Sally N'Dongo, né en 1924 ou en 1926 dans le village de Sinthiou Garba (Sénégal) et mort à Mbour (Sénégal) le 4 mars 2001, est un paysan, militant, écrivain sénégalais. Dans les années 1970, il est une figure militante engagée au sein des luttes en faveur des droits des travailleurs immigrés africains en France et se positionne contre les discriminations et le racisme dont les immigrés sont victimes. Il est aussi connu pour ses prises de position, ses ouvrages et ses discours critiques à l'égard du néocolonialisme français en Afrique et dénonce les mécanismes de domination qui perdurent entre la France et ses anciennes colonies, malgré la décolonisation. Il est le fondateur et le secrétaire général de l’Union Générale des Travailleurs Sénégalais en France, (U.G.T.S.F.). Cette association militante créée en 1961 rassemble des travailleurs immigrés originaires principalement du Sénégal, du Mali et de la Mauritanie et met en place différentes actions sociales pour accompagner et former les travailleurs immigrés. Sally N'Dongo est considéré comme une figure importante du militantisme immigré en France.
Sally N'Dongo nait en 1924 ou 1926 au sein d'une famille peule de la vallée du fleuve Sénégal dans le village de Sinthiou Garba situé au nord du Sénégal actuel, dans la région de Matam. Entre 1944 et 1945, Sally N'Dongo ainsi qu'une partie des hommes de son village et des villages environnants sont réquisitionnés de force par l'administration coloniale française, afin de participer aux travaux des champs dans la culture de l'arachide. Durant la colonisation, les meilleures terres sont monopolisées pour des cultures de rente et d’exportation, comme la monoculture arachidière qui constitue une source de revenus importante pour la France. La demande en huile connait une hausse pendant et après la Seconde Guerre mondiale, alors que la France subit à la même époque une pénurie d'oléagineux. Afin de répondre à cette demande, l'administration coloniale cherche à accroitre sa production d'arachides dans ses colonies et particulièrement au Sénégal. C'est dans ce contexte que Sally N'Dongo et de nombreux autres sont réquisitionnés pour travailler dans les champs d'arachide pendant plusieurs mois dans la région de Tambacounda. Cette expérience fut particulièrement marquante, il décrit cette exploitation comme étant une forme d'esclavage :
« Sinebandi avait convoqué les notables du coin. Ceux-ci n'avaient plus qu'à choisir sur pièces les hommes dont ils avaient besoin, et en nombre voulu. Pas grande différence avec le marché aux esclaves, somme toute. Je me suis retrouvé avec deux autres camarades à travailler de neuf heures à midi pour un de ces notables, dans les champs d'arachide, et ce du samedi au mardi. De trois heures de l'après-midi à six heures du soir, on cultivait un petit lopin pour nous. Les mercredis et les vendredis étaient réservés à notre propre culture. Le jeudi était jour de repos. Nous étions nourris et logés. Notre régime, aussi, était semblable à celui des esclaves: une sorte de soupe populaire une case où nous dormions à même le sol » — Sally N'Dongo, Voyage forcé: Itinéraire d'un militant, 1975
Les revenus obtenus grâce aux récoltes ne sont pas suffisants pour payer l'impôt et aider sa famille. Il décide alors de migrer à la recherche d'un emploi offrant un salaire plus intéressant. Il se rend d'abord dans la ville de Kaolack en août 1945, afin de travailler dans une huilerie. Après un an à travailler dans celle-ci, il retourne dans son village. Il est de nouveau réquisitionné avec d'autres travailleurs pour d'installer des poteaux télégraphiques et entretenir les routes. Son parcours migratoire au Sénégal se poursuit à Dakar où il devient plongeur, puis cuisinier dans un restaurant. Suite à un refus d'augmentation de salaire, il trouve un emploi de boy-cuisinier pendant neuf ans. C'est à Dakar, siège d'un mouvement syndical important depuis les années 1930, qu'il commence à se politiser. En 1955, son patron lui propose de venir travailler pour lui en France en tant que boy-cuisinier et il lui promet en échange un salaire plus élevé de 2500 francs, ce que Sally N'Dongo considère comme une fortune. Il accepte et débarque le 15 mai 1956 à Nice,.
