Otocolobus manul
| Règne | Animalia |
|---|---|
| Sous-embr. | Vertebrata |
| Super-classe | Tetrapoda |
| Classe | Mammalia |
| Infra-classe | Placentalia |
| Ordre | Carnivora |
| Sous-ordre | Feliformia |
| Famille | Felidae |
| Sous-famille | Felinae |
Statut CITES
Répartition géographique
Sous-espèces de rang inférieur
Le Manul (Otocolobus manul), est une espèce de mammifère carnivore de la famille des Félidés. Bien qu’il soit le plus souvent désigné sous le nom de « Chat de Pallas » (de l’anglais Pallas’s cat, issu du nom du zoologiste prussien Peter Simon Pallas qui l’a décrit à la fin du XVIIIe siècle), il a été exclu du genre des chats proprement dits (Felis) au début des années 2000 pour le genre Otocolobus dont il est le seul représentant.
Ce petit félin trapu se distingue par une toison gris clair exceptionnellement longue et dense ainsi que de petites oreilles arrondies implantées très bas sur les côtés de la tête. Le corps mesure entre 46 et 65 cm de long pour une queue touffue de 21 à 31 cm, et son poids varie de 2,5 à 4,5 kg. Son pelage lui donne des facultés d’adaptation remarquable aux rigueurs du climat continental très froid, aride et soumis à d'importantes amplitudes thermiques dans son milieu d'origine.
Le Manul occupe une vaste aire de répartition en Asie centrale, s'étendant de manière morcelée depuis le Caucase, le plateau Iranien, l'Hindou Kouch et l'Himalaya jusqu'au plateau tibétain, à l'Altaï et aux massifs de Sibérie méridionale. Évoluant au sein des steppes, des prairies en altitude et des versants rocheux, il évite les zones soumises à une couverture neigeuse continue excédant 15 à 20 cm de hauteur. Strictement solitaire, il trouve refuge dans des anfractuosités dans la roche ou d'anciens terriers de marmottes ou d’autres animaux. Son régime alimentaire est très spécialisé et se compose essentiellement de lagomorphes, en particulier les pikas, ainsi que de petits rongeurs. La reproduction a lieu à la fin de l'hiver, la femelle donnant naissance au printemps à une portée comprenant généralement de deux à six chatons.
Considéré comme une espèce de « préoccupation mineure » (LC) par l'UICN depuis 2020 au regard de sa vaste répartition globale, le félin demeure toutefois menacé localement par le braconnage, l'empoisonnement massif de ses proies par les agriculteurs, ainsi que par la dégradation et la fragmentation de son habitat dues aux activités minières et pastorales. Présent dans les parcs zoologiques depuis le début des années 1950, il fait l'objet de programmes internationaux d'élevage en captivité coordonnés dans plusieurs dizaines d'institutions à travers le monde.
Le substantif « Manul » est directement emprunté au mongol мануул (manuul), terme vernaculaire autochtone désignant traditionnellement ce félin dans les steppes d'Asie centrale,, et que Peter Simon Pallas a repris comme épithète spécifique de son protonyme en 1776. L'autre appellation courante de l'espèce, « Chat de Pallas », est un hommage au naturaliste prussien qui a décrit le taxon pour la première fois et qui, frappé par l'épaisseur inhabituelle de sa fourrure et la forme aplatie de sa face, émit l'hypothèse que ce félin sauvage pouvait être l'ancêtre du chat persan.
Le nom scientifique de genre Otocolobus, forgé en 1842 par Johann Friedrich von Brandt, est composé des racines du grec ancien οὖς / ous, au génitif ὠτός / ōtos (« oreille »), et κολοβός / kolobos (« écourté », « mutilé » ou « tronqué »), en référence directe à l'implantation basse et aux pavillons très courts des oreilles qui dépassent à peine du pelage. Le genre synonyme Trichaelurus, introduit par Konstantin Satunin en 1905, associe quant à lui θρίξ / thrix, génitif τριχός / trikhos (« poil », « chevelure »), à αἴλουρος / ailouros (« chat »), soulignant l'abondance et la longueur singulière du pelage. L'épithète sous-spécifique nigripectus, attribuée en 1842 par Brian Houghton Hodgson pour la forme himalayenne, est un néologisme latin formée de niger (« noir ») et de pectus (« poitrine »), rappelant la bavette sombre caractéristique qui orne la poitrine de ces individus.

