| Président Société des artistes indépendants | |
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(à 82 ans) 6e arrondissement de Paris |
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Maximilien Jules Luce |
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Camille Pissarro (ami) |
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Maximilien Luce, né le à Paris et mort dans la même ville le , est un peintre, graveur et affichiste français.
Militant libertaire, il produit de nombreuses illustrations engagées politiquement.
Son premier tableau connu date de 1876. À partir de 1885, et durant une quinzaine d'années, il s'inscrit dans le mouvement néo-impressionniste : il use de la technique du divisionnisme (ou pointillisme), développée par Georges Seurat. Il revient par la suite à une facture plus classique, mais qui garde l'harmonie et la luminosité de sa première période.

Maximilien Luce naît dans le 7e arrondissement de Paris le de Charles Désiré Luce, comptable, et de Louise Joséphine, née Dunas. En 1870, il obtient son certificat d'études. Durant la Commune, il suit les cours de dessin de l'École des arts décoratifs de Paris. En , il a 13 ans quand il assiste à la répression contre les communards. Il va rester marqué toute sa vie par ces événements. En 1872, il entre en apprentissage dans l'atelier de gravure sur bois d'Henri Théophile Hildibrand, et il suit des cours du soir dans l'école de dessin et de modelage de la rue de Vaugirard. Il est admis aux cours de dessin que le peintre Diogène Maillart donne aux ouvriers des Gobelins. En 1876, il devient ouvrier graveur dans l'atelier d'Eugène Froment, qui produit notamment des gravures sur bois pour L'Illustration. Luce fréquente l'Académie Suisse. Il exécute son premier tableau connu, Jardin à Montrouge, ou Le Jardin au Grand Montrouge. Il étudie d'après modèle deux années durant dans le célèbre atelier de Carolus-Duran.
Le , il est incorporé au 48e régiment d'infanterie de ligne, à Guingamp, au titre du service militaire. Il y fait la connaissance du peintre Franck Antoine Bail, du futur président Alexandre Millerand et de Frédéric Givort, un cordonnier anarchiste. En 1881, sur intervention de Carolus-Duran, Luce est mis en subsistance au détachement du 48e RIL, à Paris. Il peut ainsi fréquenter à nouveau l'atelier de Carolus-Duran, et retourner travailler chez Eugène Froment. Par l'intermédiaire de Charles Baillet, ami d'enfance de Frédéric Givort, il intègre le groupe anarchiste du 14e arrondissement. En , il est libéré de ses obligations militaires. L'invention de la zincographie ayant sensiblement réduit les débouchés de la gravure sur bois, Luce devient peintre à plein temps,.

Les années 1884 à 1886 marquent un tournant important dans l'histoire de la peinture. En 1884, des artistes souhaitant exposer librement et s'affranchir de l'influence de tout jury créent le Salon des indépendants. L'un d'eux, Georges Seurat, s'inspirant de travaux scientifiques, renonce au mélange des couleurs sur la palette, qui fait perdre de la luminosité. Il procède par juxtaposition de points de couleurs complémentaires. Il compose ainsi une lumière que l'œil du spectateur va synthétiser. Georges Seurat parle de cette division des tons comme de chromo-luminarisme ou de divisionnisme (tandis que des critiques parlent de pointillisme). Cette application scientifique du Traité des couleurs rompt avec la spontanéité « romantique » de l'impressionnisme. Le premier grand tableau de Seurat appliquant sa théorie, Un dimanche après-midi à l'île de la Grande-Jatte, fait sensation en , à la huitième et dernière exposition impressionniste. En septembre, le critique Félix Fénéon, donne au divisionnisme le nom de néo-impressionnisme. De 1884 à 1886, Luce effectue plusieurs séjours à Lagny-sur-Marne, en compagnie d'Émile-Gustave Cavallo-Péduzzi et de Léo Gausson, qu'il a connus à l'atelier d'Eugène Froment. Les deux peintres le tiennent informé des recherches de Seurat, ils l'initient à sa technique. C'est à Lagny-sur-Marne, en 1885, que Luce commence à produire dans une facture divisionniste.

