


Le reboisement ou reforestation, est une opération qui consiste à créer des zones boisées ou des forêts qui ont été supprimées par coupe rase (ou « coupe à blanc ») ou détruites par différentes causes dans le passé (surexploitation, feu de forêt, surpâturage, guerre…). Parfois, il s'agit explicitement de forêts de protection. Le reboisement spontané désigne le stade terminal de la succession des différentes phases de reconquête forestière.
L'afforestation est le boisement sur des terres vierges d'arbres depuis longtemps.
Les boisements ou massifs forestiers ainsi créés ou restaurés peuvent présenter divers bénéfices tant pour les écosystèmes et en tant qu'aménité, que pour les ressources économiques restaurées. Ce sont aussi potentiellement des puits de carbone (s'ils sont en bonne santé et a fortiori ne brûlent pas de manière répétée) mais aussi parfois un alibi censé compenser des émissions de gaz à effet de serre.
La notion de « reforestation » recouvre un objectif plus ambitieux en termes de surface couverte et de qualité écologique ou paysagère que celle de reboisement. En effet, le stockage du carbone n'est pas le seul fait des arbres : la biomasse du sol forestier y contribue également. L'objectif est généralement de restaurer un écosystème de type forestier, atteignant donc une superficie assez significative pour mériter la dénomination de « forêt ». Une reforestation doit se donner comme objectifs : une survie à long terme, la restauration des sols et de la biodiversité, répondre aux besoins des communautés locales, s'appuyer sur des processus naturels et la plantation mêlée d'espèces indigènes, dont des feuillus, en ménageant 3 étages (un de lumière, un d'ombre et un arbustif).
Ils sont multiples et concernent au premier chef la ressource en bois, mais aussi l'eau, le sol et la faune dépendant de la forêt.
Ainsi pour J. Perrève (ancien procureur du roi et juge français) en 1845 :
« Le rétablissement des massifs d'arbres dont les cimes et les pentes rapides étaient autrefois abritées mérite toute la sollicitude de l'administration : peu d'entreprises donneraient à la longue des résultats comparables. Un capital immense se trouverait, avant un-demi siècle, ajouté aux ressources de l'état, à l'avoir des communes et des établissements publics. Les forêts du gouvernement rendent aujourd'hui trente-trois millions ; ce revenu serait doublé peut-être. Un demi-siècle, c'est bien long pour un individu ; mais pour une nation, un demi-siècle est bientôt passé […] Une bonne surveillance, la répression des abus du pacage, suffiraient souvent à produire la régénération spontanée des forêts. L'expérience en a été faite dans nos "régions méridionales, particulièrement dans les départements des Alpes. Ceux qui ont parcouru les Pyrénées dépouillées maintenant des bois séculaires qui en faisaient l'ornement et la richesse, ceux qui ont visité les Cévennes, où le roc est à nu là où la tradition rapporte que des arbres magnifiques s'élevaient jadis, ceux qui ont été témoins, dans les départements du Var, des Basses-Alpes et Hautes-Alpes, des dévastations affreuses causées tous les ans par les torrents, depuis qu'on a ravi aux montagnes ces forêts tutélaires, dont la présence modérait la fonte des neiges et l'écoulement des eaux ; ceux qui s'effraient du changement funeste survenu dans le régime de nos rivières depuis 1789, tous ceux enfin qui souhaitent de voir commencer l'œuvre d'une réparation, considéreront le reboisement des forêts comme étant d'une véritable importance, car il est évident pour chacun que l'accroissement de la population et le défrichement des bois ont amené parallèlement la trop grande dépopulation des animaux non malfaisants qui constituaient une véritable ressource pour l'alimentation. »
— J. Perrève
La déforestation massive pour laisser la place à des activités humaine (agriculture, habitat, infrastructures) contribue fortement au changement climatique anthropique car elle conduit à la libération rapide, sous forme de GES, de tout ou partie du carbone stocké dans la végétation ou les sols. Inversement, une reforestation est supposée compenser ces effets même si les délais de restauration d'une forêt sont bien plus longs. Dès lors, le reboisement est bénéfique et est souvent présenté comme un moyen de lutte contre le changement climatique au point de pouvoir « compenser » de nouvelles émissions de GES fossiles et ainsi de s'affranchir d'efforts nécessaires. Des scientifiques rappellent les limites d'un raisonnement trop simpliste.