Le taxon est décrit pour la première fois selon les règles de la nomenclature binominale en 1776 par le naturaliste prussien Peter Simon Pallas sous le nom de Felis manul, à partir d'un individu rencontré près de la rivière Dzhida, au sud-est du lac Baïkal,,. Pallas mentionne comme localité type de l'holotype le « désert tataro-mongol », précisé ultérieurement comme correspondant à la localité de Koulousoutaï, près de Borzia, dans le Kraï de Transbaïkalie.
Plusieurs spécimens ont été décrits ultérieurement comme des taxons distincts :
Le genre Otocolobus a été érigé en 1842 par Johann Friedrich von Brandt ,. Cependant, ce taxon générique sera peu usité durant le XIXe siècle, si bien que l'espèce fait l'objet d'une nouvelle description de genre sous le nom de Trichaelurus par le zoologiste russe Konstantin Satunin en 1905. En 1907, Reginald Innes Pocock réhabilite la validité d'un rang générique distinct pour Otocolobus, décrivant minutieusement plusieurs crânes et concluant que le Manul constitue une forme aberrante par rapport aux membres du genre Felis. Cependant, l'utilisation d'un genre propre pour l'espèce est restée discutée : en 1941, Friedrich Schwangart le rapproche même des petits félins sud-américains en le classant sous le nom de sous-genre Lynchailurus (Lynchailurus) pajeros hyperthrix. L’espèce retourne à nouveau dans le genre Felis dans la Checklist of the paleoarctic mammals par John Ellerman et Terence Morrison-Scott en 1951 . Et c’est finalement sous les plumes de Don E. Wilson et DeeAnn M. Reeder que le Manul fut à nouveau replacé au sein de son genre Otocolobus dans le Mammal Species of the World (version 3, 2005) (), cette position fut confortée par des études ultérieures plaçant le Manul non pas dans la lignée des Chats proprement dits, mais bien au sein de la lignée des petits félins sauvages d’Asie comme les Chats-léopards (du genre Prionailurus) ,.
En 1951, John Ellerman et Terence Morrison-Scott distinguent trois sous-espèces :
Alors que trois sous-espèces étaient traditionnellement admises,, les révisions taxonomiques récentes menées en 2017 par le Cat specialist group de l'UICN n'en retiennent plus que deux valides, laissant toutefois planer le doute d’une éventuelle monotypie de l’espèce ,.
| Sous-espèce, noms et auteur | Description | Localisation | Synonymes |
|---|---|---|---|
| Otocolobus manul manul (Pallas, 1776) Manul (stricto sensu) Manul de Mongolie (sous-espèce nominale) |
Félin trapu et compact aux pattes courtes, queue épaisse et longue toison dense lui donnant une allure massive (corps : 45 à 65 cm, queue : 21 à 35 cm, hauteur : 30 à 35 cm, poids : 2,3 à 4,5 kg). Robe gris ocre à gris brunâtre à pointes blanches d'aspect givré, devenant plus grise et unie en hiver, parfois traversée de fines bandes dorsales sombres ; des formes rousses existent. Tête petite au front plat ponctué de noir, museau court, joues rayées, oreilles courtes et rondes très écartées implantées bas, et grands yeux cernés de blanc. Queue touffue à extrémité noire précédée de plusieurs anneaux étroits. | Asie centrale, Asie du Nord et Moyen-Orient. Répartie depuis les abords du lac Baïkal au nord, descendant à travers la Mongolie jusqu'au nord et au nord-ouest de la Chine (Gansu, Xinjiang) ; à l'ouest, elle s'étend à travers le Kazakhstan vers le sud jusqu'à l'Iran (massifs de l'Elbourz et du Kopet-Dag) et au Pakistan (Balouchistan), englobant les basses terres au sud du Caucase et à l'ouest de la mer Caspienne jusqu'à l'Arménie et l'Azerbaïdjan,. Présence incertaine ou très fragmentée au Tadjikistan, au Turkménistan et en Ouzbékistan. Évolue depuis 440 m d'altitude jusqu'aux étages montagnards dans les steppes herbeuses et arbustives, les ravins et versants rocheux, évitant les plaines de sable nu et les couverts neigeux continus. |
Liste
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| Otocolobus manul nigripectus (B. H. Hodgson, 1842) Manul de l'Himalaya |
