Le trumpisme, ou mouvement Make America Great Again (MAGA) est une idéologie politique, un style de gouvernance et un mouvement politique associés au 45e et 47e président des États-Unis, Donald Trump.
En 2024, Olivier Postel-Vinay estime qu'« à proprement parler, il n'y a pas de « Trumpisme »: ce n'est ni une doctrine ni une idéologie à part entière ». Mais un fait est que D. Trump agglomère autour de la personnalité et de son personnage médiatique des idées-clés qui sont : « la mise au point d'un « peuple » opposé aux élites de l'establishment politique et intellectuel, un nationalisme sans excuse isolationniste, un protectionnisme économique, une hostilité à la fiscalité (intérieure) et à l'immigration, et la légitimation de pratiques autoritaires qui rejettent toute opposition » ; des idées qui ont des racines profondes dans l'histoire des États-Unis et de l'Amérique du Nord.
Cette notion de trumpisme semble émerger dans les années 2010 autour de la personne de Donald Trump. ELle est portée par un contexte financier néolibéral et dépendant des énergies fossiles ; dans un contexte médiatique caractérisé par une rapide montée en puissance des réseaux sociaux (Facebook et Twitter notamment) ; dans le contexte de l'apparition de l'IA et dans un contexte idéologique qui voit émerger l'association d'un populisme de droite, à un libertarianisme de droite décomplexés, construite aux États-Unis par Steve Bannon avec l'aide d'un réseau de think tanks de droite (notamment soutenus par l'Atlas Network et de grandes industries).
L'universitaire Gillian Harta, du Départment de géographie de l'université de Californie (Berkeley), dans un essai publié en 2020, intitulé Why did it take so long? Trump-Bannonism in a global conjunctural frame, estime que ce qui est étonnant n'est pas tant le trumpisme, que le fait qu'il soit arrivé si tard ; pourquoi un démagogue comme Trump n'a émergé qu'aussi tardivement, malgré le racisme structurel, le nationalisme chrétien de droite, les ravages du néolibéralisme et l'abandon de la classe ouvrière par les démocrates. Il estime que la montée des nationalismes exclusifs et des populismes de droite, par exemple en Afrique du Sud, en Inde et aux États‑Unis s'inscrit dans des trajectoires historiques liées au capitalisme néolibéral et maintenant aux nouvelles formes d'impérialisme américain, incarnées par Donald Trump. Selon lui les régimes illibéraux populistes ne peuvent pas et ne doivent pas être comprise comme des “cas” séparés mais comme des nœuds interconnectés d'une géographie globale.
Cette mouvance naissante est abondamment structurée par Steve Bannon et financé par des milliardaires, dont Robert Mercer. Ce dernier a été le principal bailleur de Breitbart (alors transformé par Steve Bannon en plateforme idéologique national‑populiste et d'extrême droite), et il a aussi été le principal financeur de Cambridge Analytica et d'Aggregate IQ,,, qui seront chargés durant la campagne de 2016 (puis ensuite durant le référendum qui a abouti au Brexit) des premières opérations faites à grande échelle de profilage sociopsychologique des internautes, à des fins de micro‑ciblage comportemental fondées sur des « données psychrographiques » qui étaient notamment des données personnelles (volées dans environ 87 millions de comptes Facebook). Ce travail de sape des idées et valeurs de gauche et d'influence de l'opinion publique a engendré un nouveau type de campagnes, basé sur la désinformation, les attaques narratives et la mobilisation numérique par les émotions négatives, et de plus en plus appuyées sur le big data, désormais exploitable par les algorithmes et l'intelligence artificielle,,. Un processus d'astroturfing politique a été, secrètement, principalement lancé par le groupe SCL (anciennement Strategic Communication Laboratories et maison‑mère de Cambridge Analytica), et utilisées pour produire et diffuser des milliers de publicités ciblées sur Facebook afin d'artificiellement augmenter le vote pro-Trump dans des États clés et des groupes-clé.
Steve Bannon — alors patron de Breitbart, co‑fondateur et administrateur de Cambridge Analytica, et stratège en chef de la campagne Trump — joue un rôle clé en associant populisme anti‑administrations, anti-science, climatosceptique, nationaliste identitaire et dans une guerre culturelle, tout en exportant cette stratégie vers l'Europe, par exemple via The Movement (organisation politique),,.
Bannon a joué un rôle majeur de pivot entre Breitbart, Cambridge Analytica et Aggregate IQ dans une vaste opération de manipulation de l'opinion publique, via Facebook notamment, qui a été documentée grâce à des lanceurs d'alerte, par Carole Cadwalladr (à partir de mars 2010), et par Matthew Rosenberg et Nicholas Confessore.
