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Le territoire de la commune et ses communes limitrophes.
Géologie et relief
D'une superficie de 854 hectares, elle est divisée entre marais (des Mottes, de la Pigachière, d'Éturville) et les collines environnantes. L'altitude maximale est d'environ 30 mètres.
Le nom de cette commune est le seul du doyenné de Plain qui semble avoir un nom d'origine entièrement scandinave ou anglo-scandinave. Il est attesté sous les formes Querquebu en 1165 - 1173, Kirkebi en 1204, Kerkebu en 1228.
Ce nom est issu de la combinaison des éléments kirkja «église» et bú «maison, ferme; résidence, domaine; village»,,, soit «le village de l'église», «le domaine rural (près) de l'église» ou encore «la maison (près) de l'église». L'ancien norois bú s'est ici très probablement croisé avec l'ancien anglais de même origine bū (forme fléchie bȳ) «résidence», forme sous laquelle il a dû se fixer,.
Plusieurs villages scandinaves ont le même nom: Kirkeby au Danemark, Kyrkby, Kyrkeby en Suède, et de nombreux Kirby, Kirkby en Angleterre (plus d'une quarantaine d'exemples).
À noter que de manière assez incompréhensible, le deuxième élément de ce toponyme est expliqué par l'ancien norois buth (variante both) «abri temporaire, cabane; maison» par François de Beaurepaire, et à sa suite René Lepelley, alors qu'il avait été parfaitement analysé par Auguste Longnon, Auguste Vincent, Albert Dauzat, Jean Adigard des Gautries et Fernand Lechanteur, et finalement Ernest Nègre. Or les formes anciennes sont sans appel: nulle trace de dentale à la finale, contrairement aux produits de buth / both qui aboutissent d'ailleurs normalement en Normandie à -bo(t) ou -beu(f) et leurs variantes graphiques diverses.
Histoire
Moyen Âge
Armes des La Luzerne.
La seigneurie de Carquebut a appartenu à la famille de La Luzerne, qui portait: d'azur à la croix ancrée d'or chargée de cinq coquilles de gueules.
Dans le rôle de la noblesse du grand bailliage du Costentin dressé en 1640, il est noté que Thomas de Franquetot, seigneur de Carquebut, perçoit 18 000 livres tournois de rente, et, que sa famille dispose de plus de 70 000 livres de rente.
Les habitants de la commune sont appelés les Carquebutais.
Démographie
L'évolution du nombre d'habitants est connue à travers les recensements de la population effectués dans la commune depuis 1793. À partir du , les populations légales des communes sont publiées annuellement dans le cadre d'un recensement qui repose désormais sur une collecte d'information annuelle, concernant successivement tous les territoires communaux au cours d'une période de cinq ans.
Pour les communes de moins de 10 000 habitants, une enquête de recensement portant sur toute la population est réalisée tous les cinq ans, les populations légales des années intermédiaires étant quant à elles estimées par interpolation ou extrapolation. Pour la commune, le premier recensement exhaustif entrant dans le cadre du nouveau dispositif a été réalisé en 2008,.
En 2023, la commune comptait 295habitants, en évolution de −4,84% par rapport à 2017 (Manche: +0,44%, France hors Mayotte: +2,49%).
La principale activité économique de la commune est l'agriculture. La déchèterie de la communauté de communes est sur le territoire de la commune. Carquebut compte aussi une maison de retraite.
La commune se situe dans la zone géographique des appellations d'origine protégée (AOP) Beurre d'Isigny et Crème d'Isigny.
Culture locale et patrimoine
Lieux et monuments
Les marais de Carquebut.
Le manoir de Franquetot des XVe, XVIIe – XIXesiècles, appelé Vassy jusqu'au XVIIIesiècle, est inscrit aux monuments historiques en 1995. Il y avait avant la Révolution une chapelle Saint-Pierre qui était desservie par le curé de Saint-Côme-du-Mont (principal décimateur).
