
Le colorisme— terme formé à partir des mots « couleur » et « racisme » est une forme de discrimination raciste entre les personnes dont la peau a un teint clair et les personnes dont la peau a un teint sombre.
Il consiste en une hiérarchisation ascendante des individus selon la couleur de leur peau, allant du plus sombre au plus clair.
Bien que ce phénomène soit moins répandu historiquement et minoritaire, dans un milieu social où la peau foncée est la norme dominante, les personnes à la peau plus claire, notamment les albinos, peuvent être victimes de colorisme. Dans ce genre de milieu, les personnes à la carnation foncée bénéficient d’un traitement préférentiel injuste. Ce phénomène est appelée « colorisme inversé ».
La couleur de la peau constitue un marqueur identitaire qui dévoile l’individu, le genre, l’appartenance à un statut et plus largement à un groupe.
Les termes « couleur » et « colorisme » ont été employés à tort et à travers, notamment en ce qui concerne leur distinction par rapport aux termes étroitement liés que sont « race » et « racisme ». Il n'est pas donc aisé de distinguer le colorisme et le racisme car la couleur de peau est plus couramment utilisée pour classer les personnes et où l'absence de règles de classification strictes a conduit à des frontières floues entre les catégories de couleur et de race. De plus, le colorisme trouve ses racines dans le racisme, car sans le racisme, la valeur d'un individu et la supériorité qui lui est attribuée ne dépendraient pas de la couleur de sa peau.
La race et la couleur de peau sont des phénomènes distincts qui, parfois, se recoupent. Les deux sont considérées comme des constructions sociales qui tirent leur importance de la signification que nous leur accordons. La couleur de peau est un moyen de classer les individus dans une catégorie raciale. La race est la signification sociale attribuée à cette catégorie. Ainsi, l'ensemble de croyances ou d’idées préconçues concernant les individus appartenant à un groupe racial particulier désigne la race.
Dans le cas du colorisme, la couleur de peau n'est pas un indicateur de race. Au contraire, la signification sociale attribuée à la couleur de peau elle-même est à l'origine de la différence de traitement.
Le colorisme intra-racial se produit lorsqu'un membre d'un groupe racial établit une distinction fondée sur la couleur de peau entre les membres de sa propre race. Trina Jones évoque le cas des clubs sociaux (en) huppés de Noirs qui refusaient l'adhésion aux candidats Noirs dont la peau était jugée trop foncée au XIXe siècle et au début du XXe siècle.
Le colorisme interracial se produit lorsqu'un membre d'un groupe racial établit une distinction fondée sur la couleur de peau entre les membres d'un autre groupe racial,.
Le colorisme peut également se manifester en dehors de ce cadre comparatif. Les gens peuvent utiliser la couleur simplement comme un élément déclencheur de la différence lorsqu'ils ne parviennent pas à classer une personne dans une catégorie raciale spécifique.
Le colorisme peut se manifester à la fois de manière interpersonnelle et systémique.
Autrefois, la blancheur était portée à son paroxysme, symbole de distinction pour une aristocratie qui, à l’opposé des paysans au teint hâlé par le soleil, fuyait l’exposition et recourait abondamment à des poudres, des ombrelles, et parfois même à des masques.
Au XVIe siècle en Europe, la couleur noire est associée, selon une interprétation théologique, au péché, au démon, au paganisme et à la malédiction de Cham.
Comme les Noirs Africains étaient considérés comme descendants de Cham, les Blancs Européens considèraient la couleur tégumentaire noire de ces derniers comme un stigmate indélébile de leur supposé ascendant. De plus, le christianisme associe la couleur opposée, le blanc, à l’innocence, à la pureté, à la conversion, à la joie, à la résurrection et à la vie éternelle. Lors des traites négrières, l’esclavage avait reposé sur une classification en fonction de la nuance de la peau, qui avait déterminé la division du travail : les Noirs qui avaient la peau la plus foncée étaient forcés de travailler dans les conditions les plus difficiles (dans les champs de canne et de coton, par exemple), tandis que les Noirs au teint clair étaient autorisées à effectuer des tâches ménagères dans la maison des esclavagistes. Les femmes noires à peau claire étaient surnommées « fancy girls (en) » et exhibées lors de bals de quarterons, des événements organisés pour permettre aux hommes blancs fortunés de les rencontrer et de nouer des relations avec elles. Les hommes noirs à la peau plus claire, quant à eux, étaient surnommés « run ‘round men » car, grâce à leur teint plus clair, ils étaient censés pouvoir courtiser n’importe quelle femme noire.
