| Parc Jean-Jacques-Rousseau | ||||
Le parc Jean-Jacques-Rousseau couvre environ 50 hectares et abrite des fabriques dédiées à une vertu, une valeur ou un personnage que le marquis René de Girardin admirait. | ||||
| Géographie | ||||
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| Pays | ||||
| Commune | Ermenonville | |||
| Altitude | 75-95 m | |||
| Superficie | 50 ha | |||
| Cours d'eau | Launette | |||
| Histoire | ||||
| Création | 1765-1776 | |||
| Caractéristiques | ||||
| Type | Jardin anglais | |||
| Lieux d'intérêts | fabriques, étangs, paysage | |||
| Gestion | ||||
| Fréquentation | 28 000 / an (2018) | |||
| Protection | ||||
| Lien Internet | Conseil départemental de l'Oise | |||
| Localisation | ||||
| Coordonnées | 49° 07′ 16″ nord, 2° 41′ 28″ est | |||
| Géolocalisation sur la carte : France
Géolocalisation sur la carte : Hauts-de-France
Géolocalisation sur la carte : Oise
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Le parc Jean-Jacques-Rousseau est un parc à l'anglaise situé à Ermenonville, dans le département de l'Oise.
Il doit son nom au philosophe Jean-Jacques Rousseau, qui y séjourna durant les six dernières semaines de sa vie. Il y mourut en 1778, et fut inhumé dans l'île des Peupliers. Le parc devint alors un lieu de pèlerinage littéraire. Domaine départemental, le parc actuel ne représente qu'une partie du parc initial, qui se partage entre trois propriétaires différents : le secteur ouest, appelé « le Désert », appartient à l'Institut de France, et le secteur nord appartient au domaine de l'hôtel-restaurant établi au château d'Ermenonville. Le Désert et le secteur nord ne sont ouverts au public que de façon restreinte.
Le parc a été classé espace naturel sensible en 2019 par le département de l'Oise.
Il convient d'élargir cette étude sur l'ensemble du parc d'Ermenonville, tel que créé par le marquis René-Louis de Girardin (1735-1808) et apprécié par Jean-Jacques Rousseau. La dénomination « Parc Jean-Jacques Rousseau » n'a rien d'historique et il serait réducteur de limiter cette création paysagère au seul souvenir de l'écrivain.

C'est l'importante fortune que son grand-père René Hatte, fermier général, lui légua en 1762 qui permit à René de Girardin de racheter les parts des autres héritiers sur le domaine d'Ermenonville et de le réaménager par la suite. Le château n'était alors qu'un édifice assez banal et les fonds de vallée n'étaient que marécages. Officier pour Stanislas Leszczyński, duc de Lorraine, il devait d'abord attendre la fin de la Guerre de Sept Ans, qui intervint en 1763, et de ses obligations envers le duc. Entre-temps, il put cependant se libérer pour effectuer des voyages d'études en Italie, Allemagne et Angleterre. Le marquis fut surtout impressionné par les jardins à l'anglaise, et notamment le parc de Leasowes (en) de l'écrivain William Shenstone : ce qu'il découvrit fut l'application de principes propres à la peinture et à la poésie au domaine du jardinage. À la suite du décès de Leszczyński, Girardin pouvait se consacrer pleinement à l'élaboration de son projet de création d'un parc à l'anglaise. Dans un premier temps, ce dernier devait occuper une quarantaine d'hectares autour du château d'Ermenonville. Le peintre Hubert Robert officiait comme conseiller artistique.

Le terrain du domaine de Girardin présentait un inconvénient de taille, le sol marécageux, mais aussi des avantages : le relief légèrement accidenté se prêtait tout naturellement à la création d'un paysage varié, et un cours d'eau pour alimenter les lacs et étangs traversait déjà les lieux. Le marquis fit venir exprès deux cents ouvriers anglais. L'assèchement des marais et le gros œuvre ont pris une dizaine d'années ; M. de Girardin confia la direction de ces travaux au jardinier réputé Jean-Marie Morel. Leur collaboration cessa par la suite en raison de la divergence de leurs points de vue respectifs : Morel s'opposait à la plupart des fabriques et laissait une plus grande partie de la création à la nature, tandis que Girardin soutenait le bien-fondé des fabriques dont le rôle était de ramener l'homme vers la nature. En outre, Girardin voulait dépasser le simple jardinage et s'est fait créateur de paysages à la manière d'un peintre, et selon des règles de composition et des modes de composition picturaux.
