| Cloche | |
Une des cloches de la cathédrale Saint-Fulcran de Lodève (Hérault, France). | |
| Variantes historiques | |
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| Classification | Percussions |
| Famille | Idiophone |
| Instruments voisins | |
| Tessiture | |
| Instrumentistes célèbres | Liste de carillonneurs |
| Échantillon sonore | |
| Articles connexes | |
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Une cloche (« du bas latin clocca, attesté en l'an 550 dans le domaine anglais et importé sur le continent par les moines irlandais évangélisateurs de l'Europe ») est un instrument idiophone fait de métal, creux, ouvert, destiné à l'émission d'un son. Elle appartient aux instruments de percussion. Elle vibre et résonne après avoir été frappée. Sa forme est celle d'une sinusoïde de révolution, ouverte et moulée d'une seule pièce. Un objet de cette forme est dit campaniforme ou campanulé.
La partie qui frappe le corps de la cloche est soit un « battant », sorte de barre suspendue dans la cloche à son point haut, soit une petite sphère mobile dans le corps de la cloche, soit un maillet (par exemple un tronc de bois suspendu par des cordes) qui frappe la cloche depuis l'extérieur.
Dans un clocher, les cloches sont mobiles dans une charpente en bois, qui les porte : le beffroi, car le bois absorbe les vibrations, qui peuvent être importantes, ce que ne peut faire une maçonnerie.
Les cloches sont généralement et traditionnellement faites en airain (un bronze composé généralement en France de 78 % de cuivre et 22 % d'étain), mais certaines cloches ou clochettes peuvent être en fer, en fonte, ou en acier. Certaines petites cloches ou clochettes sont aussi faites en argent, en tombac (un laiton, alliage de cuivre et de zinc), en terre cuite, porcelaine, verre, cristal, etc.
La diversité de leurs fonctions, croisée à la multiplicité de leurs usages, explique les nombreuses implications historiques qui entourent cet objet possédant un symbolisme tant social que religieux.
Les grandes cloches sont fondues (fabriquées) et coulées par le fondeur de cloches (ou encore « saintier »), et installées par les campanistes. L'étude des cloches s'appelle la campanologie et les collectionneurs de cloches des campanophiles.
La cloche est l'un des plus vieux instruments sonores que nous connaissions : son invention remonte probablement au Néolithique quant à son principe, à l'époque où l'homme sut, par le feu, durcir l'argile et constituer ainsi un vase qui se révélera « sonore » en le percutant.
La cloche est un instrument universel dont la longue portée acoustique est utilisée pour communiquer au loin, soit avec des hommes, soit avec des dieux.
Les premières cloches métalliques remontent à l'âge du bronze. On trouve des traces d'utilisation des cloches en Asie, il y a 4 000 ans — les Annales de la Chine rapportent que l'Empereur Hoang-ti fit fondre, vers l'an 2260 av. J.-C., douze cloches. Plusieurs clochettes de l'époque Shang (XVIIIe et XIe siècles avant notre ère) sont exposées au Musée de l'histoire chinoise à Pékin.


Les annales chinoises rapportent la légende selon laquelle l'Empereur Jaune Huángdì fait fondre au XXVIe siècle av. J.-C., un carillon de douze cloches. En réalité, le véritable essor d'un instrument se rapprochant de la cloche monumentale se dessine dans l'empire chinois, vers 2200 avant J.-C. Plusieurs clochettes datées de l'époque de la dynastie Shang (XVIIIe siècle av. J.-C. au XIe siècle av. J.-C.) sont exposées au musée de l'histoire chinoise à Pékin .
En Asie, il en existe aussi des modèles très anciens et imposants liés aux usages de la religion hindouiste ou bouddhiste en Corée, au Japon (avec les cloches dōtaku qui apparaissent dans des dépôts rituels à la période Yayoi, vers le IIe siècle av. J.-C.) ou en Birmanie notamment où se trouve la célèbre cloche du roi Bodawpaya destinée au stūpa d'une pagode de Mingun. En Corée, la cloche divine du roi Seongseok coulée en l'an 771 est la plus grande cloche coréenne bouddhiste conservée à ce jour.
Le développement de la métallurgie en Afrique ancienne contribue à l'essor de forgerons spécialisés en Afrique de l'Ouest dans la fabrication de cloches en tôle de fer martelé au milieu du premier millénaire.
La religion musulmane privilégie la voix humaine aux cloches pour appeler les fidèles à la prière (muezzin du sommet des minarets). On note exceptionnellement la présence de grosses cloches sur ces tours, comme celle de la mosquée de Saint-Louis au Sénégal, où l'instrument est associé à l'horloge qui carillonne pour indiquer les heures. La cloche est un symbole rarement utilisé dans l'art islamique bien qu'un hadith relatif à un échange de Mahomet et de El-Hareth ibn Hicham nous décrive la vision de Mahomet comme accompagnée d'un tintement de cloches.
Dans l'Amérique précolombienne, les archéologues ont trouvé des clochettes surtout en argile et en écorce de fruit.




