| Shambleau | |
| Auteur | C. L. Moore |
|---|---|
| Pays | |
| Genre | Recueil de nouvelles Science-fiction |
| Version originale | |
| Langue | Anglais |
| Titre | Shambleau |
| Date de parution | 1953 |
| Version française | |
| Traducteur | Georges H. Gallet |
| Éditeur | Gallimard / Hachette |
| Collection | Le Rayon fantastique |
| Lieu de parution | |
| Date de parution | 1957 |
| Couverture | René Caillé |
| Nombre de pages | 256 |
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Shambleau (titre original en anglais : Shambleau) est une nouvelle de l'auteur américaine C. L. Moore parue en 1933 qui mêle fantastique et science-fiction. Cette nouvelle donna plus tard son titre à la traduction française d'un recueil de nouvelles paru en 1953 et relatant les aventures de Northwest Smith, un aventurier de l'espace.
Les nouvelles originales de Catherine Lucille Moore mettant en scène Northwest Smith, un aventurier de l'espace, parurent toutes dans la revue américaine spécialisée Weird Tales, à partir de 1933. Elles furent rassemblées dans un recueil vingt ans plus tard, à partir de 1953.
Aux États-Unis, sept nouvelles de Catherine L. Moore furent tout d'abord réunies dans un volume intitulé Shambleau and others (1953), un recueil qui faisait alterner les aventures des deux personnages principaux de l'auteur : Northwest Smith (quatre nouvelles) et Jirel de Joiry (trois nouvelles). Un second volume parut l'année suivante sous le titre Northwest of Earth (1954), avec cinq nouvelles consacrées à Northwest Smith et deux à Jirel de Joiry.
En France, la nouvelle Shambleau parut en traduction française dès 1954 au n° 26 de la collection « Le Rayon fantastique » dans un recueil intitulé Escales dans l'infini. Le premier recueil fut édité en 1957 (n° 46 de la même collection) avec huit nouvelles dédiées aux seules aventures de Northwest Smith, à l'exception de Shambleau. Les illustrations de couverture de ces deux ouvrages furent assurées par le dessinateur René Caillé, qui orna la première d'une Shambleau pulpeuse, et la seconde d'un Northwest Smith plus statique et sculptural. Ce n'est qu'en 1972 que furent réunies Shambleau et les huit autres nouvelles en une compilation des récits publiés dans les deux premières éditions américaines.
Northwest Smith apparaît également dans la nouvelle La Quête de la pierre-étoile (Quest of the Starstone) coécrite avec Henry Kuttner et incluse dans le recueil Jirel de Joiry.
Shambleau est une nouvelle considérée comme emblématique de la science-fiction féministe : elle s'inscrit dans la lignée des textes de cyborg, et pourrait même prétendre être une des œuvres fondatrice à l'origine de la science-fiction féministe,,,,,. La nouvelle semble en effet se conformer à première vue aux normes de genre dominantes, mais une lecture attentive en révèle le potentiel subversif.
L'édition J'ai lu de 1972 se compose de neuf nouvelles parues à l'origine dans le magazine américain spécialisé Weird Tales à partir de 1933 et toutes consacrées aux aventures de l'aventurier de l'espace Northwest Smith :
Il existe très peu de références croisées entre les neuf nouvelles du recueil. Si l'univers science-fictif et les deux personnages principaux servent de dénominateurs communs aux différentes nouvelles, les récits n'entretiennent cependant aucun lien narratif particulier, chacun se développant de manière autonome. Seule exception, la nouvelle intitulée Yvala (1936), dans laquelle Catherine Lucille Moore fait une allusion directe aux vierges de la Minga, une histoire fabuleuse racontée dans La Soif noire (1934).
Les nouvelles de Catherine Lucille Moore mêlent deux genres distincts : la science-fiction et le fantastique. L'histoire cadre de chaque nouvelle, qui présente la situation initiale de Northwest Smith, relève toujours de la science-fiction avec ses vaisseaux spatiaux, ses voyages interplanétaires, ses colonies extra-terrestres et ses armes de haute technologie. En revanche, l'intrigue du récit se déroule systématiquement dans un univers fantastique qui entraîne le héros et son lecteur dans une autre dimension de la réalité, qu'elle soit onirique, temporelle ou psychique.
