Coefficient binomial

En mathématiques, les coefficients binomiaux, ou coefficients du binôme, définis pour tout entier naturel n et tout entier naturel k inférieur ou égal à n, sont des entiers donnant le nombre de parties (ou sous-ensembles, non ordonnés) à k éléments d'un ensemble à n éléments. On les note — qui se lit « k parmi n » — ou , la lettre C étant l'initiale du mot « combinaison ».

Les coefficients binomiaux sont donnés par :

,

ou, de manière équivalente, mais plus compacte, à l'aide de la fonction factorielle :

.

Ils interviennent dans de nombreux domaines des mathématiques : formule du binôme en algèbre, dénombrements, développement en série, lois de probabilités, etc. On peut les généraliser, sous certaines conditions, aux nombres complexes.

Lecture et expressions dans divers langages informatiques

Le coefficient binomial se lit « k parmi n » en français, mais « n choose k » en anglais. Cette inversion de l'ordre de n et k se retrouve dans les langages informatiques ; par exemple, se note :

Établissement de la formule

Le coefficient binomial est le nombre de parties à k éléments d'un ensemble à n éléments. Par exemple, un ensemble à 4 éléments {a,b,c,d} contient parties à deux éléments, à savoir : {a,b}, {a,c}, {a,d}, {b,c}, {b,d}, {c,d}. Dans un jeu de cartes à 52 cartes, il y a mains possibles de 5 cartes (l'ordre des cartes dans une main ne compte pas) soit 2 598 960.

On dit aussi que est le nombre de k-combinaisons prises dans un ensemble à n éléments. Il se détermine en calculant de deux façons différentes le nombre de façons de choisir éléments de cet ensemble dans un ordre donné, autrement dit le nombre de k-arrangements dans cet ensemble. Premièrement on a :

.

En effet, on choisit le premier élément parmi les éléments de l'ensemble, le deuxième élément parmi éléments (puisque l'on ne peut pas reprendre le premier élément), le troisième parmi , etc. Deuxièmement, on a

.

En effet, on choisit une partie à k éléments, que l'on peut permuter de façons différentes pour obtenir un ordre donné. La confrontation des deux calculs donne l'expression algébrique de , pour k variant de 0 à n :

en particulier, (dans un ensemble à n éléments, il y a exactement une partie à 0 élément : l'ensemble vide) et de même, .

Si k est strictement négatif ou strictement supérieur à n, le coefficient binomial est nul.

Définition récursive des coefficients binomiaux

La formule de Pascal lie les coefficients binomiaux : pour tout couple (n,k) d'entiers naturels,

On la démontre par un raisonnement combinatoire, mais on peut aussi utiliser la forme factorielle.

Elle est à la base de la construction du triangle de Pascal qui permet un calcul rapide des coefficients pour de petites valeurs de n :

0 :1
1 :11
2 :121
3 :1331
4 :14641
5 :15101051
6 :1615201561
7 :1 7 213535217 1 
8 :1 8 28567056288 1 

Les coefficients pour figurent à la ligne d'indice n. Le triangle est construit en plaçant des 1 aux extrémités de chaque ligne et en complétant la ligne en reportant la somme des deux nombres adjacents de la ligne supérieure. le nombre k se lit de gauche à droite sur la ligne d'indice n en partant de 0 jusqu'à n.

Utilisation des coefficients binomiaux

Développement du binôme de Newton

Visualisation des coefficients binomiaux dans , , , .

Ces nombres sont les coefficients qui apparaissent en développant la puissance n-ième de x + y :

Par exemple, on a :

En regardant la cinquième ligne du triangle de Pascal, on obtient les valeurs des coefficients binomiaux. Ainsi :

.