En Europe, des fouilles archéologiques ont permis de trouver de nombreuses cloches ou clochettes en fer battu ou en bronze d'origine grecque et romaine. Dans la Rome antique, les tintinnabula servent à annoncer l'ouverture des bains et des marchés ou ont une fonction apotropaïque (clochettes suspendues aux maisons, dans des temples). En Gaule, la cloche remplace peu à peu l'usage de la simandre (une planche de bois ou des cerceaux battus à coups de maillets). Les premiers chrétiens l'adoptent tardivement (ils privilégient la discrétion au temps des persécutions, frappant de porte en porte au temps de la clandestinité), avant d'en faire un symbole d'appel et de ralliement. Une légende veut que ce soit l'évêque saint Paulin de Nole (353-431) qui installe les premières cloches dans les églises de Nole en Campanie, légende née d'une étymologie populaire faisant une confusion grossière entre nola qui était le nom d'une cloche, et campana, le nom d'une cloche plus grosse. Les cloches semblent pour la première fois utilisées par l’Église sur une grande échelle par les moines irlandais et anglo-saxons (en) qui évangélisent l'Europe continentale au VIe siècle et utilisent cet instrument pour rassembler la population lors de leur prêche. Benoît de Nursie, le fondateur de l'ordre bénédictin, accorde une grande importance aux instruments de l'appel monastique aux repas, aux offices et au sommeil (cloche, cor, claquette appelée tabula). Au Moyen Âge central, la diffusion de la règle bénédictine dans les monastères de l'Occident chrétien va de pair avec celle de la cloche qui s'impose progressivement face aux autres instruments sonores à l'époque carolingienne. Alors que la conception des cloches faisait appel au pliage et au martelage (d'où la production d'instruments de petite taille, de faible épaisseur et fragiles), les moines se spécialisent dans la fabrication des cloches : appelés moines sainctiers ou saincthiers, ils développent le savoir-faire de la fonte des cloches qui s'agrandissent, se cerclent et s'évasent. Ils en détiennent le monopole jusqu'au VIIIe siècle, période qui voit l'essor des maîtres saintiers, fondeurs itinérants laïcs capables de fondre des cloches d'une centaine de kg ou plus, ce qui favorise la diffusion de l'usage des cloches dans les églises paroissiales. En l'an 817, le concile d'Aix-la-Chapelle réglemente le nombre de cloches des églises et des ordres religieux en fonction de leur taille et de leur hiérarchie (l'église paroissiale a droit à deux cloches, les couvents à trois, les cathédrales à six). Dès lors, au temps rural mesuré par l'observation de la nature, succède le temps clérical qui voit la vie médiévale religieuse et civile rythmée par les huit heures canoniales sonnées de trois heures en trois heures par les cloches des monastères et des églises. À ce temps de l'Église, dicté par les offices religieux, s'opposerait, selon Jacques Le Goff, le temps laïc des marchands : avec l'avènement de la bourgeoisie urbaine, le développement sur les beffrois de cloches puis à la fin du XIIIe siècle d'horloges à échappement mécanique scandant les heures civiles (heures déterminées par les cadrans solaires ou, par mauvais temps, par des grands sabliers ou clepsydres), marque le passage à un temps profane, ce qui entraîne une lutte d'influence entre les autorités civiles et religieuses sur la maîtrise du temps et des cloches, dépositaires de la personnalité communale, de leur emprise sur l'espace aérien du terroir. Ces horloges sont initialement conçues non pour indiquer visuellement l'heure mais pour sonner chaque heure en actionnant directement des cloches. Puis à ce signal acoustique est superposée une indication optique : pour visualiser les heures, les horloges municipales sont munies d'un cadran divisé en vingt-quatre heures. La pratique itinérante des maîtres sainctiers dure jusqu'au XVIIe siècle, époque à laquelle les fondeurs s'installent et créent de véritables fonderies qui fixent la forme définitive des cloches. Dans le contexte de la Contre-Réforme, l'Église s'efforce de hiérarchiser les sonneries. Charles Borromée établit un texte réglementaire qui établit une progression hiérarchique : une cathédrale doit avoir de cinq à sept cloches, une collégiale trois et une église paroissiale deux ou trois. Dans beaucoup de diocèses, la réception et l'application de cette prescription s'effectuent de façon diversifiée : la hauteur du clocher, le poids et le nombre de cloches sont objets d'orgueil collectif et de rivalité intercommunale qui se fonde sur la puissance et la confrontation sonore .
Si les horloges publiques se superposent aux clochers des églises et couvents dans les villes, les villages qui se développent à « portée de cloches » restent sous le rythme des instruments de Dieu jusqu'au XIXe siècle, période qui correspond au processus de sécularisation en cours dans les sociétés occidentales et va en s'affirmant depuis la fin des années 1960,. Alors que l'usage des cloches était laissé à la discrétion des desservants religieux et de leur tradition locale (d'où la souplesse des règlements de sonneries établis par les évêques), le XIXe siècle voit l'acquisition massive par les villages d'horloges mécaniques installées dans les clochers ou plus rarement dans les beffrois communaux. Il voit aussi le développement de réglementations civiles relatives aux sonneries de cloches des églises, ce qui suscite des conflits (plaintes des habitants de hameaux hors de portée des cloches) réguliers selon les variations du climat politique tant local que national, des contentieux entre les autorités civiles et religieuses, et des résistances (ainsi en France, la mise en place d'une réglementation particulière à chaque préfecture et concernant tous les villages qui y sont rattachés, désorganise la rhétorique sonore des clochers à laquelle sont habitués les villageois depuis des siècles). Le paysage sonore est encore à cette époque marqué par des sonneries religieuses issues d'églises ou de monastères (la journée horaire étant rythmée par l'angélus sonné matin, midi et soir), et des sonneries civiles actionnées par les horloges publiques qui annoncent le début de la journée, le midi, le début et la fin des travaux et le couvre-feu. Au XXe siècle, la place des cloches dans ce paysage sonore décline mais, paradoxalement, la fin de ce siècle est marquée par un regain d'intérêt pour elles : visite de fonderies, création de musées campanaires (en), d'associations de protection ou de surveillance du patrimoine campanaire, propriétaires ou affectataires d'ensembles campanaires (État, collectivités locales, clergé) de plus en plus sensibles à leur cause.
L'usage et la rhétorique des cloches ne sont pas les mêmes dans les pays d'inspiration orthodoxe. Dans l'église grecque, l'usage de la cloche apparaît dans la seconde moitié du IXe siècle quand, en 865, le doge de Venise Ursus fait don à l'empereur Michel de douze grosses cloches. Ces cloches sont accrochées dans une tour près de la basilique Sainte-Sophie de Constantinople (actuellement Istanbul). En Russie, l'usage des cloches apparaît presque simultanément avec la diffusion du christianisme par saint Vladimir Ier vers l'an 988. L'usage ancien de la simandre est toujours en cours dans certains monastères orthodoxes.



