Robert Johanson

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Robert Johanson, né en 1951 à Kemblesville, est un metteur en scène et librettiste américain, essentiellement connu dans le domaine de la comédie musicale.

Biographie

Jeunesse et formation

Robert Johanson naît à Kemblesville, une petite ville du Comté de Chester, en Pennsylvanie. Ses parents s'installent à Stanton, dans l'État du Delaware, au moment où il entre à l'école primaire. Sa vocation se dessine précocement : à onze ans, il s'amuse à mettre en scène des spectacles avec les trente-cinq enfants du voisinage et présente des pièces à chaque fin d'année scolaire.

Au lycée, il se passionne pour le théâtre. Il s'essaie alors aux classiques, aux textes romantiques et à la comédie loufoque, tout en s'initiant à la scène musicale : il joue dans Arsenic et vieilles dentelles, L'Homme qui vint dîner, Vous ne l'emporterez pas avec vous, The Sound of Music et surtout West Side Story. Après avoir décroché le rôle de Tony dans le chef-d'œuvre de Leonard Bernstein et Stephen Sondheim, Johanson décide de faire carrière dans le théâtre musical.

Au début des années 70, il poursuit ses études supérieures en intégrant l'Ithaca College, une école d'art new yorkaise réputée pour ses cours de musique et d'art dramatique. Il y suit une formation studieuse, approfondit ses connaissances en théâtre classique (dont les pièces shakespeariennes) et l'opéra. L'un de ses premiers rôles universitaires marquants sera le Lapin Blanc dans une adaptation musicale d'Alice au pays des merveilles. Il obtient son diplôme en 1974 et espère alors lancer sa carrière à Broadway.

Sa carrière de chanteur piétine toutefois et il peine à se démarquer. En 1975 et 1977, il figure dans l'ensemble de la comédie musicale Shenandoah, montée à Broadway puis jouée lors d'une tournée nationale.

C'est en 1978 que sa carrière connaît un premier tournant décisif : Johanson officie en tant que metteur en scène et chorégraphe sur le revival de Shenandoah ; cette nouvelle tournée le mène à New Fairfield, Nyack, Dennis, Barnesville et Mountainhome.

La révélation en tant que directeur artistique

En 1979, Robert Johanson collabore pour la première fois avec le Paper Mill Playhouse, un théâtre de Millburn (New Jersey). Il y présente sa vision de Shenandoah, laquelle rencontre un joli succès. Fort de cette réussite, il enchaîne sur deux autres projets à quelques mois d'intervalle : The Sound of Music et The Student Prince. Sa collaboration avec le théâtre se poursuit les années suivantes avec Robert and Elizabeth (1982), The New Moon (1983) puis Le Chant du désert et Guys and Dolls (1984).

A l'automne 1984, il devient directeur artistique attiré du Paper Mill Playhouse. Nommé juste après la reconstruction du bâtiment, ravagé par un incendie quatre ans plus tôt, il impose une « nouvelle ère d'excellence créative ». En outre, il officie toujours régulièrement en tant que metteur en scène et chorégraphe sur la plupart de ses spectacles ; occasionnellement, il est aussi interprète ou doublure sur certaines productions. Son premier projet est Carousel, monté en novembre de la même année.

De 1985 à 1991, Johanson et son équipe mettent en place le Musical Theatre Project, un programme de développement centré sur de nouvelles créations théâtrales : au sein du Paper Mill Playhouse, les œuvres sont travaillées en atelier, évaluées et l'équipe choisit de les présenter (ou non) sur scène.

Candide mis en scène par Johanson, en 1986.

Sur l'impulsion de Johanson, le Paper Mill Playhouse se classe deuxième au niveau national pour l'excellence de ses programmes, juste après le Metropolitan Opera de New York.

L'établissement décroche le National Endowment for the Arts pour sa production de Candide en 1986.

Le 27 octobre 1989, sa production de Show Boat est diffusée sur PBS dans le cadre de l'émission Great Performances. Elle reçoit deux nominations aux Emmy Awards : Meilleure émission de variétés musicales et Meilleurs costumes.