Au printemps 1887, les œuvres des néo-impressionnistes sont réunies pour la première fois au Salon des indépendants. Luce y expose sept toiles divisionnistes. Il y fait la connaissance de Georges Seurat, du critique anarchiste Félix Fénéon et des peintres néo-impressionnistes et anarchistes Camille Pissarro et Paul Signac. Ce dernier lui achète La Toilette. Les œuvres de Luce sont à cette époque de couleurs sombres, d'une « touche serrée ». Ce sont bien souvent des paysages de banlieue.

Luce est aussi un militant libertaire. Le , son premier dessin politique paraît dans La Vie moderne. Le , il monte à la tribune lors d'une réunion publique du Comité révolutionnaire des Quatre Chemins. Il incite des ouvriers en grève à la violence, « seul moyen pour eux d'avoir gain de cause ». Le , Émile Pouget lance l'hebdomadaire anarchiste Le Père Peinard, auquel Luce collabore régulièrement.
En février-, il est invité à exposer au Salon des XX, à Bruxelles. Il y fait la connaissance du poète Émile Verhaeren et du peintre divisionniste Théo Van Rysselberghe. En 1891, il entame une liaison avec Ophélie Bresdin. En 1892, il retourne au Salon des XX. Cette année-là, il vit très mal le départ d'Ophélie. Pour lui changer les idées, Camille Pissarro l'entraîne à Londres où ils louent un logement à Kew. Puis, Paul Signac l'accueille à Saint-Tropez. À la fin de l'année, Luce participe à l'Exposition des peintres néo-impressionnistes. C'est, autour d'œuvres de Seurat, la première manifestation du groupe néo-impressionniste « en tant que mouvement uni ».
Les liens avec Pissarro se prolongent dans un cadre familial à Éragny-sur-Epte, où Luce devient un visiteur régulier de la maison du peintre. Le 10 juin 1893, Pissarro écrit à son fils Lucien qu'il repart pour Éragny « accompagné de Luce » ; en janvier 1894, Luce séjourne de nouveau auprès de la famille à Éragny. Le musée des impressionnismes Giverny le décrit ainsi comme l'un des « visiteurs familiers » du jardin de Pissarro à Éragny. Cette proximité se poursuit en 1895 : après la mort de leur premier enfant, Luce et sa compagne séjournent chez les Pissarro à Éragny, où il réalise vraisemblablement plusieurs études des membres de la famille.
En 1893, Luce rencontre Ambroisine Bouin, une jeune fille d'Audierne qui devient sa compagne. L'année suivante, le , le couple a un fils, Frédéric. Le , le président de la République Sadi Carnot est assassiné par l'anarchiste italien Caserio. Suspecté de complicité, notamment en raison de sa collaboration au Père Peinard, Luce est arrêté le . Il est incarcéré à la prison Mazas. Mais il est trop tard pour l'inclure dans le Procès des Trente, qui a lieu du 6 au . Il est relâché le , faute d'éléments sérieux contre lui. Il tire de cet épisode dix lithographies sur la vie carcérale. Elles sont réunies dans l'album Mazas, accompagnées d'un texte de Jules Vallès.

