L'oflag IV-D est un camp d'officiers prisonniers de guerre essentiellement français, de 1940 à 1945 en Allemagne. Il était situé sur le territoire de la commune d'Elsterhorst (Nardt), à 50 km au nord-est de Dresde et 4 km de la petite ville d'Hoyerswerda en Saxe, à la limite de la Silésie.


Le camp est constitué de 10 blocs, de 4 baraques chacun.
L'effectif du camp varie entre 5 437 prisonniers (officiers et leurs ordonnances) en , 4 054 en 1943 et 5 992 en . En raison des bombardements de Dresde, les autorités allemandes firent évacuer le camp du 17 au . Certains prisonniers restés à Elsterhorst et Zeithain ont été libérés par l'armée soviétique entre le 19 et le et rapatriés par Odessa.

Les prisonniers désœuvrés de l'Oflag IV-D montèrent une troupe de théâtre extrêmement active : son atelier réalisa plus de 1 500 costumes pour un millier de représentations d'environ 80 pièces différentes, par exemple Œdipe-roi (1937) de Jean Cocteau, Knock (1923) de Jules Romains, Le Médecin malgré lui (1666) de Molière, Polyeucte (1642) de Pierre Corneille…
Le camp compte 485 membres de l'enseignement, dont pour l'enseignement public, 4 du supérieur, 64 du secondaire public (dont 27 agrégés). Pendant toute la durée de la guerre, selon l'annuaire des anciens de l'Oflag IV-D, vont passer dans le camp 24 enseignants du supérieur (dont les professeurs du Grand séminaire), 163 professeurs du secondaire, 12 professeurs d'écoles normales, 20 d'EPS, 58 du technique, 5 d'éducation physique, 1 de musique, 1 de dessin, 7 inspecteurs de l'Enseignement primaire, 53 directeurs d'écoles primaires, 664 instituteurs, 3 archivistes, 1 architecte et 110 étudiants.
Le normalien Jean Guitton et le frère dominicain Yves Congar organisèrent une véritable faculté libre donnant des cours et des conférences régulières sur tous les sujets scientifiques, techniques, anthropologiques (préhistoire), historiques, théologiques.

Une formation d'éducation populaire était aussi donnée avec des manuels qui étaient imprimés sur place.

Dès leur arrivée à l'OFLAG IV D en , les officiers adeptes du scoutisme se regroupent spontanément. Plusieurs troupes sont constituées selon les différents mouvements : Éclaireurs de France (Eugène Arnaud, Maurice Bayen), Éclaireurs unionistes et Scouts de France (Paul Froger, Pierre Roux).
À partir de 1941, le recrutement est organisé avec l'objectif de faire connaître les méthodes du scoutisme et de former de futurs chefs pour l'après-guerre. Près de 400 officiers prisonniers se rassemblent ainsi et participent aux formations, aux réunions, à différentes activités spécifiques. Les autorités du camp font appel à eux dans de nombreuses occasions car ils sont responsables et organisés.
Les ateliers, les « popotes », les préparations d'évasions, l'organisation de spectacles de marionnettes et de fêtes ainsi que les relations d'amitié qui en découlent leur permettent de rendre la captivité moins douloureuse.
L'enseignement de Préhistoire rassemble plus de 200 inscrits, possède une bibliothèque et obtient du commandant du camp l'autorisation d'explorer le sol de la forêt environnante où il découvre un certain nombre de sites qui sont explorés méthodiquement par les prisonniers. Un musée est créé dans le camp. Ce groupe est en correspondance avec le milieu scientifique, il édite des rapports et même un bulletin.
Un groupe de neuf officiers, ingénieurs géographes ou passionnés de montagnes, entreprennent de réaliser une maquette en trois dimensions du massif de l'Oisans sous la direction du lieutenant Richarme. Ils sont parvenus à se procurer des cartes d'état-major du massif et à l'aide d'un pantographe, de terre glaise, de plâtre de moulage et de papier mâché, ils réalisent cette maquette au 1/20 000e. Coloriée de façon réaliste, elle mesure deux mètres de côté. Au terme de sept mois de travail, elle est présentée en aux autres prisonniers. Après la guerre, la maquette est rapportée à l'Institut Géographique National, puis exposée à la Maison du parc national des Écrins.

Le samedi , 24 officiers (Bouteiller, Moura, Damidoux, Menon, Colonel Jacques Guth) s'évadent par un tunnel creusé depuis la baraque 38. Seuls sept ou huit ont pu réussir à gagner la France (le capitaine Heloire, le lieutenant de Castries, le lieutenant Aouach, deux officiers de Lyon, le lieutenant George Marcel, le colonel Menon, le colonel Monne).
Le , une trentaine d'officiers (dont Albert Lautman, Maurice Bayen et Christian Mégret de Devise, Compagnon de la Libération, s'échappent grâce à un tunnel creusé sous les barbelés, à partir de la baraque 35.
Le , 14 prisonniers s'évadent.
Le « souterrain des chiottes » demanda un travail en équipe à l'échelle industrielle : 140 officiers dont un colonel d'artillerie y participeront. Après plusieurs mois d'efforts le souterrain d'une longueur de 120 m, débouchait hors du camp à environ 70 m de la clôture de barbelés. Mais au moment d'ouvrir le tunnel vers la liberté ils se trouvèrent face à face avec toute une compagnie allemande, mitrailleurs et fusils en batterie.
(Sous la direction du lieutenant Paul du Gardin dit « Popol » et sur une brillante idée de son groupe : Les lieutenants Léonce Petitcolin, Christian Courmes et les Chasseurs alpins Jean-Paul Bugault, Jean Vial).
En raison du bombardement de Dresde qui a eu lieu du 13 au , les autorités allemandes ont fait évacuer le camp entre le 17 et le .
600 officiers malades ou inaptes à la marche restèrent à Elsterhorst et Zeithain avec des médecins prisonniers français et seront libérés par l'armée soviétique entre le 19 et le et rapatriés par Odessa après un périple de deux mois à travers l'Allemagne et l'U.R.S.S.
Les autres, par détachements de 400 à 800 hommes ont été acheminés, à pied en direction de l'ouest :
Tous ont fait entre 150 et 170 kilomètres à pied dans les plus effroyables conditions pour être parqués dans des lieux de fortune, salle des fêtes, gymnases, théâtres, sans eau, ni électricité, ni toilette, dormant sur la paille ou par terre, affamés et au désespoir de revoir un jour les leurs après cinq ans passés dans des camps de prisonniers. Leur libération fut souvent endeuillée par les combats entre les nazis et les Alliés, notamment Soviétiques, mais parfois ils furent pris pour cible par leurs libérateurs qui ignoraient qu'ils tiraient sur un camp de prisonniers.
À partir de 1944, les autorités françaises confieront à Christiane Faure la mise en place d'une Éducation populaire, qui deviendra le ministère de la culture, et dont les premiers membres seront en partie issus du camp Oflag IV-D[réf. souhaitée].

Les archives du Centre d'entraide de l'Oflag IV-D créé en , devenu en l'Amicale des anciens prisonniers de l'Oflag IV-D, ont été versées aux Archives nationales.