Forme d'altitude trapue et massive, se distinguant par une robe plus sombre et davantage chargée de noir que la forme nominale (corps : 50 à 61 cm, queue : 20 à 30 cm, hauteur : 28 à 30,5 cm, poids : 2 à 5 kg, mâles un peu plus lourds). Fourrure hivernale longue et fournie, gris argenté à gris brunâtre givrée de blanc, avec de vagues rayures dorsales noires et un sous-poil ventral deux fois plus épais adapté au grand froid. Menton blanc souvent assorti d'une bavette grisâtre ou noire sur la poitrine. Tête aplatie densément tachetée de noir, oreilles courtes insérées bas, joues rayées et queue touffue cerclée d'anneaux noirs nets avant l'extrémité noire. | Plateau tibétain et arc de l'Himalaya. S'étend depuis le Cachemire et le Ladakh à l'ouest jusqu'au Népal (districts de Dolpa et de Manang) et au Bhoutan (parcs nationaux Wangchuck Centennial et Jigme Dorji), et vers l'est à travers le sud-ouest et le centre de la Chine (Tibet, Qinghai, Sichuan),. Occupe les pelouses et prairies alpines, les steppes rocheuses et les versants rocailleux bien ensoleillés riches en colonies de pikas, s'élevant couramment au-delà de 4 000 m et atteignant jusqu'à 5 593 m d'altitude au Népal,, tout en évitant les cuvettes fortement enneigées. |
Liste
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L'analyse de l'ADN nucléaire de l'ensemble des taxons de la famille des Felidae démontre que leur radiation adaptative a débuté en Asie à la fin du Miocène, il y a environ 14,45 à 8,38 millions d'années,. L'étude de l'ADN mitochondrial situe quant à elle cette radiation entre 16,76 et 6,46 millions d'années.
D'après les données de l'ADN nucléaire, la divergence génétique entre le Manul et l'ancêtre commun des chats-léopards (genre Prionailurus) se situe entre 8,55 et 4,80 millions d'années. Les données mitochondriales suggèrent quant à elles une divergence d'avec l'ancêtre commun du des chats proprement dits (Felis) estimée entre 9,40 et 1,46 million d'années.
Relations phylogénétiques du Manul déduites de l'analyse :
De l'ADN nucléaire :
| Felidae |
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De l'ADN mitochondrial :
| Felidae |
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Pantherinés | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Le Manul a à peu près la taille d'un chat domestique, mais son corps compact et trapu, ses pattes courtes et sa queue épaisse lui confèrent une silhouette robuste et ramassée. Malgré son aspect assez large, c’est un tout petit félin : sa longueur tête-corps est comprise entre 46 et 65 cm et la queue mesure de 20,6 à 31 cm. La hauteur au garrot est de 28 à 30 cm. Le poids varie de 2,5 à 4,5 kg,, les mâles étant généralement plus lourds que les femelles. À titre de comparaison au sein des félidés, certains chats sauvages sont plus lourds que le Manul, tandis que le Chat à tête plate, le Chat rubigineux ou le Chat à pieds noirs sont plus légers. Les pattes sont pourvues de griffes rétractiles courtes mais acérées.
La fourrure est exceptionnellement longue, souple et dense, pouvant atteindre jusqu'à 9 000 poils/cm2, ce qui fait paraître l'animal beaucoup plus gros qu'il ne l'est en réalité. Sur le dos, le sous-poil mesure environ 40 mm de long pour une épaisseur de 19 µm, tandis que les poils de jarres atteignent jusqu'à 69 mm de long et 93 µm de diamètre. Les poils situés sur les parties inférieures, le ventre, face interne des pattes et sur la queue, sont presque deux fois plus longs que ceux des flancs ou du dos, une adaptation lui permettant de se mouvoir en rase-motte lors des séances de chasse, tout en le protégeant du sol suceptible de lui geler les coussinets. Lorsqu'il se repose et s’endort, le Manul s'enroule sur lui-même en rabattant sa queue touffue sous son corps pour conserver sa chaleur.
La teinte de base du pelage est gris clair avec des reflets ocre ou d’un chamois roussâtre. L'extrémité de nombreux poils étant blanche et d'autres noirâtre, le pelage prend un aspect givré et argenté assez caractéristique. Des variations individuelles, régionales et saisonnières existent : en hiver, la teinte devient plus grise, plus fournie et les rayures sur le corps s'estompent ; les populations du sud, anciennement rattachées à la sous-espèce ferrugineus, tirent davantage vers le roux et portent des marques atténuées, tandis que la forme himalayenne (nigripectus) possède un patron sombre plus marqué. Le bas du dos porte cinq à sept lignes transversales foncées et étroites. Le menton, la gorge, les lèvres inférieure et supérieure ainsi que le ventre sont blanchâtres. Les membres portent des bandes transversales sombres souvent indistinctes. La queue, grise et très touffue, est annelée de six à neuf bandes noires étroites et se termine par un pinceau noir très net,. Cette coloration générale lui confère un camouflage optimal dans les biotopes semi-arides de steppes et de montagnes.
