Shinto Yoshida

Le shintō Yoshida (吉田神道?), souvent aussi appelé shinto Yuiitsu (唯一神道, « seul et unique shinto »?) est une importante secte du shintoïsme qui apparaît à la période Sengoku grâce à l'enseignement et aux œuvres de Yoshida Kanetomo. La secte est à l'origine un effort pour organiser les enseignements shinto en une structure cohérente afin d'affirmer son autorité vis-à-vis du bouddhisme. À l'époque d'Edo, le shinto Yoshida continue à dominer le discours shintō et influence des penseurs néo-confucéens tels que Hayashi Razan et Yamazaki Ansai dans la formulation d'une doctrine shinto néo confucéenne (shūgō shinju (神儒習合, « syncrétisme shinto-confucéen »?). La domination du shinto Yoshida rivalise avec celle du shintō Ise.

Doctrine

Le shinto Yoshida renverse l'enseignement honji suijaku du Ryobu shintô promulgué par Saichô fondateur du tendai à l'époque de Heian, affirmant que les divinités bouddhistes sont des manifestations des kami shinto et non l'inverse. Le shinto Yoshida pose que le shinto est la religion primitive du monde, qui à son tour a donné naissance au bouddhisme et au confucianisme. Toutefois, le shinto est non seulement la source de la création, mais aussi la source de tous les principes dans le monde. En ce sens, le shinto est considéré comme une essence ou énergie divine plutôt que comme un enseignement. Cette essence est présente dans tous les êtres à la naissance, mais obscurcie par les misérables désirs et besoins, ce qui empêche l'homme de s'aligner de lui-même avec la Voie des Dieux.

Parmi les principes éthiques du shinto Yoshida, le shōjō (清浄, « pureté »?) et le makoto (誠, « sincérité »?) possèdent une grande signification au sein de la secte. Ces vertus principales sont liées à des rites shinto bien connus comme les cérémonies de purification harae ou misogi. Le shinto Yoshida redéfinit et repense ces rites traditionnels d'une façon empruntée au bouddhisme vajrayāna. En outre, ses doctrines sont formulées dans le discours elliptique du bouddhisme ésotérique, ce qui a du sens uniquement en combinaison avec la pratique rituelle. Les rites prennent une signification non seulement comme forme extérieure de la pureté, mais comme moyens pour atteindre la pureté intérieure et ainsi cultiver les vertus nécessaires vers le makoto. Ces concepts sont peut-être liés au salut bouddhiste mais contrairement au bouddhisme, le shintoïsme Yoshida rejette le célibat et l'idée que la vie humaine mène toujours à la souffrance. Il n'y a cependant aucune conception claire de l'au-delà.

Le shinto Yoshida est une tradition ésotérique aussi en termes d'organisation sacerdotale en ce qu'il se compose de plusieurs rangs obtenus par des initiations secrètes, le rang le plus élevé étant accordé à un seul homme à la fois, qui porte le nom de famille Yoshida. Dans les cas où un héritier approprié fait défaut, il en est adopté un.

Les enseignements du shinto Yoshida se divisent en enseignements exotériques (kenrokyō), fondés sur le Sendai kuji hongi, le Kojiki et le Nihon shoki, et en enseignements ésotériques (in'yūkyō), fondés sur trois écritures et tournés vers la purification intérieure. Le shinto est en outre divisé en substance (tai), fonction (yū) et aspect (sō), d'où découlent les trois principes (sangen), les neuf autels merveilleux (kubu myōdan) et les dix-huit shinto (jūhachi shintō), qui expriment l'idée que le shinto imprègne le ciel, la terre et l'humanité. Kanetomo se vantait de « n'avoir pas bu une seule goutte des trois enseignements », mais ses doctrines combinent des éléments du bouddhisme ésotérique, de l'onmyōdō et du taoïsme, de même que ses rituels (shintō goma, sōgen gyōji, jūhachi shintō gyōji, Hokuto-sai, Anchin-sai, Tenku-sai).

Histoire

Origines

La famille Yoshida est une branche du clan Urabe, spécialistes à la cour de la divination par l'écaille de tortue (kiboku), pratiquée par les Urabe des provinces de Tsushima, d'Iki et d'Izu ; issu des Urabe d'Izu, Urabe Hiramaro (807-881) dirigea le Jingi-kan. À partir de la nomination de son arrière-petit-fils Kanenobu au poste de vice-intendant du Jingi-kan, les Urabe occupent cette charge de façon héréditaire ; le clan se divise ensuite en deux branches, Yoshida et Hirano, cette dernière, dite « maison du Nihongi », perdant peu à peu son importance à l'époque des cours du Nord et du Sud au profit des Yoshida. Au milieu de l'époque de Muromachi, Kanehiro (1348-1402) reçoit le titre d'« ancien des affaires des kami » (jindō no genrō) et bénéficie du soutien du shogun Ashikaga Yoshimitsu.

Fondation et institution

En dépit de leur supposée ancienneté, les doctrines Yoshida sont créées par Yoshida Kanetomo (1435–1511) qui sert la cour impériale au département des affaires shinto. Kanetomo nomme sa tradition yuiitsu shintō, sōgen shintō (« shinto originel ») ou genpon sōgen shintō (« shinto fondamental et originel ») ; ses doctrines sont organisées pour la première fois dans le Sōgen shintō seishi de 1470. En 1484, il édifie sur le mont Yoshida, à l'est de Kyoto, le Taigengū Saijōsho, conçu comme le centre de l'ensemble du panthéon, et en 1489 il adresse à l'empereur un rapport secret (missō) affirmant que les objets sacrés (shinki) des grands sanctuaires d'Ise sont descendus dans son Saijōsho. Il délivre aux sanctuaires locaux des certificats de rang (sōgen senji) et des licences rituelles (shintō saikyojō), s'arrogeant ainsi le droit de conférer les rangs (shin'i) et les titres divins (shingō) et d'autoriser les fonctions sacerdotales : ce sont ces actes, plus que sa pensée théologique, qui permettent par la suite la domination des Yoshida sur les sanctuaires de tout le pays.