Le manoir de Courcy. Berceau de la famille de Remy de Gourmont. Le manoir est du XVIIIesiècle avec un pavillon central à pilastres surmonté d'un fronton triangulaire. Haut d'un étage sur rez-de-chaussée, seul l'étage, qui s'éclaire par des fenêtres à linteaux droits, sert d'habitation. Les communs, plus anciens, comprennent une charretterie à trois arcades.
Le manoir des Fontaines du XVIesiècle et son portail avec porte piétonne, transformé en maison de retraite. Dans un aveu du par Charles de Gourmont, écuyer, il est fait mention d'une motte au fief des Fontaines «…Et sur le dit fief il y a apparence de vieil manoir antien, auquel restes encore une vieille tour bataillère le tout clos à motte et fossez»,.
C'est Jacques Perrotte (1806-1844), maire et sans postérité, qui fit don du manoir des Fontaines pour y fonder un hospice devenu maison de retraite.
Le manoir du Port, dont les dernières traces ont disparu au début des années 1900.
Le manoir de Martainville, détruit dans les années 1880 pour les pierres.
Personnalités liées à la commune
Richard de Gourmont (fl.au XVesiècle), né à Carquebut, écuyer. Il s'installa à Paris où ses fils, Robert de Gourmont et Gilles de Gourmont (XVIesiècle) seront des imprimeurs et libraires réputés de la Renaissance. Le troisième dit Jean 1er de Gourmont sera aussi graveur en taille-douce à Lyon.
Jacques du Chevreuil (v.1595-1649), né à Carquebut et mort à Paris en pleine chaire, enseignant et principal du Collège d'Harcourt, recteur de l'université en 1622, opposé aux Jésuites,.
Émile Frédéric Jean Alexandre Sevestre (1876-1952), né à Carquebut le de Frédéric Jean et d’Apoline Désirée qui étaient cultivateurs dans la commune.
Doué d'une grande intelligence, le jeune Émile rentre au collège diocésain de Valognes où il suit de brillantes études et remporte plusieurs prix d'excellence, notamment le prix d'honneur de la dissertation de philosophie et le prix d'honneur de l'enseignement religieux. En 1895, il sort du collège et le , il est ordonné prêtre. Ensuite appelé à sa mission pastorale, il est successivement vicaire de Saint-Sauveur-Lendelin, missionnaire à Notre-Dame-sur-Vire, vicaire à Saint-Nicolas de Coutances, professeur au petit séminaire et au collège de Valognes et vicaire à Saint-Croix de Saint-Lô. Mais finalement, le , il se retire à Carquebut pour se consacrer au travail d'historien qui va le rendre célèbre.
Dès lors, c'est une montagne de travaux d'une grande qualité qui se succèdent. Son domaine de prédilection, l'histoire religieuse de la Révolution française occupe une grande partie de son œuvre. On peut en citer quelques titres (une bibliographie complète est proposée par Remy Villand dans sa monographie sur Carquebut):
L'Histoire, le texte et la destinée du Concordat, Angers, Siraudeau, 1903;
Étude critique des sources de l'Histoire religieuse de la Révolution en Normandie, Paris, Picard, 1916;
Le Personnel de l'Église constitutionnelle en Normandie (1791-1795), Paris, Picard, 1925.
Une autre particularité de l'abbé Sevestre, est qu'il est le seul habitant de Carquebut à avoir été chargé de cours à l'École pratique des hautes études, et professeur à l'école des Sciences sociales de Paris. Il est également l'ami d'Alphonse Aulard, fondateur de la Ligue des droits de l'homme, ce qui lui attira la méfiance des autres prêtres du diocèse.
Cependant, tout ne va pas pour le mieux pour notre abbé. En effet, son caractère particulier, son âge avançant, l'abbé Sevestre, retiré à Carquebut, se trouve de plus en plus isolé et meurt dans l'indifférence le dans sa maison de Carquebut (actuelle maison de MmeCécile Barbey). Cependant, son œuvre grandissime lui vaut l'hommage de ses pairs. Ainsi, M.Gabriel Le Bras, président de la Société d'Histoire ecclésiastique de la France, dit d'Émile Sevestre en parlant des morts de l'année: «Combien de nos compatriotes ont connu l'histoire religieuse de la Révolution française comme l'abbé Émile Sevestre?».