La forme la plus classique est la cloche d'église, en forme de coupe renversée, qui est suspendue dans une tour (le clocher) généralement via un portique en bois ou métallique, le beffroi (nom étendu par la suite à la tour maçonnée qui supporte l'ensemble), qui absorbe les vibrations de la mise en mouvement des cloches sans les retransmettre au clocher, qui risquerait la destruction, et sonnée en la faisant osciller manuellement ou mécaniquement, le battant accroché à l'intérieur frappant le corps de la cloche. La cloche est sonnée « à la volée » lorsqu'elle oscille sur son axe, le battant libre frappant l'intérieur. Il existe plusieurs types de volées.
Le Rétro mitigé utilise la même disposition mécanique que le rétro-lancé, mais sans contrepoids au-dessus de l'axe du battant, il en résulte une sonnerie rétrograde où la cloche doit pratiquement se trouver à l'horizontale pour que la masse du battant entre en contact avec la cloche.
Il s'agit également du type de sonnerie le plus spectaculaire.
Un autre mode de sonnerie très largement utilisé est le
La sonnerie par tintement manuel, dite banc du sonneur, coptée ou trézolage *
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| Domaines | Pratiques festives Pratiques rituelles |
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| Lieu d'inventaire | Auvergne-Rhône-Alpes Savoie (département), Haute-Savoie (département)
Occitanie Ariège (département), Aude (département), Haute-Garonne (département), Tarn (département), Pyrénées-Orientales (département) |
| * Descriptif officiel Ministère de la Culture (France) | |
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tintement. Cette méthode est employée pour faire retentir la cloche en utilisant un tinteur, extérieur ou intérieur à la cloche, dont la masse vient percuter la partie la plus épaisse de la panse de la cloche. Dans certains cas, si la cloche est fixe, le battant peut être utilisé à cet effet (c'est le cas notamment dans les églises orthodoxes, ainsi que dans certaines régions de France ou de Suisse où le sonneur se tient au côté des cloches, actionnant ainsi les battants à l'aide de ses mains et de ses pieds par l'intermédiaire de câbles.
La sonnerie de cloches par tintement manuel dite banc du sonneur, coptée ou trézolage est classée à l'inventaire national du patrimoine culturel immatériel depuis 2023.
Il existe aussi des cloches tubulaires. En Extrême-Orient, une cloche peut aussi reposer sur un coussin, en position renversée ; elle est alors frappée de l'extérieur, par le côté pour celles en métal, ou par-dessus pour celles en bois.



Les cloches rythment la vie quotidienne tant profane (indication des heures et des moments de l'emploi du temps) que sacrée : matines, angélus, messe, vêpres, mariage, baptême, enterrement, glas… Les cloches ou clochettes accompagnent et ponctuent les cérémonies et les processions à l'intérieur et à l'extérieur des édifices. On peut parler de langage des cloches, riche et varié.
Les cloches des églises pouvaient autrefois être utilisées comme système d'alerte signalant un danger avec le tocsin, une mort avec le glas, ou un événement majeur. L'usage religieux pouvait être distinct de l'usage civil selon le type de cloche utilisé ou selon sa localisation (cloches civiles, beffroi…). Les croyances populaires ont également accordé un rôle apotropaïque aux cloches pour éloigner les intempéries ou les épidémies propagées par les démons qui habitent l'air, selon la cosmologie chrétienne héritée de l'antiquité. Les comptes de fabrique gardent le souvenir des pots-de-vin payés aux sonneurs qui, en faisant tinter les cloches, étaient censés disperser les nuages et chasser les démons, ce qui n'était pas sans poser de problèmes : foudroiement des sonneurs de cloches qui tenaient la corde humide en plein cœur de l'orage, conflits entre les villages, les uns accusant les autres d'avoir repoussé l'orage sur leurs terres. Les cloches suspendues au cou des animaux ont une vertu prophylactique analogue.
Cependant, les cloches ont pour fonction principale de signaler les temps réguliers. À cette fin, une séquence particulière de sons peut être produite par un groupe de cloches pour indiquer l'heure et ses subdivisions. L'une des plus connues est celle dite des « quarts de Westminster », série de seize notes émises par le carillon de l'horloge du palais de Westminster dont la grande cloche qui sonne l'heure est surnommée Big Ben. La plupart du temps, seules les heures pleines sont sonnées (en général à raison d'un coup par heure, en allant de 1 à 12), parfois en deux séries de coups : le pic et le repic (ou rappel).
Des cloches de différentes tailles étaient installées dans une cathédrale afin de rythmer les temps d'une ville, chacune ayant leur sonorité respective. La cloche la plus importante n'est traditionnellement utilisée qu'afin de marquer les temps forts de la vie du Christ et de l'Église : fêtes de Noël, de Pâques, de la Pentecôte, de la Toussaint, ainsi que la mort et l'élection du pape, la mort d'un Président catholique pratiquant, la Libération en 1918 et en août 1944,, le mémorial de l'incendie de Notre-Dame, la chute du mur de Berlin, etc.
Des grelots ou des clochettes ont parfois servi de jouets pour les enfants ou encore pour des adultes à l'occasion de certaines fêtes (carnaval) ou lors de déguisements.

On trouve des cloches pour appeler à l'entrée des maisons, dans les maisons pour appeler aux repas, à table pour appeler le service, etc.
Des cloches ou clochettes étaient ou sont toujours placées dans les conciergeries, réceptions d'hôtels et restaurants.
Actuellement, des systèmes de production de son sont fondés sur des cloches miniatures dans des alarmes, des sonneries de téléphone, de carillon de porte d'entrée ou de réveille-matin par exemple. Pour les sons se répétant rapidement produits par de tels systèmes, le terme employé est sonnette.


