Allemand

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Cet article concerne la langue allemande. Pour les autres significations, voir Allemand (homonymie).

Allemand
Deutsch (de)
Pays Allemagne, Autriche, Belgique, Italie, Liechtenstein, Luxembourg, Suisse, Pologne, Roumanie, Namibie, Brésil, Danemark, France, Hongrie
Nombre de locuteurs 95 - 100 millions (langue maternelle)
75 - 100 millions (langue étrangère)
Nom des locuteurs Germanophones
Typologie SOV (ou SVO) + V2, flexionnelle, accusative, accentuelle, à accent d'intensité
Écriture Alphabet latin
Classification par famille
Statut officiel
Langue officielle Drapeau de l'Allemagne Allemagne
Drapeau de l'Autriche Autriche
Drapeau de la Belgique Belgique
Drapeau du Liechtenstein Liechtenstein
Drapeau du Luxembourg Luxembourg
Drapeau de la Suisse Suisse
Garde suisse pontificale (Vatican)
Union européenne
  • Langue régionale officielle

Drapeau de la région du Trentin-Haut-Adige Trentin-Haut-Adige (Italie)

  • Langue locale officielle

Drapeau de Krahule Krahule (Slovaquie)

  • Langue auxiliaire officielle dans certaines municipalités

Drapeau de la voïvodie d'Opole Voïvodie d'Opole (Pologne)

  • Langue auxiliaire officielle dans certaines municipalités


Drapeau de la Hongrie Hongrie,

  • Langue nationale non officielle :

Drapeau de la Namibie Namibie

  • Régions germanophones historiques importantes :

Drapeau du Frioul-Vénétie Julienne Frioul-Vénétie julienne (Italie)
Drapeau de la Lorraine Lorraine
Drapeau de l'Alsace Alsace (France)
Drapeau du Danemark Jutland du Sud (Danemark)
 Transylvanie (Roumanie)
,

Régi par Conseil pour l'orthographe allemande
Codes de langue
IETF de
ISO 639-1 de
ISO 639-2 deu, ger
ISO 639-3 deu
Étendue Langue individuelle
Type Langue vivante
WALS ger
Glottolog stan1295
État de conservation
Éteinte
EXÉteinte
Menacée
CREn situation critique
SESérieusement en danger
DEEn danger
VUVulnérable
Sûre
NE Non menacée
Langue non menacée (NE) au sens de l’Atlas des langues en danger dans le monde
Échantillon
Article premier de la Déclaration universelle des droits de l’homme (voir le texte en français) : Artikel 1
Alle Menschen sind frei und gleich an Würde und Rechten geboren. Sie sind mit Vernunft und Gewissen begabt und sollen einander im Geist der Brüderlichkeit begegnen.
Carte
Image illustrative de l’article Allemand

Carte de la germanophonie.
  • langue maternelle
  • langue co-officielle
  • langue importante,
    « langue nationale » ou
    langue de culture
  • minorités germanophones

L'allemand (en allemand : Deutsch, /dɔɪ̯t͡ʃ/ Écouterⓘ) est l'une des langues indo-européennes appartenant à la branche des langues germaniques, parlée notamment en Allemagne, en Autriche, en Suisse, au Liechtenstein, au Luxembourg, en Belgique et dans certaines régions limitrophes des pays voisins. Du fait de ses nombreux dialectes, l'allemand constitue dans une certaine mesure une langue-toit (Dachsprache). Aujourd'hui l’allemand a trois versions standard : standard allemand, standard autrichien et standard suisse.

Son histoire, en tant que langue distincte des autres langues germaniques occidentales, débute au haut Moyen Âge, lors de la seconde mutation consonantique.

Au XXIe siècle, ses locuteurs, appelés germanophones, se répartissent principalement, avec près de 100 millions de locuteurs, en Europe centrale, ce qui fait de leur langue la plus parlée au sein de l'Europe en tant que langue maternelle.

Répartition géographique

Langues dérivées

Histoire

Première mutation consonantique

Avec la première mutation consonantique (erste germanische Lautverschiebung) aux environs du Ve siècle av. J.-C., naissait le germanique commun à partir d'un dialecte indo-européen. Cette transformation explique des différences entre les langues germaniques (plus l'arménien) et les autres langues indo-européennes. On peut, pour simplifier, présenter les faits ainsi :

Seconde mutation consonantique

On commence à parler de langue allemande (ou, en linguistique « haut allemand ») lorsque les dialectes parlés dans le sud-ouest de l'Allemagne subirent la seconde mutation consonantique (zweite germanische Lautverschiebung ou hochdeutsche Lautverschiebung, que l'on situe autour du VIe siècle), période au cours de laquelle la langue commença à se différencier des dialectes du nord (Niederdeutsch, bas allemand).