Il s'inspirait des idées développées par Jean-Jacques Rousseau dans son roman épistolaire de 1761, Julie ou la Nouvelle Héloïse, sur un jardin redevable uniquement à la nature contrastant avec le jardin régulier. Mais Girardin s'en éloigne en même temps quand il recherche une accentuation du sentiment romantique par certains types de fabriques, comme les grottes et ruines. Ses théories prennent forme grâce à l'étude des œuvres et réalisations de Joseph Addison, Alexander Pope et Shaftesbury, qui ont tous les trois publié des articles sur le jardinage voire fait aménager des jardins qui étaient à l'origine du développement du jardin anglais.
René-Louis de Girardin développa ses propres conceptions dans un essai au titre aussi long qu'explicite : De la composition des paysages sur le terrain ou des moyens d'embellir la nature près des habitations en y joignant l'agréable à l'utile. Ce bref ouvrage a été publié sous la forme d'un livre en petit format en 1777, quand l'aménagement du parc d'Ermenonville toucha à sa fin. La rupture avec la conception classique du jardin français est prononcée d'une façon des plus explicites : « Le fameux Le Nôtre, qui fleurissoit au dernier siècle, acheva de massacrer la Nature en asujettisant tout au compas de l'Architecte ; il ne fallut pas d'autre esprit que celui de tirer des lignes, & d'étendre le long d'une règle, celle des croisées du bâtiment ; aussitôt la plantation suivit le cordeau de la froide simétrie (...), les arbres furent mutilés de toute manière (...), la vue fut emprisonnée par de tristes massifs (...), aussitôt la porte la plus voisine pour sortir de ce triste lieu, fut-elle bientôt le chemin le plus fréquenté» (p. IX-XI).
Le marquis estime que dans un parc, ne doivent paraître ni clôtures ni jardins, car « tout arrangement affecté (...) ne peut jamais produire l'effet pittoresque d'un tableau ou d'une décoration ». Girardin s'intéresse au contraire à l'embellissement et à l'enrichissement de la nature, ce qui exclut tout de même de céder la place au désordre ou au caprice, comme il dit. « Si la nature mutilée et circonscrite, est triste & ennuyeuse, la nature vague & confuse n'offre qu'un pays insipide, & la nature difforme, n'est qu'un monstre ». « Ce n'est donc ni en Architecte, ni en Jardinier, c'est en Poëte & en Peintre, qu'il faut composer les paysages, afin d'intéresser tout à la fois, l'œil & l'esprit». L'effet pittoresque et la nature ne peuvent avoir qu'un même principe : « que tout soit ensemble, et que tout soit bien lié ».

Concrètement, ce principe se traduit par la création de perspectives de vue comportant une transgression du proche au lointain en plusieurs échelons. Au premier plan, le parc proprement dit avec une fabrique ou des parties du village d'Ermenonville (qui était alors visible depuis le Petit Parc) ; au deuxième plan, des monuments architecturaux du voisinage d'Ermenonville comme notamment l'abbaye de Chaalis et le donjon de Montépilloy ; et au troisième plan, les forêts, villages et fermes éloignés. Toutefois, un certain nombre de fabriques n'entraient pas dans la composition de perspectives et ne devaient se découvrir qu'au fur et à mesure de la promenade.
L'expérience du promeneur devait se réaliser, selon M. de Girardin, en partant de trois registres de perception : par les yeux pour saisir le pittoresque ; par l'esprit pour s'approprier la poésie des lieux (plusieurs fabriques portant par ailleurs des citations de poésie) ; par l'âme pour ressentir le romantisme en émanant. Le marquis comptait aussi sur la connaissance des références picturales répandues et des métaphores courantes dans la peinture paysagère italienne et française.
La compréhension des messages que Girardin voulait adresser aux promeneurs n'est pas aisée. Les styles architecturaux des fabriques manquent d'unicité et les textes poétiques dispersés au parc avec l'aide de ces dernières sont empruntés de tous les époques de création, du Moyen Âge jusqu'au XVIIIe siècle. En effet, le parc exprime les pensées de son créateur et tiennent de ses références culturelles, qu'il faudrait pouvoir tenir en compte. Mais dans son propre essai sur le jardinage mentionné ci-dessus, Girardin ne livre que peu de clés à l'interprétation car il cherche à éviter de mettre en avant ses goûts personnels.