Si les éléments relevant directement de la science-fiction ne sont en général qu'esquissés, la dimension fantastique en revanche est largement développée et conduit le héros aux confins de l'horreur et de l'angoisse. Par son usage intensif des ressources littéraires du fantastique, par les thèmes abordés et la tonalité générale d'angoisse de ses récits, C. L. Moore se situe dans le sillage littéraire d'H. P. Lovecraft.
Le style littéraire de C. L. Moore est marqué par l'usage insistant d'oxymores comme l'extase irrémédiablement associée au dégoût ou le thème très romantique de la beauté associée à la mort : « Il en frémissait d'horreur, mais c'était une répulsion perverse qui désirait ce qu'elle haïssait. » En conséquence, les champs lexicaux les plus fréquemment utilisés sont ceux de l'angoisse, de l'horreur et du dégoût (avec une large palette de qualificatifs récurrents comme « immonde, odieux, monstrueux, cauchemardesque, écœurant, épouvantable, effrayant, repoussant, inhumain, etc. ») et ceux du plaisir, du désir, de la sensualité et de l'extase. Catherine Lucille Moore renforce encore l'atmosphère toujours ambiguë et fatale de ses récits par l'amplification progressive de ces sentiments d'extase ou de dégoût, les portant toujours à la limite du pouvoir évocateur des mots, jusqu'à l'indicible et l'innommable. Autre registre littéraire utilisé par l'auteur, celui du toucher avec un lexique qui tourne autour de la viscosité, de l'épaisseur des fluides et de la boue.
Les vols interplanétaires ont permis aux Terriens de créer des avant-postes sur Mars et Vénus. L'espace est surveillé par la Garde interplanétaire, mais le trafic de drogue et l'esclavage sont encore monnaie courante.
La planète Mars connaît deux populations distinctes, les Martiens des Terres sèches et les Martiens des Canaux. Mars est connu pour les marchés de Lakkmanda. Les principales villes martiennes sont : Lakkdarol, Lakkmanda, Righa (ville polaire). L'arme blanche des Martiens est le cring et leur opium est le nuari.
La planète Vénus est présentée comme une terre marécageuse. C'est de Vénus qu'est originaire un alcool consommé dans tout le système solaire, le ségir. La principale ville vénusienne est Ednes. L'arme blanche des Vénusiens est le stylet. Les Vénusiennes portent une robe fendue sur le côté et dont l'une des épaules est dénudée. Dans le panthéon des dieux vénusiens, Shar est un dieu bénéfique et Pharol un dieu maléfique.
Sur la Lune a existé une civilisation très ancienne, la civilisation des Sélès. Les principales cités séléniennes étaient : Baloise la Belle, Ingala aux murs d'ivoire et Nial aux blanches terrasses.
Les nouvelles sont présentées dans l'ordre chronologique de parution :
Dans un univers paradoxal, à la fois archaïque et futuriste, C. L. Moore met en scène des dieux ancestraux, des races oubliées ou des personnages pseudo-mythologiques qui cherchent à se maintenir en vie ou à retrouver leur pouvoir perdu. Dans ce domaine, C. L. Moore se situe dans la lignée du travail littéraire d'H. P. Lovecraft qui décrivait ainsi son propre univers : « Toutes mes histoires [...] se rattachent à une tradition, une légende fondamentale selon laquelle ce monde a été peuplé autrefois par les êtres d'une autre race ; adeptes de la magie noire, ils ont perdu leur emprise sur cet univers et ont été bannis, mais ils continuent à vivre au-dehors et sont toujours prêts à reprendre possession de la Terre. »
C'est dans le paragraphe qui introduit la nouvelle Shambleau que l'auteure pose les bases de son univers imaginaire, proche de celui de Lovecraft : « L'homme a déjà conquis l'espace. Vous pouvez en être sûr. Bien longtemps avant les Égyptiens, dans cette obscurité d'où viennent des échos de noms à demi mythiques - Atlantis, Mû -, longtemps avant les premiers débuts de l'Histoire, il dut y avoir un temps où l'humanité construisait des cités d'acier pour loger ses vaisseaux qui voyageaient parmi les étoiles [...]. » C. L. Moore intègre à cet univers lovecrafien d'un âge d'or immémorial, mais irrémédiablement perdu, une touche d'érotisme parfois à peine suggéré, une réflexion insistante sur la féminité et une longue rêverie sur le pouvoir destructeur de la beauté.