Il convient de distinguer deux notions :
La fixation s'effectue par le feuillage de l'arbre mais cet arbre respire et émet donc du CO2 : la fixation du carbone ne s'effectue que de jour quand les conditions sont favorables et l'arbre n'accumule du carbone que si la fixation par photosynthèse est plus importante que les émissions par respiration ce qui n'est pas le cas dans une forêt en mauvaise santé.
La durée de vie des feuilles est limitée ce qui signifie que le carbone qu'elles contiennent est régulièrement restitué.
Si les aiguilles de conifère forment un paillis au sol, ces sols sont souvent acidifiés et appauvris. Or, dans une forêt de feuillus, les feuilles mortes forment une litière fertile, l'humus, riche d'une abondante biodiversité. Si cette biodiversité dégrade la matière organique et donc restitue du carbone, elle en stocke beaucoup en son sein. Un sol vivant contribue au stockage de carbone d'une forêt.
Le stockage du carbone dans les arbres se localise principalement dans le bois où il se maintient tant que l'arbre est en vie. Il est restitué, brutalement (combustion) ou plus progressivement (décomposition), à la fin de vie de l'arbre, ou des articles en bois qu'il a produits. À ce titre, les arbres à croissance rapide absorbent rapidement le CO2 mais en stockent moins qu'un arbre âgé à bois dense. L'essentiel de la croissance de la partie aérienne de l'arbre — et donc le stockage du CO2 correspondant — se concentre sur quelques dizaines de jours (3 à 8) en fin de printemps et début d'été, avec un maximum peu avant le solstice d'été.
Des études de « Carbon dioxide removal » (CDR) cherchent à quantifier l'afforestation/reforestation nécessaire pour rester dans les trajectoires des COP. Ces études prennent en compte la durée nécessaire à la restauration d'un massif forestier, la ressource en eau, l'effet de l'albédo et leur conséquences économiques. Mais la vulnérabilité des forêts aux incendies et les effets délétères du changement climatique, faute d'être encore connus, pourraient ruiner ces efforts. La surface mobilisable pour le CDR irait de 6 à 195 Mha selon les scénarios. En 2023, on évalue le CDR à 2 Gt d'équivalent CO2 par an soit seulement 4 % des émissions de GES. Même à grand renfort d'engrais et en privilégiant des espèces réputées performantes, les solutions qui seraient nécessaires pour tenir l'objectif empièteraient fortement sur les surfaces cultivées,.
La régénération naturelle et la restauration d'environnements dégradés présentent un intérêt dans le contexte de changement climatique mais ne peuvent pas se substituer aux efforts nécessaires de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
La reforestation par régénération naturelle peut survenir spontanément, sans intervention humaine, ou encadrée par des spécialistes (régénération assistée). Elle se fait dans les deux cas par la dissémination des graines ou propagules, par l'expression naturelle de la banque de graines du sol ou apportés par le vent, l'eau ou les animaux (oiseaux, sanglier, écureuil…) dans le cas de la régénération naturelle stricto sensu.
Le terme « reboisement » décrit plus souvent des plantations sylvicoles que la régénération naturelle.
Il faut également créer les conditions nécessaires à la germination (humidité suffisante, levée de dormance de graines et le cas échéant restauration d'un stade pionnier, installation des conditions de restauration d'un sol ou d'une résilience écologique). Les pousses ou plants doivent parfois être protégés du bétail (notamment des chèvres en Afrique subsaharienne), de certains herbivores sauvages ou simplement d'une dynamique naturelle installée de végétation adventice qui favoriserait les herbacées ou certains buissons denses au détriment des arbres.