Le petit Frédéric meurt en des suites d'une insolation. Les amis tentent de soutenir les malheureux parents. Luce et sa compagne séjournent alors chez Camille Pissarro et sa famille à Éragny-sur-Epte, tandis que les Verhaeren invitent également le couple à Bruxelles. Luce et Théo Van Rysselberghe se rendent ensemble à Charleroi. Luce visite une aciérie. Il éprouve un choc. Le fort caractère du pays Noir et de la vallée de la Sambre le laisse tout étourdi. La couleur étant « à peu près absente », il ne juge pas utile de recourir ici à la division des tons, il préfère se fier à son instinct : à partir de cette année-là, il délaisse peu à peu le divisionnisme.
Un second fils, prénommé lui aussi Frédéric, qui sera lui aussi artiste peintre, naît le . Luce retourne à Charleroi pour travailler. Il y séjourne trois mois. Il visite Couillet, Marchiennes, Marcinelle, Châtelet. Il est fasciné par les mines, les terrils, les usines, les cheminées, les hauts fourneaux. Cet univers sidérurgique marque profondément son œuvre, lui inspirant des visions d'enfer, de brasiers, de flamboiements dans la nuit, « d'hommes peinant dans une atmosphère étouffante » : L'Aciérie (1895), Hauts Fourneaux à Charleroi (1896)… Au printemps 1897, Luce expose ses premières toiles de Charleroi. En fin d'année, il retourne à Couillet. Il descend dans une mine, visite une aciérie. Cette fascination pour les sujets industriels est partagée par de nombreux artistes. Tout comme Luce, le peintre Ignace-François Bonhommé est épris par le sujet à partir de son voyage en Belgique quelques années auparavant. En 1838, la découverte des forges de Philippeville est déterminante dans sa carrière.
En 1898 et 1899, durant l'affaire Dreyfus, Luce soutient Zola, puis le colonel Picquart. Il signe une pétition, il produit des dessins dreyfusards. Il publie dans Le Père peinard un dessin représentant les deux éditeurs du journal de propagande antisémite Psst...!, Caran d'Ache et Jean-Louis Forain en prostituées qui s'offrent à l'armée et à l' Église. Il est l'un des douze illustrateurs de l’Hommage des artistes à Picquart (1899). En 1899, il effectue un dernier séjour dans la vallée de la Sambre. Du au , son exposition personnelle à la galerie Durand-Ruel connaît un grand succès public et critique.


En 1900, il établit son atelier 102, rue Boileau. Au début du XXe siècle, il renonce définitivement aux points de couleur qui ont valu aux divisionnistes le surnom de pointillistes : sa touche s'étire et s'adoucit, il en vient à une facture plus traditionnelle, mais qui garde l'harmonie et la luminosité de sa première période. En 1902, meurt Eugénie Marie Bouin, la sœur d'Ambroisine. Maximilien et Ambroisine recueillent son fils, Georges. En 1905, au moment de la venue à Paris du roi d'Espagne Alphonse XIII, Luce est emprisonné quelques jours à titre préventif. De 1902 à 1912, il peint les grands chantiers qui remodèlent le visage de Paris. Il consacre une dizaine de toiles à la Semaine sanglante qui a marqué son enfance : Une rue de Paris en mai 1871 (1903-1905), Le , place Pigalle (1906), Vive la Commune (vers 1910), Les Derniers Défenseurs de la Commune, le (1915), L'Exécution de Varlin (1910-1917), La République et la Mort (sans date)…
À partir de 1896, il fournit des illustrations au journal anarchiste Les Temps nouveaux. Il dessine aussi pour La Bataille syndicaliste. Au début de la Première Guerre mondiale, il colle à la ligne éditoriale de ce journal, qui défend l'Union sacrée. Il y publie des dessins bellicistes, au grand émoi de Paul Signac. Il refuse de signer la pétition de soutien au pacifiste Romain Rolland, considéré par beaucoup comme un traître. La correspondance de Luce montre qu'il croit toujours être un antimilitariste, voyant dans l'Allemagne une incarnation du militarisme. Il refuse de signer, tout en l'approuvant, le Manifeste des Seize.

En 1915 et 1916, il cherche à montrer la portée sociale du conflit en peignant l'activité des gares parisiennes et l'arrière des combats. Loin de l'héroïsation de la propagande patriotique, il témoigne de « la réalité grise, pesante et dépourvue d'éclat » de la guerre. En , son fils est mobilisé. En 1917, grâce à son ami le peintre Alfred Veillet qui y demeure,, il découvre Rolleboise, sur les bords de la Seine. Il y acquiert une maison en 1920 et se partage désormais entre ce lieu et Paris, où il quitte la même année la rue Boileau pour s'installer 16, rue de Seine.
Durant les années 1930, il fait partie du comité d’honneur de la Ligue internationale des combattants de la paix, la plus radicale des organisations pacifistes, qui a pour mot d’ordre : « Non à toutes les guerres ! » En 1934, après les émeutes de février, il signe Appel à la lutte, le tract antifascite d'André Breton. En novembre, il succède à Paul Signac en tant que président de la Société des artistes indépendants.
Il épouse sa compagne Ambroisine Bouin le . Elle meurt à Rolleboise le . À la fin de l'année, Luce démissionne de la présidence des Artistes indépendants pour protester contre la politique de discrimination de Vichy à l’égard des artistes juifs. Il meurt à Paris le . Il est inhumé au côté de son épouse, au cimetière de Rolleboise.
Vêtu simplement, fréquentant les restaurants populaires, fuyant les salons, Maximilien Luce est qualifié par ses amis d'homme libre, digne, ne faisant aucune concession à la mode, intransigeant avec lui-même et avec les autres. Tous évoquent un caractère entier, franc, rugueux, ne cherchant nullement à plaire, dépourvu de toute vanité, indifférent aux honneurs. Tous soulignent la bonté, le sens de l'amitié de Luce.
Luce admire les peintres réalistes, notamment Courbet, Daumier, et surtout Corot. Il aime les impressionnistes. Il connaît bien la peinture ancienne, avec une nette préférence pour Poussin. Il s'est lié d'une amitié profonde avec Camille Pissarro qu'il côtoie fréquemment et avec qui il entretient également des affinités intellectuelles et artistiques. Il est proche de Félix Fénéon, Paul Signac, Georges Seurat, Lucie Cousturier, Charles Angrand.

