Un golem (hébreu: גולם, «embryon», «informe» ou «inachevé») est, dans la mystique puis la mythologie juive, un être artificiel, généralement humanoïde, fait d’argile, incapable de parole et dépourvu de libre-arbitre, façonné afin d’assister ou défendre son créateur.
Déjà mentionné dans la littérature talmudique, il acquiert une popularité considérable dans le folklore juif d’Europe centrale, où il est associé à la figure du Maharal de Prague et aux accusations de meurtre rituel envers les Juifs. Dans l’une des versions les plus populaires de sa légende, reprise par certains contes chrétiens, il naît de la terre glaise après que quatre sages, figurant les quatre éléments, ont pourvu sa matière informe de leurs attributs; sur son front figure le mot emet (אמת, «vérité») qui devient, lorsque sa première lettre est effacée, met (מת, «mort»), faisant retourner l’homme artificiel à la poussière.
Négligeant la spécificité de cette créature, quelques auteurs affirment que les légendes du golem auraient pu inspirer bon nombre de figures de l’imaginaire moderne dont le monstre de Frankenstein (dans sa version filmée) ou Superman.
Le golem dans les sources juives
La première occurrence du terme golem apparaît en Psaumes 139:16: «Galmi (i.e. mon golem) tes yeux ont vu»—le psalmiste loue ainsi Dieu qui le connaît avant même que sa chair n’ait pris forme. Commentant ce verset, Rabbi Yonathan interprète le golem comme un embryon dont les membres n’ont pas encore été formés et la Mishna désigne figurativement comme golem la personne dont les dons intellectuels et sociaux sont demeurés à l’état brut.
Se basant sur le même verset, le Talmud enseigne que Dieu, créant Adam, le fit d’abord golem, l’élevant du sol au firmament avant de lui insuffler son âme. Par ailleurs, comme «ce sont vos fautes qui ont creusé un abîme entre vous et votre Dieu» (Isaïe 59:2), Rava, commentateur babylonien du IVesiècle, affirme que les justes qui se sont préservés des fautes pourraient, s’ils en avaient envie, créer un monde. Il crée donc un homme qu’il envoie aider Rabbi Zeira mais celui-ci, s’apercevant que «l’homme» ne lui répond pas, comprend sa nature et lui ordonne de retourner à la poussière. De même, Rav Hanina et Rav Ochaya façonnent un veau en consacrant toutes les veilles de chabbat à étudier le Sefer Yetsira.
Il n’est pas certain qu’il s’agisse là du Sefer Yetsira connu comme le plus ancien traité de mystique juive (certains exégètes penchent plutôt pour un surnom au Livre de la Genèse) mais cette hypothèse est retenue par la croyance populaire, prompte à reconnaître la puissance créatrice des lettres hébraïques. Le Sefer Yetsira est étudié au Moyen Âge afin de créer et animer un golem, à la suite d'une expérience extatique induite par l’usage rituel de diverses lettres de l’alphabet hébraïque formant l’un des noms de Dieu,.
La légende de rabbi Loew
La façade arrière de la synagogue Vieille-Nouvelle à Prague où l’on voit les barreaux scellés dans le mur qui permettent d’accéder aux combles.
Selon d’autres sources, le rabbin qui l’a conçu au XVIesiècle, était le Maharal de Prague nommé Yehudah-Leib ou Loew ben Bezabel, afin de protéger la communauté des pogroms.
Il lui a donné la vie en inscrivant EMET(H) (אמת, vérité en hébreu et un des noms de Dieu) sur son front et en introduisant dans sa bouche un parchemin sur lequel était inscrit le nom ineffable de Dieu, parfois dit Hachem (Le Nom) pour ne pas le prononcer.
Pour l'arrêter, il fallait effacer la première lettre (l'aleph א) car MET(H)(מת) signifie mort. Le golem étant devenu trop grand pour que le rabbin pût effacer l'aleph, rabbi Loew lui demanda de lacer ses chaussures, ce qu’il fit. La créature se baissa et mit son front à portée de son créateur, le golem redevint ce qui avait servi à sa création: de la terre glaise.
Une légende veut que le golem inactif soit entreposé dans la genizah (entrepôt des vieux manuscrits hébreux, il est interdit de jeter des écrits qui contiennent le nom du Très-Haut) de la communauté juive de Prague, qui se trouve dans les combles de la synagogue Vieille-Nouvelle de Josefov, qui serait d'ailleurs toujours scellée et gardée.
La légende du golem a inspiré de nombreux auteurs au fil des années, et la créature a été utilisée dans de nombreuses œuvres fantastiques avec plus ou moins de fidélité à la légende originelle.
Si certaines œuvres font clairement référence à la créature juive, la plupart des œuvres médiévales-fantastiques utilisent le mot golem pour désigner n’importe quelle créature humanoïde créée à partir de matière inerte par un magicien. Le plus souvent, il n’est plus question de tradition juive, de mots placés dans la bouche ou la tête de la créature, et celle-ci n’est plus forcément faite d’argile.
Le mot golem n’est d’ailleurs plus toujours utilisé pour décrire ces créatures. Il est souvent question d’«élémentaux» (créature faite d’un élément) ou tout simplement de noms inventés par l’auteur. Néanmoins, on reconnaît toujours la notion de serviteur créé par l’homme, qui renvoie à la légende originelle.