Lorsque les Noirs Américains étaient réduits en esclavage, les propriétaires d'esclaves recouraient au « test du sac en papier » (en) (en anglais : paper bag test), qui consistait à comparer la couleur de leur peau à celle d'un sac en papier afin de déterminer si leur peau était trop foncée pour qu'ils puissent travailler à l'intérieur.
Chez les femmes, selon Pap N'Diaye, la valeur était d’autant plus grande que leur teint était clair, dit “délicat”, pour le service de maison ou des services sexuels. Toute une hiérarchie sociale s'est construit dans les propriétés esclavagistes sur la base de ce préjugé esthétique. La noirceur devient le gradient de la servitude ; la clarté, celui de la possibilité d’être traité plus favorablement.
Après l'abolition de l'esclavage, la distinction entre « Noirs » et « Blancs » a été perpétuée par les Afro-Américains, qui ont établi des distinctions sociales en fonction de la couleur de peau.
Dans le conte Blanche-Neige, le personnage éponyme du conte est une bonne fille parce qu’elle a la peau blanche (comme la neige), et elle est blanche parce qu’elle est bonne. Ce raisonnement circulaire renforce ce stéréotype culturel qui fait passer la couleur foncée – qu’il s’agisse de la peau, du teint, des vêtements ou du comportement – pour suspecte.
L’articulation entre les couleurs de l’épiderme et des hiérarchies sociales induites par la racialisation va se diffuser durablement dans l’espace public, dans la littérature coloniale, les manuels scolaires et les journaux. Cette situation perdure aujourd’hui, la peau claire étant associé à un statut économique et social survalorisé,.
Après la découverte des bienfaits de l'exposition au soleil pour lutter contre la tuberculose, la mode du bronzage est apparue dans les années 1920 au sein des classes bourgeoises, autour de Vogue et de Coco Chanel mais elle ne connut qu'un accroisssement important qu'en 1936 avec l'obtention des congés payés, où le bronzage devint une véritable tendance estivale. Lena El Sherif explique que si le régime épidermique semble s’inverser, cela ne modifie pas fondamentalement l’ordre des choses et un deux poids, deux mesures naît : une personne blanche qui a bronzé ne sera perçue que comme une personne qui est partie en vacances près de la mer et qui s'est embellie au soleil, alors qu’une personne racisée qui a bronzé s'expose à des discriminations pour avoir rendu sa peau plus foncée qu’elle ne l’était auparavant.
L'écrivaine américaine Alice Walker a popularisé le concept de colorisme en employant ce mot en 1983, dans son livre In Search of Our Mothers' Garden, en vue de définir cette discrimination basée sur la hiérarchie des couleurs. Par « colorisme », Walker voulait faire référence au fait que plus la peau d’une personne noire était foncée, plus elle était victime de préjugés, et que plus sa peau était claire et ses traits fins, plus elle était appréciée et acceptée socialement.
Selon Toni Morrison, le colorisme ne touche pas seulement les « Noirs américains ».
Pour le psychiatre martiniquais Frantz Fanon, le colorisme peut être considéré comme une recherche de ressemblance au colonisateur. Comme il écrit dans Peau noire, masques blancs' :
« Les peuples colonisés ont fini par intégrer les discours de stigmatisations, le sentiment d’être inférieur, par mépriser leur culture, langue et peuple et souhaitent par résultat ressembler au colonisateur. »

Étant le support d’assignations d’appartenance sexuelle, statutaire et identitaire, la peau est perçue et vécue comme un capital social qu’il faut entretenir, soigner et optimiser.
Le colorisme mène en effet à une pratique : la dépigmentation. Démocratisée depuis les années 1960, elle désigne tous les procédés visant à altérer la coloration de la carnation chez les utilisateurs.
