| Réalisation | Jonathan Glazer |
|---|---|
| Musique | Phat Planet de Leftfield |
| Sociétés de production | Academy Films |
| Pays de production | Royaume-Uni |
| Genre | Film publicitaire |
| Durée | 60 secondes (version télévisée) |
| Sortie | 1999 |
Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.
Surfer est un film publicitaire britannique réalisé par Jonathan Glazer pour la marque de bière Guinness, diffusé pour la première fois au Royaume-Uni le 17 mars 1999. Conçu par l'agence Abbott Mead Vickers BBDO (AMV BBDO), il s'inscrit dans la campagne publicitaire Good things come to those who wait, fondée sur l'idée que l'attente participe au plaisir de la dégustation d'une Guinness.
Tourné en noir et blanc, le film met en scène des surfeurs affrontant une vague gigantesque dont l'écume se transforme en chevaux blancs au galop. Associant prises de vues réelles, effets spéciaux numériques, références picturales et littéraires et musique électronique, Surfer est régulièrement cité parmi les réalisations marquantes de l'histoire de la publicité télévisée,.
En 2000, il est désigné meilleure publicité télévisée de tous les temps à l'issue d'un sondage organisé au Royaume-Uni par Channel 4 et The Sunday Times.
Le film s'ouvre sur le visage d'un surfeur scrutant l'océan, tandis qu'une voix masculine évoque l'attente et l'écoulement du temps. Un groupe d'hommes s'avance ensuite vers la mer pour affronter une vague particulièrement puissante.
Au rythme d'une musique électronique dont les percussions s'intensifient, les surfeurs s'élancent sur l'eau. L'écume des vagues donne progressivement naissance à des chevaux blancs lancés au galop, qui semblent surgir de l'océan et accompagner les hommes dans leur course. La séquence alterne les mouvements des surfeurs, la masse des vagues et les silhouettes des chevaux.
À l'issue de cette confrontation, les personnages se retrouvent sur le rivage. Le film s'achève sur une référence à l'attente, avant de révéler la marque Guinness et le slogan de la campagne, Good things come to those who wait, établissant un parallèle entre la patience du surfeur et le temps nécessaire au service de la bière,.
Le projet est conçu notamment par les créatifs Tom Carty et Walter Campbell, sous la direction créative de David Abbott. Campbell explique avoir trouvé l'inspiration décisive dans une représentation de chevaux surgissant de la mer, associée au dieu Neptune. Cette découverte conduit à imaginer la transformation des vagues en chevaux, qui constitue le principal motif visuel du film.
La production est confiée à Academy Films, avec Nick Morris comme producteur et Yvonne Chalkley comme productrice pour l'agence. La réalisation est assurée par Jonathan Glazer, qui avait déjà travaillé pour Guinness sur Swimblack,.
Dans un entretien publié en 2018 par Marketing Week, Andy Fennell, alors responsable de la marque Guinness, et Walter Campbell reviennent sur les difficultés rencontrées lors de la conception. Le film, dont la production coûte plus d'un million de livres sterling, reçoit des résultats peu encourageants lors des études préalables auprès du public. Malgré ces réserves, les responsables de la marque et de l'agence décident de maintenir le projet, notamment ses séquences de chevaux, particulièrement coûteuses à réaliser.
Les séquences de surf sont tournées à Hawaï, dans des conditions nécessitant l'intervention de surfeurs et d'opérateurs spécialisés. Le surfeur Rusty Keaulana participe notamment aux prises de vues, réalisées avec des caméras embarquées sur des planches et des embarcations.
Les chevaux sont filmés séparément devant un fond bleu, puis intégrés numériquement aux images de l'océan. Les effets visuels sont réalisés par The Computer Film Company, société ultérieurement intégrée à Framestore, avec notamment Paddy Eason à la supervision et Dominic Parker à la direction des travaux en trois dimensions,.
Cette association entre éléments filmés et effets numériques permet de représenter les chevaux comme une émanation des vagues, tout en conservant l'apparence physique des animaux et de l'eau. Dans une présentation rétrospective publiée par Framestore, Glazer explique avoir recherché une image à la fois mythologique et réaliste, fondée sur la rencontre de deux matières contrastées, l'eau et le corps des chevaux.
