin d’en décourager la consommation. L'intention est d'inciter les consommateurs à acheter davantage de produits locaux et, selon les partisans du protectionnisme, de stimuler ainsi l'économie nationale. Les politiques protectionnistes peuvent également encourager le développement de la production nationale et le remplacement des importations par des produits nationaux (industrialisation par substitution aux importations).
Les instruments protectionnistes comprennent les droits de douane (impôts prélevés sur les marchandises importées) ainsi que des mesures non tarifaires comme les embargos commerciaux (interdictions d'importer certains produits), les quotas d'importation, les subventions aux producteurs nationaux et les barrières réglementaires (normes techniques, sanitaires ou environnementales utilisées pour restreindre les importations).
Il existe un consensus parmi les économistes selon lequel le protectionnisme a des effets négatifs sur la croissance économique et le bien-être économique,,,, tandis que le libre-échange et la réduction des barrières commerciales ont des effets significativement positifs sur la croissance économique,,,,,. Bien que la libéralisation des échanges puisse parfois entraîner une répartition inégale des gains et des pertes et provoquer, à court terme, des difficultés économiques pour les travailleurs des secteurs exposés à la concurrence des importations,, le libre-échange permet de réduire les coûts des biens et des services pour les producteurs comme pour les consommateurs.
L'histoire du protectionnisme renvoie à l'évolution dans le monde des mesures et politiques protectionnistes des états à travers l'histoire face à l'évolution concurrente du libéralisme économique.
Toutes les grandes périodes d'accroissement des échanges ont conduit à des pratiques protectionnistes de formes variables. Ce fut le cas, par exemple, de la vague d'échanges suscitée par les "grandes découvertes" européennes des XVe et XVIe siècles suivi du développement des politiques mercantilistes, de celle qui se développa au XIXe siècle durant une courte parenthèse libre-échangiste en Europe jusqu'à la Grande Dépression (1873-1896) et la Première Guerre mondiale (1914-1918).
Précédée par la puissante expansion des années 1920, la grande dépression, ou crise de 1929, dont les causes proposées par les économistes sont multiples, est la plus importante dépression économique du XXe siècle.
Douglas Irwin évalue l'impact de la loi Hwaley-Smoot qu'au cours des deux années qui ont suivi l'imposition du tarif Smoot-Hawley en , le volume des importations américaines a chuté de plus de 40%. Il montre qu'une partie de cet effondrement des échanges est attribué au droit de douane lui-même et non à d'autres facteurs tels que la baisse des revenus ou les représailles étrangères. Les évaluations d'équilibre partiel et général indiquent que le tarif Smoot-Hawley a réduit les importations de 4 à 8 % (ceteris paribus). En outre, une simulation contre-factuelle suggère que près d'un quart de la baisse observée de 40% des importations peut être attribuée à l'augmentation du tarif effectif (c'est-à-dire Smoot-Hawley plus déflation).
Irwin affirme que la Loi Hawley-Smoot n’a certes pas été la cause principale de la Grande Dépression, mais qu’elle en a aggravé la sévérité en provoquant des mesures de rétorsion internationales et en réduisant le commerce mondial. La loi Smoot-Hawley a augmenté le tarif moyen sur les importations taxées de 15 à 18 %. Ce qui a quelque peu limité l’impact de Smoot-Hawley, c’est la taille relativement restreinte du secteur commercial américain à l’époque. En 1930, seulement un tiers des importations totales aux États-Unis étaient soumises à des droits de douane, et ces marchandises taxées ne représentaient que 1,4 % du PIB. Selon Irwin, il n’existe aucune preuve que cette législation ait atteint ses objectifs de création nette d’emplois ou de relance économique. Même d’un point de vue keynésien, cette politique s’est révélée contre-productive, car la chute des exportations a été plus importante que celle des importations. Bien que la baisse des revenus étrangers ait été un facteur majeur de l’effondrement des exportations américaines, le tarif a aussi limité l’accès des étrangers aux dollars américains, ce qui a conduit à une appréciation de la monnaie et rendu les produits américains moins compétitifs à l’international. Irwin souligne que l’un des effets les plus néfastes de la loi fut la détérioration des relations commerciales des États-Unis avec leurs partenaires clés. La loi a été adoptée à un moment où la Société des Nations travaillait à une trêve tarifaire mondiale, et le tarif Smoot-Hawley a été largement perçu comme une mesure unilatérale et hostile, sapant la coopération internationale. Selon Irwin, l’impact principal à long terme fut que l’indignation suscitée a incité d’autres pays à former des blocs commerciaux discriminatoires. Ces accords commerciaux préférentiels ont détourné le commerce mondial des États-Unis et freiné la reprise économique globale,.
Selon The Economist, le Smoot-Hawley Tariff Act a conduit à une baisse de deux tiers du commerce mondial. « Ce fut si catastrophique pour la croissance aux États-Unis et dans le reste du monde que les législateurs n’ont plus osé toucher au sujet depuis. 'Smoot-Hawley' est devenu synonyme de politique désastreuse ».
L’économiste Milton Friedman soutenait que, bien que les tarifs de 1930 aient causé du tort, ils n’étaient pas à eux seuls responsables de la Grande Dépression.