| Formule dentaire | |||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| mâchoire supérieure | |||||||
| 1 | 2 | 1 | 3 | 3 | 1 | 2 | 1 |
| 1 | 2 | 1 | 3 | 3 | 1 | 2 | 1 |
| mâchoire inférieure | |||||||
| Total : 28 | |||||||
| Dentition du Manul. | |||||||

La tête est large, aplatie et surmontée d'un crâne globuleux au museau court. Le front et le sommet de la calotte sont semés de petites taches noires,. Deux rayures foncées parallèles et légèrement en zigzag traversent chaque joue, partant du coin externe de l'œil jusqu'à l'articulation de la mâchoire,. Les vibrisses sont blanches.
Les oreilles sont courtes, larges, arrondies et attachées très bas sur les côtés de la boîte crânienne, de sorte qu'elles dépassent à peine du pelage,. Le revers de l'oreille est gris jaunâtre avec un liséré plus sombre, tandis que l'intérieur du pavillon porte de longues soies blanchâtres,. Cette position latérale et surabaissée permet à l'animal de s'embusquer facilement derrière des rochers en ne découvrant qu'une fraction minimale de sa tête au-dessus des yeux, sans avoir à aplatir les oreilles, optimisant l'affût dans les milieux dépourvus de couvert haut tout en limitant les déperditions thermiques par grand vent,.
Les yeux sont cernés de blanc. L'iris est jaunâtre et, fait remarquable chez les petits félins de la sous-famille des Felinae, les pupilles se contractent en disques circulaires au lieu de fentes verticales en pleine lumière. Au sein des félinés, cette caractéristique n'est partagée qu'avec les genres du Puma. (Puma), du Serval (Herpailurus) et du Guépard (Acinonyx). Le Manul dispose par ailleurs d'une membrane nictitante protectrice développée contre les poussières et les vents glaciaux dans les steppes.
Le crâne des mâles mesure de 87 à 95 mm de long pour une largeur basale de 66 à 74 mm, contre 84 à 96 mm de long et 65 à 68 mm de large chez les femelles. Les orbites sont volumineuses et orientées nettement vers l'avant. La carnassière inférieure est puissante et la carnassière supérieure, courte et robuste. La première prémolaire supérieure est systématiquement absente, fixant la formule dentaire à un total de dents.
La force de morsure mesurée à la pointe de la canine est de 155,4 N, ce qui correspond à un quotient de force de morsure (BFQ) de 113,8.
Le génome mitochondrial complet du Manul totalise 16 672 paires de bases et comprend 13 gènes codant des protéines, 22 gènes d'ARN de transfert, deux gènes d'ARN ribosomique ainsi qu'une région de contrôle non codante.



Le Manul occupe principalement les formations herbeuses, comme des prairies, en altitude, les steppes arbustives froides et arides, les plateaux rocailleux, les éboulis, les ravins et les collines rocheuses d'Asie centrale et des massifs adjacents. Il évite les déserts de sable trop mous, les massifs forestiers trop denses ainsi que les zones soumises à un enneigement long allant jusqu’à 15 à 20 cm de hauteur, son anatomie ramassée entravant ses déplacements dans la neige trop épaisse. Vers le nord, son extension géographique est ainsi très nettement limitée par la lisière méridionale de la taïga sibérienne.
L'espèce montre une tolérance marquée aux amplitudes thermiques extrêmes, supportant des climats hypercontinentaux où les températures hivernales descendent couramment sous les −50 °C et où l'écart de température annuel peut atteindre 80 °C. Dans le sud-ouest de son aire de répartition, la végétation se compose essentiellement de petits buissons, d'armoises (Artemisia) et de graminées des genres Festuca et Stipa,. Dans son aire de répartition centrale, il habite des collines, des hauts plateaux et des dépressions entres deux montagnes, recouverts d'une steppe ou d'une zone semi-désertique xérophytique.
En altitude, bien que des mentions sporadiques le situent dès 570 m dans le Caucase du Sud, il s'agit d'un félin habitué à des altitudes moyennes à extrêmes, culminant jusqu'à 5 593 m dans l'Himalaya népalais, record mondial avéré pour cette espèce.
L'aire de répartition s'étend de la région caucasienne et du pourtour de la mer Caspienne à l'ouest jusqu'à la Mongolie et aux confins occidentaux de la Chine à l'est, englobant la Dzoungarie et le plateau tibétain. L'espèce a en revanche disparu de l'est du pays.
