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Le mouvement breton, emsav (orthographe moderne) ou emzao /ˈɛmzaw/ est un ensemble informel d'organisations politiques, de syndicats, de groupes économiques ou d'associations culturelles soucieux de préserver et de développer la spécificité de la Bretagne, ou certains de ses aspects.
Quelques acteurs du mouvement (principalement, la Fondation culturelle bretonne-Emgleo Breiz) emploient le terme breton Ledemsav (emsav au sens large) pour désigner les institutions et regroupements bretons non politiques, comme les écoles de musiques bretonnes (bagadoù), les cercles celtiques (danses), les médias centrés sur la Bretagne, les fédérations de jeux et sports bretons, les institutions culturelles bretonnes, que beaucoup d'autres classent dans l’emsav tout court.
Son histoire est marquée par une période de préformation s'étalant tout au long du XIXe siècle, avant les débuts du premier emsav marqué par la création de l'Union régionaliste bretonne en 1898. Un deuxième Emsav prend lui le relais à partir de la fin de la première Guerre mondiale, auquel succède un troisième emsav à partir de la fin des années 1940.
Le terme emzao (ou plus tard emsav en orthographe unifiée) est attesté pour la première fois en 1912 dans l'ouvrage Ganedigez eun emzao (« La genèse d'un mouvement ») de François Jaffrenou, dit Taldir. Ce néologisme, peu utilisé jusqu'alors, est repris en 1927 par le linguiste François Vallée sous la forme an emzav brôadel lorsqu'il raconte dans la revue Gwalarn son voyage chez les nationalistes irlandais. À cette époque, le terme est rendu en français par les expressions « mouvement de revendication », « soulèvement », « révolte ». Il est également considéré comme proche de l'italien risorgimento.
En 1932, sous la plume de Raymond Delaporte qui l'utilise dans Breiz Atao, emsav désigne la nébuleuse de groupes culturels ou politiques plus ou moins organisés en réseau, œuvrant pour la défense de la langue bretonne et la promotion d'une nation bretonne. Cette acception est reprise dans les dictionnaires de la fin du XXe siècle, comme celui de Francis Favereau édité en 1992, qui le traduit comme « mouvement breton ».
Pour autant, l'étymologie d’emzao renvoie à deux termes bretons : le radical zao ou sav signifiant littéralement « levé » ou « élévation », et le préfixe réflectif em- « soi-même ». La traduction d’emzao se rapprocherait donc plus d'« élévation de/sur soi-même », « édification personnelle », que de « soulèvement ».
Le mouvement breton est traditionnellement divisée en trois périodes, Le premier, apparu au XIXe siècle, est un régionalisme qui se retrouve au sein de la Fédération régionaliste française jusqu’à la Première Guerre mondiale. Le deuxième Emsav est clairement nationaliste et hostile à la France. Le troisième Emsav, apparu dans les années 1960, se veut le plus souvent apolitique pour ne se focaliser, à la faveur d’un « revival », que sur les questions culturelles.
Ce découpage est remis en cause par Francis Favereau. Il émet l'hypothèse d'un nationalisme breton né uniquement dans les cerveaux enfiévrés de quelques gentilshommes plus ou moins marginalisés politiquement ne laisse pas d'être réductrice. Les idées ne sortent pas du sol et nul mouvement d'idée est né sans père. Des recherches plus fines seraient nécessaires.
Le mouvement breton est né dans la première moitié du XIXe siècle, dans le courant du nationalisme romantique.
Le mouvement suscite de l'intérêt pour l'existence de peuples, et l'occasion est alors saisie pour fixer les langues vernaculaires, voire en unifier certaines sous prétexte de retrouver la langue originelle commune,. Jacques Le Brigant réalise des travaux sur la langue bretonne. À la même époque, Jean-François Le Gonidec uniformise l'orthographe du breton.
Le mouvement régionaliste apparaît en Bretagne chez Ernest Renan dans le troisième tiers du XIXe siècle.
Jacques Cambry, crée une Académie celtique à Paris en 1804.
Le mouvement breton profite de l'impulsion donnée par la noblesse bretonne, qui après avoir perdu à la Révolution ses privilèges et l’exercice du pouvoir, connaît une période d’adaptation. La noblesse s’investie dans le champ politique des régimes successifs (1er Empire, Restauration, Monarchie de Juillet, Second Empire, IIIe République) mais aussi dans le champ culturel. La noblesse cherche à relever la langue bretonne (Adsav ar Yezh) par le collectage de chants populaires, et par la mise en valeur de l’Histoire de Bretagne (Adsav an Istor).