Cette modification phonétique explique un certain nombre de différences entre l'allemand actuel et, par exemple, le néerlandais ou l'anglais :

pour résumer, *k / *p / *t ➜ ch / pf (ou f) / ts (ou s)

Les dialectes du nord n'ont pas ou ont peu subi cette seconde mutation phonétique; ils sont qualifiés de bas allemand. Cette appellation est jugée abusive par certains linguistes, notamment néerlandais (qui ne sont pas « allemands », du moins depuis les traités de Westphalie). Le terme « allemand » est ici un terme linguistique, un peu comme « roman », « slave » ou « scandinave ».

Moyen Âge

Entre le Xe siècle et le XVe siècle eut lieu une diphtongaison dans les parlers du Sud-Ouest concernant l'articulation en deux phonèmes de ei, eu et au. Cela explique à nouveau certaines différences entre l'allemand standard et, par exemple, le néerlandais (les lettres dans les parenthèses expliquent la prononciation en utilisant la langue française):

Contrairement aux États voisins, les contrées germaniques sont restées morcelées (Kleinstaaterei) au cours de l'ensemble du Moyen Âge, ce qui contribua au développement de dialectes très différents et parfois mutuellement inintelligibles. Un premier pas vers une langue interrégionale correspond au Mittelhochdeutsch poétique des poètes de cour vers le XIIIe siècle, bien que l'influence sur la langue vulgaire fût quasiment nulle, en raison de la faible alphabétisation. Aussi les régions germaniques restèrent-elles longtemps coupées en deux régions linguistiques:

Influence de la Réforme

La période de « l'allemand moderne » « commence conventionnellement avec les écrits de Luther ».

Bible en allemand de Luther.

Martin Luther traduisit la Bible en « allemand » à l'adresse de « tous les hommes », alle mannen (étymologie germano-latine du mot « allemand »), c'est-à-dire à l'adresse des « Allemands », afin qu'une plus large part du peuple des chrétiens ait accès aux textes religieux. L'allemand moderne est de ce fait initialement une langue écrite, le Schriftdeutsch (« allemand écrit ») : ce sera « la langue de Goethe » — selon l'expression consacrée, dans laquelle écriront en particulier les poètes (Dichter), écrivains et philosophes du « temps de Goethe » (ainsi qu'on désigne habituellement la large période littéraire du romantisme allemand qui s'étend de la fin du XVIIIe siècle au XIXe siècle). En Autriche, le standard du Gemeindeutsch a été abandonné pour le standard de Luther au cours des années 1770.

Luther traduisit le Nouveau Testament en 1521 et l'Ancien Testament en 1534. Bien qu'il ne fût pas pionnier dans l'établissement d'une langue interrégionale — en élaboration depuis le XIVe siècle — ni ne fut le premier à traduire des extraits de la Bible vers une langue vernaculaire germanique. Il n'en reste pas moins qu'avec la Réforme protestante, il contribua à implanter l'allemand standard dans les administrations et les écoles, y compris dans le nord de l'Allemagne, qui finit par l'adopter. En 1578, Johannes Clajus se fonda sur la traduction de Luther pour rédiger une grammaire allemande,.

Jusqu'au début du XIXe siècle, le Hochdeutsch resta une langue souvent écrite, que beaucoup d'Allemands, en particulier dans le sud, apprenaient à l'école un peu comme « une langue étrangère », à côté des dialectes demeurés vivaces jusqu'à aujourd'hui (notamment en Suisse alémanique).

Au milieu du XVIIIe siècle, concernant la diction, les Allemands conviennent que c'est à Dresde et surtout à Leipzig que l’on parle le mieux allemand. À l'inverse, la Westphalie et la Basse-Saxe sont les deux régions dans lesquelles on parle « le plus mauvais allemand ».

L'allemand en Europe centrale

Avec la domination de l'Empire austro-hongrois en Europe centrale, l'allemand y devint la langue véhiculaire. En particulier, jusqu'au milieu du XIXe siècle, les marchands et, plus généralement, les citadins y parlaient l'allemand, indépendamment de leur nationalité : Prague, Budapest, Presbourg, Agram et Laibach constituaient des îlots germanophones au milieu des campagnes qui avaient conservé leur langue vernaculaire.