Paul Krugman écrit que le protectionnisme ne conduit pas à des récessions. Selon lui, la diminution des importations (qui peut être obtenue par l'introduction de droits de douane) a un effet expansionniste, c'est-à-dire favorable à la croissance. Ainsi, dans une guerre commerciale, puisque les exportations et les importations diminueront de manière égale, pour le monde entier, l'effet négatif d'une diminution des exportations sera compensé par l'effet expansionniste d'une diminution des importations. Une guerre commerciale ne provoque donc pas une récession. En outre, il note que le tarif Smoot-Hawley n'a pas provoqué la Grande Dépression. Le déclin du commerce entre 1929 et 1933 « était presque entièrement une conséquence de la Dépression, pas une cause. Les barrières commerciales étaient une réponse à la Dépression, en partie une conséquence de la déflation ».
Peter Temin, économiste au Massachusetts Institute of Technology, a expliqué qu'un droit de douane est une politique expansionniste, comme une dévaluation, car il détourne la demande des producteurs étrangers vers les producteurs nationaux. Il a noté que les exportations représentaient 7% du PNB en 1929, qu'elles ont chuté de 1,5% du PNB durant les deux années suivantes et que la chute a été compensée par l'augmentation de la demande intérieure due aux tarifs. Il a conclu que contrairement à l'argument populaire, l'effet de contraction du tarif était faible. (Lessons from the Great Depression, MIT Press, Cambridge, Mass, Peter Temin)
John Maynard Keynes, qui s'est opposé au libre-échange à partir des années 1930, notait que les pays en déficit commercial affaiblissaient leurs économies et les pays excédentaires s'enrichissent aux dépens des autres. Keynes pensait que les importations en provenance des pays excédentaires devaient être taxées pour éviter les déséquilibres commerciaux. Il défendait in fine un certain degré d'autosuffisance économique pour chaque nation,.
Thomas Piketty relève que le protectionnisme « a joué un rôle central non seulement dans la montée en puissance de l'Europe, mais également dans la quasi-totalité des expériences réussies de développement économiques dans l'histoire ». À la suite de l'Angleterre au cours du XVIIe siècle et XVIIIe siècle, des États-Unis dès leur indépendance, de la France et de l'Allemagne dès le XIXe siècle, c'est le cas du Japon, de la Corée du sud, de Taïwan, et de la Chine durant différentes périodes du XXe siècle.
La plupart des pays pratiquent une certaine forme de protectionnisme en appliquant des mesures tarifaires ou non-tarifaires comme les quotas, les subventions aux exportations, les normes techniques ou sanitaire ou les mesures favorisant les entreprises nationales. Parmi les pays les plus protectionnistes, on peut citer notamment la Russie, l'Inde ou la Chine,,,,,, les États-Unis.
Le début du 21e siècle se caractérise par un affaiblissement du multilatéralisme dans le commerce préconisé par l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), une tentative de pérenniser la mondialisation du commerce par des accords de libre-échange négociés entre diverses zones économiques et, à l'opposé, la montée des protectionnismes de grandes puissances.
La crise persistante a remis le mercantilisme en avant. Le but consiste à favoriser les exportations et à défavoriser les importations, de façon à accumuler sur le territoire national le maximum de richesses et d'emplois en dégageant un excédent commercial le plus important possible. Les états utilisent les normes, qui compliquent ou empêchent les importations.
Un pays peut imposer des droits de douane à des produits importés. Cela consiste à taxer les produits entrant sur le territoire de telle sorte que, leur prix étant plus élevé, ces biens importés soient moins compétitifs sur le marché, et que les consommateurs s'en détournent. Ainsi, par exemple, en , les États-Unis ont triplé les droits de douane qu'ils appliquent sur le roquefort, tout en portant à 100 % les droits de douane sur d'autres produits européens (chocolats, jus de fruit, légumes, fruits, chewing-gums…). En , l'Inde a augmenté ses droits de douane sur le soja, le fer et l'acier ; pour les porter à 20 %. En , les États-Unis décident d'imposer des droits de douane supplémentaires sur des produits européens, estimant que l’Union européenne prélevait trop de taxes sur des produits américains dans le cadre du litige entre Boeing et Airbus.
Une taxe carbone aux frontières peut-être décidée par un pays ou une zone de libre-échange. Elle s'applique alors aux flux internationaux de marchandises, à savoir les biens et services importés, notamment de pays aux normes environnementales moins contraignantes que le pays de consommation du bien. La tarification du carbone peut alors être déterminée selon la quantité de CO2 que le produit importé a nécessité pour sa production en dehors du territoire et son transport.
La mise en place d’un prix du carbone à l’émission sur un territoire donné doit alors s’accompagner de mécanismes de compensation aux frontières.
Plusieurs pays européens, dont la France, et l'Union européenne envisagent ou ont déjà inscrit dans la loi la neutralité climatique d’ici à 2050. L'Europe envisage la mise en œuvre d’ajustement carbone aux frontières de l’Union Européenne afin d'éviter le transfert des émissions vers des concurrents extra-européens et des sites de production relocalisés à l’étranger. Les efforts entrepris par ce biais pour la relocalisation des sites industriels auront à leur tour un effet positif sur l’empreinte carbone européenne.
Ces mesures doivent éviter un risque de non-conformité avec les règles de l’Organisation mondiale du commerce si elles étaient mal conçues.
Il s'agit d'alourdir les procédures administratives pour les importations (obligation de remplir des documents administratifs compliqués, longue période de blocage en douane, etc.). En 1982, par exemple, la France a mis en place ce système pour réduire les importations de magnétoscopes en provenance du Japon. Ces derniers devaient être dédouanés à Poitiers.
Ces normes correspondent à un cahier des charges (types de traitements autorisés — ou obligatoires — pour les produits agricoles, etc.) qu'un produit doit remplir pour pouvoir être vendu dans un pays. L'Union européenne interdit par exemple les importations de bœuf aux hormones.