Les principaux axes du régionalisme breton naissant sont :
Les années 1870 connaissent les premières pétitions pour réclamer l'enseignement du breton, tandis que les « études celtiques » démarraient à peu près à cette même époque, avant de se développer à l’Université de Rennes (cours de « celtique »), sous l’impulsion de Joseph Loth, à partir de 1884.
Le début du premier Emsav est caractérisé par la création en à Morlaix de l’Union régionaliste bretonne (URB),.
La création de l'URB suscite beaucoup d'espoirs pour la constitution d'un large front à vocation de lobbyisme dans tous les domaines culturels, pour le maintien, sans exclure la modernisation, des traditions spécifiques à la Bretagne : costumes, danses, musique, langue, théâtre, coutumes religieuses. Les questions de l'enseignement de la langue et de l'enseignement religieux entraînent des controverses réciproques avec l'appareil de l'État et ses soutiens.
Le premier Emsav est conservateur, aristocratique et clérical, opposé à la République et aux idéaux de la Révolution française.
Il est essentiellement régionaliste et concerne des notables et des intellectuels.
La Première Guerre mondiale est une véritable coupure. La Bretagne, comme le reste de la France, est saignée à blanc. Plus de la moitié des hommes bretons entre 20 et 40 ans sont morts, l'impression d'avoir été systématiquement en première ligne est très vive et ravive la victimisation.
La littérature bretonne de l’entre-deux-guerres devient le creuset et l’enjeu d’un rejet radical des productions des siècles précédents, la modernité des auteurs nationalistes bretons se structurant par kitschisation des aspects typiques et folkloriques des auteurs précédents.
En 1934, la revue Ar Falz, lance une pétition pour l'enseignement de la langue bretonne.
Selon Michel Nicolas, c'est durant le deuxième Emsav que le nationalisme breton se développe.
À la suite de la collaboration de la plupart des mouvements politiques bretons encore actifs à l'époque, le militantisme politique est condamné par l'opinion. À une phase de deuil et de règlements de comptes, de la Libération au début des années 1950, succède le temps du refoulement et des témoignages complaisants des militants, qui débute après les lois d'amnistie de 1951 et 1953.
À partir des années 1940, différentes associations culturelles se mettent en place. C'est le cas de la fédération musicale Bodadeg ar Sonerion, fondée en 1943. Différentes actions permettent par ailleurs le développement du breton. Dès 1946, paraît le premier numéro de la revue littéraire Al Liamm, qui déclare vouloir faire du breton l’expression nationale d’un peuple à travers une langue standard et une orthographe unifiée.
Entre 1954 et 1972, la production littéraire est croissante en qualité comme en quantité. En 1954, la revue littéraire bretonnante Al Liamm, incite son lectorat à comparer la Bretagne à d’autres nations qui se sont émancipées, ou qui étaient en voie d’émancipation ou de reconquête nationale. Il y a aussi des revues comme SKED (entre 1947 et 1954) ou Le Peuple Breton (première version, parue en 1947 et 1948).
La musique bretonne, qui connaît un renouveau depuis les années 40, connaît un développement grâce aux travaux de Georges Cochevelou, qui construit une première harpe bardique à cordes métalliques en 1964.
Les années 1970 sont marquées par une explosion de produits culturels en rapport avec une nouvelle image de la Bretagne. En , a lieu la première édition de ce qui se nomme alors la « Fête des Cornemuses », et en 1972, Alan Stivell, fils de Georges Cochevelou, passe à l'Olympia.
Cette évolution se traduit aussi sur le plan institutionnel avec la loi Deixonne en 1951, qui autorise l’enseignement facultatif des « langues et dialectes locaux »,, la signature en 1977 par l'État français d'une charte culturelle officialisant l'existence d'une « personnalité culturelle » de la région, la reconnaissance en 2008 du breton comme patrimoine français dans la Constitution, puis, le , la fondation de l’Office de la langue bretonne.