Normalisation de l'orthographe et de la grammaire

Johann Christoph Adelung publia en 1781 le premier dictionnaire allemand exhaustif, initiative suivie par Jacob et Wilhelm Grimm en 1852. Le dictionnaire des frères Grimm, publié en seize tomes entre 1852 et 1860, reste le guide le plus complet du vocabulaire allemand. La normalisation progressive de l'orthographe fut achevée grâce au Dictionnaire orthographique de la langue allemande de Konrad Duden en 1880, qui fut, à des modifications mineures près, déclaré comme référence officielle dans la réforme de l'orthographe de 1901.

Langue internationale de la communauté scientifique

L'allemand a acquis au XIXe siècle le statut de langue internationale dans le domaine scientifique. La majorité des revues scientifiques étant de langue allemande, des scientifiques de renom publiant leurs recherches dans cette langue (par exemple : la classification périodique des éléments par le chimiste russe Mendeleïev) et les scientifiques allemands renommés pouvant donner des conférences en allemand à l'étranger (par exemple : Max Planck à l'université Columbia en 1909). L'allemand a aussi été langue d'enseignement universitaire à l'étranger, notamment en médecine à Shanghaï en 1907, ou vu comme une langue dont la maîtrise était indispensable à la pratique professionnelle, comme dans les cursus médicaux au Japon à la même période.

Ce statut de langue internationale est mis à mal à l'issue de la Première Guerre mondiale et disparaît définitivement à l'issue de la Seconde.

Position au sein de l'Union européenne

Classification

Les langues germaniques occidentales (au sud de la ligne rouge).

Alors que l'anglais constitue avec le frison le groupe anglo-frison, l'allemand constitue en compagnie du néerlandais le groupe germano-néerlandais des langues germaniques occidentales. Les autres branches sont la branche nord (dite scandinave) avec le suédois, le danois, le norvégien et l'islandais, et la branche est, éteinte aujourd'hui.

Aussi un quart de l'allemand présente-t-il une similitude lexicale avec l'anglais, le vocabulaire de celui-ci étant toutefois pour 65 % d'origine française (français et vieux français).

Bas-allemand

Le bas-allemand comprend trois branches principales situées dans les plaines côtières à l'ouest et au nord de la zone germanophone européenne et bordant le sud de la mer du Nord et de la mer Baltique :

Haut-allemand

Le haut-allemand peut se diviser sommairement du nord au sud en deux sous-zones continentales de l'aire germanophone centrale européenne :

Écriture

L'allemand s'écrit avec les 26 lettres de l'alphabet latin, trois voyelles surmontées d'un Umlaut (sorte de tréma) ä, ö et ü, et un symbole graphique spécial, le ß, Eszett ou scharfes S (ligature de S long et de « s » ou « z »), utilisé en lieu et place de ss après une voyelle longue ou une diphtongue). La Suisse n'utilise plus le ß depuis les années 1930. Jusque dans les années 1940, l'allemand était imprimé en écriture gothique (Fraktur) et écrit en sütterlin, ces écritures étant différentes versions de l'alphabet latin.

Orthographe

L'orthographe allemande se déduit en général de la prononciation et d'un minimum de connaissances. Mais les fortes disparités régionales dans la prononciation peuvent rendre la tâche ardue. Les principales difficultés orthographiques de l'allemand résident dans :

Afin de supprimer une partie des difficultés décrites ci-dessus, les représentants allemands, suisses et autrichiens convinrent d'une réforme de l'orthographe. Elle est entrée en vigueur en 1998 en Allemagne et est devenue obligatoire à partir de la mi-2005. La dernière réforme datait de 1901 et portait entre autres sur la suppression du h dans Thor et sur l'ajout du e pour les voyelles longues et accentuées dans la conjugaison des verbes, par exemple kritisirt ➜ kritisiert).

Les principaux changements concernent :

Cette réforme rencontre une forte critique en Allemagne. Le Land de Schleswig-Holstein a voté le retour à l'orthographe traditionnelle en 1998 (décision annulée pourtant par le parlement régional), et certains journaux et éditeurs ont depuis décidé de revenir à la graphie conventionnelle.

Prononciation

Article détaillé : Prononciation de l'allemand.