Cependant, René de Girardin ne parle pas uniquement de la création de parcs paysagers, mais développe, dans le dernier chapitre de son essai, un modèle spatial de l'organisation d'un village rural, un modèle économique et sociologique d'une réforme agraire, ainsi que des idées pour la réforme du commerce. Son but ici n'est point d'ordre métaphysique ; il vise à réduire les déséquilibres entre riches et pauvres et à mettre fin à la misère dans les campagnes. Sur le fond de ses observations sur la réforme agraire anglaise au début du XVIIIe siècle, le marquis voulait en faire une démonstration au parc d'Ermenonville. Les petites parcelles devaient être réunies en redistribuant les propriétés, pour rendre l'exploitation plus rentable, et une pâture commune devait se trouver au centre du village ; ceci afin de remédier au confinement des maisons (engendrant des maladies) et afin de pouvoir renoncer au gardiennage des animaux (une pâture commune peut être clôturée). Girardin y imaginait également un espace de jeux et de vie sociale. Dans le secteur est du Petit Parc (ou parc nord), le marquis a donc fait construire quelques maisons disposées de la sorte, qui furent réellement habitées par des cultivateurs. On voit aisément à quel point les ambitions du marquis de Girardin sont éloignées des préoccupations d'une Marie-Antoinette qui, avec son hameau du Trianon, ne pensait qu'au divertissement.


Rousseau et Girardin s'étaient connus pendant les années 1770 à Paris, quand le philosophe demeurait rue Plâtrière et que le marquis lui commandait des copies de partitions italiennes. Au printemps 1778, sa compagne Thérèse Levasseur avait la santé défaillante, et le médecin consulté avait conseillé de s'installer à la campagne avant les chaleurs de l'été. Le couple était alors à la recherche d'un nouveau domicile.
Sur l'invitation pressante du marquis, un de ses plus fervents admirateurs, Rousseau et son médecin, le docteur Le Bègue de Presle, arrivent à Ermenonville le 28 mai 1778 (Thérèse Levasseur suivant plus tard). Il y retrouve avec un enthousiasme extraordinaire la nature et des « arbres frais ». « Ah, monsieur ! s'écrie-t-il en se jetant à mon cou, il y a longtemps que mon cœur me faisait désirer de venir ici et mes yeux me font désirer d'y rester toujours », rapporta René de Girardin. S'adressant par la suite à l'épouse de Girardin : « Vous voyez mes larmes, ce sont les seules de joie que j'ai versées depuis bien longtemps, et je sens qu'elles me rappellent à la vie ». Si Rousseau avait décidé de s'installer provisoirement à Ermenonville, ce fut aussi pour son état de santé devenu préoccupant. Le nouvel environnement lui faisait du bien, l'écrivain semblait oublier la noire tristesse qui l'avait accablé pendant les précédentes années. Pour témoigner de sa gratitude envers la famille de Girardin, il donna des leçons de chant et de botanique aux enfants. Rousseau herborisait aussi comme de son habitude, et passait parfois des journées entières dans une cabane située au sud-est de l'étang du Désert, dans la partie du parc qui portait le même nom.
Le caractère de Thérèse Levasseur causa toutes sortes de chagrins à son compagnon et des désagréments à René de Girardin, selon les souvenirs de son fils Stanislas. Le séjour du philosophe sera de courte durée : le 2 juillet vers midi, il subit une crise d'apoplexie dans son petit pavillon (disparu) du parc, et décède le soir même peu après 22 h 00. Cette disparition inattendue et les ombres pesant sur les relations humaines, imputables à la concubine de Rousseau, expliquent sans doute pourquoi la thèse du suicide, jamais corroborée, surgit au grand jour. C'est surtout les ennemis de Rousseau qui la répandent pour étayer le soupçon de sa prétendue folie, et ils clamaient même que Girardin aurait attiré le philosophe à Ermenonville par pure vanité, soutenu dans ce sens par Levasseur : selon elle, Rousseau aurait séjourné à Ermenonville qu'à regret.