Dans le Caucase et au Moyen-Orient, sa présence demeure discontinue. Longtemps considéré comme éteint en Arménie après la collecte d'un spécimen près de Vedi à la fin des années 1920, le félin a été réhabilité comme espèce indigène confirmée à la suite d'une observation visuelle en janvier 2020 dans le marz de Tavush à environ 570 m d'altitude. En Azerbaïdjan, les signalements contemporains restent exceptionnels, limités à une dépouille issue du Haut-Karabagh et à un contact direct documenté dans le raion de Djoulfa à la fin du XXe siècle. En Iran, bien qu'il y soit rare et difficile à observer, le Manul est présent dans la plupart des reliefs du pays : dans le nord-ouest près du fleuve Araxe et vers Azarshahr, sur les contreforts sud de l'Elbourz (notamment au sein du parc national de Khojir et de la zone protégée de Kavdeh),, dans les massifs de l'Aladagh et du Kopet-Dag, incluant l'aire protégée de Parvar, ainsi que dans le sud des monts Zagros dans le comté d'Abadeh.
En Asie centrale et dans les zones limitrophes, le Manul habite les reliefs arides. En Afghanistan, il fréquente les hautes terres de l'Hindou Kouch, attesté dans la province de Bamiyan entre 2015 et 2017 et près de la dépression de Dasht-e Nawar sur le Koh-i-Baba. Au Turkménistan, où les premières données historiques remontent aux bassins du Tedjen et du Mourghab à la fin du XIXe siècle, des pièges photographiques attestent sa subsistance dans la réserve naturelle de Sünt-Hasardag et la réserve naturelle d'État de Köpetdag. Des mentions historiques existent également dans la province de Sourkhan-Daria et les monts Gissar, entre Ouzbékistan et Tadjikistan. Au Kirghizistan, il fréquente les crêtes de la réserve naturelle d'État de Sarychat-Ertash et les contreforts des monts Alaï,, tandis qu'au Kazakhstan, il peuple les hautes terres des steppes centrales et orientales, la bordure du désert de Betpak-Dala et les monts Tarbagataï.
En Sibérie méridionale, les populations se répartissent dans les prairies de montagne de l'Altaï, en particulier sur le plateau d'Oukok et la chaîne de Saïliouguem, à Touva dans le bassin d'Uvs Nuur et le massif du Mongoun-Taïga, dans le parc national du Tounka, les monts Saïan orientaux et en Transbaïkalie le long des bassins de la Selenga, du Tchikoï et du Khilok entre 600 et 800 m d'altitude,, avec des observations isolées sur le plateau de Vitim. La Mongolie constitue le cœur de son aire de répartition globale et abrite ses densités de population les plus fortes, notamment dans les espaces protégés d'Ikh Nartiin Chuluu, du parc national de Khustain Nuruu et du parc national de Gobi Gurvansaikhan, où les reliefs rocheux accidentés lui procurent un couvert protecteur,,,.
Sur le plateau tibétain et en Chine occidentale, l'espèce fréquente les plaines alpines et les steppes d'altitude, souvent en association étroite avec les colonies de Pika à lèvres noires (Ochotona curzoniae), comme dans le xian de Qumarlêb à 4 087 m ou dans la partie centrale de la réserve naturelle nationale des Trois Rivières. Des individus ont été observés jusqu'à 5 050 m dans le xian de Gêrzê, ainsi que dans la réserve naturelle du Qomolangma, la réserve naturelle de Taxkorgan et les prairies de Ruoergai dans le Sichuan,.
Dans l’himalaya et en Asie du Sud, son effectif de population s'est bien consolidé au cours des dernières décennies. Au Pakistan, il est signalé dans le nord au sein du parc national de Qurumbar à 3 445 m d'altitude dans des boisements de genévriers, ainsi que dans le district de Ziarat au Balouchistan. En Inde, recensé dès 1991 dans le bassin supérieur de l'Indus au Ladakh, il est confirmé dans les sanctuaires de faune de Changthang et du Karakoram, au Sikkim près du lac Tso Lhamo à 5 073 m, dans le parc national de Gangotri en Uttarakhand, dans le district de Kinnaur en Himachal Pradesh et dans les zones montagneuses des districts de Tawang et du Kameng occidental en Arunachal Pradesh.