Contrairement à des langues telles que l'anglais, l'allemand standard (Hochdeutsch) se prononce de manière assez conforme au texte écrit et contient très peu d'exceptions (les sons se prononcent souvent de la même façon), hormis pour les mots d'emprunt. Presque toutes les voyelles se prononcent clairement, voire longuement, même sans être suivies de lettre muette servant à insister sur la lettre précédente.

Toutefois, les francophones qui apprennent l'allemand rencontrent généralement quelques difficultés, listées ci-dessous.

Tous les sons n'y figurant pas se prononcent toujours de la même manière qu'en français (a, b, d, f, i, k, l, m, n, o, p, ph, q, r, t, x).

Lettres à Umlaut (le tréma français)

Les umlauts indiquent également l'accentuation. Ils marquent souvent le pluriel ou le diminutif des noms (avec « -chen » et « -lein »).

Lorsque les Umlauts ne sont pas accessibles (clavier étranger, Internet…), ils sont représentés par « e » : ae pour ä, aeu pour äu, oe pour ö, ue pour ü.

En Alsace-Moselle, on remplace habituellement les umlauts : Koenigsmacker, Haut-Koenigsbourg, Hœnheim (dans ces exemples, c'est le ö qui est remplacé), ou encore le nom propre de personne "Schweighaeuser".

Lettres

Digrammes et trigrammes

‘ch’ = [x] ou [ç], ‘sch’ = [ʃ],

Il faut bien veiller à ne prononcer qu'un son et pas deux sons distincts pour les combinaisons de deux voyelles : par exemple, pour la combinaison ei, il faudra prononcer ail (ou le i du mot anglais knife) et non le aï de naïf. Le son français oi en est l'exemple même : il ne se prononce pas directement oua.


Tableau synthétique de la prononciation de l'allemand
Les consonnes
bcchchsckddtdschfghj
[b], [p] [k], [t͡s] [ç], [x], [k] [k][s] [k] [d], [t] [t] [dʒ] [f] [g], [k], [ç] [h], [ː] [j], [ʒ]
klmnngppfphqu'r
[k] [l] [m] [n] [ŋ] [p] [pf] [f] [kv] [ʁ], [ʀ], [ɐ]
sschß (ss)tts, tztschvwyz
[z], [s], [ʃ] [ʃ] [s] [t] [ts] [tʃ] [f], [v] [v] [y], [j], [i] [ts]
Les voyelles
courtesaäeerioöuü
[a] [ɛ] [ɛ] [ɐ] [ɪ] [ɔ] [œ] [ʊ] [ʏ]
longuesa, aa, ahä, ähe, ee, ehi, ie, iho, oo, ohö, öhu, uhü, üh
[aː] [ɛː] [eː] [iː] [oː] [øː] [uː] [yː]
diphtonguesai, ay, eiauäu, eu
[ai] [au] [ɔi]*
* [ɔi] est parfois retranscrit en [ɔy].

Notes :

Grammaire

Article détaillé : Grammaire allemande.

L'allemand est une langue flexionnelle dont la conjugaison est relativement simple, mais qui possède un système de déclinaisons à quatre cas.

Conjugaison

Le principe de la conjugaison allemande est assez proche du principe de la conjugaison française. Les différences notables sont :

En ce qui concerne la morphologie, les trois principaux types de verbes sont :

Les six auxiliaires de mode (können, pouvoir ; dürfen, avoir le droit , etc.), qui sont employés dans un nombre important de contextes différents, et le verbe wissen (« savoir ») sont des verbes à conjugaison spéciale (irrégulière au singulier : ich kann, régulière au pluriel : wir können), mais ils se comportent aux temps du passé pratiquement comme des verbes faibles : konnte, gekonnt.

Déclinaison

La déclinaison allemande comporte quatre cas, le nominatif, l'accusatif, le datif et le génitif, auxquels se combinent trois genres grammaticaux, le masculin, le féminin et le neutre ainsi que deux nombres, le singulier et le pluriel.

Le porteur essentiel de la marque de déclinaison est le déterminant, secondé par l'adjectif épithète si le déterminant est absent ou bien sans désinence (marque de déclinaison).

Le nom porte également la marque de déclinaison "n" au datif pluriel à tous les genres, la marque "s" aux génitifs singuliers masculin et neutre.