Dérivée d'ordre n d'un produit de fonctions

Si n est un entier supérieur ou égal à 1, et f et g deux fonctions n fois dérivables en un point x, alors leur produit fg est aussi n fois dérivable au point x, et la dérivée d'ordre n est donnée par la formule de Leibniz :

Par exemple,

Combinatoire et statistique

Les coefficients binomiaux sont importants en combinatoire, parce qu'ils fournissent des formules utilisées dans des problèmes fréquents de dénombrement :

Il n'existe pas d'autres possibilités vu que l'ordre n'importe pas (« carreau - pique » est équivalent à « pique - carreau »).

Propriétés arithmétiques des coefficients binomiaux

Divisibilité

Si p est un nombre premier et pr est la plus grande puissance de p qui divise , alors r est égal au nombre d'entiers naturels j tels que la partie fractionnaire de k⁄pj soit plus grande que la partie fractionnaire de n⁄pj. C'est le nombre de retenues dans l'addition de k et n – k, lorsque ces deux nombres sont écrits en base p,.

En particulier, est toujours divisible par (pgcd signifie plus grand commun diviseur).

La règle permet de déterminer les qui sont pairs. Il suffit pour cela de prendre p = 2 et r ≥ 1. La soustraction de n par k nécessite donc au moins une retenue en binaire. Cela signifie que, dans le développement binaire de n, il se trouve au moins un 0 situé au même rang qu'un 1 dans le développement binaire de k.

À l'inverse, est impair si, à chaque fois que k possède un 1 dans son développement binaire, il en est de même de n au même rang. On dit que k implique n. Par exemple, si n est de la forme 2m – 1, tous ses chiffres binaires valent 1, et tous les seront impairs. Si n = 2m, alors n possède un seul 1 dans son développement binaire, et seuls et sont impairs, tous les autres sont pairs.

Une conséquence du théorème de Wilson est que n ≥ 2 est premier si et seulement si tous les sont congrus à modulo n (pour ) . Par exemple, les nombres de la 6e ligne du triangle de Pascal ( 1, 6 ,15, 20, 15, 6, 1) deviennent, après correction par , (0,7,14,21,14,7,0), tous multiples de 7.

Coefficients binomiaux égaux à des puissances

On a , mais pour , Erdős a démontré en 1951 que le coefficient binomial n'est ni un carré, ni aucune puissance d'ordre supérieure .

Généralisations

Élargissement du domaine de définition

Jusqu'à présent le coefficient binomial était défini pour k et n entiers naturels avec k ≤ n. Il existe plusieurs manières d'étendre le domaine de définition (ces différentes extensions de la définition étant compatibles les unes avec les autres).

Récapitulatif des généralisations
Généralisation Domaine de définition Définition Notations et remarques

désigne la fonction gamma.

.

.

.

Coefficients multinomiaux

Une autre généralisation importante des coefficients binomiaux part de la formule du multinôme de Newton, laquelle permet de définir les coefficients multinomiaux.

Formules faisant intervenir les coefficients binomiaux

On suppose que k, n sont des entiers ; x, y, z, z′ des complexes.

On rappelle que :

(formule de Pascal)
(formule du binôme de Newton)

Les formules suivantes peuvent être utiles :

et plus généralement (formule parfois dite « du pion »).

En remplaçant dans (3) x = y = 1, on obtient

 ;

De nombreuses formules analogues peuvent être obtenues ainsi ; par exemple, avec x = 1 et y = −1, on obtient

si  ;

avec x = 1 et y = i (donc y2 = −1), on obtient

.

Dans l'identité (3), en remplaçant x par 1 et en prenant la dérivée en 1 par rapport à y, il vient

En développant (1 + x)n(1 + x)m = (1 + x)m+n avec (3), on obtient l'identité de Vandermonde :

et plus généralement

À partir du développement (8), en remplaçant m et r par n et en utilisant (4), on obtient

.

En développant (1 + x)2n(1 – x)2n = (1 – x2)2n et en observant le coefficient devant x2n, on obtient

.

On a

,

où Fn+1 désigne le (n+1)-ième terme de la suite de Fibonacci.

