Romualdo Rossi

Page d’aide sur l’homonymie

Pour les articles homonymes, voir Rossi.

Romualdo Rossi
Biographie
Naissance
Décès
(à 91 ans)
Rome
Nationalité
Activités
Autres informations
Organisation
Parti politique

Romualdo Rossi, né le à Goro et mort le à Rome, est un journaliste, syndicaliste, écrivain et homme politique italien.

Biographie

Jeune militant socialiste

Né à Goro dans une famille ouvrière, de Luigi et Caterina Branchi, Romualdo Rossi, après l'école primaire, part travailler comme ouvrier en France, en Suisse et enfin en Belgique, période au cours de laquelle il reçoit son éducation politique. De retour dans sa ville natale, il s'inscrit au Parti socialiste italien (PSI) dont il devient un actif militant. En 1910, il est élu conseiller municipal de Mesola, dans la province de Ferrare, et, quelques jours plus tard, dans la commune voisine de Codigoro.

Le syndicalisme révolutionnaire et l'exil

S'orientant progressivement vers des positions syndicalistes révolutionnaires, il participe à la fondation du journal La Diana, avec Italo Balbo et Renato Castelfranchi, et collabore à L'Internazionale et à La Scintilla, journal dont il devient rédacteur en chef en août 1912, année où il est également appelé à diriger la Chambre du Travail de Ferrare.

Toujours en 1912, Rossi est élu maire de Mesola et inaugure la publication du journal syndicaliste révolutionnaire La Raffica par un éditorial dans lequel il annonçait que le but du nouveau journal était de contribuer à libérer la classe ouvrière « des lourdes chaînes des partis politiques, qui vont du clérical au réformiste », et de guérir le mouvement ouvrier de la « gangrène réformiste ». En avril 1913, il est condamné à 9 mois de prison prononcée par les assises de Ferrare pour sa propagande anti-Tripolitaine, pour outrage aux institutions et à la monarchie.

Exilé, Rossi se rend en Suisse, d'abord à Lugano puis en 1914 à Bâle, ville où il acquiert une grande popularité parmi les émigrés. Dans une réunion, il aurait « survolté » les auditeurs, « faisant tonner sa voix de protestation », aurait eu recours à des tons extrémistes et pré-insurrectionnels, s'attaquant avec véhémence « contre la politique pirate des suceurs de sang de l'Italie », concluant le rassemblement par un « hymne à la révolution sociale ». Après s'être rendu en France et à Saint-Marin, il parvient enfin à retourner à Ferrare après une amnistie prononcée le 30 décembre 1914.

L'interventionnisme

Après avoir dirigé un groupe affilié à l'Unione Sindacale Italiana (USI), Rossi rouvre La Scintilla en 1915. Résolument neutraliste au début de la Première Guerre mondiale, sa position évolue et il devient un fervent soutien de l'intervention, allant jusqu'à signer un manifeste de collaboration avec les nationalistes, au nom du Faisceau d'action révolutionnaire interventionniste.

Avant d'être appelé à la guerre comme opérateur télégraphique, Rossi collabore avec le journal socialiste radical Il Fascio, dirigé par Giuseppe Longhi, tandis que pendant le conflit, il devient résolument antisocialiste. Pour Rossi, il s'agissait de « deux Italie, nettement divisées », dont l'existence s'était manifestée durant la conjoncture de la guerre :

« La vieille Italie, surprise par notre guerre, corrompue, impotente, qui s'enfonce sous le poids de ses hontes et de ses fautes ; la nouvelle Italie, l'Italie de Garibaldi et de Mazzini, surgie des entrailles ensanglantées de la tranchée, qui s'élève, magnifique et radieuse, vers sa rédemption, sa grandeur, son rachat économique, juridique, politique et moral. La politique de cette vieille Italie nous a donné Caporetto. La nouvelle Italie nous a donné le Piave. »

Le chercheur Matteo Pasetti écrit que, en « réadaptant des clichés propres à la rhétorique national-patriotique, Rossi attribuait à l'antinomie des événements Caporetto / Piave une valeur palingénésique : le pays apparaissait ressuscité, ouvrant ainsi des marges d'action inespérées pour ces avant-gardes qui avaient cru au caractère révolutionnaire de la guerre et qui, dès lors, appelaient de leurs vœux une participation totale de la communauté à l'effort de guerre, une implication responsable y compris de la classe ouvrière dans les destinées nationales ».

Syndicalisme national, républicanisme, « antifascisme »

De retour de la guerre en 1919, Rossi rejoint l'Unione Italiana del Lavoro (UIL) dont il devient le principal dirigeant dans la capitale et dans toute la province de Ferrare. Après la formation du Fascio de Ferrare, il fonde une Union nationale des coopératives et rejoint les structures syndicales fascistes qu'il quitte rapidement, avec Cassio Spagnoli et Pilo Ruggeri, à la suite de la nomination au poste de secrétaire de la Chambre du Travail fasciste locale d'Edmondo Rossoni qu'il critique durement, ainsi que Mussolini, dans plusieurs articles parus (28 septembre 1920, 30 novembre 1920, 15 janvier 1921, 9 avril 1921, 20 mai 1921) dans le journal La gioventu sindacalista, bimensuel publié par les syndicalistes corridoniens de l'Unione nazionale giovanile sindacalista.