Les déclinaisons sont employées :

Syntaxe

L'allemand a pour particularité syntaxique principale de placer des éléments importants, soit en première position dans la phrase, soit en dernière position. L'inversion du verbe et du sujet a lieu quand un complément ou un participe passé ou un adjectif qualificatif attribut vient en tête de phrase ; « heute geht es ihm gut = aujourd'hui il va bien » ; "gekommen sind sie erst gegen Abend" ; "schön ist das !" ; le rejet est le renvoi du verbe en fin de subordonnée « …, " wenn er mit Freunden Wein trinkt = lorsqu'il boit du vin avec des amis"

Autre exemple :

Er (accentué) nahm gestern trotz aller Schwierigkeiten diese Maschine in Betrieb.

Il a mis cette machine en service hier malgré toutes les difficultés.

Sont mis en valeur :

Avant l'action et l'objet sont énumérées les circonstances. L'ordre de la phrase peut être modifié pour insister sur un des éléments, que l'on place alors en tête de phrase :

Gestern nahm er trotz aller Schwierigkeiten diese Maschine in Betrieb.

(C'est) hier (qu')il a mis cette machine en service malgré toutes les difficultés.

Trotz aller Schwierigkeiten nahm er gestern diese Maschine in Betrieb.

Malgré toutes les difficultés, il a mis cette machine en service hier.

Diese Maschine nahm er gestern trotz aller Schwierigkeiten in Betrieb.

C'est cette machine qu'il a mise en service hier malgré toutes les difficultés.

Surcomposition

La langue allemande peut se passer d'article au génitif en juxtaposant deux éléments (déterminants + déterminé) — ou même beaucoup plus. L'allemand est même connu pour sa capacité à former des surcomposés de grande longueur que les Allemands eux-mêmes appellent par dérision Bandwürmer « vers solitaires »…

Exemples :

  • Rindfleischetikettierungsüberwachungsaufgabenübertragungsgesetz : loi sur le transfert des responsabilités de la surveillance de l'étiquetage de la viande bovine. Ce mot est le plus long attesté officiellement ;
  • Rindfleischetikettierungsüberwachungsaufgabenübertragungsgesetzesgegnerstammtischaschenbecher [exemple fictif] : le cendrier de la table d'habitués des opposants à la loi sur le transfert des obligations de surveillance de l'étiquetage de la viande bovine ;
  • Donaudampfschifffahrtsgesellschaftsraddampferkapitänskajütentürsicherheitsschlüssel [exemple fictif] : la clé de sûreté du quartier du capitaine du bateau à aubes de la compagnie de navigation à vapeur sur le Danube ;
  • Oberlokomotivfahrerswitwe = veuve de conducteur principal de locomotive (vu sur une tombe en Autriche) ;
  • Mittelgebirgsschwelle = la région de moyenne montagne allemande ;
  • Pflanzenbehandlungsmitteleinsatz : application de produits phytosanitaires.

Certains des exemples ci-dessus sont fictifs (ils sont morphologiquement corrects, mais n'ont pas été employés de façon réelle). D'autre part, quand un surcomposé est très long ou peu courant, on peut le diviser par un trait d'union : Mehrjahres-Programmvereinbarungen, « conventions-programmes pluriannuelles ».

La composition à multiples éléments ne se limite pas au couple objet possédé-possesseur (du type Kapitänsmütze « casquette de capitaine ») mais aussi à toutes sortes de relations :

  • origine : Kalbsschnitzel « escalope de veau » ;
  • but : Kinderschnitzel « escalope pour enfant" (petite portion) ;
  • temps : Sommerurlaub « vacances d'été » ;
  • type : Milchzähne « dents de lait » ; Vollmilchschokolade « chocolat au lait ».

En français, la possession marquée par « de » a plusieurs sens qui se rendent en allemand de trois manières distinctes :