Émile Sevestre lui-même écrit ces phrases touchantes: «Mes ouvrages ont été pendant ma vie mes meilleures consolations et mes avocats les plus éloquents. Ils m'ont fait oublier les mesquineries et les tristesses de la vie. Ils m'ont vengé des attaques injustement dirigées contre ma personne. À ma mort et après ma mort, ils ne m'abandonneront pas. C'est le seul cortège que je souhaite.»
Textes de l'abbé Émile Sevestre à propos de Carquebut.
Archives municipales de Carquebut.
Notice sur Carquebut par Rémy Villand.
Daniel Delattre et Emmanuel Delattre, La Manche les 602 communes, Grandvilliers, Éditions Delattre, , 280p. (ISBN978-2-9159-0709-4), p.48.
René Gautier et al. (préf.Jean-François Le Grand, postface Danièle Polvé-Montmasson), 601 communes et lieux de vie de la Manche: Le dictionnaire incontournable de notre patrimoine, Bayeux, Éditions Eurocibles, coll.«Inédits & Introuvables», , 704p. (ISBN978-2-35458-036-0), p.135.
↑Accès au lien de l'article Wikipédia de la commune limitrophe en cliquant sur celle-ci.
↑L’ancien noroiskirkja «église» représente un emprunt au germanique occidental °kirika (cf. anglaischurch, néerlandaiskerk, allemandKirche), lui-même tiré du grec médiéval ϰυριϰόν (kūrikón), réfection de ϰυριϰαόν [δῶμα] (kūriakón [dōma]) «[maison] du seigneur»), adjectif (ici neutre) dérivé de ϰύριος (kūrios) «seigneur». Ce dernier mot est issu d'un radical indo-européen °kū-ro- «puissant» (d’abord «enflé, gonflé»), forme suffixée du degré zéro de °keuə- «enfler» [in Dominique Fournier, Wikimanche].
↑L'ancien norois bú a comme équivalents modernes l'islandaisbú (même sens), le suédoisby «village», le danoisby «ville», etc. Il se rattache au radical °bū- «habiter, résider» < indo-européen°bʰū-, degré zéro allongé de la racine °bʰeu- «être», initialement «croître, devenir» (cf. anglaisto be, bretonbout, russeбыть (byt’) «être») [in Dominique Fournier, Wikimanche].
↑Par convention dans Wikipédia, le principe a été retenu de n’afficher dans le tableau des recensements et le graphique, pour les populations légales postérieures à 1999, que les populations correspondant à une enquête exhaustive de recensement pour les communes de moins de 10 000 habitants, et que les populations des années 2006, 2011, 2016,etc. pour les communes de plus de 10 000 habitants, ainsi que la dernière population légale publiée par l’Insee pour l'ensemble des communes.
Références
↑Léopold Delisle, Recueil des actes de Henri II, revu et publié par Élie Berger, t. I, Imprimerie Nationale, Paris, 1916, p. 540, § CCCCXII.
12Jean Renaud, Vikings et noms de lieux de Normandie, OREP éditions, 2009, p. 89.
12François de Beaurepaire, Les Noms de communes et anciennes paroisses de la Manche, Picard, Paris, 1986, p. 93.
↑Maurice Lecœur (ill.Michel Lemonnier, photogr.Norbert Girard), Trésors du Cotentin: Architecture civile & art religieux, Mayenne, Isoète, , 296p., 25 × 29 cm, couverture couleur, cartonné (ISBN978-2-913920-38-5), p.249.
↑Florence Delacampagne, «Seigneurs, fiefs et mottes du Cotentin (Xe – XIIesiècles): Étude historique et topographique», dans Archéologie médiévale, t.12, (lire en ligne sur Persée.), p.200.