Le golem inspira directement le folklore yiddish: de nombreuses troupes de théâtre juives d’Europe de l’Est jouaient des adaptations de la légende du golem. Le golem et ses variations sont présents dans la majorité des médias (séries télévisées, dessins animés, bande dessinées, romans, films, jeux vidéo, etc.).
Plus récemment, le terme «golem» a été repris par l'extrême-droite, originellement sur le forum anglophone 4chan, puis sur le forum 18-25 de jeuxvideo.com, pour désigner une personne dépourvue de libre arbitre et obéissante. Selon les journalistes Maxime Macé et Pierre Plottu de Libération, ce sens renvoie en particulier à un imaginaire antisémite ou complotiste.
1922: Une version inspirée du Golem expressionniste de Paul Wegener (1922) a été réalisée en dessin animé par Gyora Gal Glupczynski (Atelier de Production de La Cambre - Bruxelles 1983)[réf.nécessaire].
1952: Martin Frič, cinéaste tchécoslovaque, qui, sous le titre Le Golem(cs) (Císařův pekař - Pekařův císař, littéralement «Le Boulanger de l’Empereur et l’Empereur des Boulangers»), réalise en 1951 deux films qui sont présentés en un seul en Europe dès 1952 sous le titre Le Boulanger de l'empereur.
2011: Dans Iron Invader(en), des bactéries extraterrestres ont animé un golem de fer.
Isaac Bashevis Singer (1904-1991), écrivain yiddish, et prix Nobel de littérature en 1978, a également écrit sa propre version, Le Golem, publiée en yiddish en 1969 puis réécrite et traduite en anglais en 1982.
Dans son roman Golems (2004), Alain Delbe imagine que des occultistes nazis (Otto Rahn et Wiligut) vont sur l’ordre d'Himmler arracher aux Juifs de Prague le secret du Golem.
Le mythe du Golem occupe une place importante dans La Procédure de Harry Mulisch, où le narrateur, biologiste contemporain, réussit à créer un être humain.
Dans la collection grand détectives (10/18), le thème central du livre Les Pièges du crépuscule de Frank Tallis est la reproduction d’un golem dans la Vienne du début du XXesiècle.
Dans son recueil de nouvelles Les Oliviers du Négus, Laurent Gaudé fait du Golem un des personnages principaux de sa troisième nouvelle Je finirai à terre. Au cours de la Première Guerre mondiale, la terre elle-même fabrique le Golem, pour se venger des blessures que les hommes lui infligent.
Dans son recueil de nouvelles Loin à l'intérieur (prix Littré 2006), Armand Cabasson place un Golem au cœur de sa nouvelle intitulée Cassés comme des Bois Verts.
Le Golem d'Hollywood de Jonathan Kellerman et Jesse Kellerman paru en 2015, enquête policière fondée sur la légende du Golem de Prague et de son créateur le Maharal.
Dans le tome 2 de la trilogie Bartiméus, L’œil du Golem, de Jonathan Stroud, paru en 2004, la figure du Golem tient une place importante au cœur de l'intrigue.
Dans les aventures de Bob Morane, L’Arbre de l’Éden (texte Vernes, dessin Coria, édition Le Lombard, 1994), une communauté juive est protégée par les Golems traquant les partisans de l’«Ordre noir».
L'album Le silence de Malka de Jorge Zentner (scénariste) et Rubén Pellejero (dessinateur), chez Casterman, primée au festival d'Angoulême 1997, donne une relecture originale de la légende du Golem. L'intrigue se déroule principalement en Argentine tout à la fin du XIXesiècle.
Le Golem est un personnage récurrent du scénariste et dessinateur Joann Sfar. Il apparaît dans une de ses premières œuvres, Le Petit Monde du Golem, 1998, aux éditions L'Association et, entre autres, dans l’album du Grand Vampire Le peuple est un golem paru aux éditions Delcourt en 2005.
Le Legs de l'alchimiste (bande dessinée) de Bachelier et Hubert (édition Glénat) fait une large place au personnage du Golem ainsi que des références à la légende de rabbi Loew dans ses tomes 1 (Joachim Overbeck, 2002) et 5 (Anna et Zaccharia, 2007).
De nombreuses cartes-monstres du jeu de cartes à jouer et à collectionner Yu-Gi-Oh! représentent des golems, telles de Golem Millénaire, Golem Destructeur, Golem de Lave ou encore Golem Gogogo; ces cartes sont la plupart du temps de type Rocher ou Machine. La carte Golem Rouages Anciens est la carte phare de l'extension Le Millénaire Perdu (2005), apparaissant sur les paquets des pochettes-recharges. À noter que le jeu de cartes utilise des mythes et légendes de toutes les cultures et époques comme inspirations, les golems ne faisant pas exception.
Jeux vidéo
Dans la série de jeu Diablo, le golem est la créature principale pour la classe des personnages nécromanciens.
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↑T.J. Nidda 3:3, voir aussi la traduction Chouraqui sur ce verset.
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↑Leib, de l’allemand Loewe/Lion, est le surnom judéo-allemand de Yehudah/Juda, dont le symbole de la tribu est un lion; cf. Genèse 49:9, «Gour Aryé», lionceau, qui est par ailleurs, le titre d’une de ses œuvres