  • formule possessive 1 (génitif) : das Kind der Wölfe (l'enfant des loups : ici, l'enfant appartient aux loups ou vient des loups ; l'enfant est souvent humain ici ; dans ce cas, c'est le mot Wolf qui est l'élément important) ; au singulier, la formule devient das Kind des Wolfes. En anglais, cette formule est of the, c'est-à-dire de la (du) et de les (des) ;
  • formule possessive 2 : Mutters Kind (l'enfant de [la] mère). En anglais, cette formule est mother's child (noter l'apostrophe en plus pour l'anglais, contrairement à l'allemand). Généralement, si l'on veut mettre le prénom dans l'expression, on utilise cette formulation ; cependant, il y existe des cas comme certains titres de film : Die fabelhafte Welt der Amélie, reprise allemande du Fabuleux Destin d'Amélie Poulain, Die Verlorene Ehre der Katharina Blum, Die Ehe der Maria Braun, Das Tagebuch der Anne Frank. Il existe des expressions dans lesquelles Mutters Kind devient Das Kind Mutters ;
  • mot composé : das Wolfkind (l'enfant des loups : l'enfant-loup ou le louveteau ; dans ce cas, le mot important de l'expression composée est Kind — il s'agit du dernier mot) :
    • est plus louveteau das Wolfkind que das Kind des Wolfes, bien que la traduction exacte de « louveteau » soit Wolfswelpe,
    • Das Wolfkind n'indique pas le nombre des loups dont l'enfant est le sujet, contrairement à Das Kind des Wolfes / Das Kind der Wölfe.

Il faut savoir avant tout qu'en allemand le premier mot dans un composé est, comme l'adjectif qui précède le sujet, moins mis en avant que s'il est placé après le sujet.

Prenons le titre du 3e tome de la bande dessinée Broussaille, La Nuit du chat. Dans le titre (et dans l'histoire), l'élément (et le sujet) important est le chat, connu et recherché. C'est la nuit du chat, qui « appartient » au chat. On va donc préférer la traduction Die Nacht der Katze (La nuit du chat) à Die Katzennacht. Dans cette dernière formulation, c'est l'élément nuit (Nacht) qui est visé.

Autre exemple plus rapproché de la syntaxe française : Dans « Nuits dans les jardins d'Espagne », la traduction correcte est Nächte in den Gärten von Spanien et non Nächte in den spanischen Gärten. La traduction de Nächte in den spanischen Gärten est « Nuits dans les jardins espagnols ».

Lexique

Noms de la langue allemande

La langue allemande (ainsi que le peuple) a la particularité d'avoir des appellations très différentes d'une langue à l'autre (par exemple German, Deutsch, alemán, német, etc.). En effet, six racines différentes entrent en jeu :

En hébreu classique, les pays allemands sont connus sous l’appellation de ashkenaz (אשכנז), par généalogie populaire d'après Gen. 10:3. Pour l’hébreu moderne, voir plus haut.

Emprunts

Un nombre important (environ 400) de mots franciques existent en français moderne en ayant traversé le roman et l'ancien français (par ex. heaume, guerre, griffe, agripper, éperon, cible, fauteuil) ; seuls les mots d'origine plus récente sont encore discernables en tant qu'emprunts lexicaux (frichti, ersatz, talweg, hinterland, kirsch, kitsch).

Exemples de mots allemands

La pertinence de cette section est remise en cause. Considérez son contenu avec précaution. Améliorez-le ou discutez-en. (avril 2024)
MotTraductionPrononciation standard***
terreErde[ˈʔe:ɐ.də]
cielHimmel[ˈhɪml̩]
eauWasser[ˈvasɐ]
feuFeuer[ˈfɔɪ.ɐ]
hommeMann[man]
femmeFrau[fʁaʊ]
enfantKind[kɪnt]
mangeressen[ˈʔɛsn̩]
boiretrinken[ˈtʁɪŋ.kn̩]
grandgroß[gʁoːs]
petitklein[klaɪn]
nuitNacht[naχt]
jourTag[taːk]
lumièreLicht[lɪçt]
véloFahrrad['fa:ɐ̯ra:t]

Exemples de phrases :

Vivacité de la langue

En Europe, l'allemand est une langue internationale qui, dans la liste hiérarchique des langues d'Abram de Swaan (en), fait partie des langues « supercentrales ».
Traduction de l'image : 1 langue hypercentrale (anglais) ; 13 langues supercentrales (arabe, mandarin, anglais, français, allemand, hindi, japonais, malais, portugais, russe, espagnol, swahili, turc) ; langues centrales (environ 100) ; langues périphériques (toutes les autres, 98 % des langues du monde).
Dans la hiérarchie des langues mondiales (Graddol 1997), l'allemand se classe parmi les langues « régionales » (importance plus forte qu'une langue nationale, mais moindre qu'une langue internationale comme l'anglais).

L'allemand a toujours la possibilité sémantique de former de nouveaux mots par les procédés de composition et de dérivation.