En Europe, la pratique de l’éclaircissement de la peau vise à modifier la teinte naturelle de l’épiderme pensée trop foncée ou non uniforme à cause de tâches brunes, de rougeurs ou de rousseurs préexistantes comme à camoufler les aspérités de la peau dues aux maladies ou au vieillissement. La blancheur de la peau était recherchée, car elle est considérée comme un signe d’attributs moraux comme la pureté, l’humilité ou la douceur, mais aussi d’appartenance à une classe dominante.
À partir du XXe siècle, avec les avancées scientifiques et techniques, l'industrie des cosmétiques se développe et renouvelle la composition des préparations blanchissantes, dont les ingrédients sont désormais le fruit de procédés chimiques complexes et multiples. Avec l’essor de la presse, des campagnes publicitaires puis des forums internet, le souci d’embellissement de la peau par l’application de cosmétiques blanchissants s’est répandu et imposé aussi bien auprès des femmes. Les fabricants de cosmétiques créent des produits visant explicitement à éclaircir la peau. Ces produits, extrêmement controversés, font l'objet de mesures d'interdictions. Ils contiennent des substances pouvant avoir des effets néfastes sur le corps, allant de la simple apparition de boutons au cancer de la peau.
Ainsi, les crèmes à base d'hydroquinone sont interdites dans l'Union européenne depuis 2001. Rien qu’en France, plus de 150 produits interdits ont été recensés cette année [en 2018] par la Direction générale de la concurrence. Disposant d'un énorme marché, l’industrie cosmétique et pharmaceutique ignore les normes sanitaires telles que la prohibition de produits à base d’hydroquinone. De plus, par le biais d'Internet, il existe un important marché souterrain des produits dépigmentants.
Néanmoins, selon Pap N'Diaye, les personnes ayant recours à de la cosmétique éclaircissante le font aujourd’hui en connaissance de cause: risques de cancer de la peau, de brûlure voire l’impossibilité de cicatriser d’une césarienne pour les femmes qui se dépigmentent la peau. Pour éviter la controverse entourant les marques et des produits qualifiés de racistes, Clarins préfère promouvoir ses produits comme des crèmes de nuits ou agents de teinte, plutôt que comme des produits éclaircissants.
Pour s'opposer au colorisme, le changement de teint est présenté comme une pratique d’auto-affirmation positive par une élaboration choisie de son apparence. Malgré cette redéfinition du privilège mélanique, la dépigmentation interroge toujours notamment au regard du renouvellement des rapports de pouvoir entre couleurs de peau et hiérarchie statutaire et plus largement, entre des normes de beauté et les appartenances genrées dans le cadre des situations sociales.
Si l'endoctrinement raciste nuit à l'épanouissement des personnes victimes, le colorisme est tout aussi préjudiciable, voire davantage. La préférence des Blancs et des Noirs pour les personnes noires à la peau plus claire peut conduire les personnes à la peau plus foncée à obtenir de moins bons résultats scolaires ou financiers, par rapport à leurs homologues à la peau plus claire.
Le colorisme peut avoir des conséquences sur la recherche d'emploi ou le mariage des individus.
En Afrique du Sud, comme en Inde, la blancheur ou la clarté du teint sont souvent synonymes de pouvoir et de prestige. De ce fait, les immigrants blancs ou à peau claire subissent moins de discrimination et ont souvent de meilleures salaires que les immigrants à peau plus foncée. En Afrique du Sud, alors que les Sud-Africains peuvent être de n'importe quelle carnation, la couleur de peau foncée est pourtant souvent utilisée pour identifier les étrangers lors d'attaques xénophobes. En Inde, les préjugés coloristes se conjuguent aux stéréotypes de caste : un individu à la peau plus claire sera perçu comme un membre d'une haute caste, et un individu à la peau plus sombre comme un membre d'une basse caste. Ainsi, notamment à cause du système très hiérarchique des castes, la peau foncée se retrouve associée à la pauvreté.