En 1992, Johanson et le chorégraphe James Rocco présentent une version spectaculaire de The Wizard of Oz, avec Eddie Bracken dans le rôle du magicien.

Les années 90 signent l'âge d'or du Paper Mill Playhouse, l'imposant en véritable vivier à talents. De nombreuses (futures) célébrités se succèdent au sein du théâtre, tels que Kristin Chenoweth avec Animal Crackers (1993), Rob Marshall avec Chess (1992), Anne Hathaway au concert dédié aux nouveaux talents (1997), Laura Benanti pour Man of La Mancha (1997) ou encore Stephen Schwartz avec la toute première mouture américaine de Children of Eden (1997).

Le succès de Follies et le départ du Paper Mill Playhouse

Courant 1998, le Paper Mill Playhouse présente Follies de Stephen Sondheim ; pour la première fois, l'intégralité de la partition imaginée par Sondheim est jouée sur scène. Robert Johanson assure la mise en scène ; les chorégraphies sont créées par Jerry Mitchell et la direction musicale revient au chef d'orchestre Tom Helm. La distribution comprend notamment Tony Roberts, Eddie Bracken, Ann Miller, Phyllis Newman et Liliane Montevecchi. Cette production fait l'objet d'un enregistrement intégral sur deux CDs, comprenant la partition complète originale mais aussi les chansons coupées lors des répétitions. Les critiques sont dithyrambiques,, et Follies est considéré comme l'un des plus grands succès du Paper Mill Playhouse.

En 1998, sa version de Gypsy figure dans la liste des Dix meilleurs événements théâtraux de l'année établie par USA Today.

Au début des années 2000, sa production ambitieuse de Pippin s'avère un gouffre financier dont le théâtre peine à se remettre : elle engendre 400 000 $ de frais supplémentaires et l'établissement subit un déficit de près d'un million de dollars au cours de l'année. Les désaccords entre les financiers du Paper Mill Playhouse et le directeur artistique prennent alors de l'ampleur.

Suite à ces nombreuses tensions, Johanson quitte son poste à l'été 2002, après dix-sept ans passés au sein du Paper Mill Playhouse. Sa démission est liée à un contexte économique particulièrement tendu : The Star-Ledger évoque qu'une « lutte de pouvoir en coulisses » est à l'origine de l'« éviction » de Johanson et que cette décision représente une nouvelle étape dans la « réduction des dépenses ». Ce dernier continue néanmoins de travailler avec le Paper Mill Playhouse, en tant que metteur en scène indépendant ; il y monte My Fair Lady puis Camelot.

La parenthèse en Europe

Défait de son engagement auprès du Paper Mill Playhouse, Robert Johanson poursuit sa carrière de manière indépendante.

En 2003, il est approché par le compositeur tchèque Janek Ledecký afin d'importer son opéra-rock Hamlet en langue anglaise. Johanson supervise la traduction et effectue des modifications importantes : il prône un retour à la trame shakespearienne et met l'accent sur la relation tumultueuse entre Claudius, Gertrude et Hamlet. Hamlet: The Rock Opera est présenté en 2004 à l'Abingdon Theatre de New York et cette nouvelle vision est jouée l'année suivante au Théâtre Kalich de Prague.

En 2007, il signe avec Janek Ledecký Iago, une réécriture musicale et contemporaine d'Othello, narrée du point de vue de l'antagoniste shakespearien. Le spectacle se joue à Prague et Bratislava durant trois ans.

L'ascension en Asie

Hamlet: The Rock Opera est finalement sa passerelle entre l'Europe, Broadway et la Corée du Sud : courant 2007, Robert Johanson est sollicité par la société de production EMK afin de monter l'opéra-rock à Séoul, une ambition dont il s'acquitte avec succès. Cette proposition lui permet de faire ses débuts en Asie. Le pays répond aux revendications du metteur en scène : de son aveu, ce dernier aspire à davantage de liberté et veut se consacrer à des projets novateurs, plus intéressants. Très vite, Johanson remarque une grande différence entre les institutions américaines, européennes et asiatiques, estimant que les productions japonaises ou sud-coréennes sont prêtes à prendre des risques pour monter leurs spectacles et voient chaque projet comme un investissement à long terme. Il note également une cohésion plus forte au sein des équipes et une plus grande ouverture d'esprit de la part du public. Cette prise de conscience le pousse à s'établir en Asie.