Du point de vue de la conduite de la narration, C. L. Moore attache peu d'importance à la dimension purement événementielle de ses intrigues. La situation initiale est souvent brossée à grands traits, présentant un héros désœuvré, Northwest Smith, dont on ne sait quasiment rien, et qui traîne dans une rue ou attend dans un lieu mal famé. Le contexte science-fictif reste le plus souvent obscur, avec un univers imaginaire aux données très lacunaires. Le dénouement, quant à lui, arrive toujours de manière abrupte, déclenché par un simple tir de pistolet thermique ou par l'intervention in extremis d'un autre personnage qui joue alors le rôle convenu du Deus ex machina. En fait, le travail littéraire de C. L. Moore se concentre non pas sur l'aspect événementiel de l'histoire, mais sur l'atmosphère d'oppression et d'horreur qu'elle crée au fil du récit, avec un héros dont l'expérience psychique est toujours poussée à son extrême limite.
Chaque nouvelle répond à un modèle commun :
| Critère d'analyse | Situation initiale | Complication | Action / Opposant | Résolution / Adjuvant |
|---|---|---|---|---|
| Genre | Science-fiction. | Fantastique. | Fantastique. | Science-fiction ou fantastique. |
| Action | Héros dans l'expectative. | Rencontre fortuite avec un personnage singulier, souvent féminin, qui entraîne le héros dans un monde étrange. | Confrontation avec un être d'origine divine, extra-dimensionnelle ou pseudo-mythologique. | Intervention extérieure d'un personnage secondaire ou sursaut vital du héros. |
| Atmosphère | Désœuvrement ou détresse du héros. | Étonnement et curiosité du héros face à un être singulier, souvent féminin, qui l'incite à le suivre. | Angoisse du héros, sentiment d'horreur face à une entité divine avide de sacrifices humains. | Libération et soulagement du héros. |
| Personnages | Héros : Aventurier de l'espace au passé trouble et aux activités douteuses. | Personnage féminin d'une très grande beauté aux origines mystérieuses. | Opposant : Divinité extra-dimensionnelle qui souhaite recouvrer son pouvoir ancestral. | Adjuvant: arme futuriste ou personnage secondaire. |
Catherine L. Moore utilise dans ses nouvelles certains archétypes littéraires et les développe sur un registre fantastique. On retrouve ainsi au fil des nouvelles du recueil des allusions à différents mythes : la Méduse (Shambleau), Circé (Yvala), la légende arabe des houris (La Soif noire, Yvala), le Vampire (Shambleau), Lucifer (Shambleau), le Cyclope (Juhli), les sirènes (Yvala, L'Arbre de vie), Lilith (Yvala), Hélène de Troie (Yvala), la figure matriarcale de la triple Hécate (Paradis perdu) et le totémisme animal (Yvala).
Les différents monstres/divinités inventés par Catherine Lucille Moore présentent les caractéristiques particulières suivantes :
Tout au long de ses nouvelles, C. L. Moore utilise un véritable « langage des couleurs » qui apparaît déjà dans les titres mêmes de certains de ses récits comme Songe vermeil, La Soif noire ou Le Dieu gris. Chaque couleur est associée à un personnage ou un phénomène particulier, ce qui permet d'établir une sorte de nuancier littéraire :
Dans Shambleau et Le Dieu gris, le héros, Northwest Smith, fredonne une chanson intitulée Les Vertes collines de la Terre. Ce titre fut par la suite repris par l'écrivain de science-fiction américain Robert A. Heinlein comme titre de l'un des récits constitutifs de son Histoire du futur, en 1947.
La nouvelle Shambleau ou le recueil complet ont été classés parmi les grands classiques de la science-fiction dans les ouvrages de références suivants :
La nouvelle Shambleau a été publiée dans une version illustrée par Jean-Claude Forest, futur créateur de Barbarella, en 1955 dans V-Magazine. Ces illustrations sont accessibles sur le site anglophone Coolfrenchcomics.
La nouvelle Shambleau de Catherine Lucille Moore, traduite de l'américain par Georges H. Gallet, est intégrée à différents recueils de nouvelles :
Les huit autres nouvelles de C. L. Moore ont été publiées dans :
L'ensemble des nouvelles du cycle (incluant La nymphe des ténèbres, co-écrite avec Forrest J. Ackerman, et deux inédits - en France - La femme-garou et Chanson sur le mode mineur) ont finalement été publiées en 2010 chez Folio SF :
Les numéros de page des citations qui suivent renvoient à l'édition J'ai lu (1972) citée en références.