Le Dr Margaret Hunter, enseignante en sociologie au Mills College d'Oakland, explique que les femmes noires à la peau claire ont tendance à incarner l'idéal de beauté au sein de la communauté noire et sont donc très recherchées comme épouses par les hommes de statut social élevé alors que les femmes noires à la peau foncée épousent des hommes de statut social inférieur à celui des femmes noires à la peau claire. Parallèlement, elle constate que les peaux foncées suscitent une forme de fétichisation. Hunter explique que cela a aussi tendance à réifier ou à sexualiser d’une manière qui n’est pas forcément la solution à la discrimination.
Jasmine Turner, propriétaire de BlackMatchMade, une agence matrimoniale basée à Chicago, explique qu'elle voit souvent des hommes noirs célibataires prétendant ne pas prêter attention à la couleur de peau mais pourtant entre deux femmes noires célibataires de même condition sociale, préféreront choisir la femme noire à la peau claire plutôt que la femme noire à la peau foncée.
Dans les rubriques matrimoniales indiennes, aux côtés du régime alimentaire et de la langue parlée, la couleur de peau du futur époux ou de la future épouse est souvent le premier critère à être mis en avant : les prétendantes y sont décrites comme ayant le teint clair, hâlé, brun clair ou brun foncé, mais presque jamais comme ayant une peau sombre. Certains parents sont mêmes contraints de verser des compensations financières au futur mari de leur fille si celle-ci a une peau jugée trop sombre par les beaux-parents.
Les femmes à la peau sombre sont souvent perçues comme ayant des traits masculins, ce qui va à l'encontre des idéaux dominants de la féminité, alors que la masculinité est déjà socialement attendue des hommes noirs. À l'inverse, les hommes à la peau claire sont parfois perçus comme ayant des traits féminins par rapport aux hommes à la peau sombre, ce qui montre à quel point la couleur de peau est étroitement liée aux stéréotypes de genre. Comme la carnation foncée est associée dans l'histoire étatsunienne à la masculinité et la carnation claire à la féminité, le teint clair des personnes noires peut en revanche constituer un désavantage dans le milieu sportif. Les athlètes noirs à la peau foncée, de Jack Johnson à Mike Tyson, sont traditionnellement décrits en termes masculins : intimidants, farouches, coriaces. Ainsi, les sportifs et les sportives noirs à peau claire, sont perçus comme fragiles et donc ils doivent mettre plus d'efforts que leurs homologues ayant la peau foncée pour démontrer qu'ils méritent leurs places.
De nombreux témoignages de femmes noires dans le monde montrent que, lors de leur enfance, elles ont reçu des commentaires faisant allusion à leur couleur de peau différente et stigmatisant un « trafiquage » pour reprendre le terme de Toni Morrison dans L'Origine des autres.
Dès leur plus jeune âge, les filles indiennes dont le teint de leur peau est foncée sont victimes d'insultes et de harcèlement à l'école, dans les cours de récréation et même à la maison, où des comparaisons peu flatteuses sont faites avec leurs frères et sœurs au teint plus clair. Plusieurs jeunes filles et femmes se sont suicidées suite à du harcèlement à cause de leur teint sombre.
Dans le cinéma indien, alors que les acteurs ayant une peau relativement claire interprètent souvent le protagoniste, les acteurs et actrices ayant une peau très foncée se retrouvent relégués au second rôle. En plus d'avoir une peau claire, le protagoniste est toujours présenté comme étant instruit et riche alors que les personnages secondaires interprétés par les acteurs et actrices à peau plus foncée sont des méchants ou des personnages pauvres et sans instruction. À cela s'ajoute le fait que le rôle de la demoiselle en détresse est généralement attribuée à une actrice à la peau claire, et le plus souvent, son teint est encore plus clair que le personnage principal.
Le documentaire « Light Girls », réalisé par Oprah Winfrey en 2015, a mis en avant le problème du « colorisme inversé » en Occident. Dans ce documentaire, des femmes noires à la peau claire livrent le récit de leur expérience personnelle ; certaines d’entre elles ont été émues aux larmes en racontant comment elles ont été victimes de rejet ou de discrimination injustifiée par des Noirs parce qu’elles étaient jugées « pas assez noires ».