Des lieux de rencontre, de réflexion et de recrutement pour les militants bretons sont fondés par plusieurs dizaines d'anciens résistants. En 1947, un prêtre breton fonde la Mission bretonne, qui accueille et forme les Bretons d’Île-de-France à travers des ateliers, des cours et des fest-noz sur la culture bretonne.
En 1952, est fondée la fédération Kuzul ar Brezhoneg, qui regroupe les associations bretonnes touchant aux domaines de l'édition, l'apprentissage de la langue, la collaboration avec des magazines et le développement de relations inter-celtiques et internationales.
Polig Monjarret crée le premier bagad civil en 1948 : la Kevrenn Paotred an Hent Houarn de Carhaix (en français : Bagad des cheminots de Carhaix).
En 1950, est fondée la fédération Kendalc’h qui regroupe les organisations culturelles du mouvement breton, ainsi que le Comité d’études et de liaison des intérêts bretons (CELIB) et La Vie Bretonne.
Entre 1970 et 1976, plusieurs acteurs culturels bretons organisent un foyer culturel au manoir de Menez Kamm.
En , est fondée l'association Institut culturel de Bretagne, qui vise à promouvoir la culture bretonne,, et en 1984, l'association Stourm ar Brezhoneg qui milite pour l'instauration d'une signalisation routière en langue bretonne.
À partir de 1950, le Comité d'étude et de liaison des intérêts bretons cherche à « désenclaver une Bretagne économiquement en retard et à réduire une émigration pénalisante ». Fondé autour de l'homme politique René Pleven, le CELIB s’approprie des thématiques économiques régionales et exprime des préoccupations liées à l’aménagement du territoire afin de servir les intérêts économiques de la Bretagne.
En 1967, divers épisodes revendicatifs exigent une action résolue de l’État en faveur de la région. Ces revendications sont portées par des étudiants, des agriculteurs inquiets face à la mise en place du marché commun agricole et des ouvriers atteints par le freinage de la déconcentration industrielle.
Le , une délégation du CELIB est reçue à l’Hôtel de Matignon.
En 1993, l'association « Certifié Bretagne », renommée « Produit en Bretagne », est fondée dans le but de promouvoir l'économie bretonne.
En 1957, le Mouvement pour l’Organisation de la Bretagne (MOB) est créé par Yann Fouéré, dont il est le leader jusqu'en 1969.
En 1963, les membres d’Ar Falz concourent à la formation du Comité d’action pour la Bretagne (CAB), qui regroupe le PCF, le PSU, la SFIO, la FEN, la CGT et la CFTC, et les engagent notamment dans les mobilisations pour la défense des forges d’Hennebont. Ce mouvement se veut aussi une réponse à « l'hostilité foncière du pouvoir à satisfaire ses revendications culturelles, notamment l’enseignement du breton ». À la suite d'une scission au sein du MOB, une partie de ses membres forment l’Union démocratique bretonne (UDB) en 1964.
En 1966, le Front de libération de la Bretagne (FLB) revendique son premier attentat.
En 1969, le Premier ministre Georges Pompidou valide un vaste Plan routier breton, qui prévoit la construction de voies rapides pour relier les grandes villes de la région,.
À partir des années 1970, la position de la Loire-Atlantique dans les Pays de la Loire est de plus en plus contestée. Durant cette même période se développe l'idée de « colonialisme intérieur » dont serait victime la Bretagne vis-à-vis de Paris, idée partagée par le Parti communiste breton, fondé en 1971 et qui revendique l’autonomie voire l’indépendance de la Bretagne, qu’il considère comme une nation à part entière, avec ses langue, culture et histoire. Il s’oppose à l’assimilation française. Cette combinaison d’idéaux communistes et nationalistes est symbolisée par le slogan « Pour une Bretagne libre et autogérée ». L'indépendantisme de la Bretagne est partagé par le Strollad pobl vreizh, fondé en 1979, qui est le premier parti ouvertement séparatiste depuis la Seconde Guerre mondiale.
Dans les années 1970, apparaissent des organisations clandestines de « propagande armée » dont principalement le Front de libération de la Bretagne – Armée révolutionnaire bretonne. Ces groupes dénoncent « l'emprise de l'État colonial français »,. Onze militants du FLB comparaissent devant la Cour de sûreté de l'État en 1972. Des mesures d’amnistie liées aux élections présidentielles sont promulguées en 1969 et 1974 pour des militants du Front de Libération de la Bretagne, puis en 1981 afin d'entériner « l’oubli » de la période précédente et organiser la pacification nationale,.