Successeurs de Kanetomo

Une génération après la mort de Kanetomo, Yoshida Kanemigi (1516-1573) diffuse le shinto Yoshida parmi les prêtres des provinces, en délivrant bien plus de certificats que ses prédécesseurs et en visitant lui-même les sanctuaires régionaux. En 1590, son fils Kanemi obtient de reconstruire dans le Saijōsho du mont Yoshida le hasshinden de l'ancien Jingi-kan, qui fait désormais office de Jingi-kan (Jingikan-dai), intégrant ainsi le sanctuaire familial au système cérémoniel de la cour. À la mort de Tokugawa Ieyasu en 1616, le frère de Kanemi, Bonshun, dirige des funérailles selon le rite Yoshida au mont Kunō, mais la cérémonie est reprise selon le Sannō ichijitsu shintō à la suite des objections du moine Tenkai.

Le shinto Yoshida gagne en importance au cours de l'époque Azuchi Momoyama, lorsque la famille participe à la déification de Toyotomi Hideyoshi et renforce son influence au cours de l'époque d'Edo sous Yoshikawa Koretaru (1616–94), un descendant Yoshida (mais pas un membre de la famille) avec d'excellents contacts avec les élites dirigeantes à Edo. Koretaru est probablement la force motrice derrière le fait que les Yoshida sont décrétés de facto superviseurs de tous les sanctuaires shintoïstes mineurs dans les « Règlements officiels pour les prêtres des sanctuaires » (Shosha negi kannushi hatto 諸社禰宜神主法度) de 1665. Plus tard cependant, Koretaru créé sa propre version du shinto (shinto Yoshikawa) en mettant l'accent sur la réflexion personnelle et sur la nature de la relation entre les kami et l'homme, ainsi que sur le rôle de l'homme dans la société (avec un accent sur la relation seigneur-vassal commune au cours de cette période). L'époque d'Edo voit toutefois le renouveau du shinto d'Ise et la naissance du shinto Yoshikawa et du Suika shintō, et des auteurs comme Hayashi Razan, Deguchi Nobuyoshi, Amano Sadakage ou Usui Masatane critiquent la version Yoshida du shinto. En réponse, la famille Yoshida place à la tête de son académie le savant du Suika shintō Matsuoka Yūen (1701-1783) et publie des textes apologétiques comme le Nihon jingi seitōki et le Shingyō ruiyō. Malgré des conflits de plus en plus fréquents avec la maison Shirakawa pour le contrôle des sanctuaires, le shinto Yoshida conserve son autorité jusqu'en 1868, lorsque le gouvernement de Meiji abolit le système traditionnel de supervision des sanctuaires.

Les premiers érudits néo-confucéens au Japon comme Hayashi Razan et Yamazaki Ansai rencontrent probablement le shinto Yoshida pendant leur temps en tant que prêtres bouddhistes, lorsque les conférences par des prêtres shinto Yoshida invités sont chose commune. Cependant, lorsque les enseignements néo-confucéens prennent plus tard de l'importance, ces penseurs formulent leurs propres théories et doctrines sur la relation entre le confucianisme et le shintoïsme et critiquent le shinto Yoshida pour être influencé par le bouddhisme. Néanmoins, le vocabulaire et les idées du Yoshida se trouvent encore dans leurs écrits. Cette tendance se poursuit jusqu'à l'avènement de l'enseignement national qui vise à séparer le shinto à la fois du bouddhisme et du confucianisme et à ainsi développer un discours entièrement nouveau sur les kami natifs.

En termes d'histoire institutionnelle, le shinto Yoshida est dominant jusqu'à la période Edo, mais décroît rapidement au cours du XIXe siècle pour ne laisser pratiquement aucune trace dans le culte contemporain des sanctuaires japonais. La collection de textes anciens de la famille Yoshida constitue cependant toujours l'une des plus importantes sources du shinto. Une grande partie en est désormais conservée à la bibliothèque centrale de Tenri dans la préfecture de Nara.

Bibliographie

Lien externe

Notes et références

  1. ↑ Scheid 2000
  2. ↑ Scheid 2000, p. 138-39
  3. 1 2 3 4 5 6 (en) Itō Satoshi, « Yoshida Shintō », sur Encyclopedia of Shinto, Université Kokugakuin (consulté le )
  4. ↑ (it) Marco Milone, Lo scintoismo, Naples, Guida Editori, (ISBN 9788868667603), p. 245
  5. 1 2 (it) Marco Milone, Lo scintoismo, Naples, Guida Editori, (ISBN 9788868667603), p. 239
  6. 1 2 (it) Marco Milone, Lo scintoismo, Naples, Guida Editori, (ISBN 9788868667603), p. 240
  7. ↑ (it) Marco Milone, Lo scintoismo, Naples, Guida Editori, (ISBN 9788868667603), p. 247
  8. ↑ (it) Marco Milone, Lo scintoismo, Naples, Guida Editori, (ISBN 9788868667603), p. 249
  9. ↑ (it) Marco Milone, Lo scintoismo, Naples, Guida Editori, (ISBN 9788868667603), p. 251
  10. ↑ Scheid 2002
  11. ↑ (it) Marco Milone, Lo scintoismo, Naples, Guida Editori, (ISBN 9788868667603), p. 253
  12. ↑ Nosco 1996, 170–173

Source de la traduction