Au Moyen Âge, on appelait campanier la personne qui annonçait les baptêmes sur la place principale du hameau ou qui précédait les convois funèbres en agitant une petite cloche ou clochette. La coutume de signaler le passage d'un cortège funèbre par ce campanier vêtu de noir, appelé familièrement le « clocheteur des trépassés » s'est conservée jusqu'au début du XXe siècle dans les campagnes, alors que dans les villes officiait plutôt le crieur des morts.
Parallèlement, les lépreux devaient signaler leur passage au moyen d'une cloche à main afin de signaler le danger d'épidémie. Dans une marge du Liber pontificalis of Edmund Lacy, Bishop of Exeter, un manuscrit du XIVe siècle, est représentée la figure d'un lépreux assis agitant une cloche tandis qu'un phylactère reproduit ses paroles (The Medieval Leper and his Northern Heirs de Peter Richards, 2000). Le docteur Jean-Joseph Tricot-Royer (1875 - 1951) rapporte le port d'une cloche par les lépreux en Belgique.
Albert Jacquot (1853-1915) rapporte que : « …les criminels des Turcs portaient au cou (XVIIe siècle), une petite clochette qui avertissait le peuple de s’éloigner d’eux ».
En Angleterre, à l'église anglicane St Sepulchre-without-Newgate, on sonnait traditionnellement la grande cloche lors de l'exécution d'un prisonnier à la prison de Newgate, installée dans le quartier. Le greffier de St Sepulchre était également chargé de faire sonner une clochette hors de la cellule du condamné à mort à Newgate pour l'informer de l'imminence de son exécution. Cette clochette connue sous le nom d'« Execution Bell », se trouve désormais exposée dans une vitrine au sud de la nef.
Dans la Marine on utilise aussi pour les bateaux des cloches appelées cloches de bord ou de Marine. (Voir l'article cloche de navire). Avant la mise en place de la lentille de Fresnel, la navigation nocturne côtière et fluviale était guidée par des cloches. Au Musée maritime fluvial et portuaire de Rouen est conservée une cloche qui guidait la navigation et qui était autrefois placée sur le bord de Seine : l'insolite cloche de la Risle.
Les premières automobiles avaient comme avertisseurs des cloches ou des clochettes. Certains marchands ambulants, ferrailleurs ou commerçants divers utilisent des cloches pour avertir les clients de leur passage. Autrefois, certaines locomotives à vapeur étaient également équipées de cloches pour servir de signal ou écarter les personnes ou le bétail des voies, de même que certains véhicules d'incendie ou encore les tramways.
Les cloches portées par les animaux d'élevage conduits dans un pâturage ont également une fonction d'avertissement, permettant au berger de repérer ses bêtes dans la brume (lire le paragraphe sonnaille et clarine). Les clochettes ou les grelots sont parfois utilisés pour les animaux domestiques.
Les cloches sont souvent installées dans le clocher de l'église, tour élevée permettant une diffusion du son au loin. La tour isolée ronde ou carrée située à côté d'une église se nomme campanile, mais beffroi s'il s'agit de cloches à usage public. Dans nombre de régions méridionales, on trouve les cloches enfermées mais exposées aux intempéries dans des cages en fer forgé parfois très travaillées au sommet de ces tours, on les appelle également campaniles. Ailleurs, comme en Lozère (France), certains clochers qui servaient à guider les voyageurs ou les habitants par temps de neige, sont nommés les « clochers de tourmente ».
Les cloches font l'objet d'une cérémonie civile — parrainage par des notables ou des groupes selon leur échelle de prestiges — ou religieuse. Lors de l'inauguration d'une cloche d'église a lieu la cérémonie solennelle de la bénédiction à proximité du clocher, appelée aussi « baptême » ou « consécration » car elle emprunte au rite baptismal (bénédiction, cloche recouverte d'une aube blanche, onction aux huiles saintes…). Les donateurs principaux, les parrains et marraines, conviés à assister au premier rang à la cérémonie, donnent souvent leur prénom à la cloche. La tradition considère en effet l'instrument comme une personne. En dehors de ces prénoms, il est moins fréquent de rencontrer des noms de saints imposés par les donateurs ou la dévotion paroissiale. Les cloches publiques portent parfois des noms d'usage (la cloche de la Mutte de Metz par exemple, située dans la tour homonyme qui sert de beffroi communal servant à alerter la population et qui tire son nom du verbe « ameuter »), ceux des personnalités ayant présidé à leur installation ou encore les prénoms des parrainants. L'épigraphie campanaire fournit ainsi un abondant corpus à l'historien qui peut y lire les mutations des hiérarchies sociales et des sentiments religieux.

Les cloches peuvent être de toutes les dimensions : depuis des accessoires de robe minuscules (clochettes ou grelots) jusqu'à celles destinées aux églises, pesant plusieurs tonnes.
En Inde, aujourd'hui encore, des hommes et des femmes portent des chevillières équipées de clochettes appelées shinjini utilisées particulièrement dans la danse appelée kathak. On utilise aussi des ghungharus (appelés en tamil salangai) fabriqués avec 40, 80 voire 200 clochettes lors de danses traditionnelles indiennes. Ils servent à accentuer l'aspect rythmique de la danse en permettant des pas complexes et de souligner l'habileté des danseurs.
Les cloches sont utilisées comme des instruments de musique, organisées en carillon : un ensemble d'au moins quatre cloches (quadrillon) couvrant tout ou partie de la gamme. Cependant l'ensemble campanaire n'est souvent reconnu en tant qu'instrument de musique que si le nombre de cloches est supérieur ou égal à 23. L'harmonie de l'ensemble fut grandement améliorée au XVIIe siècle grâce aux recherches sur l'accordage des cloches par les frères Hemony. Un tel ensemble peut être commandé, soit par un seul musicien par l'intermédiaire d'un clavier « coup de poing » ou artisanal et d'un système de transmission, soit par un ensemble de joueurs de cloches, commandant chacun à la main une ou plusieurs cloches aux tons différents. Certains carillons sont composés de cloches dont le corps est constitué d'un simple tube métallique : ce sont des cloches tubulaires.