Tout comme le français a créé le verbe se pacser à partir d'un sigle administratif de l'état civil (PACS), l'allemand peut adapter dans le langage courant des termes nouveaux adaptés à l'actualité. Ainsi, le mot apprenti s'est dit pendant des siècles Lehrling, du verbe lehren « enseigner » signifiant donc « celui à qui l'on enseigne quelque chose », suivi du diminutif -ling. Son maître était le Meister.

La réforme administrative au début des années 1970 a remplacé le terme Meister par deux termes précisant que l'un enseigne effectivement (der Ausbildende, gérondif de ausbilden « former ») et que l'autre a le droit et la responsabilité de la formation (der Ausbilder « le formateur »). L'apprenti devint logiquement der Auszubildende (c'est-à-dire celui qui doit être formé), en abrégé l'acronyme AZUBI. La forme féminine se réalise avec la terminaison habituelle -in ajoutée de façon non grammaticale (il n'y a pas de "in" dans le féminin entier "die Auszubildende") : Azubin.

Spécificités de la Suisse alémanique

Spécificités de l'Autriche

L'allemand standard autrichien présente des différences à tous les niveaux linguistiques, mais surtout au niveau de la prononciation, du vocabulaire et de l'utilisation de la langue (pragmatique).

Prononciation : certaines lettres se prononcent différemment en Autriche, de façon analogue à la Bavière. En Autriche ces prononciations sont standard, König ou wenig avec -/ik/ (pas de -/iç/ comme en Allemagne). Le « R » a tendance à être roulé comme en Bavière, les Autrichiens étant de la même tribu germanique que les Bavarois (sauf les habitants du Vorarlberg, qui sont des Alamans).

Vocabulaire : le standard autrichien comporte au moins 8 000 mots standard uniques, certaines estimations vont jusqu'à 45 000 mots. Par exemple, les deux premiers mois de l'année diffèrent (Januar/Jänner, Februar/Feber ou Fäber). Certains peuvent être considérés comme non standard dans la norme allemande (Jänner), tandis que d'autres sont uniques (Bankomat).

Certains linguistes critiquent la lenteur de l'adoption de l'allemand autrichien standard dans les études allemandes aujourd'hui et en imputent la responsabilité à un axiome allemand standard unique.

Spécificités de la République démocratique allemande (RDA)

D'une manière générale, dans la République démocratique allemande la langue s'était enrichie de termes officiels, spécifiques au régime politique, comme ce fut aussi le cas sous le régime national-socialiste. Dans le langage courant, de nombreux termes tournaient ces termes communistes en dérision. Par exemple, l'abréviation VEB (pour Volkseigener Betrieb, usine propriété du peuple) devenait Vaters ehemaliger Betrieb (l'ancienne usine de Papa)…

De très nombreuses abréviations tirées de l'idéologie communiste avaient cours, les étudiants devant tous suivre des cours de ML (marxisme-léninisme), parfois en compagnie de camarades venus de VRP (Volksrepublik Polen), voire de VRM (Volksrepublik Mongolei). On retrouve des néologismes ou de nouvelles expressions dans un nombre important de domaines, notamment :

Apprentissage

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En 2026, 12,4 % des élèves français apprennent l'allemand, un chiffre en baisse.

Notes et références

Notes

  1. ↑ Autrefois nommée Lorraine allemande.
  2. ↑ L'ouvrage est intitulé : Grammatica Germanicae linguae.
  3. ↑ Voir Schwa.
  4. ↑ C’est le même radical qui donne Dutch en anglais (pour néerlandais), teuton en français. Le bas latin thiosticus vient du vieux haut-allemand diutisc.
  5. ↑ Une autre étymologie rapproche cette racine du nom du fleuve Niémen, au-delà duquel les tribus germaniques vivaient avant l’Ostsiedlung. Par ailleurs, il existait aussi une tribu germanique appelée les Némètes, dont le nom serait d'origine celtique.