Syndicalisme fasciste

Rossi retourne bientôt dans les rangs fascistes, obtenant finalement le poste de secrétaire de la Chambre du Travail de Ferrare et, après son adhésion au Parti national fasciste (PNF), est désigné chef de l'organisation syndicale de la province d'Udine en 1925. N'ayant pas abandonné ses anciennes convictions syndicalistes révolutionnaires, antibourgeoises et anticapitalistes, Rossi soutient d'emblée les revendications économiques des travailleurs avec beaucoup d'énergie, si bien que le préfet, alarmé, informe immédiatement le ministre de l'Intérieur dans l'un de ses rapports :

« À ce sujet, je estime toutefois qu'il est de mon devoir d'attirer l'attention de Votre Excellence sur l'action que mène dans cette province le délégué syndical Romualdo Rossi (ami de Farinacci). Rossi, tout en ne manquant aucune occasion d'appuyer la classe laborieuse dans ses demandes d'augmentation de salaires — attitude qu'il justifie précisément par la hausse du coût de la vie —, attise cette même classe et l'incite à réclamer des améliorations même lorsqu'elle n'en ressent pas spontanément le besoin. Tout récemment, les honorables sénateur Rota et député Tullio sont venus me faire part de leurs vives préoccupations face au bruit qui court selon lequel Rossi s'activerait pour engager la révision du contrat de métayage, révision qui ne apparaîtrait ni nécessaire ni demandée par quiconque […] je pense que l'attitude de Rossi est, en ces moments de crise, particulièrement préjudiciable, y compris au regard de l'ordre public. »

Malgré les avertissements, Rossi persiste dans sa conception du mouvement syndical et organise, en mars, une réunion d'ouvriers du textile à Pordenone. Mais le préfet lui refuse l'autorisation, ce contre quoi il proteste immédiatement auprès de Rossoni et Farinacci. Dans le même temps, il fait publier le manifeste suivant qui lui vaut d'être taxé de « subversif » par les autorités politiques et les milieux patronaux :

« TRAVAILLEURS ET TRAVAILLEUSES ! Nous avons présenté à la direction du Cotonificio Veneziano des demandes de prime de vie chère et d'autres améliorations d'ordre économique. Sur les demandes que nous avons formulées, nous engagerons notre action sereine mais ferme et résolue, afin que les justes droits du travail soient reconnus et consacrés dans les faits. Mais au-delà de la question économique, il y a une autre question bien plus grave et importante à résoudre, d'ordre moral. Les rigueurs injustifiées, excessives, auxquelles le personnel est quotidiennement soumis doivent cesser. Les travailleurs et les travailleuses ne peuvent pas, ne doivent pas être traités comme des bêtes ; car il existe une dignité du travail, conquise par la sueur et le sang, à laquelle on ne peut toucher, qu'on ne peut opprimer ni écraser. Si la discipline du travail est une chose nécessaire, indispensable au développement de la production, pour la plus grande richesse de la nation, pour le bien-être général, les abus sont inhumains et détestables et doivent être punis sans ménagement.»

En juin, après seulement cinq mois, Rossi est évincé.

Journalisme et publications sous le régime

Il retourne par la suite à Rome, où il prend la direction du périodique Patria et continue à publier autant des ouvrages que des articles dans les journaux, notamment dans le périodique Italia - URSS e Oriente. Rassegna commerciale mensile, et dans L'Italia del lavoro. Giornale politico di Critica e di Battaglia, journal qu'il fonde et dirige. La revue, se donnait pour objectif de « suivre, de manière absolument objective, le développement économique en URSS », de publier des essais et des interviews à caractère économique qui décrivant les développements de l'industrie pétrolière, les échanges commerciaux entre l'Italie et l'URSS, mais aussi les relations franco-russes, les rapports russo-américains, la situation céréalière en Union soviétique et les réformes de la politique économique soviétique.

En 1932, Rossi publie Mazzini e il fascismo : sintesi critica e polemica, un essai de 91 pages avec une préface d'Emilio Settimelli, dans lequel il tente de démontrer une continuité entre la pensée de Mazzini et la doctrine fasciste. En 1933, il publie Briciole di filosofia fascista, un ouvrage dans lequel il développe la rhétorique corporatiste et syndicaliste du régime. En 1944, Mussolini nudo alla meta est publié par La Rinascita d'Italia, considéré par les critiques comme l'un de ses ouvrages les plus apologétiques envers le Duce. Le titre rappelle une expression célèbre attribuée à Mussolini. En 1945, il continue à publier L'Italia del lavoro.

Fin de vie sous la République

Après la Libération, Rossi n'est plus actif en politique mais publie, en 1956, Evoluzione del sindacalismo : Da Karl Marx a Giuseppe Mazzini, un essai historico-politique de 120 pages dans lequel il retrace la généalogie idéologique du syndicalisme italien. Il meurt à Rome en août 1968.