Malgré les promesses, à Nice, il est exploité pendant quatre ans par son patron qui ne respecte pas ses engagements salariaux et le fait travailler dans des conditions difficiles. Il quitte finalement son emploi. Rapidement, comme les autres immigrés africains en France, il est victime de racisme, de discrimination et d'abus. Les travailleurs immigrés ne connaissant pas leurs droits sont régulièrement exploités par leurs patrons, recevant un salaire plus faible pour des cadences de travail plus élevées. De plus, la plupart d'entre eux expérimentent des conditions de vie difficiles au sein des foyers de travailleurs migrants, des logements sociaux créés en France pour héberger les travailleurs immigrés. Certains sont également victimes des marchands de sommeil qui en profitent pour leur louer à prix élevé des chambres dans des logements insalubres. Ces deux types de logements sont caractérisés par une non-conformité avec les normes d'hygiène, une insalubrité et la présence de nuisibles, ainsi que le mauvais entretien des lieux. Ces problématiques que subissent les immigrés africains en France amènent progressivement Sally N'Dongo au militantisme. L'exploitation qu'il a subie à Nice est pour lui une révélation ainsi que le début de son combat militant. Après avoir effectué différents emplois à travers la France, il arrive à Paris en 1960 et travaille pendant un certain temps pour le consulat du Sénégal à Paris. Son installation en région parisienne est de nouveau marquée par les conditions de vie difficiles qu'il commence à dénoncer publiquement, comme il le raconte dans un entretien en 1977 :
« Pour ce qui est des conditions de vie des travailleurs en France : personne ne souhaiterait vivre dans ces conditions-là, vivre dans un pays qui n'est pas le leur, faire un travail que personne ne veut faire, recevoir un salaire que personne n'accepterait, et vivre isolé, avec des milliers et des milliers de kilomètres entre soi et sa famille. Il y a l'hostilité du pays où ils vivent ; le climat totalement différent du leur, le rythme de vie, le rythme de travail et les mentalités totalement différentes. Il y a des problèmes dont on ne parle pas. » — Sally N'Dongo, Entretien avec Sally N'Dongo dans Le long voyage des gens du fleuve de Adrian Adams, 1977
Au début des années 1960, la France est marquée par l'arrivée de travailleurs immigrés ouest-africains originaires des anciennes colonies françaises de l'Afrique-Occidentale française (AOF). Ces hommes viennent pour des raisons économiques dans le but de pouvoir travailler en France. La France établit des accords entre les pays nouvellement indépendants tels que la Côte-d'Ivoire, le Niger, le Mali, le Sénégal, la Mauritanie et le Togo dans le but de faciliter l'arrivée de leurs ressortissants sur le territoire français. La grande majorité des hommes de cette migration sont originaires de la vallée du fleuve Sénégal, une région située entre le Mali, la Mauritanie et le Sénégal. Ces trois pays bénéficient d'un accord avec la France permettant à leurs citoyens de venir librement en France sans avoir un contrat de travail au préalable ou de disposer d’une carte de séjour. La région de la moyenne vallée du fleuve Sénégal connait une forte sécheresse qui s'intensifie dans les années 1970. Cette sécheresse impacte les récoltes qui sont essentielles pour les populations qui vivent de l'agriculture vivrière. Cette crise alimentaire due à la sécheresse pousse les hommes de la région à immigrer en France pour subvenir aux besoins de leurs familles. Avant d'aller en France, certains immigrent dans la sous-région du continent pour travailler. En France, la migration de ces travailleurs est au départ temporaire, ils partent travailler en France puis retournent dans leur pays après avoir gagné suffisamment d'argent. Pendant l'année ils effectuent plusieurs allers-retours entre la France et leur pays d'origine. Les travailleurs immigrés de cette région présents en France sont principalement des Soninkés et des Peuls. Ces travailleurs pour la plupart immigrent en région parisienne dont le secteur industriel connaît une demande croissante en main-d’œuvre ouvrière. Pour Sally N'Dongo qui est originaire de la moyenne vallée du fleuve Sénégal, l'arrivée de ces travailleurs immigrés africains en France est fortement liée aux conséquences de la colonisation en Afrique ainsi que du néocolonialisme que les pays africains subissent post-indépendance,,,.
En 1961, Sally N'Dongo crée l'Union Générale des Travailleurs Sénégalais en France (U.G.T.S.F.),. Cette association régie par la loi de 1901 est officiellement déclarée en 1962. Dès le début de sa création, celle-ci compte près de 800 adhérents. L'U.G.T.S.F. fait partie des premières associations de travailleurs immigrés africains en France (pour les travailleurs originaires de l’Afrique subsaharienne). Elle est en partie financée grâce aux dons et aux cotisations de ses membres et réunit principalement des travailleurs maliens et mauritaniens. Mais au sein de l'association les différences en lien avec le pays d'origine se font ressentir, ce qui entraîne des fragmentations au sein de l'organisation. Progressivement, de nombreux membres quittent l'U.G.T.S.F pour rejoindre des associations de travailleurs en lien avec leur pays d'origine.
L'U.G.T.S.F a pour objectif de sensibiliser et d’accompagner les travailleurs immigrés sur la question de leurs droits en France, notamment dans les domaines du logement, du travail et de la santé,. Différentes campagnes de sensibilisation sont mises en place et l'association offre aussi des aides sociales et juridiques aux travailleurs immigrés ,, ainsi que des cours d'alphabétisation en langue française pour les travailleurs, qui pour la plupart ne sont pas alphabétisés en français. Pour Sally N'Dongo, l'alphabétisation des travailleurs est l'un des meilleurs moyens pour qu'ils prennent connaissance de leurs droits en France et est de plus un moyen de favoriser leur prise de conscience politique,. Sally N’Dongo durant une période enseigne aussi la langue peule.