Références

  1. 1 2 (de) Ulrich Ammon, Die Stellung der deutschen Sprache in der Welt, Berlin, De Gruyter, (ISBN 978-3-11-019298-8, présentation en ligne).
  2. ↑ SIL Ethnologue[réf. non conforme] (2013). 78 millions d'allemand standard ; 105 millions les dialects du haut et moyen allemand inclus ; 120 millions le bas saxon et le yiddish inclus.
  3. 1 2 3 Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, Conseil de l’Europe, 1992. https://www.coe.int/fr/web/european-charter-regional-or-minority-languages/text-of-the-charter
  4. ↑ « gov.pl/web/sprawiedliwosc/usta… »(Archive.org • Wikiwix • Que faire ?).
  5. ↑ Loi LXXVII de 1993 sur les droits des minorités nationales et ethniques, Hongrie. https://www.axl.cefan.ulaval.ca/europe/hongrie-loi1993.htm
  6. ↑ Minority Rights in Denmark: German Minority in South Jutland. https://minorityrights.org/minorities/germans/
  7. ↑ Clyne. Michael. Die Deutsche Sprache in der EU. Cambridge University Press.
  8. ↑ « L’Allemand : La langue allemande et les pays germanophones » [archive du ], sur studentsmobility.com via Internet Archive, (consulté le ).
  9. ↑ (de) Bastian Sick, Der Dativ ist dem Genitiv sein Tod, Spiegel Online, 2004. (Deutsch als Amtsprache der USA p. 131).
  10. 1 2 3 4 5 (de) Karl-Heinz Göttert (de), Deutsche Sprache, Reclam-Verlag, coll. « 100 Seiten », , 100 p., « Herkunft der deutschen Sprache », p. 18-22.
  11. ↑ Voir aussi Fausto Cercignani, The Consonants of German: Synchrony and Diachrony, Milano, Cisalpino, 1979.
  12. 1 2 3 4 (de) Karl-Heinz Göttert (de), Deutsche Sprache, Reclam-Verlag, coll. « 100 Seiten », , 100 p., « Einheit on der Schriftsprache », p. 28-48.
  13. ↑ Le Robert. Dictionnaire historique de la langue française, sous la dir. d'Alain Rey, Encadré « La langue allemande » par M.-J. Brochard, tome I, 2000, p. 87-88-89.
  14. ↑ « Le mot « allemand », d'abord aleman (1080), puis allemant (XXe s.) est emprunté au latin Alamanus, Alemanus (aussi Alla-, Alle-) désignant au pluriel une confédération de peuples germaniques occidentaux, le pays étant nommé Alamannia, d'où Allemagne. Le mot latin est d'origine germanique, l'ancien haut allemand Alaman venant probablement de ala- « tous, tout » (cf. anglais all)) et man « homme » (→ mannequin) ». Comme « adjectif et comme nom, il s'applique aux habitants de l'Allemagne » (Le Robert. Dictionnaire historique de la langue française, entrée : « allemand, ande », p. 86).
  15. ↑ Dollinger, Stefan 2021. Österreichisches Deutsch oder Deutsch in Österreich? Vienne: new academic press p. 167-168. https://www.nid-library.com/Home/ViewBook/512/169/view
  16. 1 2 3 (de) Karl-Heinz Göttert (de), Deutsche Sprache, Reclam-Verlag, coll. « 100 Seiten », , 100 p., « Einheit von der Schriftsprache », p. 49-53.
  17. ↑ Jean-Joseph Expilly, La topographie de l'univers, t. 1, Paris, Bauche, 1757.
  18. 1 2 3 4 (de) Karl-Heinz Göttert (de), Deutsche Sprache, Reclam-Verlag, coll. « 100 Seiten », , 100 p., « Stellung der deutschen Sprache », p. 6-8.
  19. ↑ (de) « Fotografie », sur Duden (consulté le ).
  20. ↑ Corentin, « Le mot le plus long – version internationale » — dont les mots allemands les plus longs —, Lexiophiles, .
  21. ↑ (en) Abram De Swaan, Words of the World : The Global Language System, chapitre 1.1., 2001.
  22. ↑ Dollinger, Stefan. 2021. Österreichisches Deutsch oder Deutsch in Österreich? Identitäten im 21. Jahrhundert. Vienne: nap. https://www.nid-library.com/Home/ViewBook/512/1/view
  23. ↑ (de) Stefan Dollinger, « Österreichisches Deutsch oder Deutsch in Österreich? Identitäten im 21. Jahrhundert », sur https://www.nid-library.com/Home/ViewBook/512/53/view, (consulté le ), p. 51
  24. ↑ (de) « Österreichisches Deutsch oder Deutsch in Österreich? | NID - NetInteractive Documents », sur www.nid-library.com (consulté le ).
  25. ↑ (en) Susanne Wagner et Ulrike Stange-Hundsdörfer, (Dia)Lects in the 21st Century, BoD – Books on Demand, (ISBN 978-3-98554-131-7, lire en ligne)
  26. ↑ « Pourquoi les jeunes Français n’apprennent plus l’allemand », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le )


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