Pour tous entiers naturels m, n et r ≥ m + n,

Cet analogue de l'identité de Vandermonde (8) peut se démontrer de la même façon, à partir de la formule du binôme négatif. Un cas particulier est (pour tous entiers ) (formule d'itération de Pascal) :

.

Encadrement et approximations

L'encadrement suivant fait intervenir le nombre de Neper et est valable pour toute valeur de k et n :

L'écart entre les deux bornes croit exponentiellement, c'est pourquoi il peut être préférable d'utiliser un équivalent asymptotique lorsque l'on connait le comportement de k par rapport à celui de n. Grâce à la formule de Stirling, lorsque n et k tendent vers l'infini on a :

.

Mais pour être plus précis, il faut particulariser à différents régimes asymptotiques,. Dans les cas ci-dessous, est la fonction entropie binaire.

Notes et références

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Binomial coefficient » (voir la liste des auteurs).
  1. ↑ Les deux notations sont préconisées par la norme ISO/CEI 80000-2:2009 : la première est celle du « coefficient binomial » (2-10.4) et la seconde celle du « nombre de combinaisons sans répétition » (2-10.6). ISO 80000-2:2009, Grandeurs et unités — Partie 2: Mathématiques, Première édition du 1er décembre 2009, chapitre 10 : Combinatoire.
  2. ↑ « Coefficient binomial en Python ».
  3. ↑ (en) « binomial ».
  4. ↑ (en) « Binomial ».
  5. ↑ Pour plus de détails, voir le chapitre « Combinaisons sans répétition » sur Wikiversité.
  6. ↑ Y compris pour car . Cf. par exemple F. Benoist, B. Rivet, S. Maffre, L. Dorat et B. Touzillier, Mathématiques ECS 1re année, Dunod, (lire en ligne), p. 9.
  7. ↑ Voir par exemple cet exercice corrigé de la leçon « Sommation » sur Wikiversité.
  8. ↑ Voir par exemple Benoist et al. 2011, p. 9, ou le chapitre « Formule du binôme » de la leçon « Sommation » sur Wikiversité.
  9. ↑ (de) E. E. Kummer, « Über die Ergänzungssätze zu den allgemeinen Reciprocitätsgesentzen », J. Reine Angew. Math., vol. 44,‎ , p. 93-146 (lire en ligne).
  10. ↑ (en) Donald E. Knuth, The Art of Computer Programming, vol. 1 : Fundamental Algorithms (lire en ligne), § 1.2.6, ex. 11.
  11. ↑ Vincent Beck, « Variations autour du théorème de Wilson », 2020-2021, corollaire 10.
  12. ↑ Martin Aigner, Günter M. Ziegler, Raisonnements divins, Springer, , p. 15-18
  13. ↑ (en) John D. Cook, « Binomial coefficients ».
  14. ↑ Ces définitions sont compatibles lorsque les domaines de définitions s'intersectent.
  15. ↑ René Adad, « Principales propriétés des coefficients binomiaux » (consulté le )
  16. ↑ Cf. Propriété 12 de la suite de Fibonacci.
  17. ↑ Voir par exemple cet exercice corrigé de la leçon sur les séries génératrices sur Wikiversité.
  18. 1 2 3 (en) Shagnik Das, « A brief note on estimates of binomial coefficients », Voir la formule 5. Et la formule 7, moins précise que la borne fournie dans wiki mais qui a le même comportement. Accès libre (consulté le ), p. 5
  19. 1 2 (en) Neven Elozovic (théorème 7.10 page 1024, prendre p=1, r=alpha et s=1-alpha), « Asymptotic expansions of gamma and related functions, binomial coefficients, inequalities and means » [« développement asymptotique de la fonction gamma et de fonctions associées, de coefficients binomiaux, d'inégalités et de moyennes »], Journal of Mathematical Inequalities, vol. 9, no 4,‎ , p. 1001-1054 (lire en ligne).

Voir aussi

Articles connexes

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Bibliographie

Liens externes

Gérard Eguether, « Coefficients binomiaux »