Les statuts des professions « protégées » et autres réglementations / normes faisant barrière à l'accès à ces activités, présentées comme apportant des garanties de compétence et rigueur aux utilisateurs, sont des domaines où le corporatisme tend à rejoindre le protectionnisme.
Dans le même ordre d'idées se situe la protection des monopoles de certaines entreprises et institutions publiques.
La politique des quotas consiste à limiter la quantité de biens qui peut être importé dans un pays. Par exemple, pour la période allant du au , l'Indonésie a mis en place des « licences d'importations » sur cinq cents produits (électronique, jouets, textiles, certaines denrées alimentaires). L'Union européenne a mis en place des quotas sur l'acier ukrainien, supprimés en . Un accord multifibre établissait une limite (pour chaque pays et chaque produit) des textiles qui pouvaient être importés dans l'Union européenne. Lorsqu'il fut supprimé en 2005, on a assisté à une forte hausse des importations de textile provenant de Chine, au détriment de celles en provenance de la Tunisie et du Maroc.
Les autorités d'un pays peuvent chercher à protéger certaines activités (considérées comme stratégiques) contre les prises de participation par des investisseurs étrangers.
Exemples :
Une monnaie se dévalue, ou subit une dévaluation, lorsque son taux de change se déprécie par rapport à une monnaie de référence, ou un panier de monnaies. Un gouvernement peut intervenir sur le marché des changes en « vendant de la monnaie » pour abaisser la valeur de sa devise. Cela rend les produits moins chers à l'exportation, mais diminue le pouvoir d'achat en produits importés (condition de Marshall-Lerner).
Par exemple, en 2010, Paul Krugman écrit que la Chine poursuit une politique mercantiliste et prédatrice, c'est-à-dire qu'elle maintient sa monnaie sous-évaluée pour accumuler des excédents commerciaux en utilisant le contrôle des flux de capitaux. Le gouvernement chinois vend du Yuan et achète des devises étrangères afin de maintenir le Yuan à un bas niveau, ce qui donne au secteur manufacturier chinois un avantage de coût sur ses concurrents. Les excédents de la Chine drainent la demande américaine et ralentissent la reprise économique dans d'autres pays avec lesquels la Chine fait du commerce. Paul Krugman admet que les déficits commerciaux appauvrissent les États-Unis et représentent une menace. Il écrit : « C'est la politique de change la plus faussée qu'une grande nation ait jamais suivie ». Il note que le Yuan sous-évalué équivaut à imposer des droits de douane élevés ou à accorder des subventions à l'exportation. Une monnaie moins chère améliore l'emploi et la compétitivité parce qu'elle rend les importations plus chères tout en rendant les produits nationaux plus attractifs. Il s'attend à ce que les excédents chinois détruisent 1,4 million d'emplois américains de 2010 à 2011,,.
Un pays peut instituer dans les politiques de passation des marchés publics une préférence pour les produits fabriqués localement (ou pour les services des entreprises locales).
Par exemple, les États-Unis ont instauré une clause « acheter américain » (Buy American Act) pour leurs marchés publics.
En 2022, l’Union Européenne constate l’asymétrie qui règne entre elle et ses partenaires commerciaux. Les marchés publics européens sont ouverts à 90 % aux entreprises étrangères, alors que la plupart des grandes puissances commerciales du monde favorisent leurs entreprises locales. Si un pays empêche les entreprises européennes de répondre à des marchés publics, ou restreignent leur accès l’Europe pourra riposter en restreignant l’accès à ses propres appels d’offres.
Elles consistent à accorder des facilités financières aux clients (crédits bonifiés, déductions d'impôts, etc.).
Exemple : Début 2009, les autorités françaises ont décidé de débloquer 5 milliards d'euros pour les futurs acheteurs d'Airbus.
Exemple : Le gouvernement fédéral du Canada a instauré en un plan qui permet aux acheteurs d’une première résidence de déduire jusqu’à 5 000 $ de coûts (tant pour les frais juridiques que de mutation) de leurs revenus imposables pour l’année d’achat.
Les subventions visent à donner un avantage (soit sous forme de prêts bonifiés, soit sous forme de dons) aux producteurs nationaux.
Exemple : En 2008 et 2009, les États-Unis et la France ont accordé des aides à leurs constructeurs automobiles,.
Exemple : Depuis 2007, les agriculteurs québécois ont reçu environ 1,1 milliard de dollars par année des différents programmes gouvernementaux fédéraux et provinciaux.
Lorsqu'un pays considère qu'une de ses productions est gravement menacée, la mise en œuvre de la « clause de sauvegarde » vise à limiter les importations (soit en les interdisant, soit en les taxant fortement) durant une période donnée.
Exemple : Fin 2008, l'Inde a décidé de taxer fortement les importations d'acier
Il existe un consensus parmi les économistes libéraux selon lequel le protectionnisme a un effet négatif sur la croissance économique et le bien-être économique et le niveau de développement,,,, ,,, tandis que le libre-échange et la réduction des barrières commerciales ont un effet significativement positif sur la croissance économique,,,,,. De nombreux économistes de courant dominant, tels que Douglas Irwin, ont identifié le protectionnisme comme un facteur contributif dans certaines crises économiques, notamment pendant la Grande Dépression. Bien que la libéralisation des échanges puisse parfois entraîner une répartition inégale des pertes et des gains, et provoquer à court terme des perturbations économiques pour les travailleurs des secteurs exposés à la concurrence des importations,, le libre-échange permet de réduire les coûts des biens et services pour les producteurs comme pour les consommateurs.