Mazzini e il fascismo (1932)

Dans son livre de 1932 intitulé Mazzini e il fascismo : sintesi critica e polemica (Mazzini et le fascisme : synthèse critique et polémique) et préfacé le dannunzien et futuriste Emilio Settimelli, Romualdo Rossi va chercher à mettre en parallèle les idées et doctrines promues par Giuseppe Mazzini, l'un des pères du Risorgimento et de la nation italienne, avec les conceptions mussoliniennes (antilibéralisme et État fort, religion du devoir et du sacrifice, mission de Rome, etc.). Il écrit en effet :

« Pour les adversaires du Fascisme, il existe un abîme infranchissable entre la doctrine de Mazzini et la doctrine fasciste. On ne peut nier qu'il existe des points de désaccord entre les deux ; mais on ne peut nier non plus l'existence de points de contact fondamentaux. Sans compter que la doctrine fasciste est encore en phase d'élaboration et de développement ».

Ainsi, selon lui, il existe un parallèle évident entre les deux :

« Si l'on fait abstraction du préalable républicain — dont ses partisans font plus une question de forme que de substance — les deux doctrines, mazzinienne et mussolinienne, se ressemblent en grande partie. Mazzini, comme Mussolini, qualifie d'ignoble et d'immorale, en économie comme en politique, la formule libérale du « laisser-faire, laisser-passer ». La hiérarchie des valeurs, placée au fondement de la doctrine du fascisme selon la capacité réelle démontrée par les individus et les classes, n'est autre que la théorie mazzinienne. Les normes statutaires du fascisme — la foi, le devoir, le sacrifice, l'honnêteté, la loyauté et le courage — sont des normes purement mazziniennes. Et qu'est-ce que l'Italien de Mussolini, entendu au sens romain, héroïque et religieux, prêt à tous les défis et à toutes les batailles, sinon l'Italien de Mazzini ? »

Le fascisme, selon Rossi, en limitant « la liberté pour substituer « une autorité véritable aux cadavres et aux mensonges d'autorité » du vieil État démo-libéral, « agnostique et lâche », est parfaitement mazzinien ». De plus, le fascisme et le mazzinisme sont présentés comme tous deux opposés à la démocratie libérale :

« Il n'y a pas non plus de différences profondes entre la manière dont Mazzini conçoit la démocratie et celle dont Mussolini conçoit l'aristocratie. « La domination de la majorité, la tyrannie du chiffre sans réforme morale, sans garantie d'éducation nationale, usurpe le nom de démocratie. » De qui sont ces paroles ? De Mussolini ou de Mazzini ? De Mazzini ou de Mussolini ? »

Sur la question nationale, « les fascistes, comme les mazziniens, sont les défenseurs de la nationalité » :

« Ainsi, « les nations libres », indépendantes dans le choix des moyens pour atteindre la fin commune et dans l'organisation de leurs forces internes, s'uniront par une foi et un pacte pour tout ce qui concerne la vie internationale. Qu'a dit Mussolini de différent dans ses discours sur la politique intérieure et étrangère, avant et après la Marche sur Rome ? »

On trouve également, selon Rossi, une « quasi-identité de vues » sur les questions de politique internationale (la « Troisième Rome ») :

« Dans le document historique cité du Gouvernement fasciste, ne voit-on pas apparaître lumineusement le signe certain de la politique internationale de l'Italie qui fut le rêve de toute l'existence tourmentée du grand penseur génois (Mazzini) ? On ne peut pas encore en dire autant de la politique intérieure. Mais nous avons foi en Benito Mussolini, en évoquant son cri de guerre adressé aux Chemises noires : « Chemises Noires, vous pouvez avoir confiance en moi, je suis le défenseur inflexible, sévère, implacable de votre révolution ! » »

Publications

Notes et références

(it) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en italien intitulé « Romualdo Rossi » (voir la liste des auteurs).
  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 « Rossi Romualdo », sur Le origini del fascismo in Emilia-Romagna (1919-1922)
  2. ↑ Claudio G. Segrè, Italo Balbo : A Fascist Life, University of California Press,
  3. 1 2 (it) Alessandro Roveri, Dal sindacalismo rivoluzionario al fascismo. Capitalismo agrario e socialismo nel Ferrarese. (1870-1920), Firenze, La nuova Italia, , 399 p. (BNF 35304484)
  4. 1 2 Revue suisse d'histoire, Vol.48, 1998.
  5. 1 2 3 Matteo Pasetti, Tra classe e nazione : rappresentazioni e organizzazione del movimento nazional-sindacalista (1918-1922), Carocci,
  6. 1 2 3 4 (it) Mario Fabbro, Fascismo e lotta politica in Friuli (1920-1926), Padova, Marsilio, , 239 p. (BNF 35377582)
  7. ↑ "Approdo di peregrinazioni, eterna Roma". La comunità russa nella capitale d'Italia (1900-1940), Salerne, (lire en ligne)
  8. 1 2 3 4 5 6 Romualdo Rossi, Mazzini e il fascismo : sintesi critica e polemica, Livourne, Massima editrice, (lire en ligne)

Liens externes