L'année 1972 est marquée par la « grève du lait », un ensemble de manifestations contre la baisse du prix du lait, ainsi que par des grèves contre le niveau bas des salaires dans l'industrie.
Aux élections législatives de 1973, le Strollad Ar Vro récolte 2,65 % des suffrages exprimés dans les départements des Côtes-du-Nord, du Finistère, de l'Ille-et-Vilaine et de la Loire-Atlantique. La même année est organisée le colloque Bretagne et autogestion à Mûr-de-Bretagne.
Le , le gouvernement de gauche de François Mitterrand abandonne le projet fortement contesté de centrale nucléaire à Plogoff, suite au large mouvement citoyen apparu à cette occasion.
La loi de décentralisation de 1982 érige les régions en collectivités territoriales et institue l'élection de leurs conseils au suffrage universel direct.
Dans les années 1990, émerge le syndicat étudiant Dazont qui devient au milieu de la décennie le premier syndicat étudiant en Bretagne, mais disparaît en 1998.
En 1997 est fondée la Fédération bretonne légitimiste (d), un cercle légitimiste.
Le , une explosion provoque la mort de Laurence Turbec, employée au restaurant McDonald's de Quévert. Des membres du mouvement indépendantiste breton sont suspectés. En effet, le même jour, un colis piégé a été désamorcé devant un bureau de poste à Rennes, contenant des explosifs provenant d'un stock volé à Plévin et déjà utilisé par l'ARB. En outre, un attentat visant également un McDonald's avait fait des dégâts matériels quelques jours auparavant à Pornic, avec le même lot d'explosifs et revendiqué par l'ARB. Des liens avec l'organisation basque ETA sont mis au jour lors de l'affaire de Plévin. En , les quatre militants poursuivis sont acquittés pour ce fait. Le parquet ayant fait appel de trois de ces quatre acquittements, cet appel est jugé irrecevable en . Le parquet s'étant pourvu en cassation contre cet arrêt, la Cour de cassation lui donne tort. Les militants poursuivis sont donc définitivement blanchis.
Le , le nom de Roparz Hemon est retiré du fronton du collège Diwan de Relecq-Kerhuon. La même année est fondé Adsav, mouvement créé par Padrig Montauzier, à la suite d'une sission avec le Parti pour l'organisation de la Bretagne libre (POBL) et dont il constitue l'aile la plus à droite.
Le Sindikad Labourerien Breizh (Syndicat des Travailleurs de Bretagne) est un syndicat de langue bretonne, inscrit à gauche, fondé en 2001.
En 2003 est fondé le Parti breton (PB), un parti nationaliste breton centriste, suivi en 2010 par le Mouvement Bretagne et Progrès (MBP), engagé à gauche, qui devient Pour la Bretagne ! (Breizh War Raok ! en breton) lors du renouvellement de son Conseil d'administration en 2018, et obtient en 2021 un conseiller régional en la personne de Christian Troadec, l'emblématique maire de Carhaix-Plouguer.
En 2013, le musicien Frank Darcel monte avec Caroline Ollivro le mouvement Breizh Europa (d),. Lors des élections municipales de 2014, il dirige la campagne de la liste « Rennes Bretagne Europe » menée par Caroline Ollivro, qui obtient 3,82 % au premier tour. En , il devient le nouveau président du mouvement.
En 2015, 8 à 10 % des véhicules qui circulent à Rennes disposent d'un autocollant avec un signe de rattachement de Nantes à la région Bretagne. Ce chiffre monte à 20 % en Basse-Bretagne. Cette même année, le MBP et l'UDB se rassemblent dans la plateforme Oui la Bretagne pour les élections régionales,.
En 2018, est annoncée la formation du collectif Dispac'h (d), dont les membres sont notamment connus pour leurs actions concernant les maisons secondaires. Durant la distribution du film Bécassine !, le collectif appelle par ailleurs au boycott du film.
En 2020, des militants de Dispac'h et Breizhistance fondent Douar ha Frankiz, une organisation politique indépendantiste et anticapitaliste.
« le mouvement breton est né. [...] Au congrès de Saint-Malo, en 1849 »
« le mouvement breton a été constitué dans le courant du "nationalisme romantique" »