Une enquête réalisée en 1990 indique que 90 % des économistes américains estiment que les quotas et tarifs douaniers ont réduit la moyenne de niveau de vie des Américains. En 2009, l'Institut américain de recherche économique publie le résultat d'un questionnaire envoyé à cent membres de l'American Economic Association, tous titulaires d'un doctorat en économie. Parmi eux, 83 % estiment que les États-Unis devraient supprimer les droits de douane restant, ainsi que les autres barrières protectrices. 10 % sont contre. En , vingt-cinq prix Nobel d'économie, Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel, signent une tribune soutenant que « les politiques isolationnistes et protectionnistes et les dévaluations compétitives, toutes menées au détriment des autres pays, sont de dangereux moyens d'essayer de générer de la croissance ». En , le Fonds monétaire international écrit que « La plupart des économistes conviennent qu'une augmentation des obstacles au commerce réduirait la production globale et pèserait sur la prospérité »,.
Une étude publiée en 2016 a montré que « le commerce profite généralement aux pauvres », car ceux-ci consacrent une plus grande part de leurs revenus à l'achat de biens, dont le libre-échange réduit les prix. D'autres recherches ont montré que l'adhésion de la Chine à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) a bénéficié aux consommateurs américains, les prix des produits chinois ayant considérablement diminué. L'économiste de Harvard Dani Rodrik soutient que, bien que la mondialisation et le libre-échange contribuent à certains problèmes sociaux, « un retour marqué au protectionnisme nuirait aux nombreux groupes qui bénéficient des échanges et engendrerait les mêmes types de conflits sociaux que ceux provoqués par la mondialisation elle-même. Nous devons reconnaître que l'instauration de barrières commerciales ne sera utile que dans un nombre limité de circonstances et que la politique commerciale constituera rarement la meilleure réponse aux problèmes [de la mondialisation] ».
En 2026, pendant la vague de chaleur meurtrière en Europe, l'Union européenne a menacé d'engager une nouvelle guerre commerciale avec la Chine, alors que l'industrie chinoise pouvait facilement répondre à la demande de climatiseurs destinés à être installés dans des appartements ou des bureaux existants, notamment en France et dans d'autres régions d'Europe occidentale. Les statistiques européennes montrent que ces appareils sont de plus en plus souvent achetés dans des entrepôts chinois implantés localement plutôt que par l'intermédiaire d'expéditions transfrontalières. À mesure que ces stocks s'épuisent, les importations futures de produits de refroidissement dans l'Union européenne deviendront plus coûteuses et plus difficiles d'accès pour les particuliers et les petites entreprises.
Une étude empirique de Furceri et ses coauteurs (2019) conclut que les mesures protectionnistes, telles que les augmentations de droits de douane, ont des effets négatifs significatifs sur la production intérieure et la productivité. Une étude importante de Jeffrey A. Frankel et David H. Romer, publiée en 1999, a montré, après prise en compte de plusieurs facteurs pertinents, que le libre-échange avait un effet positif sur la croissance et les revenus. Cet effet était quantitativement important et statistiquement significatif.
L'économiste Arvind Panagariya critique l'idée selon laquelle le protectionnisme favoriserait la croissance. D'après lui, ces arguments reposent sur une « interprétation révisionniste » de l'histoire économique des « dragons » d'Asie de l'Est. Grâce au libre-échange et sans « programmes sociaux redistributifs », ces économies auraient connu une augmentation rapide de leur revenu par habitant, une progression qui aurait pris un siècle aux économies occidentales avancées. However, protectionism can be used to raise government revenue and enable access to intellectual property, including essential medicines,.
Selon les historiens de l'économie Findlay et O'Rourke, la littérature économique s'accorde à considérer que les politiques protectionnistes de l'entre-deux-guerres ont « nui à l'économie mondiale dans son ensemble, bien que l'ampleur de cet effet, faible ou importante, fasse débat ».
Selon l'économiste de Dartmouth Douglas Irwin, « on ne peut nier l'existence d'une corrélation entre des droits de douane élevés et la croissance à la fin du XIXe siècle. Mais corrélation n'est pas causalité [...] Rien ne permet nécessairement de considérer que la protection contre les importations constituait une bonne politique au seul motif que les résultats économiques étaient bons : ceux-ci pouvaient être dus à des facteurs totalement indépendants des droits de douane, ou auraient peut-être même été meilleurs en l'absence de protection ». Irwin ajoute que « peu d'observateurs ont affirmé sans réserve que les droits de douane élevés étaient la cause de cette croissance ».
Une étude de l'historien de l'économie Brian Varian n'a trouvé aucune corrélation entre les droits de douane et la croissance dans les colonies australiennes à la fin du XIXe siècle, période au cours de laquelle chacune d'elles disposait de l'autonomie nécessaire pour fixer ses propres tarifs douaniers.
Selon l'historien de l'économie Kevin O'Rourke, de l'université d'Oxford, « il semble clair que la protection a joué un rôle important dans la croissance de l'industrie manufacturière américaine au cours de la première moitié du XIXe siècle ; mais cela ne signifie pas nécessairement que les droits de douane aient été bénéfiques à la croissance du PIB. Les protectionnistes ont souvent cité l'industrialisation allemande et américaine de cette période comme un argument en faveur de leur position, mais la croissance économique dépend de nombreux facteurs autres que la politique commerciale et il importe d'en tenir compte lorsqu'on évalue les liens entre les droits de douane et la croissance ».