Au Népal, sa présence a été rapportée par photographie en 2012 dans les alpages de la vallée supérieure de la Marshyangdi au sein de l'aire de conservation de l'Annapurna. Elle a ensuite été attestée dans le district de Dolpa au sein du parc national de Shey Phoksundo, où des fèces identifiées à 5 593 m constituent le record mondial d'altitude pour l'espèce, puis dans le district de Humla jusqu'à 5 127 m. En 2019, des analyses d'ADN environnemental réalisées sur des excréments trouvés à plus de 5 000 m d'altitude sur les pentes de l'Everest dans le parc national de Sagarmatha confirment la présence de deux individus se nourrissant de pikas et de belettes de montagne (Mustela altaica),. Au Bhoutan, le Manul a été documenté pour la première fois en 2012 dans les steppes et dépôts glaciaires du parc national du centenaire Wangchuck, puis à 4 122 m dans le parc national Jigme Dorji.

Le Manul est un animal strictement solitaire et territorial. La communication olfactive joue un rôle de premier plan dans le marquage du territoire, les mâles projetant de l'urine pour en délimiter leur contours. Les vocalises d'accouplement et d'alerte évoquent de brefs jappements de chiot ou les hululements graves d'une chouette, bien que l'animal puisse également grogner, siffler et cracher si menacé.
Contrairement aux estimations initiales qui lui attribuaient un domaine vital très restreint de l'ordre d'un kilomètre carré, les suivis télémétriques menés au centre de la Mongolie ont révélé des territoires bien plus étendus. Le domaine vital d'une femelle oscille généralement entre 7,4 et 125,2 km2, tandis que celui des mâles s'étend de 20,9 à 207,0 km2,. Le territoire d'un mâle chevauche habituellement ceux d'une à quatre femelles, et empiète en partie sur ceux d'autres mâles. En hiver, la superficie de ces domaines tend à se contracter. La densité de population dans la steppe mongole se situe habituellement entre 4 et 8 individus pour 100 km2; toutefois, des comptages d'empreintes sur la neige en Daurie russe ont mis en évidence des concentrations locales atteignant temporairement 100 individus pour 100 km2, un phénomène opportuniste étroitement corrélé aux pullulations cycliques de petits rongeurs.
Le Manul utilise des anfractuosités rocheuses, des grottes ainsi que des terriers creusés par des marmottes, des renards ou des sousliks en guise d'abris tout au long de l'année,, particulièrement au Kazakhstan et en Sibérie méridionale. Les gîtes d'été et d'hiver ne possèdent le plus souvent qu'une seule ouverture d'un diamètre de 15,6 à 23,4 cm, dans lesquels les individus séjournent consécutivement entre 2 et 28 jours. Les gîtes estivaux sont préférentiellement établis dans des zones rocheuses ombragées afin d'échapper à la chaleur diurne, tandis que les tanières hivernales sont aménagées à proximité de ravins abrités des vents violents.
Son rythme d'activité est principalement crépusculaire et nocturne, avec des pics marqués à l'aube et au crépuscule, les heures chaudes étant souvent mises à profit pour se chauffer au soleil à l'entrée de la tanière. Néanmoins, ce rythme montre une plasticité saisonnière : au centre de la Mongolie, les individus sont diurnes de septembre à novembre, tout en réduisant leurs sorties en journée dans les zones où sort le bétail pour limiter les rencontre avec l’Homme,. Sa morphologie trapue et ses membres courts le rendent inapte aux poursuites rapides et prolongées, le contraignant à une dépendance absolue envers son camouflage homochromique et la proximité immédiate d'anfractuosités pour échapper à ses propres prédateurs, au premier rang desquels figurent les grands rapaces, le loup (Canis lupus), le Renard roux (Vulpes vulpes) et les chiens domestiques en divagation ou errants. Sa longévité en milieu naturel est estimée à plus de 11 ans, avec une durée de génération évaluée à 3,61 ans.
Comme tout les félins, le Manul est un hypercarnivore spécialisé dans la capture de petits mammifères terrestres ,. Ses proies favorites sont les pikas (notamment celui de Daouri (Ochotona dauurica), celui de Pallas (O. pallasi), l’asiatique (O. pusilla) et celui à lèvres noires (O. curzoniae)) ainsi qu'une grande variété de rongeurs, parmi lesquels figurent les campagnols, les mériones (Meriones unguiculatus), les spermophiles (Urocitellus undulatus, Spermophilus dauricus) et de jeunes marmottes (Marmota sibirica, Marmota himalayana),,. Le régime est complété de façon opportuniste par de petits oiseaux comme des passereaux, des gallinacés (alouettes, perdrix choukar, crave à bec rouge), des lièvres comme le lièvre laineux (Lepus oiostolus), ainsi que des insectes comme des orthoptères et des coléoptères,. Des analyses d'ADN fécal menées dans la réserve du mont Gongga en Chine ont également identifié la consommation occasionnelle de poissons cypriniformes.