Le reboisement artificiel se fait désormais quasi totalement par plantation, très rarement par semis de graines, et consiste à mettre en place des plants de feuillus ou de résineux élevés en pépinière sur un terrain nu ou déjà boisé préparé à l'avance ; lorsqu'il ne concerne que des plants résineux on désigne cette opération par celle d'enrésinement.
De nombreux reboisements par plantations ont été effectués dans le monde :
De grandes agglomération ont conservé, renforcé ou reconstitué des « forêts urbaines » (la moitié environ de la surface de Bruxelles est constituée de la Forêt de Soignes), parfois volontairement pour maîtriser la périurbanisation (avec l'exemple de Barcelone, qui a classé la forêt riveraine en zone naturelle protégée). La forêt est aussi considérée comme facteur de réduction de la pollution de l'air et d'amélioration des micro-climats (effet-tampon sur les chocs thermiques et hygrométriques). C'est aussi un milieu de haute valeur paysagère et aménitaire pour la population.
Quelques villes ont de véritables projets de forêt urbaine (comme Nantes en France, qui prévoit l'aménagement de trois massifs dans son agglomération). En matière de reforestation en milieu urbain ou péri-urbain, Lyon est aussi considérée comme une ville exemplaire, grâce au « Plan Nature », qui s'étend de 2021 à 2026 et qui bénéficie d'un budget inédit de 50 millions d'euros pour freiner la perte de biodiversité et modérer les impacts du changement climatique. La ville se renature à grande échelle, avec la végétalisation des rues, des écoles, des parcs et la création de nouveaux espaces verts. Depuis 2021, plus de 180 000 arbres et arbustes ont été plantés, soit la moitié de l'objectif fixé à 300 000 d'ici à 2030.
La ville de Zurich (Suisse) a conservé une forêt périurbaine, dont l'exploitation commerciale a progressivement cessé, mais qui pourrait éventuellement aussi servir de réserve de bois-énergie en cas de crise majeure.
Pour l'ONU,
L'objectif est donc désormais de reboiser 350 millions d'hectares avant 2030.
Ces opérations s'inscrivent dans l'effort mondial pour le climat, mais aussi dans d'autres objectifs de soutenabilité du développement, portés par l'ONU. Le reboisement est inscrit dans l'objectif de développement durable n° 15 de l'ONU.
En Amazonie brésilienne, les terres fortement dégradées laissées par des entreprises agricoles infructueuses, sont progressivement reconquises par une forêt secondaire. L'analyse de ce reboisement spontané montre qu'une vingtaine seulement d'espèces pionnières, menées par Annona exsucca (pt), Cecropia palmata, Tapirira guianensis et Inga alba (en), est à l'initiative de la régénération forestière (et la fixation de carbone associée),.
La grande muraille verte des Trois-Nords est un gigantesque programme de plantation d'arbres engagé en 1978 pour contenir le risque de désertification du nord de la Chine. Il se caractérise par une afforestation d'environ 471 000 km2 dont 40 % sont considérés comme une forêt établie en 2022.
Le programme s'est initialement appuyé sur des plantations d'espèces à croissance rapide comme le peuplier (notamment de l'Euphrate) ou l’eucalyptus. Le peuplier joue aussi un rôle de coupe-vent mais demande beaucoup d'eau et souffre d'un stress hydrique important en zones semi-arides avec localement 80 % des arbres en mauvais état. Depuis, une réorientation est mise en œuvre vers une plus grande diversité génétique, des espèces mieux adaptées aux conditions locales comme Pinus sylvestris, Pinus tabuliformis, Robinia pseudoacacia, Populus spp. ainsi que le recours à des espèces indigènes et à une couverture arbustive comme Caragana korshinskii (en). L'effet du reboisement est notoire en termes de qualité des sols.