Il existe un large consensus parmi les économistes selon lequel le libre-échange bénéficie aux travailleurs des pays en développement, même lorsque ceux-ci ne sont pas soumis aux normes sanitaires et sociales strictes des pays développés. En effet, « la croissance de l'industrie manufacturière — et des innombrables autres emplois créés par le nouveau secteur exportateur — a des répercussions sur l'ensemble de l'économie », créant une concurrence entre les producteurs qui fait augmenter les salaires et améliore les conditions de vie. Les lauréats du prix Nobel Milton Friedman et Paul Krugman ont défendu le libre-échange comme modèle de développement économique. Alan Greenspan, ancien président de la Réserve fédérale des États-Unis, a critiqué les propositions protectionnistes, estimant qu'elles conduiraient à « une atrophie de notre capacité concurrentielle. [...] Si la voie protectionniste est suivie, les nouvelles industries, plus efficaces, auront moins de possibilités de se développer, et la production globale ainsi que le bien-être économique en pâtiront ».
Les défenseurs du protectionnisme avancent que les industries naissantes peuvent avoir besoin d'être protégées de la concurrence d'entreprises étrangères déjà bien établies pour se développer. Les économistes du courant dominant admettent que les droits de douane peuvent aider les industries nationales à se développer à court terme, mais que leur efficacité dépend du caractère temporaire de la protection et de la capacité des pouvoirs publics à sélectionner les secteurs susceptibles de réussir,. Les difficultés tiennent notamment au risque que les droits de douane ne soient pas réduits une fois que l'industrie naissante s'est consolidée et à la possibilité que les gouvernements choisissent des secteurs peu susceptibles de réussir. Des économistes ont recensé, dans divers pays et secteurs, plusieurs cas d'échec de politiques visant à protéger les industries naissantes,,,,.
Dans les années 1980 et le début des années 1990, des économistes tels que Jagdish Bhagwati ont analysé des phénomènes de recherche de rente induits par les politiques protectionnistes. En effet, pour un groupe, il est très tentant d'obtenir de l'État une protection de sorte qu'il puisse soit obtenir des profits plus élevés soit éviter de se mettre au niveau de ses concurrents internationaux. D'une manière générale le protectionnisme est vu, depuis Adam Smith comme favorisant les offreurs au détriment des consommateurs. Enfin, l'alliance entre des groupes de pression forts et l'État a tendance à déplacer les conflits commerciaux du champ économique vers le champ de la souveraineté étatique ce qui peut être potentiellement plus dangereux.
Pour les économistes en faveur du libre-échange, le protectionnisme consiste à faire peser sur le contribuable la protection politique de secteurs économiques défaillants. Comme toute intervention étatique, le protectionnisme a des effets positifs, mais qui ne concernent qu'une minorité et sont financés par l'impôt ou par les consommateurs, c'est-à-dire par des effets négatifs pesant sur les autres. Les effets négatifs sont le renchérissement des biens et services, la perte de qualité et de compétitivité, l'alourdissement de la charge fiscale quand l'accès aux biens ou services qui intéressent le consommateur lui est interdit. De plus, si les autres pays décident de renchérir le prix des produits importés par des mesures protectionnistes, ils sont les premiers perdants. Le protectionnisme motivé par des raisons exclusivement politiques (comme le fut le Blocus continental napoléonien de 1806 à 1814) serait, un « jeu perdant-perdant » : on est prêt à s'appauvrir en espérant qu'en contrepartie cela appauvrisse également l'ennemi.
Pour les partisans du libre-échange, le commerce international pouvant être vu dans la majorité des situations comme un accord gagnant-gagnant, la mise en place de mesures protectionnistes diminuera le bien-être global. Selon eux, le marché auto-élimine les entreprises les moins rentables (cas du textile) qui se délocalisent vers des pays où la main-d'œuvre est moins chère ; les pays dits « développés » sont quant à eux voués à se spécialiser dans des secteurs innovants, à forte « matière grise », et non concurrençables - pour le moment - par les pays émergents. Le protectionnisme, en renchérissant le prix des importations, permettrait de sauver les emplois de quelques industries spécifiques, mais détruirait nécessairement des emplois dans d'autres industries qui dépendent des importations, ou bien dans des industries exportatrices. Selon les libre-échangistes, il faut tenir compte aussi bien des emplois perdus indirectement en raison des restrictions commerciales qu'à ceux perdus en raison de l'évolution des structures commerciales. Le protectionnisme nuirait à toutes les entreprises autres que celles qu'il privilégie en amputant le pouvoir d'achat général, et plus directement à celles qui dépendent d'approvisionnements étrangers pour maintenir leur compétitivité, ainsi qu'aux exportateurs qui ont besoin que l'étranger vende dans le pays pour avoir les moyens d'acheter des produits du pays.
L'économiste Stephen P. Magee (International Trade and Distorsions in Factors Market 1976) estime que les avantages du libre-échange l'emportent sur les pertes jusqu'à 100 pour 1.
À la fin du XVIIIe siècle, Alexander Hamilton, puis au XIXe siècle l'économiste Friedrich List, ont défendu la protection temporaire des industries naissantes. Selon cet argument, certaines activités nouvellement créées peuvent rencontrer des difficultés pour concurrencer des entreprises étrangères déjà établies, notamment en raison de leur manque d'expérience et des économies d'échelle. Une protection limitée dans le temps pourrait leur permettre d'acquérir des compétences et de gagner en productivité. Son efficacité dépend toutefois des secteurs concernés, de la durée de la protection et des incitations à devenir compétitif,.
