L'Ukraine verte (en russe Зелёная Украина, en ukrainien Зелена Україна), également connue sous le nom de Zelenyi Klyn (Зелёный Клин, Зелений клин) ou Zakytaïchtchyna (en ukrainien Закитайщина), est la désignation ukrainienne historique de la région de l'Extrême-Orient russe située entre le fleuve Amour et l'océan Pacifique — une région correspondant approximativement à la Mandchourie extérieure. Ce toponyme provient de l'importante population ukrainienne de la région, qui a colonisé la région lors de l'expansion impériale russe vers l'est.

Après l’établissement par les Bolchéviques de la République bolchevique d’Extrême-Orient le 6 avril 1920, les régions d’Extrême-Orient à majorité ethnique ukrainienne ont tenté de faire sécession et d’établir une Ukraine verte indépendante. Ce mouvement s'est cependant rapidement avéré voué à l'échec.
Géographiquement, l'Ukraine verte borde l’actuelle Corée du Nord et les provinces chinoises du Heilongjiang et du Jilin.
L'Ukraine verte est située en Mandchourie extérieure, s'étendant au nord de la rivière Amour, jusqu'à Zeya, Svobodny, Blagovechtchensk et l'Oussouri, et au sud jusqu'à Nikolaïevsk-sur-l'Amour, Khabarovsk et Vladivostok. L'Ukraine verte possède un littoral d'environ 2 500 km le long de l'océan Pacifique, qui s'étend de la mer du Japon à la mer d'Okhotsk. Elle se situe à proximité de l'île de Sakhaline et de l'archipel japonais. La région couvre au total environ 1 000 000 km2. Des zones voisines des oblasts du Kamchatka et de Sakhaline ont également été parfois incluses dans le territoire de l'Ukraine verte.
La majeure partie du territoire de la région est recouverte de montagnes et de plateaux sillonnés par de nombreux cours d'eau. Hormis les plus hautes régions montagneuses, le paysage de l'Ukraine verte est constitué de taïga. Au nord, son territoire est séparé de la Yakoutie par la chaîne de Stanovoï, dont les sommets culminent à 2 412 mètres. À l'est, elle est bordée par les monts Djougjour, et au sud, elle est séparée par les vallées de la Zeïa et du Guilliouï des monts Yankan-Tukuryngra (altitude maximale de 1 840 mètres). Plus au sud, la plaine de l'Amour-Zeïa jouxte la basse terre de Zeïa-Boureïa, dont les sols fertiles en ont fait un lieu important pour la colonisation ukrainienne. À l'est, la plaine est bordée par les montagnes du Khingan. Une autre vallée se situe entre la chaîne de montagnes susmentionnée et les monts Sikhote-Alin, le long des rivières Amour, Oussouri et Suifen et autour du lac Khanka, bordée au sud par le golfe de Pierre le Grand. Malgré quelques zones marécageuses, la vallée se caractérise par des sols fertiles et un climat chaud, ce qui l'a rendue très attractive pour la colonisation ukrainienne. Les zones côtières entre le Sikhote-Alin et la mer du Japon sont fortement découpées, ce qui les rend en grande partie impropres à l'établissement de ports.
L'Ukraine verte est située dans une région au climat de mousson tempéré, caractérisé par des hivers froids et secs et des étés chauds et humides avec de fortes variations de température. La partie nord-ouest de la région est recouverte de pergélisol. La majeure partie de la zone est recouverte de sols podzoliques et tourbeux. L’Ukraine verte se situe presque entièrement dans le bassin versant du fleuve Amour, dont le cours moyen comprend de nombreuses prairies inondables. Les plantes typiques de la région comprennent l'épicéa d'Ezo, le bouleau d'Erman, le sapin argenté, le mélèze de Daurie, le chêne de Mongolie, l'orme, le sycomore, l'érable, le noisetier asiatique, le lespedeza, le saule et le peuplier. Le monde animal est représenté par des espèces endémiques telles que l'élan, le cerf porte-musc, la zibeline, l'ours brun, l'hermine, le lièvre variable, le renne, le tigre de Sibérie, l'ours noir, le léopard, le cerf axis, le sanglier, le faisan, l'ibis huppé, l'écureuil terrestre de Daurie, le lièvre de Mandchourie, le putois des steppes et bien d'autres. De nombreuses espèces animales ont été décimées par la chasse et ne se trouvent plus que dans des réserves naturelles.
Zelenyi Klyn est un terme utilisé par les colons ukrainiens pour désigner la région de l'Extrême-Orient russe située entre l'Amour et le Pacifique. Celle-ci, traditionnellement habitée par plusieurs groupes ethniques autochtones sibériens toungouses et mandchous, a été colonisée par un nombre relativement important d'Ukrainiens lors de la conquête et de la colonisation de la Sibérie entreprise par l'Empire russe. En 1897, la population ukrainienne représentait 15 % de la population de l'oblast de Primorié. Le nom de la région est probablement dû à l'abondance de forêts dans la zone.