Dans la région du Valais en Suisse, il existe aussi un genre particulier de carillon. Celui-ci, dit carillon valaisan, est constitué d’un nombre de cloches variant entre trois et environ une dizaine. Il n’y a pas de clavier, le carillonneur, assis sur un banc parfois au milieu du beffroi, parfois à l’étage en dessous, actionne directement une mécanique très simple constituée de cordes et de chaînes reliées aux battants des cloches.
Des cloches sans battant en métal nommées Agogô sont un composant important de la musique latino-américaine. Elles reprennent la forme des cloches de campagne utilisées pour les animaux, appelées aussi « cloches à vaches » ou sonnailles. Elles sont frappées avec un bâton ou une baguette ; le son est modulé en touchant différentes parties et en l'assourdissant avec la main.
Dans divers endroits du monde (notamment en Afrique de l'ouest), des paires ou des trios de cloches sans battant sont jointes de manière qu'elles puissent être frappées séparément ou ensemble. La plus fréquente est l'agogô, aussi utilisé au Brésil. Dans la musique cubaine, une cloche appelée cencerro est utilisée comme instrument de percussion. Le même musicien jouant aussi les bongos, il est appelé bongocerro.

Alpenglocken :
Il s'agit d'un instrument formé d'un ensemble de petites cloches alpines (clarines) accordées et secouées soit par une même personne tour à tour, soit par un ensemble musical. On parle aussi d'austrian bells dans les pays anglo-saxons où elles sont très en vogue.
Cloche anglaise :
Les clochettes à main (en), appelées cloches anglaises, sont des clochettes en bronze, pourvues de poignées individuelles (traditionnellement en cuir mais aujourd'hui le plus souvent en plastique), accordées chromatiquement pour être utilisées dans des chœurs de clochettes joués dans les églises, écoles, groupes communautaires.