L'un des autres buts de l'U.G.T.S.F est de préparer le retour et la réinsertion des travailleurs immigrés dans leur pays d'origine. Cette préparation au retour passe par des formations aux nouvelles techniques agricoles dispensées par l'U.G.T.S.F. avec pour objectif d'améliorer la situation agricole de leurs villages d'origine. L’association réalise et accompagne les projets de développement des travailleurs dans leurs villages tels que des écoles, dispensaires, une pharmacie ou encore un hangar destiné à la création d’un marché,. Sally N’Dongo accorde une grande importance aux retours des travailleurs immigrés africains dans leurs pays qui devrait permettre selon lui d'améliorer la situation socio-économique des pays africains qui ne peut être arrangée que par les Africains eux-mêmes,.
Au départ, l'U.G.T.S.F. entretient de bons rapports avec le consulat du Sénégal en France et l'État sénégalais. Le président Léopold Sédar Senghor, lui-même, soutient l’association à ses débuts et pendant trois ans, l'État sénégalais accorde des subventions à l'U.G.T.S.F. Mais rapidement les rapports se tendent, alors que certains membres du consulat du Sénégal à Paris discréditent l'association face aux autorités françaises et sénégalaises. L'indifférence des membres du consulat face aux conditions de vie de leurs ressortissants en France complique les actions de l'U.G.T.S.F. Les plaintes envoyées au consulat du Sénégal à Paris par les travailleurs sénégalais sont transmises à l'U.G.T.S.F. et Sally N'Dongo en sa qualité de secrétaire général à l'époque reçoit plusieurs lettres du consulat lui demandant de régler ces affaires. Sally N'Dongo commence alors à prendre ses distances avec les autorités sénégalaises. Dans son ouvrage, Voyage forcé, itinéraire d'un militant, Sally N'Dongo publie plusieurs de ces lettres rédigées par des travailleurs sénégalais pour le consul dans le but d'obtenir une aide de la part du consulat.
En 1968, suite au refus de l'U.G.T.S.F. de prendre part au projet de fusion des associations sénégalaises de France mené par les autorités sénégalaises, l'union connaît une première scission qui est à l'origine de la création de l’Association Générale des Travailleurs Sénégalais en France (A.G.S.T.F.) proche du pouvoir sénégalais,. Une seconde scission a lieu à la fin des années 1980 menant à la création de l'Union des Travailleurs sénégalais en France-Action Revendicatrice (aussi écrite Revendicative) (U.T.S.F/A.R) l'association dissidente de l'U.G.T.S.F.,. L'Union Générale des Travailleurs Sénégalais en France en 1973 fait partie des associations fondatrices de la Maison des Travailleurs Immigrés,. Jusqu'à la fin de sa vie, Sally N'Dongo reste actif au sein de l'U.G.T.S.F.


Sally N'Dongo écrit et publie plusieurs livres avec la maison d'Éditions Maspero : La coopération franco-africaine en 1972, Voyage forcé, itinéraire d'un militant en 1975, Coopération et néo-colonialisme en 1976, Union Générale des Travailleurs Sénégalais en France, Notre Afrique - Débats sur le tiers monde, en 1978 et enfin Exil, connais pas en 1976 publié sous les Éditions du cerf. Ces livres évoquent des thèmes récurrents, comme la vie des immigrés africains en France, et pointent du doigt les conditions de vie qu'ils subissent en France notamment l'exploitation et la vie dans les logements insalubres. Dans ces ouvrages, il se positionne aussi contre le colonialisme, selon lui l'une des causes principales de l'immigration des travailleurs, ainsi que contre le néocolonialisme que fait subir la France aux pays africains,,.
Sally N'Dongo apparait également dans le cinéma militant qui émerge dans les années 70 en France. Il joue dans Les Bicots-nègres, vos voisins (1974) de Med Hondo et Nationalité Immigré (1976) de Sidney Sokhona. Ces deux réalisateurs mauritaniens à l'époque réalisent des films dénonçant la colonisation et les conditions de vie des travailleurs immigrés africains en France,, Sa notoriété l'amène à intervenir à l'étranger pour répondre à diverses questions sociales et politiques dans le cadre d'interviews. Dans les années 1970, Sally N'Dongo est secrétaire national du Mouvement contre le Racisme, l’Antisémitisme et pour la Paix (M.R.A.P) qui est aujourd'hui le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples.
Après plusieurs années en France, il retourne vivre au Sénégal et décède dans la ville de M'bour le 4 mars 2001,.
l’Union européenne », Facteurs d'émigration, politiques d'immigration, , p. 57-86 (lire en ligne
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