Les partisans du protectionnisme invoquent une concurrence étrangère déloyale ou des pratiques de dumping :
En 2009 et 2010, Paul Krugman critiquait la politique de change chinoise, estimant que le renminbi était maintenu artificiellement sous-évalué et que cette situation favorisait les exportations chinoises au détriment de la demande et de l'emploi dans certains pays partenaires, notamment les États-Unis. Il comparait cette sous-évaluation à une combinaison de taxes sur les importations et de subventions aux exportations. Ses estimations sur l'emploi correspondaient à des prévisions formulées à l'époque, et non à des pertes effectivement constatées,,,,,,,.
Keynes s'est préoccupé des effets que des déséquilibres commerciaux persistants pouvaient exercer sur la demande globale et l'emploi, notamment dans les économies confrontées à une insuffisance de la demande. Il estimait que les excédents commerciaux persistants de certains pays pouvaient contribuer à affaiblir la demande et la production chez leurs partenaires déficitaires. John Maynard Keynes proposait notamment des mécanismes internationaux visant à limiter les déséquilibres commerciaux, en imposant des ajustements aussi bien aux pays excédentaires qu'aux pays déficitaires.
Au début de sa carrière, Keynes est un économiste marshallien profondément convaincu des bienfaits du libre-échange. À partir de la crise de 1929, il adhère progressivement à certaines mesures protectionnistes (voir Positions de Keynes sur le libre-échange et le protectionnisme). Pour sortir l’économie britannique de la crise des années 1930, Keynes considérait que la mise en place de droits de douane ou d'autres restrictions sur les importations pouvait contribuer au rééquilibrage de la balance commerciale et, dans certaines circonstances, soutenir la production et l’emploi. Il estimait ainsi qu'une réduction du déficit commercial pouvait favoriser la reprise économique.
Il faisait remarquer que la réduction des salaires prônée par les économistes néoclassiques pouvait conduire à une diminution de la demande nationale, limitant ainsi les débouchés. Il proposait à la place une politique expansionniste éventuellement associée à des mesures tarifaires pour limiter les effets de la relance sur la balance commerciale. Selon Keynes, un déficit commercial important pouvait ainsi réduire l'efficacité d'une politique de relance économique. Il envisageait la protection des agriculteurs et de certains secteurs comme l’industrie automobile et l’industrie du fer et de l’acier, considérant qu’ils étaient importants pour la Grande-Bretagne.
Dans la situation de l’après-crise de 1929, Keynes jugeait les hypothèses du modèle libre-échangiste irréalistes. Il critiqua par exemple, l’hypothèse néoclassique d’ajustement des salaires. Il critiqua également la dimension statique de la théorie de l’avantage comparatif qui selon lui, en fixant définitivement les avantages comparatifs, conduisait, dans les faits, à un gaspillage des ressources nationales. Il qualifia de "non-sens" l’hypothèse de parfaite mobilité sectorielle du travail puisqu’elle stipulait qu’une personne mise au chômage contribuait à réduire le taux de salaire jusqu’à ce qu’elle retrouvait un emploi. Mais pour Keynes, ce changement d’emploi pouvait impliquer des coûts (recherche d’emploi, formation) et n’était pas toujours possible. D’une manière générale, pour Keynes, les hypothèses de plein emploi et de retour automatique à l’équilibre discréditait la théorie des avantages comparatifs.
En , il publia un article intitulé L’autosuffisance nationale dans lequel il critiqua l’argument de la spécialisation des économies, qui est le fondement du libre-échange. Il proposa ainsi la recherche d’un certain degré d’autosuffisance et à la place de la spécialisation des économies préconnisée par la théorie ricardienne des avantages comparatifs, il préfera le maintien d'une diversité d’activités pour chaque nation. Il y réfuta également le principe selon lequel le commerce apporte la paix entre les nations. Il défendit l'idée de produire sur le sol national quand cela est possible et raisonnable,
Il écrivit dans L’autosuffisance nationale, : « Je sympathise donc avec ceux qui minimiseraient, plutôt qu'avec ceux qui maximiseraient, l'enchevêtrement économique entre les nations. Les idées, la connaissance, la science, l'hospitalité, les voyages, voilà des choses qui devraient par nature être internationales. Mais que les biens soient fabriqués chez nous chaque fois que cela est raisonnablement et commodément possible, et, surtout, que la finance soit principalement nationale. »
Dans les années 1930 et 1940, Keynes a continué à envisager des restrictions aux importations dans certaines circonstances et à souligner les risques associés aux déséquilibres extérieurs. Sa position a toutefois évolué au fil du temps et ne se résume pas à une opposition générale et définitive au libre-échange.
De nombreux économistes et commentateurs de l'époque appuyaient son point de vue sur les déséquilibres commerciaux. Comme l'a dit Geoffrey Crowther : « Si les relations économiques entre les nations ne sont pas, d'une manière ou d'une autre, assez proches de l'équilibre, alors il n'y a pas un système financier qui puisse sauver le monde des conséquences appauvrissantes du chaos ». Influencés par Keynes, les textes économiques de l'immédiat après-guerre mettaient un accent significatif sur la balance commerciale. Cependant, ces dernières années, depuis la fin du système de Bretton Woods en 1971, avec l'influence croissante des écoles de pensée monétaristes dans les années 1980, ces préoccupations - et en particulier celles concernant les effets déstabilisateurs des excédents commerciaux importants - ont largement disparu du discours. Ils reçoivent à nouveau une certaine attention dans le sillage de la crise financière de 2007-2008.

La concurrence des importations peut contribuer à la désindustrialisation de certains territoires ou secteurs, aux côtés d'autres facteurs tels que les gains de productivité, l'automatisation et l'évolution de la demande. Selon des estimations de l'Economic Policy Institute (EPI), les échanges commerciaux entre les États-Unis et la Chine ont entraîné des pertes d'emplois manufacturiers et exercé une pression à la baisse sur la rémunération de certaines catégories de travailleurs. L'EPI estime également que des travailleurs américains sans diplôme universitaire ont subi d'importantes pertes de revenus. Ces estimations dépendent toutefois des méthodes retenues et ne représentent pas à elles seules l'ensemble des effets économiques du commerce international,.