Le traitement en noir et blanc, les contrastes marqués et le montage rythmé contribuent à accentuer la dimension dramatique des images. La direction de la photographie est assurée par Ivan Bird, avec Don King pour les prises de vues aquatiques et Lee Allison pour les images aériennes.
La version télévisée répertoriée dans les archives du History of Advertising Trust dure 60 secondes. Une version destinée au cinéma atteint 100 secondes, selon Jonathan Glazer dans un entretien accordé au Guardian en 2000,.
L'une des principales sources d'inspiration visuelles du film est Neptune's Horses (1893), œuvre du peintre et illustrateur britannique Walter Crane, représentant des chevaux blancs surgissant de l'écume marine. Le rapprochement entre la peinture et les images de Surfer est notamment souligné dans une rétrospective publiée par Creative Salon à l'occasion du vingt-cinquième anniversaire du film.
Le commentaire en voix off emprunte également à l'imaginaire maritime et littéraire de Moby-Dick, roman d'Herman Melville, notamment par ses références au capitaine Achab. Le texte ne constitue toutefois pas une citation littérale du roman, mais une réécriture libre de cet univers.
Dans un entretien publié par The Guardian en décembre 2000, Glazer révèle avoir initialement envisagé d'utiliser un enregistrement de Richard Burton récitant Under Milk Wood de Dylan Thomas. Cette option ayant été écartée, l'équipe élabore un nouveau texte inspiré de Moby-Dick.
La bande sonore repose sur Phat Planet, morceau du duo britannique de musique électronique Leftfield, figurant sur l'album Rhythm and Stealth, publié en 1999.
La recherche du morceau est menée par l'équipe créative, qui souhaite disposer d'une composition percussive capable d'accompagner la montée en puissance des images. Selon Walter Campbell, cité par Marketing Week, la sélection intervient après l'écoute d'un grand nombre de propositions musicales.
L'arrangement et la supervision musicale sont assurés par Peter Raeburn, tandis que la conception sonore est confiée à Johnny Burn. L'association de la voix off, des percussions électroniques et des sons de l'océan participe à la progression dramatique du film.
Dès sa diffusion, Surfer attire l'attention de la presse britannique. Dans The Independent du 3 avril 1999, le critique Peter York souligne le caractère spectaculaire et extravagant du film, en particulier les images de chevaux surgissant des vagues. Tout en exprimant des réserves sur le commentaire en voix off et sur certains effets de grandiloquence, il considère la réalisation visuelle comme particulièrement remarquable.
La notoriété du film s'étend rapidement au-delà du secteur publicitaire. En 2000, un sondage organisé par Channel 4 et The Sunday Times le désigne meilleure publicité télévisée de tous les temps au Royaume-Uni.
Dans une enquête menée avec YouGov et publiée en juin 2018, Marketing Week indique que 48 % des personnes interrogées se souviennent du film, une proportion atteignant 72 % parmi les 35-54 ans. Parmi les publicités des années 1990 proposées à l'appréciation des répondants, Surfer arrive en tête, devant des campagnes de Tango et Wonderbra.
Le succès de Surfer contribue à la reconnaissance internationale de Jonathan Glazer, qui réalise l'année suivante son premier long métrage, Sexy Beast (2000). Dans un portrait publié en décembre 2000, The Guardian présente notamment Surfer comme l'une des œuvres ayant établi sa réputation avant son passage au cinéma.
Le film demeure un sujet d'étude et de référence dans le domaine de la création publicitaire. En 2022, le magazine spécialisé The Drum le classe à la deuxième place d'une sélection des cent meilleures publicités télévisées et vidéo, établie à partir de votes de lecteurs et de professionnels.
La même année, la chercheuse Emily Caston publie dans la revue universitaire New Vistas un entretien avec Lizie Gower, fondatrice d'Academy Films, dans lequel celle-ci revient sur la production de Surfer. Elle souligne notamment l'ampleur des préparatifs techniques, les innovations liées aux prises de vues et le rôle du film dans l'évolution des effets numériques appliqués à la publicité.
En juillet 2026, The Guardian inclut à nouveau Surfer dans une sélection rétrospective de publicités britanniques historiques, soulignant l'association de sa photographie en noir et blanc, de ses références littéraires et de ses effets visuels.