Lorsqu'il aborde le néo-impressionnisme, il a déjà, en tant que graveur, une solide formation de dessinateur : il sait traiter le clair-obscur, il sait composer. Le divisionnisme va faire de lui un puissant coloriste qui se distingue par son originalité. Comme Pissarro, il manifeste une certaine indépendance vis-à-vis de la théorie. Il a un autre point commun avec Pissarro : à l'inverse de Seurat et de Signac, tous deux introduisent des personnes dans leurs paysages.
Son ami Félix Fénéon le présente en 1887 comme « un brutal et un loyal au talent fruste et musculeux ». En 1888, il décrit le travail de Luce comme celui d'un néo-impressionniste, qui « se rattache au système de M. Seurat de peindre avec des tons francs, posés les uns à côté des autres, légitimés par leurs complémentaires et produisant d'intenses vibrations lumineuses […] L'art de M. Luce s'attache à peindre, avec une large sérénité de facture et des lignes simples, les prolétaires en leurs occupations de travail. »

L'année suivante, Fénéon relève un changement dans les coloris du peintre : « Les terres, ces vieilles terres, se retrouvent sur la palette de M. Maximilien Luce, et on leur imputera l'aspect érugineux — malgré les violets — et lourd de ses tableaux. » Il ajoute : « M. Luce est, comme était Vallès, un artiste strictement classique : tout le montre tel dans ses paysages peints, et dans l'album de lithographies qu'il publiait récemment. »
Luce a une prédilection pour les nocturnes, pour les atmosphères incertaines (brumes matinales, temps gris, nuées), il privilégie les dominantes bleues et violettes. Comme les autres néo-impressionnistes, il s'intéresse évidemment aux effets de l'éclairage public : Quai de l'École, Paris le soir (1889), Le Louvre et le pont du Carrousel. Effet de nuit (1890), Le Louvre et le Pont-Neuf la nuit (vers 1892). Et la série de toiles londoniennes lui permet de conjuguer les effets de l'éclairage urbain et de la brume sur le fleuve.
En 1895, Luce commence à délaisser la division des tons car il est fasciné par le pays Noir, sa tristesse, ses paysages désolés, la pluie, l'emprise de la révolution industrielle : usines, poussière des terrils, feu, vapeur, métal en fusion. L'activité y est incessante, de jour comme de nuit : « Le jour, un ciel sale de suie, un sol noirâtre, dit le critique Louis Vauxcelles, mais, la nuit, quel éblouissement ! Les lueurs vertes du magnésium illuminant la nue, le feu de bengale de ces pyrotechnies métallurgiques, le crachement de flammes, de fumée et d'étincelles… » Luce est saisi par la beauté de cet univers nouveau, par son étrangeté nocturne, par la poésie puissante qui s'en dégage. Son inspiration en est renouvelée.
La plupart des anarchistes néo-impressionnistes doutent de l'efficacité d'une peinture à caractère idéologique. Paul Signac estime qu'ils ne peuvent contribuer à l'émancipation du peuple qu'en produisant un art en lutte « contre les conventions bourgeoises et officielles ». Cet art, dit-il, doit rester « purement plastique » : le sujet ne doit pas avoir plus d'importance que la couleur, le dessin ou la composition. C'est donc sans misérabilisme, sans dénoncer l'injustice, sans contester l'autorité que Luce magnifie le dur labeur des hommes. Dans ses toiles consacrées au monde du travail, le drame est absent : Luce ne montre ni les terribles accidents ni les grèves ; c'est dans ses illustrations qu'il se réserve de dénoncer. Félix Fénéon trouve remarquable qu'il ne cède pas au sentimentalisme, qu'il ne fasse pas une féerie du flamboiement des forges, ni un drame de l'horreur des hauts fourneaux et des terrils. Louis Vauxcelles relève lui aussi que Luce ne met ni emphase ni « exagération dramatique ». Il n'est guidé dans ses peintures, note Émile Verhaeren, que par le souci d'art. Le même Verhaeren félicite Luce d'avoir traduit « le tumulte des pays de flamme et de charbon : les usines compactes, les hauts fourneaux aux briques calcinées, les cheminées géantes, les terrils géométriques. Vous montriez ainsi, non seulement votre application à revêtir de la parure des couleurs et des lignes des fragments de monde que la beauté semblait bannir de son domaine, mais vous prouviez surtout quel talent aéré, puissant, farouche était le vôtre. »

