Les Ingouches (en ingouche: гIалгIай, en russe: ингуши), sont un peuple de Ciscaucasie habitant majoritairement la République russe d'Ingouchie. Ils parlent ingouche. Les Ingouches se nomment eux-mêmes Ghalghaï (de l'ingoucheghal: forteresse, ghaï: habitants). Dans le monde, on compte environ 1 million d'Ingouches.
Origines
De 10 000 à 8 000 av. J.-C.: migration des proto-Ingouches du croissant fertile, où ils pratiquaient l'élevage et l'agriculture irriguée, vers les montagnes du Caucase.
De 6 000 à 4 000 av. J.-C.: apparition de la poterie. D'anciennes zones de peuplement, près d'Ali-Yurt et de Magas, découvertes à l'époque moderne, révèlent la présence d'outils primitifs comme des haches de pierre, des couteaux de pierre, des pierres percées et des plats en argile. Dans les plaines, des habitations sont fabriquées en briques faites d'argile. Les montagnes voient naître des villages faits de pierre et entourés de murs, certains d'entre eux datent de 8 000 ans av. J.-C..
De 4 000 à 3 000 av. J.-C.: affirmation de la culture dené-caucasienne. Apparition de la roue (3 000 av. J.-C.), domestication du cheval, travail du métal (cuivre, or, argent et fer). De nombreux objets (vaisselle, armures, dagues, couteaux, embouts de flèches) de cette période ont été retrouvés près des villes de Naser-Kort, Muzhichi, Yi-E-Borz (aujourd'hui Surkhakhi(ceb)) et Abi-Goo (aujourd'hui Nazran).
L'histoire des Ingouches est fortement liée à celle des Tchétchènes; leurs ancêtres communs sont issus des tribus connues sous le nom de Vainakh qui vécurent dans les régions montagneuses du Caucase. La christianisation s'effectue par l'empire byzantin, puis la Géorgie. Lors des invasions tataro-mongoles et de Tamerlan, une partie significative de la population ingouche est contrainte de se retirer dans les montagnes. Les Ingouches s'installent alors dans les plaines de Ciscaucasie entre le XVesiècle et XVIesiècle.
En 1810, la Russie impose son autorité en partie aux Ingouches. Les essais forcés de restauration d'un christianisme russe se révèlent infructueux. En réaction, on assiste à une islamisation, principalement contre la présence russe, qui fédère les peuples caucasiens (1870-1920). Vers la fin du XIXesiècle, la plus grande partie de la population se convertit à l'islam.
Dans son bilan annuel sur la situation des «déplacés spéciaux» rédigé quelques mois avant la mort de Staline, le 9edépartement du KGB désigna les Ingouches et Tchétchènes comme étant le peuple le plus «incorrigible qui soit» contaminé par l'oisiveté, le banditisme et le fanatisme panislamique. Se fondant sur le rapport du KGB qui conclut qu'«une seconde déportation ne résoudrait pas le problème», les hauts responsables soviétiques jugèrent «inappropriée et inutile» la proposition en juin 1952 du ministère de l'Intérieur kazakh de «déporter les Ciscaucasiens encore plus loin, vers les zones les plus isolées du Kazakhstan».
En juin 1956, le nouveau ministre de l'Intérieur kazakh Doudorov adresse un mémorandum à Nikita Khrouchtchev dans lequel il préconise la création d'une région autonome tchétchéno-ingouche située au Kazakhstan ou au Kirghizistan où seraient établis les Ciscaucasiens. Le Présidium rejette la proposition et libère les «déplacés spéciaux» tchétchéno-ingouches à la condition qu'ils signent un engagement stipulant qu'ils renoncent à rentrer chez eux et à demander une compensation. Plus d'un tiers des déplacés refusèrent de signer le document. Finalement, par un décret du 7 janvier 1957, le Præsidium du Soviet suprême restaure la République autonome de Tchétchénie-Ingouchie, plus ou moins dans ses frontières de 1944, et autorisa les déplacés à rentrer chez eux.
Retour
Durant les années d'exil, la république de Tchétchénie-Ingouchie est dissoute et une partie de la population ossète s'installe en Ingouchie ce qui rattacha de facto certaines régions d'Ingouchie à l'Ossétie du Nord tel le district de Prigorodny. Le retour des Ingouches est mal accueilli par les Ossètes et de nombreux troubles en découlèrent, comme le conflit en Ossétie du Nord de 1992 qui vit près de 10 000 Ingouches du district de Prigorodny forcés de quitter leurs maisons.
Culture
Les Ingouches possèdent une culture faite de traditions, légendes, poèmes, contes, chansons et proverbes. La musique, les chansons et la danse sont particulièrement prisées, la danse lezginka est la danse culturelle des Ingouches. Les instruments de musique traditionnels sont le dakhch-pandr (une sorte de balalaïka), le kekhat pondur (un accordéon joué habituellement par des femmes), un violon à trois cordes, la zurna, le tambourin et le tambour.
12(ru) Makka Albogachieva, Ислам в Ингушетии: этнография и историко-культурные аспекты, Saint-Pétersbourg, Российская академия наук; Музей антропологии и этнографии им. Петра Великого (Кунсткамера), (ISBN978-5-88431-349-1, lire en ligne), p.4
↑Nikolaï Féodorovitch Bougaï, (ru) K voprosu o deportacii narodov SSSR v 30-40ch godakh («Sur la déportation des peuples d'URSS dans les années 1930-1940»), rev. Istorija SSSR no6, Moscou 1989
(en) James Minahan, «Ingush», dans Encyclopedia of the stateless nations: ethnic and national groups around the world, vol.2, Westport, Conn., D-K, Greenwood Press, (ISBN0-313-32110-8), p.782-787.
Mariel Tsaroieva, Anciennes croyances des Ingouches et Tchétchènes: peuples du Caucase du nord, Paris, Maisonneuve & Larose, , 429p. (ISBN2-7068-1792-5) (texte remanié d'une thèse d'Histoire des religions, INALCO).
Mariel Tsaroieva, Les racines mésopotamiennes et anatoliennes des Ingouches et des Tchétchènes, Paris, Riveneuve, , 329p. (ISBN978-2-914214-32-2) (texte remanié d'une thèse de post-doctorat d'Ethnologie, EPHE).
Mariel Tsaroieva (trad.Mariel Tsaroieva), Mythes, légendes et prières ancestrales des Ingouches et Tchétchènes, Paris, l'Harmattan, , 353p. (ISBN978-2-296-09382-9).
Mariel Tsaroieva, Panthéon des Ingouches, peuple du Caucase central, Paris, du Cygne, , 254p. (ISBN978-2-849-24517-0).
(ru) E. Sevryukova, «Связанные родством» [«Liés par la parenté»], Наши лица, Moscou, (lire en ligne)
Christoph Pan, Beate Sibylle Pfeil, Michael Geistlinger, National Minorities In Europe, Purdue University Press, 2004 (ISBN978-3700314431): «The Peoples of Europe by Demographic Size», table 1, p.11f.