Afin d'illustrer le propos selon lequel « replanter des arbres à l'aveugle peut […], de toute évidence, être la source de nouveaux problèmes », l'universitaire Benjamin Neimark évoque le remplacement en Europe des chênes natifs à larges feuilles par des conifères à croissance rapide, qui « a entraîné une augmentation de 10 % du couvert forestier sur le continent par rapport à l’ère préindustrielle ». Il indique : « Ces nouveaux arbres absorbent toutefois nettement moins bien le carbone que les espèces originelles. En revanche, ils capturent plus efficacement la chaleur, intensifiant ainsi les effets du réchauffement climatique » (les conifères étant plus sombres, ils piègent davantage de chaleur que les feuillus clairs, ce qui augmente la température ; l'albédo élevé des couleurs claires réfléchit [renvoie] les rayonnements du soleil, tandis que l'albédo bas des couleurs sombres absorbe [garde] la chaleur des rayonnements du soleil).
En Italie, les plantations massives d'épicéas communs, présentées comme vertueuses par le régime fasciste dans les années 1930, a fait chuter la biodiversité de 50 % dans ces massifs.
En février 2023, dans le cadre de la feuille de route écologique de la France, Emmanuel Macron promet de renouveler environ 10 % de la forêt française d'ici à dix ans pour faire face au réchauffement climatique. La capacité des forêts françaises à stocker le carbone « s'effondre », selon le Haut Conseil pour le climat : elle a baissé de 48 % entre 2010 et 2020, du fait de la baisse de la production biologique, d'un bond de la mortalité liée entre autres à des insectes ravageurs et de la hausse des prélèvements.
La mortalité des arbres a doublé en 10 ans, victimes du changement climatique ou de bioagresseurs. La châtaigner, victime notamment du cynips, et le frêne, décimé par la chalarose, sont les plus touchés.
En revanche, la diversité génétique des chênes est un atout pour l'adaptation de la forêt au changement climatique par régénération naturelle,.
Le fonds forestier national a contribué à une forte extension de l'enrésinement en France et à l’extension des populicultures. Puis d'autres fonds l'ont remplacé, qui ont récemment été complétés par le Fonds stratégique de la forêt et du bois (FSFB) destiné entre autres à l'amélioration des peuplements, et en particulier à la transformation de certains peuplements forestiers « dégradés » par plantation. Le FSFB s'inscrit dans le cadre du volet agricole du « grand plan d’investissement » 2018-2022. Il veut contribuer à « améliorer la qualité et la résilience des peuplements sur les moyen et long termes, de favoriser le développement d’une ressource en bois qui soit en adéquation avec les besoins des industriels, d'inciter les propriétaires forestiers à entreprendre le renouvellement des peuplements de faible valeur économique et environnementale, de préparer les forêts aux conséquences du changement climatique et à des conditions sanitaires évolutives, de maximiser la séquestration de carbone par les arbres, au bénéfice de la filière forêt-bois dans son ensemble. S’inscrivant dans les principes de la gestion forestière durable, ces projets visent donc la double performance économique et environnementale ».
Le FSFB peut être une contrepartie du financement national dans le cadre des sous-mesures 8.5 et 8.6 des Programmes de Développement Rural (PDR 2014-2020) ou hors cadre PDR. Les peuplements éligibles à l'aide Dynamélio ne le sont pas au FSFB. Si l'aide concerne un peuplement situé sur un territoire éligible aux appels à manifestation d'intérêt (AMI) Dynamic Bois, le projet doit répondre aux critères d'éligibilité des peuplements initiaux tels que mentionnés dans les instructions techniques spécifiques à ce dispositif et les notes de cadrages régionales ; elle devra être réorientée et instruite selon les procédures Dynamic Bois.
Dans le cadre des outils de flexibilité et des mécanismes de mise en œuvre conjointe (MOC) du protocole de Kyoto concernant les « projets domestiques » de boisement-reboisement (portés par une personne morale), depuis la fin 2012, en France, certains boisements ou reboisements volontaires peuvent bénéficier de crédits carbone correspondant aux unités de réduction d'émission (URE) assises sur les unités d'absorption (UA) attribuées à la France sur la base du puits de carbone forestier du pays.