Rousseau venait tout juste d'avoir 66 ans. Le 4 juillet 1778, il sera inhumé à minuit à la lumière des torches dans la petite île des peupliers, au cœur du parc qui porte aujourd'hui son nom. L'exécution du tombeau prendra encore presque dix-sept mois. Le cercueil en plomb avec la dépouille embaumée du philosophe sera transférée au Panthéon le 9 octobre 1794 à la suite d'un décret de la Convention: une concession de la part de René de Girardin en fut l'origine, pour être « relevé de la tache originelle de sa noblesse ». Son tombeau sculpté par Jacques-Philippe Le Sueur sur les dessins d'Hubert Robert, n'est plus depuis ce jour qu'un cénotaphe. Ce fut à contrecœur que le marquis s'était séparé de son ami.
Un récit assez complet du séjour de Jean-Jacques Rousseau à Ermenonville nous vient de la plume de René-Louis de Girardin. Publié seulement dans les mémoires de son fils Stanislas parues à titre posthume en 1828, ce dernier encadre le récit de ses propres souvenirs.
Le temps de splendeur du parc d'Ermenonville sera bref, une bonne dizaine d'années. Le 26 décembre 1787, un orage d'une extraordinaire violence dévaste certains secteurs du parc, notamment la prairie arcadienne avec sa ruine au sud. Les étangs se remplissent de boue et se comblent partiellement, et la grande cascade est détruite. Par la suite, la remise en état ne fut que partielle ; la grande cascade se trouve réduite et la prairie arcadienne ne sera jamais ce qu'elle a été.
Au début de la Révolution française, René-Louis de Girardin « la trouve superbe tant que limitée à la cour » et se distingua parmi les seigneurs prônant les idées nouvelles. En juin 1791, il fait imprimer deux de ses discours, dont le « Discours sur la nécessité de la ratification de la loi par la volonté générale » du 7 mai. Quand le peuple entame la guerre aux châteaux, le marquis préfère rester discret et décide de vivre dans l'isolement, afin de sauver son domaine et son intégrité. Ceci ne le protègera pas d'une dénonciation au club des Jacobins en août 1793, et il est assigné à domicile pendant près d'un an. Mais Girardin réussit d'échapper à la guillotine en écrivant dans sa lettre de protestations qu'il est attaché de cœur et d'esprit aux Jacobins et que sa conduite avait été approuvée dans tous les temps par tous les anciens patriotes, et notamment par son ami Marat. La famille de Girardin ne vivra plus sur son domaine d'Ermenonville depuis ces moments troubles et ne reviendra que sous le Consulat, en 1800. Entre-temps, le parc souffre d'une deuxième inondation.
Les événements de la Révolution ont des lourdes conséquences sur les convictions philosophiques de Girardin, qui peuvent se résumer en la croyance qu'une amélioration de l'être humain est possible à travers un rapprochement avec la nature et d'un nouveau lien à nouer entre la philosophie antique et les sciences modernes. La promenade au parc, tel était l'espoir du marquis, devait stimuler la réflexion des visiteurs de sorte à les faire changer d'avis sur certains aspects importants, dont la condition des paysans. Ces idées tout comme le parc sont devenus obsolètes en vue des innombrables actes de violence engendrés par la Révolution. Sous cette impression et déçu par le ravage du parc, René-Louis de Girardin abandonne son œuvre.

Bonaparte se rendait régulièrement à Mortefontaine chez son frère Joseph. À l'une de ces occasions, au printemps 1800, il déjeuna chez les Girardin à Ermenonville, distant de huit kilomètres. C'est avec Stanislas de Girardin, l'un de ses trois fils, et non pas avec René-Louis de Girardin comme on le lit parfois, qu'il eut cette célèbre conversation autour du tombeau de Rousseau :
« Il aurait mieux valu pour le repos de la France que cet homme n'eût pas existé ... »
- « Et pourquoi, citoyen consul ? », lui dit Stanislas.
- « C'est qu'il a préparé la révolution française. »
- « Je croyais, citoyen consul, que ce n'était pas à vous à vous plaindre de la Révolution ! »
- « Eh bien ! L'avenir apprendra s'il n'eût pas mieux valu, pour le repos de la Terre, que ni Rousseau, ni moi, n'eussions jamais existé. »
conclut le futur empereur.
Au crépuscule de sa vie, René-Louis de Girardin s'attache à faire remettre le domaine en état et entreprend des vaines démarches pour récupérer les cendres de Jean-Jacques Rousseau. Le 20 septembre 1808, il meurt à Vernouillet où il avait élu domicile auprès d'amis depuis 1794. Le domaine revient en indivision à ses trois fils.