Luce est issu d'un milieu modeste : son père a été, à ses débuts, ouvrier charron. Dès La Toilette, en 1887, Maximilien manifeste l'attention qu'il porte aux humbles. Et ses idées anarchistes le font s'intéresser au monde ouvrier. De même qu'il montre le courage des travailleurs des hauts fourneaux, il exalte l'effort de ceux qui construisent les grandes villes.
En 1896, sans avoir recours à la division des tons, il représente le Percement de la rue Réaumur. Ce tableau annonce la série consacrée aux chantiers de Paris, à laquelle Luce travaille de 1902 à 1912. Il n'éprouve pas la nostalgie de l'ancien Paris. Il aime les lignes géométriques des tranchées, des immeubles et des échafaudages. Elles structurent la composition des tableaux, aidées en cela, avec la même rigueur, par le choix des couleurs : « le bleu et le jaune, réveillés de touches rouges ou vertes ». Le peintre reproduit les gestes, les attitudes, les tenues des différentes corporations, les outils, les grues. Ici, pas de lutte des classes comme dans les dessins, mais une œuvre collective où chacun, de l'architecte au manœuvre, tient un rôle bien défini, offrant toute son énergie.

Les partisans de l'art moderne condamnent la peinture d'histoire, son exaltation de l'héroïsme, ses valeurs morales suspectes. Les anarchistes, de leur côté, inscrivent leurs revendications dans le présent. Leur seule référence historique est la Commune, une Commune dont le souvenir est escamoté par la bourgeoisie, un événement absent de la peinture bourgeoise. Luce innove donc à tout point de vue en se faisant peintre d'histoire. Trente ans après les faits, il évoque la répression de la Semaine sanglante. Si d'ordinaire il réserve le message politique à ses illustrations, s'il refuse de s'engager dans ses peintures consacrées au monde du travail, il prend ici parti pour les victimes. Sa dizaine de toiles consacrées à l'événement ne montre qu'exécutions et massacres.
Dans ses peintures de la Première Guerre mondiale, il se refuse à toute héroïsation. Il préfère montrer la portée sociale du conflit. Il peint l'arrière des combats, et consacre une série de tableaux aux gares parisiennes durant la guerre (permissionnaires et leurs familles, blessés, secouristes…) Dans La Gare de l'Est (1917), la souffrance et le désarroi de quelques soldats entassés occupent un premier plan sombre, tandis qu'en arrière-plan sur la place, en pleine lumière, indifférente, l'armée présente son visage martial et guilleret. En octobre et , Luce réunit une cinquantaine d'œuvres sous le titre Les Gares de Paris pendant la guerre. L'exposition passe presque inaperçue.
À partir de 1917, à Rolleboise, il a une vision du monde apaisée. Il représente, comme l'avaient fait les premiers impressionnistes, la nature, les bords de Seine, les baigneurs (Rolleboise, la baignade dans le petit bras, vers 1920)…

