رشيد ثابتي
| Alias |
Richard Prince de Marmara Duc d'Andrinople |
|---|---|
| Naissance |
Constantine (Algérie) |
| Décès |
(à 79 ans) El Biar (Algérie) |
| Nationalité | Algérienne |
| Profession | |
| Autres activités |
Rachid Tabti (en arabe : رشيد ثابتي), né le à Constantine et mort le à El Biar, Alger, est un espion, avocat, acteur et boxeur algérien.
Il est connu pour avoir contribué à la nationalisation des hydrocarbures par l’Algérie en 1971, en infiltrant le Quai d’Orsay sous l’identité de « Richard, prince de Marmara », et en obtenant des documents confidentiels qui ont aidé la partie algérienne dans ses négociations avec la France.
Rachid Tabti est né le à Constantine au sein d'une famille aisée,. En 1950, il part poursuivre ses études secondaires en France. Une fois son baccalauréat décroché, il s’inscrit à la faculté de droit de Paris, où il obtient une licence en droit, puis un diplôme de l’Institut d'études politiques de Paris et un autre de l’Institut des hautes études internationales au début des années 1960.

Tout en poursuivant son éducation, Tabti pratique la boxe à haut niveau. Il remporte les championnats de Paris et de France universitaires des welters en 1952-1953, et le Critérium des amateurs en 1954-1955. Ensuite, il passe professionnel sous la direction de Jean Bretonnel. Il gagne 12 combats sur 14, mais doit s’arrêter en 1957, à cause de son asthme chronique,.
En parallèle, il joue des petits rôles dans plusieurs films français et américains. On l’aperçoit dans Le Comte de Monte-Cristo (1954), Le Grand Jeu (1954), et Nana (1955). En 1960, il joue le rôle d'un boxeur dans la série policière Les Cinq Dernières Minutes, dans un épisode intitulé « Un poing final »,.
Par la suite, selon les périodes, il travaille comme commercial pour les éditions Rombaldi, libraire au boulevard Saint-Germain, et professeur d’éducation physique au lycée Albert-Camus de Bois-Colombes,.
Durant les années 1950, pendant la révolution algérienne, Rachid Tabti fait partie du ministère de l'Armement et des Liaisons générales (MALG) et fournit des renseignements au Front de libération nationale (FLN) à Paris. Après l’indépendance de l’Algérie, il devient un élément de la Sécurité militaire (SM).
En 1963, il est recruté par l’ambassade d'Algérie en France en tant que secrétaire, puis il travaille un temps ministère des Affaires étrangères à Alger, avant de retourner à Paris, où il aura pour mission de faire du renseignement, notamment sur les questions liées aux rapports économiques franco-algériens,.
Pour passer inaperçu, il est officiellement radié du corps diplomatique en ,. Il occupe par la suite le poste de conseiller en relations publiques à la Sonatrach.
À partir du milieu des années 1960, Tabti mène une activité d’infiltration au sein des cercles diplomatiques et économiques parisiens, sous la fausse identité de « Richard, prince de Marmara », prétendu dignitaire lié à l’île de Marmara, en Turquie. Il utilise aussi le titre de « duc d'Andrinople », et présente son épouse, Monique Deutch, comme « comtesse de Cardessi »,. Pour conforter son identité de prince riche, il réside dans un appartement de luxe dans le 16e arrondissement, mis à sa disposition par les services algériens, et roule en Alfa Romeo,.

Tabti fréquente des secrétaires de différents ministères, notamment ceux des Affaires étrangères et de l'Économie. Il rencontre ainsi, au début de l'été 1966, Béatrice Halegua, secrétaire de Jean-Pierre Brunet, directeur général des affaires économiques au Quai d'Orsay et administrateur d’Elf-ERAP, qui est directement impliqué dans les négociations pétrolières entre la France et l’Algérie. Tabti séduit Halegua, la couvre de cadeaux et lui promet le mariage. Il lui explique que la connaissance de certaines notes confidentielles l’aiderait à « briller dans le milieu où il évoluait »,.
Durant plus de deux ans, Tabti utilise cette relation pour obtenir des centaines de documents confidentiels, parfois estampillés secret-défense, qui sont ensuite transmis à son agent de liaison, Ouali Boumaza, chargé de mission au cabinet du ministre de l’Industrie et de l’Énergie. Parmi ces notes figuraient des comptes rendus d'une réunion à l’Élysée et des informations sur les intentions françaises en matière financière et diplomatique,.
Cette série de transmissions aurait permis à l’Algérie de mieux anticiper certaines mesures de rétorsion envisagées par la France en cas d'une nationalisation des hydrocarbures, une opération que les autorités algériennes cherchent à mener afin de mettre fin au quasi-monopole des compagnies françaises dans le secteur, issu des accords d'Évian.
Ces informations portent sur des décisions économiques telles que la dévaluation du franc français de 1969, ce qui permet à Alger de modifier ses réserves de change vers d’autres monnaies fortes avant l’annonce officielle de Paris,.
Les services de la DST finissent par soupçonner l'existence de fuites. À la fin de l’année 1969, ils tendent un piège en disposant dans le coffre de Jean-Pierre Brunet un faux rapport sur des négociations pétrolières entre la France et l’URSS, ce qui provoque une réaction du côté algérien et attire l’attention des enquêteurs sur l’entourage du diplomate.
Le , Rachid Tabti est arrêté lors d’une perquisition à son domicile, dans le 16e arrondissement, au cours de laquelle un attaché-case rempli de documents confidentiels est découvert. Ouali Boumaza est ensuite arrêté lorsqu’il vient les récupérer.
Tabti et Boumaza sont jugés devant la Cour de sûreté de l’État le et condamnés respectivement à dix et huit ans de prison, pour « intelligence avec les agents d’une puissance étrangère ». Béatrice Halegua, quant à elle, est condamnée à cinq ans de prison avec sursis pour sa complicité. La Cour estime qu’elle était de « bonne foi » et qu'elle avait été bernée par Tabti.
Tabti purge un peu plus d’un an de détention, notamment à la prison de la Santé à Paris et à la centrale de Melun, dans le quartier réservé aux affaires d’espionnage, avant d'être libéré et renvoyé en Algérie le . Tabti et Boumaza sont échangés contre des ressortissants français détenus en Algérie pour espionnage,,.
Après son retour en Algérie, Tabti exerce en tant qu’avocat à la Cour suprême. Atteint de la maladie de Parkinson, qu'on attribue à sa carrière de boxeur, il meurt à son domicile à El Biar le , à 79 ans, dans un relatif anonymat. Sa mort n'est révélée au public que deux ans plus tard, en 2011,.