L'Ukraine verte a été intégrée à l'Empire russe bien plus tard que la Sibérie et d'autres régions d'Extrême-Orient. Les premières tentatives de colonisation de la région remontent au milieu du XVIIe siècle, lorsque Ierofeï Khabarov fonda le fort d'Albazino sur le fleuve Amour. À partir de cette époque, des escarmouches constantes eurent lieu avec le peuple mandchou de Chine. En 1689, la Chine et la Russie signèrent le traité de Nertchinsk, qui accordait à la Russie un territoire limité dans le cours supérieur de l'Amour.
Au milieu du XIXe siècle, la seconde expansion russe eut lieu après la défaite de la Russie lors de la guerre de Crimée (1853-1856). Sous la direction de Mikhaïl Mouraviev, plus tard connu sous le nom de Mouraviev-Amourski, plusieurs colonies cosaques furent établies sur le fleuve Amour. La Chine, très affaiblie, a été contrainte de céder de vastes territoires à la Russie par le traité d'Aïgoun de 1858 et par la convention de Pékin de 1860 (voir Annexion de la rive gauche de l'Amour).
Durant cette période, seul un petit nombre de colons s'installèrent dans la région, soit environ 14 000 Cosaques du Baïkal et 2 500 soldats russes. En 1861, deux oblasts furent créés, le Primorié et l'Amour ; en 1881, ils furent réunis sous l'autorité d'un gouverneur général à Vladivostok. La création de villes dans la région débute alors, avec la fondation de Nikolaïevsk-sur-l'Amour en 1850, Blagovechtchensk en 1856, Khabarovsk en 1858 et Vladivostok en 1860. Cependant, jusqu'en 1876, seuls 18 000 cosaques résidaient dans la région. De plus, entre 1859 et 1882, 14 000 colons arrivèrent d'autres régions de l'empire. La population générale de la région en 1880 restait cependant toujours inférieure à 100 000 habitants.

En 1882, le gouverneur local Paul Simon Unterberger (en) annonce la gratuité du transport vers la région pour les colons ukrainiens arrivant par le port d'Odessa ; ceux-ci se voyaient en outre offrir des terres gratuites dans la vallée de l'Oussouri-Khanka. Le soutien d'Unterberger aux colons ukrainiens serait dû aux relations que son père entretenait avec Taras Chevtchenko. En conséquence de sa politique, entre 1883 et 1896, 68 600 paysans, pour la plupart ukrainiens, arrivèrent en Extrême-Orient. L'installation simultanée de populations coréennes et chinoises a également eu lieu dans la région. De ce fait, en 1897, sa population avait augmenté pour atteindre 310 000 habitants. Avec l'établissement de la liaison ferroviaire en 1901, plus de 14 000 colons s'installent désormais chaque année dans la région, avec un maximum de 78 000 colons arrivés en 1907. Entre 1907 et 1913, environ 250 000 paysans s'installent dans la région, dont plus des deux tiers étaient ukrainiens. L'arrivée supplémentaire de travailleurs industriels d'Europe a entraîné une augmentation de la population de la région, qui atteint 940 000 habitants en 1913.
Nombreux parmi les premiers colons ukrainiens en Extrême-Orient provenaient du gouvernement de Tchernigov, et ce fait a influencé l'architecture locale, les vêtements et les noms de certaines localités, qui étaient typiques de l'Ukraine de la rive gauche, comme par exemple le nom de la ville de Tchernigovka. La vie culturelle et politique ukrainienne dans la région avant la révolution de 1917 s'est développée assez lentement. En 1907 et 1910, des clubs ukrainiens furent créés à Harbin et à Blagovechtchensk. À Vladivostok, une société étudiante ukrainienne a vu le jour en 1907, et une troupe de théâtre amateur ukrainienne a été fondée en 1909. Une tentative d'établir une succursale de la Prosvita à Nikolsk-Oussouriïski a été déjouée par la police.
XIXe siècle
Drapeau proposé de l'Ukraine verte |
| Population | 300 000 habitants (1926) |
|---|
| 24 juin 1917 | Établissement |
|---|---|
| Avril 1918 | Indépendance |
| 1922 | Dissolution |
| 1918-1922 | Yourii Hlouchko (en) |
|---|
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Suite à la révolution de février, les restrictions imposées aux activités sociales des Ukrainiens ont été levées, et plusieurs organisations communautaires, coopératives et syndicats militaires ukrainiens ont vu le jour en Extrême-Orient. Du 24 au 27 juin 1917, le premier Congrès panukrainien d'Extrême-Orient s'est tenu à Nikolsk-Oussouriïski, formant la Rada du Kraï d'Extrême-Orient (Conseil du territoire) et lançant un appel au Gouvernement provisoire pour qu'il reconnaisse l'autonomie nationale ukrainienne dans la région. Suite à ces événements, la communauté ukrainienne crée dix conseils de district, un syndicat d'enseignants et une organisation coopérative centrale, et plusieurs journaux et magazines ukrainiens commencent à paraître. En juin 1917, une sotnia ukrainienne quitte Vladivostok afin de participer à la défense de l'Ukraine.