Trump est porté par ce courant émergeant et il le nourrit, bénéficiant d'un fort soutien d'élites fortunées et de la Dark Money (argent venant de donateurs dont les dépenses politiques sont cachées grâce, notamment, à des exemptions des règles de divulgation). Cet argent crée et/ou entretient des réseaux conservateurs radicaux, ainsi que des médias et influenceurs partisans (comme la Fondation de la famille Mercer ou les frères Koch). Selon Hellinger (Université Webster), ces élites mènent des opérations discrètes et « campagnes furtives » visant à influencer élections et les culture politique, en leur faveur.
Le trumpisme est associé à quelques slogans, apprécié et martelés de Donald Trump (ancien animateur de télévision) :
En tant que courant politique, le trumpisme dépasse la personne de Donald Trump, et il correspond à des transformations profondes de l'électorat du Parti républicain et de la vie politique américaine.
S'il emprunte ses thématiques à tous les courants conservateurs et notamment à leurs franges les plus extrêmes, c'est un style particulier de populisme cherchant à donner l'impression de s'affranchir de tout intermédiaire politique, qui fait la spécificité de Donald Trump. Il a aussi absorbé un grand nombre de mouvances et de théories complotistes issues d'internet, notamment celles du mouvement QAnon.
Aux États-Unis, la question de savoir si le trumpisme est néofasciste fait l'objet d'un débat important, notamment dans la presse et les milieux universitaires,,. Les partisans de cette caractérisation mettent souvent en avant le rôle de Trump dans l'insurrection du 6 janvier, ainsi que sa rhétorique sur les immigrés et ses déclarations selon lesquelles ils « empoisonnaient le sang de notre nation » dans un entretien de campagne pour 2024. Les détracteurs de cette idée , ils affirment que le trumpisme ne répond pas à la définition stricte du néofascisme.
Pour le journaliste Thomas Legrand, lors du second mandat de Donald Trump, le trumpisme se caractérise par une convergence idéologique hétéroclite combinant des éléments d'un libertarianisme inspiré d'Ayn Rand, du techno-monarchisme de Curtis Yarvin, de l'extractivisme prôné par Peter Thiel, du conservatisme religieux traditionnel, du techno-populisme, de la droite tech, du national-conservatisme et de l'anarcho-capitalisme. Selon Legrand, ce courant politique, soutenu par des intellectuels aux positions simultanément libertariennes et illibérales, remet explicitement en question les fondements démocratiques. Legrand conteste toutefois sa cohérence doctrinale et l'interprète davantage comme une stratégie d'influence économique menée par des industriels fortunés, s'apparentant à ce que Murray Bookchin qualifiait de propriétarianisme, c'est-à-dire un système au sein duquel la liberté est définie comme le pouvoir d'appropriation et de marchandisation de l'espace public.
En , le mouvement MAGA connaît des tensions internes majeures qui révèlent ses fractures idéologiques. Les dissensions portent notamment sur la politique étrangère de Trump, notamment vis-à-vis d'Israël, et sa proximité avec les magnats du numérique. Marjorie Taylor Greene, longtemps fidèle à Trump, rompt publiquement avec lui sur l'affaire Epstein. Parallèlement, la mouvance néonazie des Groypers menée par Nick Fuentes gagne en influence auprès des jeunes conservateurs. Cette radicalisation divise le mouvement MAGA entre ses composantes traditionnelles pro-israéliennes et cette frange extrémiste qui rejette ce soutien. Le vice-président J. D. Vance se trouve dans une position délicate, devant naviguer entre ces courants antagonistes tout en étant lui-même ciblé par les éléments racistes du mouvement en raison de son épouse d'origine indienne.

Depuis 2020, le trumpisme perdure comme une idéologie, notamment structurée autour du nationalisme culturel, du scepticisme institutionnel et de la mobilisation numérique, qui semblent pouvoir durablement marquer une partie de la droite américaine, ainsi que certains mouvements populistes transnationaux, par exemple accueillis en Europe par Viktor Orbán quand il était au pouvoir (durant plus de 15 ans) en Hongrie.
Certains commentateurs estime que le trumpisme pourrait ne pas disparaître pas avec la fin du second mandat de Trump, mais prendre racine aux États-Unis (ou s'exporter) chez une constellation de figures médiatiques, activistes et entrepreneurs politiques — comme Steve Hilton en Californie selon le NY Times — qui pourraient adapter à d'autres contextes les thèmes, les méthodes et ou le style politique trumpien, fondé sur la post-vérité, l'imprévisibilité, l'entretien d'une colère anti‑élites, la guerre culturelle et la mobilisation numérique, de D. Trump à des contextes locaux en prolongeant ainsi son influence politique.