Sur les territoires où les troupeaux d'élevage bovin, ovin ou caprin sont conduits dans des pâturages collectifs, les paysans attachent des clochettes au cou des bêtes. Ces cloches possèdent plusieurs utilités : identification des animaux appartenant à un troupeau particulier, localisation des bêtes, notamment en cas de brume, et cohésion du troupeau.
Il existe des concours de « musique pastorale » utilisant ce type de cloches.
Le terme sonnaille (Kuhglocken en allemand) s'applique aux cloches qui sont forgées ou formées à l'aide de plaques soudées. Ces cloches légères sont généralement fabriquées en tôle de fer rivetée, de forme trapézoïdale, cylindrique ou en forme de coupe.
Le terme clarine s'applique aux cloches de bovin en bronze ou laiton de fonderie qui sont plus lourdes.
Il est lié à la perception du son. En Inde elle symbolise l'ouïe et ce qu'elle perçoit, le son, reflet de la vibration primordiale. Les rituels du bouddhisme tibétain utilisent la cloche en même temps que le dordjé, le dordjé représentant le masculin, le chemin vers la connaissance, l'efficacité pour surmonter les obstacles et la cloche représentant le féminin, la connaissance et la vacuité. La réunion des deux symbolisant la complémentarité, l'interdépendance du masculin et du féminin et la réunion du temporel et du spirituel.
En Chine on associe le bruit de la cloche à celui du tonnerre et du tambour. La musique des cloches y est musique princière et symbole de l'harmonie universelle. Les clochettes suspendues au toit des pagodes sont chargées de répandre le son de la loi bouddhique. Le bruit des cloches a un pouvoir d'exorcisme et de purification : il éloigne les influences mauvaises ou avertit de leur approche. Un texte chinois rapporte que l'empereur Huangdi fit fondre douze cloches destinées à ces usages.
La plus grande cloche du monde était bouddhique et birmane : la cloche du roi Dhammazedi, seizième souverain du royaume d'Hanthawaddy, fondue le , pesait vraisemblablement 300 tonnes selon les descriptions de l'époque. Elle fut volée en 1608 dans la pagode Shwedagon par l'aventurier Philippe de Brito, qui souhaitait la fondre pour en faire des canons. Elle coula en même temps que le bateau chargé de la transporter à la confluence des rivières Bago et Yangon. Un projet américain appuyé par le gouvernement birman est à l'étude pour la renflouer.
La plus grande cloche bouddhique actuelle est celle du temple de Hanshan à Suzhou, en Chine. La cloche, sur laquelle sont inscrits les noms de 10 000 bouddhas, pèse 109 tonnes et mesure 9 mètres de hauteur pour 6,06 mètres de largeur maximale. Elle a été fondue par Wuhan Heavy Industry casting & Forging, filiale des chantiers navals CSIC, en 2009-2010. Traditionnellement pour la fin de l'année lunaire on la sonne de 108 coups, ainsi qu'à minuit pour chaque nouvelle année civile, en signe de paix, de prospérité et de bonheur. Le chiffre 108 représentant les 108 épreuves qu’a subi le Bouddha pour atteindre l’illumination, les 108 noms du Bouddha, les 108 passions que doit surmonter le fidèle, les 108 écrits sacrés de Padmasambhava, les 108 mudras du Tantra, les 108 positions du Yoga, les 108 feux allumés pour le culte des morts au Japon, les 108 tombeaux extérieurs du mont Hiei près de Kyoto et les 108 grains du chapelet bouddhique. Dans l'hindouisme, il y a également 108 représentations de poses ou danses sacrées du Nastya Shastra, 108 Upanishads, 108 noms donnés à Vishnou dans le Mahabharata et 108 noms pour Shiva.
La fonte d'une cloche se fait à partir d'un moule dans lequel on versera un alliage appelé « airain ». La composition du métal a peu varié depuis la création des premières cloches par les Chinois il y a près de 4 000 ans. En effet, il convient de trouver un alliage de différents métaux qui offre à la fois une résistance mécanique suffisante pour supporter la frappe répétitive du battant ou d’un marteau et une qualité musicale satisfaisante tant en matière de portée sonore qu’en matière de durée des vibrations. L'alliage traditionnellement utilisé en France pour la fonte de cloches et qui est appelé familièrement « potin » par les fondeurs, est une combinaison de cuivre et d’étain, deux matériaux qui sont plutôt mous pris séparément. La bonne proportion utilisée pour la fabrication de l’airain est de 78 % de cuivre et de 22 % d’étain. Sa température de coulée est de 1 180 °C. Le temps de solidification dans le moule est de l’ordre de cinq heures, afin d’obtenir une structure métallique particulière qui va donner à l’alliage sa rigidité, sa résistance mécanique, mais surtout ses propriétés acoustiques si remarquables. Cet alliage est de couleur jaune très pâle. Exposé à l’air extérieur et aux intempéries, il se recouvre progressivement d’une couche de patine dans les nuances « vert bronze ».
La composition peut varier notablement. Certaines cloches actuelles comportent également des traces d'antimoine (exemple des cloches de Friedrich Schilling de l'ancienne fonderie de Heidelberg en Allemagne). Pour les cloches anciennes, les analyses de métal montrent qu’il peut y avoir des écarts et aussi des traces d’autres métaux. Il n’était pas toujours facile d’obtenir des matières premières pures (présence de plomb ou de zinc notamment, mais aussi fer, arsenic, soufre…) surtout quand il y avait eu récupération de pièces métalliques diverses ou refonte de canons ; il y avait quelquefois des tentations pour introduire des matières moins onéreuses que le cuivre ou l’étain.
Il y eut aussi des tentatives pour réaliser des cloches avec d’autres types d’alliages ou d’autres matériaux. Vers 1919 un fondeur de cloches lorrain de Robécourt, Georges Farnier, tenta de modifier la composition initiale du bronze de coulée en y joignant une faible quantité d'aluminium. Malgré le résultat positif de l'expérience, il y renonça, tant il parut outrancier de dépasser la tradition.
On trouve encore en Allemagne et en France quelques cloches coulées en acier dont les premiers exemplaires ont été réalisés au milieu du XIXe siècle(cloches moulées de Jacob Mayer présentées à l'exposition universelle de Paris en 1855, Société Jacob Holtzer et compagnie des Aciéries d'Unieux entre 1857 et 1872). Exemple de la cloche en acier de l'église Sainte-Madeleine à Tournus, fondue par Jacob Holtzer en 1862. Elle a un diamètre de 108 cm (note la3). Ces cloches ont l’avantage d’être moins lourdes et moins coûteuses, mais leur qualité sonore est moindre et leur durée de vie est sans doute plus courte du fait du risque d’altération par la rouille. Elles doivent souvent être peintes du fait de la corrosion.
Après la Seconde Guerre mondiale, notamment en Allemagne, certaines matières premières comme l’étain ont manqué et des essais ont été faits avec d’autres métaux comme l’aluminium ou le manganèse mais la qualité s’en est ressentie. La présence d’argent pour rendre la cloche plus cristalline est toutefois une légende ; c’était une façon pour le fondeur de récupérer quelques objets de valeur pour sa rémunération personnelle. Néanmoins certaines cloches russes coulées par les fondeurs contiennent effectivement des traces d'argent.
En Allemagne, il existe aussi des petits carillons de cloches faites de porcelaine (région de Meissen, en particulier) ; la portée peut atteindre quelques centaines de mètres autour du clocher.
Pour les petites cloches, comme les clarines d’animaux, on peut trouver des alliages proches du laiton. En Inde, il a été fait parfois usage pour la fonte de clochettes rituelles d'un alliage composé de huit métaux appelé ashtadhatu : or, argent, cuivre, zinc, plomb, étain, fer et mercure.
Le moule lui-même comprend deux parties qui correspondent à la forme intérieure et extérieure de la future pièce.
La fabrication d'un noyau en briques réfractaires, sorte de cheminée à l'intérieur de laquelle on entretient un feu de charbon de bois (no 1), constitue la première étape. Ce noyau est recouvert de plusieurs couches de « terre » – en réalité un mélange d'argile, de crottin de cheval et de poils de chèvre (no 2) – lissées à l'aide d'un gabarit en laiton. Il existe deux formats de gabarits (no 2), l'un définissant la forme intérieure de la cloche, l'autre la forme extérieure (no 3). Malgré leur ressemblance, ils sont bien différents, ce que la coupe d'une cloche permet de visualiser ci-contre.
Une « fausse cloche », composée d'argile et de poils de chèvre, est construite à l'aide du gabarit extérieur. Une fois lissée avec du gras de bœuf, elle reçoit décors et inscriptions en cire, notamment son nom, la date et le nom du donateur. Ce travail très minutieux s'effectue élément par élément. Pour l'estampage des ornements, on utilisait autrefois des matrices en bois gravé (no 4), une technique qui imposait un dessin préalable au miroir. Désormais de nouveaux matériaux permettent de concevoir le décor à l'endroit et sont également plus souples.
La « fausse cloche » – préfiguration de la pièce finale – est à son tour recouverte de terre. En séchant, cet enduit constitue une sorte de carapace, que l'on appelle la chape. Au bout de quelques jours, lorsque les moules sont bien secs, on les ouvre pour libérer la « fausse cloche ».
On enterre alors le noyau, la chape et le moule de la couronne dans une fosse remplie d'une terre soigneusement damée. Le métal porté à une température de 1 180 °C dans un four y est déversé au moyen d'un canal en briques traversant la fosse. Les très grosses pièces, d'un poids supérieur à 500 kg, sont placées dans une fosse spéciale (no 6). Le lendemain on dégage la terre et quelques jours plus tard on casse le moule, manuellement, avec des sortes de marteaux, pour retirer la cloche définitive (no 8). Il reste à la nettoyer et à vérifier sa sonorité, que l'on rectifie au besoin en la polissant. On ajoute alors les accessoires de suspension et le battant.