Dans les steppes orientales de Mongolie, le félin concentre ses efforts sur la chasse au campagnol de Brandt (Lasiopodomys brandtii) lors des explosions démographiques de cette espèce. Sur le haut plateau tibétain, les pikas à lèvres noires constituent le socle de sa subsistance, la marmotte de l'Himalaya et le campagnol de Blyth (Neodon leucurus) n'y représentant qu'une part secondaire.
Pour capturer ses proies, le félin emploie principalement l'affût discret à la sortie des terriers et la chasse à l'approche, rampant ventre à terre en tirant parti du relief rocheux avant de bondir sur sa cible. Il prospecte également les galeries peu profondes en y introduisant ses pattes antérieures pour en extirper les rongeurs enfouis.

La période de reproduction s'amorce à la fin de l'hiver, de février à mars, rythmée par l'allongement de la photopériode qui régule la spermatogenèse et le cycle œstrien. À cette période, les mâles en captivité manifestent une élévation par trois de leur taux plasmatique de testostérone ainsi qu'une agressivité territoriale accrue. La réceptivité de la femelle lors de l'œstrus est particulièrement brève, ne durant que 26 à 42 heures,. La durée de gestation s'établit entre 66 et 75 jours,, une durée comparable à celle du Chat rubigineux mais plus longue que chez le Chat à tête plate ou le Chat à pieds noirs,.
La mise bas intervient principalement entre la fin du mois d'avril et la fin du mois de mai,. Les portées se composent le plus souvent de deux à six chatons,, avec une moyenne habituelle de trois à quatre jeunes, ce qui représente une fécondité relativement élevée au sein des petits félinés. La tanière de mise bas est aménagée dans un terrier de marmotte abandonné ou au cœur de nombreuses roches entremêlées, tapissée de poils, de plumes et de restes végétaux séchés,. En Iran, des femelles ont également été observées élevant leur portée dans de larges cavités de troncs de genévriers grecs sénescents (Juniperus excelsa). Ces gîtes maternels comportent généralement au moins deux issues de secours.
À la naissance, les nouveau-nés pèsent entre 70 et 100 grammes pour une longueur corporelle d'environ 12 cm. Ils naissent aveugles et pourvus d'un pelage duveteux sombre marqué de rayures latérales distinctes. Leurs yeux ne s'ouvrent que vers l'âge de deux semaines. Vers deux mois, ils pèsent entre 500 et 600 grammes et perdent leur pelage laineux. Les jeunes commencent à accompagner leur mère à la chasse vers cinq mois, atteignent leur taille adulte entre six et sept mois, puis se dispersent vers l'âge de huit mois. La maturité sexuelle des deux sexes intervient vers l'âge d'un an.
Bien que son aire de répartition globale demeure vaste, les effectifs du Manul à l’état sauvage sont estimés à environ 58 000 individus adultes et connaissent une tendance globale à la régression. L'espèce a historiquement fait l'objet d'une chasse commerciale intensive pour le commerce de la fourrure, servant à la confection de manteaux et de toques. Au cours du XXe siècle, les prélèvements annuels dépassaient régulièrement dix mille peaux en Chine comme en Union soviétique, tandis que la Mongolie exportait jusqu'à 50 000 fourrures par an à l'orée du siècle. Si les exportations internationales mongoles ont atteint 9 185 peaux en 1987 avant de cesser officiellement en 1988, un commerce intérieur illégal de peaux et d'organes à des fins médicinales traditionnelles persiste dans plusieurs zones de son aire, où le braconnage demeure actif, notamment en Transbaïkalie,.
La menace la plus préjudiciable repose sur la dégradation et la fragmentation de ses habitats sous l'effet du surpâturage par le bétail, du développement minier et des infrastructures linéaires de transport, privant le félin des gîtes rocheux et de ses terriers indispensables à sa survie. De surcroît, les campagnes massives d'éradication des petits mammifères jugés nuisibles aux zones de pâturages ont gravement altéré sa ressource trophique : l'usage d'anticoagulants rodenticides tels que la bromadiolone en Mongolie et en Chine a entraîné un effondrement local des populations de proies ainsi que des empoisonnements secondaires chez les carnivores. Dans la seule région du Sanjiangyuan, sur le haut plateau tibétain, l'empoisonnement d'environ 54 147 km2 de prairies entre 2005 et 2009 a provoqué une perte estimée entre 50 000 et 80 000 tonnes de biomasse de pikas. Le Manul subit une prédation directe exercée par les chiens de berger en liberté, cause de mortalité rapportée en Iran, au Kazakhstan et dans l'Altaï, ainsi que des captures accidentelles dans des pièges à mâchoires initialement disposés pour d'autres animaux à fourrure,,.