Il existe des conditions : le terrain ne devait pas supporter de boisement avant le et de répondre à plusieurs de règles communes avant la délivrance des crédits carbone (dont démonstration d'additionnalité « où la prise en compte du rôle déclencheur du crédit carbone pour la mise en place du projet est à démontrer ». Le projet doit s'appuyer sur un scénario de référence, à partir duquel sont comptabilisées les absorptions éligibles à la délivrance de crédits carbone.
En France, 4 valeurs seuils minimales sont exigées :
Calcul des absorptions de GES (dans ce cadre d'attribution d'unités de réduction des émissions). Il se fait selon la formule : N = 0,9 * 1/26 * n où :
L'Islande est le pays le moins boisé d'Europe, une étude de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture en 2015 considérait que seul 0,5 % du territoire était boisé. Cette situation remonte à la colonisation de l'Islande, au XIe siècle, qui s'est accompagnée d'une déforestation massive par les Vikings,. Les programmes de reboisement remontent aux années 1950, mais la tendance s'est surtout accélérée à partir des années 1990. En plus du bouleau pubescent, la seule essence naturellement présente sur l'île, des pins et épicéas originaires d'Alaska sont plantés.
De 2015 à 2019, trois à quatre millions d'arbres ont ainsi été plantés, soit 1 000 ha (10 km2). Le sol islandais étant très pauvre en azote, la pousse des arbres est dix fois plus lente que celle observée en Amazonie. Le réchauffement climatique, amenant des températures plus élevées, semble cependant favoriser leur croissance, et donc la séquestration du carbone.

Depuis sa création en 1948, Israël mène d'importants projets de reboisement et de reforestation « pour faire fleurir le désert » et assainir les zones marécageuses,. À l'époque, les forêts couvraient 2 % du territoire israélien, soit 80 km2, et en 2013, elles atteignent environ 100 000 hectares, soit 8,5 % du territoire avec 240 millions d'arbres plantés ; cette politique écologique se déploie principalement par le truchement du Fonds national juif (FNJ-KKL) qui avait commencé dans ce sens dès le tout début du XXe siècle, car à l'arrivée des pionniers sionistes (dès le XIXe siècle) puis des Britanniques en Palestine ottomane (1920), il est constaté qu'une grande partie des forêts avaient disparu,,.
La Bible hébraïque abonde de références aux forêts et aux arbres, et à la manière de les traiter et de jouir de leurs fruits.
« Dans le désert je ferai croître le cèdre, l’acacia, le myrte et l’olivier ; dans la campagne stérile je planterai, avec le cyprès, l’orme et le buis. » (Isaïe 41, 18-19)
La plantation d'arbres est une tradition juive également inscrite dans le Talmud qui rapporte par ailleurs qu’on plantait autrefois à Jérusalem un cédratier à la naissance d’un garçon et un cyprès pour une fille dont le bois serait utilisé pour construire le dais nuptial,. David Ben Gourion, premier Premier ministre d’Israël, a déclaré en son temps : « Je ne sais pas s’il existe une entreprise plus fructueuse dont les résultats soient aussi utiles que la plantation d’arbres ». De plus, durant la fête juive de Tou Bichevat, le « Nouvel An des Arbres », enfants et adultes plantent chaque année des arbres dans tout le pays ; de leur côté, des Juifs laïcs en font une journée juive de l’écologie,,.

Notamment dès 1951, le FNJ-KKL plante une forêt de 6 millions d'arbres commémorant les 6 millions de morts de la Shoah, appelée la forêt des Martyrs,. De nos jours, le taux de séquestration du carbone dans ces forêts sous climat aride est similaire à celui des forêts tempérées européennes.
Dans les années 1950 à 1960, près de la moitié de ces forêts sont constituées de pins (de Jérusalem / d'Alep) et de cyprès résineux ; dans les années 1970 et 1980, on y ajoute des espèces indigènes à feuilles larges tels que les chênes, les pistachiers et les caroubiers. En 2024, KKL-JNF passe du reboisement de masse à une gestion durable et ciblée des sites forestiers.