En France, environ 5000 cloches sont classées comme Monuments Historiques, et leur durée de vie moyenne est de trois à quatre siècles. Il existe une soixantaine de carillons parmi les 600 répertoriés dans le monde, un carillon étant un instrument comprenant au moins 23 cloches. Le Nord-Pas-de-Calais héberge le plus grand nombre de carillons de France, avec près d'un tiers de ceux-ci se trouvant dans le Nord. De plus, le département du Pas-de-Calais détient le record du plus grand nombre de cloches classées comme Monuments Historiques.
La cloche dite « de Saint-Ronan », conservée dans le trésor de l'église de Locronan, datée du VIe au VIIIe siècle, et la cloche « de Saint-Pol » de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon dont l'origine remonte peut-être au VIe siècle, sont parmi les plus anciennes de France.
Il existe encore plusieurs cloches d'églises antérieures à l'an 1300 : Puy (fin du XIIe siècle), Fontenailles (1239), Armand (Puy-de-Dôme), Le Moutier-d'Ahun (Creuse), Marines (Val d'Oise), Gros-Horloge de Rouen (Seine-Maritime), Saccourvielle (Haute-Garonne), Le Tech (Pyrénées-Orientales), La Villedieu (Dordogne) et surtout les deux cloches de l'église Saint-Georges de Haguenau (Bas-Rhin), l'un des plus anciens duos conservés en Europe.
La cloche la plus grosse de France mesure 3,06 mètres de hauteur, 9,60 mètres de circonférence et pèse plus de 18 tonnes (do
2). Surnommée « la Savoyarde » et de son vrai nom « Françoise-Marie du Sacré-Cœur », elle se trouve au Sacré-Cœur à Paris.
La plus grosse cloche du monde se trouve en Russie. Il s'agit de la Tsar Kolokol, d'un diamètre de 6,6 m pour 6,24 m de hauteur et 200 tonnes. La cloche a été fondue par les maîtres Ivan Motorin et son fils Mikhail (1733–1735). Elle n'a cependant jamais fonctionné.
| Nom | Lieu | Masse (en kg) | Note (diapason de l'époque) | Année | Disparue |
|---|---|---|---|---|---|
| Saint-Laurent + sonnerie | Église Saint-Laurent de Wintzenheim | 2 150 | do 2 | 1919 | 1943 |
| Maria Regina | Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg | 20 560 | ré | 1519 | 1521 |
| Georges d'Amboise | Cathédrale Notre-Dame de Rouen | 18 000 | ré 2 | ||
| Jeanne d'Arc | Cathédrale Notre-Dame de Rouen | 16 000 | ré 2 | 1914 | 1944 |
| Bourdon (et carillon) | Abbaye Saint-Winoc de Bergues | 8 500 | mi | 1700 | 1791 |
| Messglocke | Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg | 2 151 | mi | 1643 | |
| Gros Bourdon | Cathédrale de Chartres | 15 000 | mi 2 | 1789 | 1793 |
| La Rigaud | Cathédrale Notre-Dame de Rouen | fa 2 | vers 1260 | ||
| grosse cloche | Basilique Saint-Epvre de Nancy | fa 2 | XVIe | 1747 | |
| ancienne sonnerie | Église Saint-Nicolas de L'Hôpital | fa 2 | 1882 et 1922 | 1917 puis 1943 | |
| Bourdon | Cathédrale de Chartres | 10 000 | fa 2 | 1793 | |
| Cardailhac | Cathédrale de Toulouse | 13 000 | fa 2 | 1387 et 1531 | 1794 |
| La Non-Pareille | Cathédrale de Mende | 13 000 | fa | 1516 | 1580 |
| Marie | Cathédrale Notre-Dame de Paris | 8 000 | sol 2 | 1472 | |
| Bancloche | Cathédrale de Toul | sol 2 | 1396 | ||
| ancienne cloche | Église Saint-Étienne d'Écuelle | sol 2 | 1412 | 1914 | |
| Marie-Firmine | Beffroi d'Amiens | 11 000 | sol | 1748 | 1940 |
| Bourdon (et carillon) | Église Saint-Martin de Bergues | 4 000 | sol | 1618 | 1793 |
| Gabrielle | Église Notre-Dame de Fives | 2 100 | la 2 | 1997 | 2010 |
| Petit Bourdon (et carillon) | Abbatiale Saint-Nabor de Saint-Avold | 2 100 | si | 1920 | 1944 |
| Marie | timbre de l'horloge de Verdun | si 2 | 1301 | 1944 | |
| ancienne cloche | Basilique Saint-Epvre de Nancy | do | 1576 | 1867 | |
| Augustine | Couvent des Augustins puis Cathédrale de Toulouse | 2 914 livres | vers 1551 | 1876 |