Initialement classé comme « insuffisamment documenté » en 1994 puis « faible risque » en 1996 sur la Liste rouge de l'UICN, le Manul a été inscrit au statut « quasi menacé » (NT) à partir de 2002 en raison du déclin de ses habitats et de ses proies, avant d'être reclassé en « préoccupation mineure » (LC) en 2020 au regard de l'immensité de sa distribution et d'une population globale demeurant conséquente. L'espèce figure à l'annexe II de la CITES, encadrant strictement tout transport international de spécimens vivants ou de sous-produits. Depuis février 2024, le Manul bénéficie également d'une protection renforcée sous l'égide de la Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage (CMS). Une journée internationale de sensibilisation dédiée au félin (International Pallas's Cat Day) se tient annuellement le 23 avril .
Sur le plan national, la chasse au Manul est proscrite par la législation dans la quasi-totalité des pays de son aire de répartition, notamment en Afghanistan depuis 2009, en Chine, en Inde, en Iran, au Kazakhstan, au Kirghizstan, au Pakistan, en Russie et au Turkménistan ; la Mongolie restant l'un des rares États où un cadre de chasse réglementée subsiste. Les listes rouges nationales reflètent toutefois une vulnérabilité accrue : le félin est classé quasi menacé en Mongolie, en danger en Chine et proposé au statut d'espèce en danger critique d'extinction au Turkménistan en raison de l'extrême rareté des observations récentes.

La maintenance en captivité du Manul s'est longtemps heurtée à de lourdes difficultés sanitaires et reproductives. Entre 1951 et 1979, le zoo de Pékin a hébergé seize individus qui n'ont guère survécu plus de trois ans en moyenne. Désigné espèce prioritaire en 1984 au sein du Plan de survie des espèces (SSP) de l'Association des zoos et aquariums, le félin présente l'un des taux de mortalité néonatale les plus élevés observés chez les petits carnivores, près de la moitié des petits périssant dans les trente premiers jours suivant la mise bas, principalement en raison d'une vulnérabilité immunitaire aiguë à la toxoplasmose,.
La plupart des lignées captives d'Europe et d'ex-Union soviétique descendent d'individus prélevés en Transbaïkalie et en Mongolie. Le zoo de Moscou a instauré un registre généalogique international en 1997, repris à partir de 2004 par la Société royale de zoologie d'Écosse au zoo d'Édimbourg, qui coordonne également le Programme européen pour les espèces menacées (EEP) dédié au taxon. En 2011, la première insémination artificielle réussie avec semence congelée a été conduite au zoo de Cincinnati, aboutissant après 69 jours à la naissance de quatre petits dont trois viables. L'effectif mondial en captivité rassemble entre 160 et 180 individus répartis dans une soixantaine d'établissements zoologiques situés principalement en Europe, en Amérique du Nord, en Russie et au Japon.
En France, le Manul est notamment maintenu et reproduit au parc des félins en Seine-et-Marne depuis 2005, au zoo de Mulhouse, au parc zoologique de Lille ainsi qu'à la ménagerie du Jardin des plantes du Muséum national d'histoire naturelle à Paris. À l'étranger, des populations reproductrices notables sont hébergées au zoo de Novossibirsk en Sibérie, au zoo de Moscou, au Parken Zoo (en) en Suède, au zoo de Zurich, au zoo de Lincoln Park à Chicago ou encore au Kobe Animal Kingdom au Japon.

Sur Internet, le Manul acquiert une grande notoriété en Russie à partir de l'automne 2008 à travers un mème populaire du Runet intitulé « Caresse le chat » (Погладь кота),. Reposant sur des photographies cadrées en gros plan révélant son regard sévère et son faciès renfrogné, ce mème enjoint ironiquement l'internaute à caresser l'animal en dépit de son agressivité manifeste. Cette popularité virale conduit le parc zoologique de Moscou à choisir officiellement le Manul comme mascotte institutionnelle en 2012, à l'issue d'un vote du public.
Par ailleurs, un individu mâle nommé Zelenogorsk, hébergé au zoo de Novossibirsk, accède à une célébrité internationale sur les réseaux sociaux grâce à des vidéos le montrant en train de poser délicatement ses pattes antérieures sur sa propre queue touffue afin de les isoler du sol gelé,.