Fort de sa première expérience sur Hamlet, Johanson devient le metteur en scène fétiche de EMK : il importe, modifie et met en scène Rebecca (qui dépasse le million de spectateurs en Corée), The Count of Monte Cristo puis Rudolf.

Suho campe Gwynplaine dans la première version de The Man Who Laughs.

Courant 2012, Johanson découvre l'adaptation cinématographique de L'homme qui rit, tirée de l'œuvre de Victor Hugo. Il l'envisage immédiatement par le prisme musical. A ses yeux, « contrairement à d'autres romans épiques comportant trop de protagonistes, les six personnages principaux maintiennent fermement l'histoire en place ». Il contacte dans la foulée Frank Wildhorn et l'incite à voir le long-métrage ; emballé, le compositeur écrit quatre mélodies sans que le moindre contrat ne soit encore signé. Il en va de même pour Johanson qui, profondément touché par la trame, esquisse le livret de son côté. Le duo est rejoint par le parolier et collaborateur de longue date de Wildhorn, Jack Murphy. Sollicité pour financer le projet, EMK donne son feu vert et annonce The Man Who Laughs pour commémorer le 30e anniversaire du Centre des arts de Séoul. The Man Who Laughs, première création entièrement écrite et mise en scène par Johanson, est présenté au public en 2018 et s'impose en triomphe.

Dès 2018, sa collaboration en Asie s'élargit au Japon. Sollicité par la Tōhō, il monte pour la scène nippone Marie-Antoinette et The Man Who Laughs ; chaque projet est soutenu par des distributions prestigieuses (Mari Hanafusa, Rena Sasamoto, Sonim, Yūta Furukawa, Takanori Satō, Kenji Urai, Yūichirō Yamaguchi, Zen Ishikawa...) et remporte un franc succès.

Son style imposant conquis le public et son succès rassure les investisseurs, si bien que Johanson se spécialise dans les « blockbusters musicals », des superproductions scéniques à très gros budgets. Il s'impose comme l'un des metteurs en scène occidentaux les plus influents et respectés dans le domaine des comédies musicales, en Corée du Sud comme au Japon. Son apparence et sa longue expérience lui ont valu le surnom de « Gandalf du théâtre musical ».

Collaborations artistiques notables

Période américaine

Lors de son mandat au Paper Mill Playhouse, Robert Johanson travaille régulièrement avec Glory Crampton ; il lui confie les rôles principaux de Julie Jordan dans Carousel, de la baronne dans Gigi ou de la muse Claudia Nardi dans Nine.

Sur cette période, Michael Anania est son scénographe fétiche. Les deux hommes collaborent ensemble sur une dizaine de spectacles, dont Nine, Funny Girl et Gigi.

Période asiatique

Lors des répétitions sud-coréennes pour Hamlet: The Rock Opera, Robert Johanson découvre Park Eun-tae, future célébrité de la scène musicale. Il s'impose alors comme l'un de ses premiers admirateurs et s'avère un soutien inébranlable pour le jeune homme ; depuis leur rencontre, Johanson lui confie fréquemment des rôles importants au sein de ses projets.

Au fil des années, il devient également un collaborateur régulier de la diva Ock Joo-hyun.

En outre, il travaille souvent avec Park Kang-hyun, dont il a salué l'interprétation dans The Man Who Laughs : à ses yeux, il est celui « qui traduit le mieux la pureté [de Gwynplaine]. D'une très belle manière, il devient tout simplement le personnage à part entière ».

Principales productions

Récompenses

Lauréat

Nominations et honneurs collectifs

Références

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Liens externes