Après le décès du marquis René-Louis, c'est surtout son fils aîné Stanislas (Cécile-Stanislas-Xavier, Comte de Girardin, Lunéville *19 janvier 1762, † Paris 27 février 1827 qui prend soin du parc. Il y est très attaché, tout comme son frère Alexandre-Louis (1767-1848). Leurs moyens ne permettent cependant pas d'entretenir correctement le domaine et de conserver le château, où du reste ils ne vivent que temporairement. En même temps, le dernier prince de Condé, Louis VI Henri de Bourbon-Condé, cherche d'agrandir son domaine et surtout son terrain de chasse, ayant déjà acquis les domaines de Chantilly et Mortefontaine, ainsi que maintes autres grandes propriétés au préalable. Stanislas et Alexandre-Louis de Girardin signent avec le prince de Condé un contrat lui donnant l'usufruit de l'ensemble de leur domaine d'Ermenonville, soit au total 950 ha ; contrat expirant toutefois avec le décès de l'acquéreur. Celui-ci survient en 1830 dans des conditions mystérieuses : le domaine revient donc aux Girardin.
Ne s'intéressant qu'à la chasse et vivant à Chantilly et à Saint-Leu-la-Forêt, le prince de Condé n'avait rien fait pour entretenir le château et le parc. Stanislas de Girardin était déjà mort depuis trois ans et demi. Ses deux fils, les comtes Ernest et Stanislas-Xavier, ainsi que son frère Alexandre-Louis, deviennent donc copropriétaires du château, du parc, des terres et des forêts. Cependant, Stanislas-Xavier ne survit à son père que de deux ans, décédant le 17 septembre 1832 à l'âge de vingt ans seulement. Ses héritiers testamentaires sont sa mère, sa demi-sœur et son demi-frère, qui cèdent leurs parts à Ernest en 1833. Entre les deux propriétaires qui restent, le domaine est partagé par une division en deux lots et un tirage au sort, attribuant les terres et les forêts à Alexandre-Louis (dernier enfant survivant du marquis René de Girardin), et le château et le parc à Ernest.
Pour des raisons aujourd'hui inconnues, Ernest décide de faire démolir la maison où était décédé Jean-Jacques Rousseau, non sans avoir mis à l'abri l'ensemble de son inventaire au château. Rien ne permet d'affirmer non plus que cette petite maison fût en mauvais état, et l'opération souleva de vives contestations. - Vers le milieu du XIXe siècle, les décorations et fabriques ont presque toutes disparu ou sont devenues méconnaissables sans que le site ait perdu sa beauté. Alexandre-Louis meurt en 1855. Son neveu Ernest se retrouve propriétaire unique. Tout aussi attaché à la propriété familiale que son père, il réussit à entreprendre quelques restaurations entre 1864 et 1867, portant notamment sur le château et le jeu d'arc, au parc sud. Le désert avait déjà été clôturé par un mur en 1856. Mais l'argent manque pour remettre en état l'ensemble de la propriété.
Le comte Ernest de Girardin, né en 1802 et dernière personne de la famille ayant encore connu le marquis René-Louis de Girardin, avec son cousin l'abbé Éleuthère de Girardin, disparaît en 1874. Il laisse trois enfants, qui lui avaient tous occasionné des soucis : il s'était brouillé avec ses deux filles qui n'obtiennent donc que leur part légale, et son fils Stanislas-Charles (1828-1910) savait surtout gaspiller l'argent, de sorte que son père le fit constamment accompagner par un conseiller financier. Ernest laisse donc les majeures parties à ses deux petits-enfants, qui sont les enfants de Stanislas-Charles nés de son second mariage avec Esther Stanton : Fernand-Jacques (1857-1924) et Suzanne-Jeanne (1858-1934). Le testament les oblige par ailleurs de verser une rente à leur père. Apparemment, ce dernier ne s'était pas rendu compte de sa situation financière désastreuse, car il laisse un grand lot de dettes à ses héritiers. Stanislas-Charles préconise la vente du domaine, mais il doit engager un procès en tribunal pour obtenir gain de cause. La vente aux enchères est fixée pour le 18 mai 1874, mais le prix est trop élevé et aucun acquéreur ne se présente, de même pour une deuxième tentative avec un prix revu à la baisse. La division du domaine en plusieurs lots paraît comme la seule issue possible.