Les pertes d'emplois dans l'industrie peuvent également affecter les marchés du travail locaux : les personnes licenciées peuvent accepter des emplois moins rémunérés, tandis que la concurrence accrue pour certains postes peut peser sur les salaires. L'ampleur de ces effets varie selon les secteurs, les qualifications et les territoires.
L'EPI attribue une partie du déficit commercial bilatéral américain avec la Chine à des politiques chinoises de change, de subventions et de soutien aux producteurs. Il souligne également les écarts de rémunération entre certains emplois industriels exposés aux importations et les emplois créés dans d'autres secteurs. Ces analyses ne suffisent toutefois pas à conclure que la théorie de l'avantage comparatif est invalidée : celle-ci porte notamment sur les gains globaux des échanges, qui peuvent coexister avec des coûts importants pour certains travailleurs ou territoires.
D'autres économistes ont également souligné ces effets négatifs du commerce avec la Chine sur les travailleurs américains dans leur article "Pourquoi les travailleurs américains deviennent-ils plus pauvres ? Chine, commerce et délocalisation".
D'autres recherches montrent qu'au Royaume-Uni dans les années 2000, les travailleurs des secteurs les plus touchés par la croissance des importations en provenance de Chine ont connu plus d'arrêts de travail et des salaires plus bas. Encore une fois, ces effets étaient plus prononcés chez les personnes peu qualifiées.

Selon l'économiste Jacques Sapir, certaines formes de concurrence internationale et de délocalisation peuvent exercer une pression sur les salaires et contribuer à la désindustrialisation de pays comme les États-Unis. Il établit un lien entre ces phénomènes, les déséquilibres commerciaux et l'endettement privé. Cette interprétation ne fait toutefois pas consensus : l'évolution des salaires et de l'emploi dépend aussi des progrès technologiques, des institutions du marché du travail et d'autres facteurs économiques,.
Selon cette analyse, la pression sur les revenus de certains ménages aurait encouragé le recours au crédit et contribué à l'endettement privé précédant la crise financière de 2007-2008. La crise a cependant eu des causes multiples, notamment les pratiques de prêt risquées, la titrisation, l'endettement et les insuffisances de la réglementation financière. Il serait donc abusif d'en attribuer la responsabilité principale au libre-échange,,.
La crise des prêts hypothécaires à risque a joué un rôle majeur dans la crise financière de 2007-2008. Certaines recherches examinent les liens entre concurrence des importations, situation financière des ménages et recours au crédit, mais elles n'établissent pas que le libre-échange ait été la cause principale de cette crise ni que les banques n'aient joué qu'un rôle secondaire,,.
Dans la perspective défendue par Sapir, certaines mesures protectionnistes pourraient soutenir l'activité et l'emploi dans des secteurs exposés à la concurrence internationale. Toutefois, leur efficacité dépend des circonstances, et elles peuvent également augmenter les prix pour les consommateurs, renchérir les intrants des entreprises et susciter des mesures de rétorsion,.
La théorie de l'avantage comparatif explique comment des pays peuvent tirer des gains de la spécialisation et de l'échange, même lorsque l'un d'eux est plus productif dans plusieurs secteurs. Ses modèles les plus simples reposent sur des hypothèses restrictives ; plusieurs auteurs en ont discuté la portée, notamment en présence de coûts d'ajustement, d'externalités et de déséquilibres macroéconomiques. Ces critiques portent principalement sur les conditions d'application des modèles et ne constituent pas, en elles-mêmes, une réfutation générale de l'avantage comparatif,,.
Dans le modèle ricardien élémentaire, les facteurs de production sont mobiles entre les secteurs à l'intérieur d'un pays mais non entre les pays. En pratique, le travail et les capitaux peuvent franchir les frontières, ce qui modifie les effets et les déterminants des échanges. Cependant, les théories modernes du commerce international prennent également en compte la mobilité internationale des capitaux et les entreprises multinationales : cette observation n'invalide donc pas à elle seule l'ensemble de la théorie de l'avantage comparatif,,.
Une externalité apparaît lorsqu'une activité produit des coûts ou des avantages qui ne sont pas entièrement pris en compte dans les prix du marché, par exemple une pollution ou une diffusion de connaissances. Dans certains modèles, ces externalités peuvent modifier les résultats attendus du libre-échange et justifier des interventions publiques ciblées. Elles ne démontrent toutefois pas qu'une protection douanière soit systématiquement la mesure la plus efficace,,.
Les modèles élémentaires d'avantage comparatif supposent souvent une réaffectation des ressources entre secteurs sans décrire entièrement ses coûts. Dans les faits, la mobilité professionnelle et géographique peut être limitée par les compétences, les coûts de formation ou la situation locale de l'emploi. La concurrence des importations peut donc provoquer des pertes durables pour certains travailleurs, même si les échanges produisent des gains globaux,,.
Le modèle ricardien élémentaire analyse principalement les gains de spécialisation dans un cadre statique. Il ne décrit pas à lui seul les effets dynamiques liés à l'innovation, à l'apprentissage ou aux économies d'échelle. Ces mécanismes font toutefois l'objet de modèles plus récents du commerce international, de sorte qu'ils ne sont pas absents de la théorie économique contemporaine,,.