Très présent dans les grands musées, Luce n'a cependant pas la notoriété que mériterait son talent. Ses quatre années de service militaire et ses relations avec le mouvement anarchiste — plus voyantes que celles de ses amis peintres — y sont pour beaucoup. C'est dans ses illustrations qu'il manifeste son engagement politique. Il travaille principalement pour Jean Grave et Émile Pouget. Il s'insurge contre les inégalités sociales, il prêche l'esprit de révolte, l'antimilitarisme. Il ne produit pas de dessins anticléricaux, sauf en 1909 et 1910, après l'exécution en Espagne du pédagogue libertaire Francisco Ferrer.
Verhaeren compare Luce au sculpteur Constantin Meunier :
« Comme Meunier, il aime l'ouvrier, violemment. Il le suit dans sa vie terrible et étouffée au fond de la terre ; il épouse ses colères et ses rages ; il comprend et appuie ses révoltes. Ses dessins réclament de la justice et de la pitié. Ils sont âpres et frustes […] Ce sont des cris farouches et obstinément lancés. »

En , Le Révolté, le journal anarchiste de Jean Grave, devient La Révolte. Fidèle lecteur, Luce se lie d'amitié avec le journaliste. Pourtant, lorsque Grave lui demande des illustrations, l'artiste se montre d'abord réticent. Il craint de donner dans le misérabilisme et le sentimentalisme. En , La Révolte devient Les Temps nouveaux. Luce collabore à ce journal de 1898 à 1921. Le , Jean Grave lance La Voix du peuple, organe de la Confédération générale du travail (CGT). Luce y collabore également.
Il donne des dessins de couverture ou des illustrations pour des livres de Jean Grave et des livres édités par Les Temps nouveaux :

En 1889, Émile Pouget lance l'hebdomadaire anarchiste Le Père Peinard (qui va s'appeler La Sociale de à ). Luce dessine le bandeau de première page. Il est également l'auteur de la plupart des dessins qui paraissent à partir de . En mars et en , La Sociale publie les croquis de Luce destinés à faire connaître les sculptures de Constantin Meunier. En , Luce s'en prend dans Le Père Peinard aux dessinateurs antidreyfusards Jean-Louis Forain et Caran d'Ache.
En , Émile Pouget lance La Bataille syndicaliste, quotidien syndicaliste révolutionnaire et libertaire, « organe officieux de la CGT ». En 1913 et 1914, Luce y publie des dessins antimilitaristes.
En 1914, l'insistante propagande belliciste d'une France revancharde aboutit à l'Union sacrée, parvenant à convaincre nombre de libertaires que l'Allemagne est l'agresseur et qu'elle a pour cible « la tradition démocratique et révolutionnaire de la France ». Un débat divise la communauté libertaire. L'antimilitariste Luce suit la ligne éditoriale de La Bataille syndicaliste, favorable à l'Union sacrée. Sous le regard consterné de Paul Signac, il publie fin 1914, dans La Bataille syndicaliste, des dessins anti-Allemands.

Il contribue par des illustrations à d'autres revues anarchistes et socialistes.
Il réalise par ailleurs dessins de couverture ou illustrations pour des livres :
Luce est le plus prolifique des néo-impressionnistes. On lui doit quelque 2 000 peintures à l'huile, autant de pastels, gouaches et aquarelles, et plus d'une centaine de gravures.



En dehors des salons qu'il partage avec d'autres peintres, à Paris comme à Bruxelles, Luce a des expositions personnelles. La première se tient en octobre et à la galerie Durand-Ruel, à Paris. Elle connaît un grand succès. Elle est suivie d'une autre en à la galerie Druet, à Paris ; puis de trois autres en 1907, 1909 et 1912 à la galerie Bernheim-Jeune, à Paris. En 1914, la galerie Choiseul, à Paris, propose une exposition de ses œuvres relatives au travail et aux travailleurs. En 1916, à la galerie Bernheim-Jeune, il expose Les Gares de Paris pendant la Guerre. En 1921, il expose à la galerie Durand-Ruel, puis en 1929 à la galerie Georges Bernheim.