Les guerres sont les pires ennemies des cloches. Déjà au cours de la guerre de Cent Ans de 1337 à 1453 ont lieu des pillages et des pertes campanaires importantes. Françoise Michaud-Fréjaville, dans son étude Naudin Bouchard, une carrière de fondeur orléanais pendant la guerre de Cent Ans, publiée au Bulletin de la Société archéologique et historique de l’Orléanais, n.s., 11/92 (1991), p. 23-32, montre le lien entre le développement de l’artillerie au cours de cette guerre et certains fondeurs de cloches se reconvertissant en fondeurs de canons. Les guerres de Religion vont continuer de ravager le patrimoine campanaire. Une série de huit grands conflits où se sont opposés catholiques et protestants, appelés aussi huguenots, va toucher le royaume de France dans la seconde moitié du XVIe siècle. C'est ainsi que disparaîtra en 1580 la Non Pareille une cloche de 1516 de la cathédrale de Mende, la plus grosse de France à ce jour avec 25 tonnes. Elle est détruite par le capitaine huguenot Mathieu Merle. Le notaire Destrictis de Mende rapporte : « …Comme on ne pouvait parvenir à rompre la Non Pareille, on fit faire un grand feu, au-dessous et aux environs, et on la fit échauffer de telle sorte qu'après on la rompit aisément ». Le métal fut récupéré pour faire des couleuvrines et deux gros canons. Seul resta le battant en fer de 470 kg ce qui parait peu compte tenu du poids couramment estimé de la cloche, il ne faut pas perdre de vue toutefois que le quintal du Midi et du Gévaudan d'ancien régime pesait cinquante kilos environ (48,5) au lieu des 100 du quintal métrique actuel (il manqua de disparaître plus tard en 1793, les membres du comité révolutionnaire voulant le vendre mais personne ne s'en porta acquéreur). La guerre de Trente Ans (1618-1648) s'accompagna des mêmes destructions.
Le patrimoine campanaire tant français que belge, a été ensuite menacé à plusieurs reprises par la Révolution française et toutes les guerres qui s'ensuivirent. Pour convertir le bronze en monnaie (premiers décrets en 1791) ou en canons (décret du 23 juillet 1793), plusieurs lois furent votées par les assemblées révolutionnaires entre 1791 et 1795. Le décret du 23 juillet 1793 ordonnait que « chaque commune a la faculté de conserver une cloche qui serve de timbre à son horloge » (cloche civique). Ce décret proclame la Patrie en danger et va justifier la récupération par les révolutionnaires des cloches afin d'en fondre le bronze pour le convertir en canons. Au total, cent mille cloches disparurent dans la tourmente. Napoléon, pour les besoins de son immense armée, en fit aussi grande consommation. La cloche de Lignières (Cher) a heureusement échappé à ces mesures : fondue à Orléans pendant la révolution en 1790, elle porte la mention « Vive la nation, vive le Roi » et des fleurs de lys. Celle de Quintal (Haute-Savoie) porte la mention « Si je survis à la Terreur c’est pour annoncer le bonheur ». Dès la date de la ratification du Concordat le 8 avril 1802, la reconstitution du patrimoine campanaire dans les édifices ouverts au culte se fit lentement. Le véritable repeuplement des clochers ne se fit cependant que sous le Second Empire et la IIIe République.
La Première et la Seconde Guerres mondiales furent désastreuses pour le patrimoine campanaire européen et notamment français et belge. La basilique de Saint-Nicolas-de-Port conserve par exemple dans une chapelle une cloche de 1832, percée lors du bombardement du .
En France selon les recherches et les chiffres de Percival Price, sur environ 75 000 cloches recensées en 1939, près de 1 160 auraient été confisquées et détruites par l'occupant, essentiellement dans les trois départements d’Alsace-Moselle, annexés et traités comme le reste de l’Allemagne, ainsi que dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais dont l’administration militaire allemande relève alors non pas de Paris mais de Bruxelles. Cependant il faut ajouter à ce chiffre, les cloches non dénombrées détruites par les bombardements.
En Belgique ce fut le fondeur George II Slegers (1907-) qui œuvra activement pour le remplacement des centaines de cloches disparues au cours de la Seconde Guerre mondiale. Avant la Seconde Guerre mondiale, la Belgique possédait près de 12 000 cloches dont le poids total était évalué à 6 000 tonnes. Après les réquisitions de et de , les 4 566 cloches enlevées par l'occupant représentent un poids de 3 794 825 kg, soit une perte de près de 60 % du patrimoine campanaire belge. Rien que dans le diocèse de Liège, 840 cloches sont portées manquantes pour un poids total de 1 205 599 kg.
La cloche est non seulement un instrument soumis aux aléas de l'histoire, mais elle est également soumise aux caprices des éléments : vieillissement du métal[pas clair], intempéries, oxydation, ce qui demande un entretien régulier par des artisans campanaires. Par grand froid (moins de −10 °C) on s'abstient de sonner les cloches en volée car elles sont alors fragilisées. On pense que c'est par exemple à cause du froid que l'une des cloches des plus importantes de France, la Maria Regina de Strasbourg (environ 21 tonnes) et qui datait de 1521, s'est fêlée.
L’art campanaire regroupe plusieurs corps de métier : la fonderie, la musique, la charpente, la serrurerie, la mécanique, la mécanique horlogère, l’électricité, l’électronique. Aujourd’hui, aucune norme ni règle officielle ne régit la profession. Devant ce fait, des artisans campanaires réunis en coopérative d’entreprises ont décidé : d’établir un programme de formation reconnu du personnel (première en France et en Europe) ; d’établir des cahiers des charges précis pour les prestations d’électrification, de restauration et d’installation en matière de cloche et d’horlogerie.
L'École nationale du patrimoine a organisé en juin 1997 un séminaire sur « la connaissance et la gestion du patrimoine campanaire », qui portait en particulier sur :
Inventaire et vérification systématique des cloches lors des tournées de visites des églises rurales ; Récolement des cloches classées au titre des monuments historiques (154 cloches recensées) ; Inventaire général du patrimoine départemental (époques, sonneries, coutumes) ; Demandes de protection des cloches anciennes nouvellement repérées ; Publications.
Contact avec les entreprises spécialisées et visites sur place des installations sous contrat d’entretien. Vérification du lien « joug cloche » ainsi que de la fixation du battant ; Analyse des éléments extérieurs liés à l’entretien et au bon fonctionnement ; échelles d’accès, abat-son, lumière, présence de pigeons (conservation préventive). Sensibilisation des propriétaires et affectataires.
Avis sur devis d’entreprises. Restauration des « ensembles » cloche-beffroi, cloche-clocher, beffroi-clocher, cloche-beffroi-clocher ; Propositions d’interventions particulières à chaque cas en milieu rural ; Soudures (apport scientifique, précautions, intérêt et difficultés de création de cloches neuves) ; Programmations à long terme.

Lorsque plusieurs cloches de volée sont accordées entre elles, on parle de « sonnerie ». La France est, en la matière, un peu moins dotée que les pays voisins, mais possède néanmoins quelques ensembles d'exception.


Les trois plus lourds carillons français sont :




La « cloche bouddhique » en airain fondue en 2007 à Huê, au Viêt Nam, par Nguyên Van Sinh, élu « artisan des métiers traditionnels de Huê », pèse 31 tonnes et mesure 5,40 m de hauteur et 3,42 m de diamètre. Elle est considérée comme la plus grande cloche du pays.
Presse spécialisée :