Dans les présentations les plus simples du commerce international, les échanges sont modélisés sans déséquilibres commerciaux durables. En pratique, des pays peuvent enregistrer des déficits ou des excédents persistants, financés notamment par des flux de capitaux. Les modèles macroéconomiques du commerce permettent d'étudier ces situations : l'existence de déséquilibres n'implique donc pas l'absence de tout mécanisme d'ajustement,,.
Certains modèles élémentaires du commerce représentent les échanges en faisant abstraction des mécanismes monétaires. Dans les économies réelles, la monnaie remplit également des fonctions de réserve de valeur et de financement, qui peuvent influencer les flux commerciaux. Des approches macroéconomiques et monétaires complètent les modèles réels du commerce afin d'étudier ces effets,,.
Plusieurs modèles classiques étudient les gains des échanges dans un cadre de plein emploi ou de réaffectation des facteurs de production. Dans les économies réelles, le chômage, les capacités de production inutilisées et les coûts de reconversion peuvent réduire ou retarder les bénéfices attendus pour certains groupes. Ces difficultés sont étudiées par les approches modernes qui intègrent les frictions sur le marché du travail,,.
Selon l'économiste Jacques Sapir, l'ouverture d'une économie à la concurrence internationale ne peut produire d'effets positifs que si cette concurrence est « juste », c'est-à-dire si elle ne s'accompagne pas de dumping social, environnemental ou fiscal. L'économiste Pascal de Lima note que l'Union européenne applique des droits de douane sur les produits importés en provenance de l'extérieur « pour défendre ses intérêts économiques », mais il estime qu'elle le fait de façon illogique, « se protégeant mal […], ouvrant les frontières là où le risque économique est plus grand », notamment vis-à-vis de la Chine ou d'autres pays ayant des niveaux de vie beaucoup plus faibles.
Maurice Allais affirme que le protectionnisme entre pays à salaires comparables n'est pas souhaitable en général, mais il devient absolument nécessaire entre des pays ayant des niveaux de vie très différents. Il estime notamment que l'ouverture vis-à-vis de la Chine est une folie, mais il critique aussi le libéralisme intra-européen. Selon lui, les différences de coûts de fabrication entre la France et certains autres pays d'Europe, « cinq ou dix fois moindres – si ce n’est des écarts plus importants encore », constitue une situation de concurrence « non viable ». Il considère que cette libéralisation du commerce conduit au chômage, dont les causes seraient d'une « simplicité folle » : le chômage découle des délocalisations, elles-mêmes engendrées par de trop grandes différences de salaires. La solution est donc pour lui évidente : « rétablir une légitime protection ».
Pour Dani Rodrik, le libre-échange serait une situation optimale si tous les pays étaient au même stade de développement, mais comme ce n'est pas le cas, il voit le protectionnisme comme un moyen de lisser les chocs liés aux mutations économiques.
Des mesures protectionnistes peuvent être mises en place afin de riposter contre la mise en place, par un pays adverse, de mesures similaires.
Certains biens vitaux à la sécurité nationale font souvent l'objet de protectionnisme. C'est le cas de certaines technologies de pointe qui participent de la protection des intérêts supérieurs d'un Etat. Les ventes d'armes font l'objet d'un protectionnisme généralisé en vertu d'accords internationaux soumettant les ventes d'armes au contrôle des États.
La culture peut faire l'objet d'exemptions au libre-échange lorsqu'elle est considérée comme un bien différent des biens de consommation courante. La France défend ainsi la position de l'exception culturelle au sein de l'Organisation mondiale du commerce.
Le mouvement altermondialiste s'oppose à la concurrence internationale entre les travailleurs qu'induit la baisse des tarifs douaniers entre les États (« libre-échange »). Le mouvement altermondialiste est aujourd'hui traversé d'un débat entre partisans de ce que l'ancien président d'Attac Bernard Cassen a nommé des formes de « protectionnisme altruiste » et des économistes critiques du protectionnisme. On peut trouver cette controverse dans le débat entre les économistes Jacques Sapir, partisan de mesures protectionnistes, et Michel Husson, qui n'y voit pas une solution à la crise et au chômage de masse.
Certains altermondialistes reprennent les théories de l'économiste Friedrich List : des pays développés (par exemple les États-Unis après l'indépendance, Japon, Corée du Sud, après la Seconde Guerre mondiale) ont construit leur industrie en utilisant le protectionnisme. D'autres altermondialistes prônent le commerce équitable et l'organisation de la production et du commerce en coopératives. Le juste échange, respecterait les normes non marchandes — sanitaires, environnementales, sociales, culturelles — défendues par les agences spécialisées de l'ONU (OMS, OIT, PNUE, FAO, Unesco…) et les ONG, et s'efforcerait d'intégrer ces normes dans les traités commerciaux internationaux. Il ménagerait des périodes de transition suffisantes, au Nord comme au Sud, pour permettre les adaptations nécessaires des systèmes productifs et des emplois, induites par l'ouverture à la concurrence, et enrayer, dans les pays développés, le processus de désindustrialisation. Il permettrait de protéger les industries naissantes et les activités stratégiques au nom de la défense de la souveraineté.
« One set of reservations concerns distributional effects of trade. Workers are not seen as benefiting from trade. Strong evidence exists indicating a perception that the benefits of trade flow to businesses and the wealthy, rather than to workers, and to those abroad rather than to those in the United States. »
« One set of reservations concerns distributional effects of trade. Workers are not seen as benefiting from trade. Strong evidence exists indicating a perception that the benefits of trade flow to businesses and the wealthy, rather than to workers, and to those abroad rather than to those in the United States. ».