L'État d'Israël et un seul autre pays au monde enregistrent une augmentation nette de leur reboisement dans les années 2000. Israël est d'ailleurs l’un des rares pays qui compte plus d’arbres au début du XXIe siècle qu’au début du XXe. Ce type de progrès pourrait être attribué aux pratiques sociales qu'Israël intègre à sa société, incitant notamment tout citoyen (outre lors de la fête de Tou Bishvat) ou Juif de la diaspora à planter au moins un arbre en Israël.
Les efforts de reforestation d'Israël ont permis de restaurer la biodiversité locale, l'hydrologie, la production alimentaire et la sécurité écologique. Grâce aux travaux d'étude sur la lutte contre la désertification menés à l'université hébraïque de Jérusalem, le KKL-JNF a reçu de plusieurs distinctions de la part de la Convention des Nations unies et a obtenu le statut d'observateur officiel à la Conférence des Parties de la convention.
Cependant, le succès du reboisement israélien est critiqué. Des observateurs dénoncent l'afforestation israélienne qui a souvent ciblé des ruines de villages et parcelles agricoles arabes abandonnés ou vidés de leur population lors de la Nakba de 1948 pour y planter des arbres, et est accusée ainsi d'« invisibiliser » la mémoire des Palestiniens,. En 2022 notamment, « le boisement a entraîné un conflit entre l’organisation (KKL) et les Arabes bédouins, qui y voient un plan de l’État visant à les expulser de leurs villages non reconnus ». De plus, la Société israélienne pour la protection de la nature (SPN) dénonce en 2019 la politique de reboisement systématique du KKL, qui contribue à détruire certains écosystèmes naturels israéliens ; depuis, le KKL revoit certains de ses choix de cultivars.
Les échecs de reboisement ou d'afforestation résultent souvent d’une plantation pensée comme un simple objectif de nombre d’arbres, sans prise en compte suffisante de l’eau disponible, du sol, des espèces locales, du suivi après plantation et des usages humains. Les jeunes plants peuvent mourir par manque d’eau, être broutés par le bétail ou la faune, être détruits par le feu, ou former des peuplements monospécifiques vulnérables aux maladies, aux insectes et au changement climatique. Dans les zones arides ou semi-arides, des plantations d’espèces à croissance rapide peuvent également épuiser les nappes et réduire l’eau disponible pour les écosystèmes et les populations, comme cela a été observé dans certaines plantations de peupliers du programme chinois des Trois-Nords.
La plantation d’espèces exotiques peut aussi se transformer en échec majeur lorsqu’elles deviennent invasives. Introduit en Éthiopie à la fin des années 1970 et au début des années 1980 pour fixer les sols, fournir du bois et de l’ombre, Neltuma juliflora (anciennement Prosopis juliflora) s’est fortement propagé dans la région Afar. Il forme des fourrés denses qui remplacent les graminées et les espèces indigènes, gênent les déplacements du bétail et des populations, et consomment une eau rare dans un milieu aride. Les études estiment que cette espèce consomme environ 3,1 à 3,3 milliards de m³ d’eau par an dans cette région, ce qui exerce une forte pression sur les ressources hydriques et les activités pastorales. Ce cas montre qu’un arbre peut présenter des avantages locaux — bois, charbon, ombre ou stabilisation du sol — tout en devenant globalement nuisible lorsqu’il se répand sans contrôle. Un reboisement n’est donc pas automatiquement une restauration écologique. Il a davantage de chances de réussir lorsqu’il privilégie des essences adaptées au site, une diversité génétique et spécifique suffisante, la protection des jeunes plants, un suivi sur plusieurs années et, lorsque les conditions le permettent, la régénération naturelle. Avant toute plantation d’espèce exotique, il faut évaluer son risque invasif, sa compatibilité avec le climat et l’eau disponibles, son effet sur la biodiversité locale et les moyens de la contenir. À l’inverse, les plantations massives d’espèces exotiques ou à croissance rapide peuvent dégrader la biodiversité, modifier le régime des incendies, consommer trop d’eau ou ne pas reconstituer les fonctions écologiques d’une forêt naturelle.