La plupart des Cosaques de la région soutiennent les Blancs pendant la guerre civile russe. En janvier 1918, le deuxième Congrès panukrainien d'Extrême-Orient, réuni à Khabarovsk, proclame que l'Ukraine verte faisait partie de l'État ukrainien, malgré l'absence de lien géographique entre les deux entités. Après la mutinerie de la Légion tchécoslovaque et l'intervention des alliés, en avril 1918, la région passe sous la juridiction de l'amiral Alexandre Koltchak. Simultanément, le troisième Congrès panukrainien d’Extrême-Orient demande la création d’un État ukrainien indépendant ayant une façade sur l’océan Pacifique. Entre juin 1918 et 1919, puis de janvier 1920 à 1922, le Secrétariat d'Extrême-Orient était dirigé par le militant ukrainien Yourii Hlouchko (en). Durant l'été 1918, plus de 5 000 Ukrainiens de la région sont enrôlés dans l'armée par le général Boris Khrechtchatitski (en). Le 11 avril 1920, l'ataman Grigori Semyonov publie un décret reconnaissant le droit des Ukrainiens d'Extrême-Orient à l'autodétermination nationale et à l'autonomie dans les limites d'un État d'Extrême-Orient unifié constitué de Cosaques, de Bouriates et d'Ukrainiens. En 1920, la République d'Extrême-Orient est établie comme État tampon entre la Russie et le Japon. Quarante-et-un représentants ukrainiens participent à l'assemblée constituante de la république en mars 1921, et un ministère distinct des affaires ukrainiennes est institué, s'engageant notamment dans le développement de l'enseignement ukrainien.
En novembre 1922, la République d'Extrême-Orient est occupée par les bolcheviks et forcée à fusionner avec la République socialiste fédérative soviétique de Russie. Le nouveau régime ferme toutes les organisations ukrainiennes, arrêtant leurs membres et condamnant nombre d'entre eux à de longues peines de prison lors d'un procès à Tchita. Dans le même temps, les Soviétiques acceptent de créer 17 districts nationaux ukrainiens dans la région, où l'enseignement et l'administration seraient assurés en langue ukrainienne. Un quotidien en ukrainien est publié, et, entre 1926 et 1932, un institut pédagogique ukrainien est actif à Blagovechtchensk.
Toutefois, à partir de 1935, les autorités soviétiques adoptent une politique de russification et liquident l'autonomie culturelle ukrainienne dans la région. Simultanément, en 1934, l'oblast autonome juif est établi sur le territoire d'un ancien district national juif à Birobidjan, parallèlement à la déportation de la plupart des Chinois et des Coréens de la région. Pendant la Seconde Guerre mondiale, de nombreux réfugiés ukrainiens sont arrivés dans la région, et beaucoup y sont restés après la fin des hostilités.

La région qui allait devenir l'Ukraine verte était peu peuplée avant le début de la colonisation russe. Elle a ensuite rapidement augmenté, atteignant plus de 3 millions d'habitants en 1956. En 1926, 77,8 % de la population de la région était composée de colons slaves orientaux et de leurs descendants. Durant l’ère tsariste, de nombreux Ukrainiens ont rejoint les rangs des Cosaques de l’Amour.
La plupart des Slaves étaient chrétiens. Les peuples toungouses locaux pratiquaient les religions locales ; certains Juifs ashkénazes dans les régions entourant l'actuel oblast autonome juif pratiquaient le judaïsme.
L'économie de la région s'est traditionnellement appuyée sur la production d'or, la pêche et la chasse. L'agriculture joue un rôle secondaire en raison de la petite superficie des terres arables et se concentre autour de la culture du blé, de l'avoine, de l'orge, du sarrasin, du maïs, du millet et du riz, ainsi que des pommes de terre, des légumes et du soja. L’élevage est moins développé et repose principalement sur l’élevage de bovins, de porcs, de moutons et de chèvres. Les espèces de poissons produites industriellement dans la région comprennent le hareng, la sardine et le saumon. La pêche aux crabes et à la baleine a également eu une importance historique.
La présence de vastes zones forestières a permis le développement de l'industrie forestière, du bois et du meuble. L'or, l'étain, le zinc, le molybdène et le charbon sont également produits dans la région. Durant la période soviétique, la construction navale et le commerce maritime se sont développés parallèlement à la métallurgie et à la construction mécanique, ainsi qu'aux industries de la construction et de l'alimentation. Des centrales électriques ont été construites dans les principales villes de la région à cette époque.
Depuis 1902, Vladivostok est reliée à l'Europe par le chemin de fer de l'Est chinois, et depuis 1916 par le Transsibérien. De ce fait, le transport fluvial a progressivement perdu de son importance.