Les neuf lots sont adjugés le 4, respectivement le 12 novembre 1874. Gustave-Adolphe-Edgard de Girardin (petit-fils d'Alexandre-Louis mentionné ci-dessus et donc arrière-petit-fils de René-Louis) obtient les lots n° 1, 2, 4, 5 et 9 ; un certain Alexandre de Girardin (probablement le fils naturel d'Émile de Girardin) achète le lot n° 6 ; et Rosa-Augusta Hainguerlot, veuve d'Alphée de Vatry, propriétaire de Chaalis, obtient les lots n° 3, 7 et 8, correspondant au Désert et à l'actuelle Mer de sable. Gustave-Edgard a la ferme intention de vivre au château et de restaurer le parc, mais il doit constater rapidement que ses moyens financiers ne suffisent pas pour réaliser son rêve. Il se voit contraint de remettre la propriété en vente, portant encore sur 253 ha. Le 8 octobre 1878, elle est adjugée à Marie-Charlotte Hensel (1833-1881), veuve de François Blanc (1806-1877), riche homme d’affaires cofondateur de la Société des bains de mer de Monaco. Elle achète le château et le parc comme dot pour sa fille Louise (1854-1911) qui avait épousé le prince défortuné Constantin Radziwiłł (1850-1920) par contrat de mariage du 18 mars 1876. Marie Hensel ne peut profiter longtemps du bonheur du jeune couple avec lequel elle s'installe à Ermenonville, décédant en 1881 à l'âge de quarante-sept ans seulement.
Le Désert est de nouveau mis en vente, avec le domaine de Chaalis, en 1902. L'ensemble est acquis par Nélie Jacquemart-André, qui le lègue à l'Institut de France à l'instar du duc d'Aumale avec le domaine de Chantilly. L'Institut devient donc propriétaire du désert en 1912, année du décès de Nélie, et le reste à ce jour.
Constantin Radziwiłł et son fils Léon entreprennent d'importants travaux de restauration, dont la portée exacte n'est aujourd'hui plus connue,. Certains aménagements, comme les ponts en béton ou les balustrades dans la zone près de l'entrée, vont à l'encontre des idées du marquis de Girardin. Aussi, la tour Gabrielle ruinée où Henri IV et Gabrielle d’Estrées se seraient rencontrés est-elle démolie. L'ensemble du parc est entouré d'un mur d'enceinte, tout en restant ouvert à la visite.

Au premier quart du XXe siècle, le petit parc au nord est loti en partie, entraînant la disparition de l'enclos des cultures. La famille Radziwiłł reste présente à Ermenonville jusqu'en 1927, année du décès du prince Léon. J.-H. Volbertal (1923) ne tarit pas d'éloges à l'égard du prince, pour ses mérites dans la perpétuation du souvenir de Rousseau et la restauration du parc. Le domaine devient la propriété de ses neveux, Sosthènes et Armand de La Rochefoucauld-Doudeauville. L'île des peupliers, le temple de la philosophie moderne et quelques autres fabriques du Grand Parc, ainsi que le château, sont inscrits à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques par arrêté du 11 juin 1930. Les frères de La Rochefoucauld-Doudeauville ne souhaitent cependant pas conserver ce patrimoine et le mettent en vente.
En 1932, Ettore Bugatti forme une société civile immobilière qui rachète pour son compte le château et le parc, soit l'ensemble du domaine du temps des Radziwiłł. Cette forme juridique préfigure le démembrement du domaine. Le mobilier, l'ensemble de l'inventaire et toutes les collections, dont les souvenirs du séjour de Jean-Jacques Rousseau et les objets ayant appartenu au marquis René-Louis de Girardin, sont vendus séparément du domaine en 1933. Cette vente considérée comme événement majeur par les marchands d'art conduit en même temps à la dispersion définitive des objets. En même temps, Bugatti commence à vendre des terrains à l'ouest et à l'est du Petit parc. Bugatti envisage également de lotir le Grand Parc. Il ne réside que rarement à Ermenonville, à son grand regret ; le temps lui manque, mais accepte de le vendre en 1938 au Touring club de France grâce à l'insistance de son président, Henri Gasquet. Son but est de sauvegarder le parc et de l'ouvrir au public, et ainsi il devient le parc Jean-Jacques Rousseau. Le club aménage également un camping à l'ouest du parc, qui n'existe plus actuellement (2010). L'« hermitage » de Jean-Jacques Rousseau, une fabrique appelée initialement « cabane du bonhomme », est classée Monuments Historiques en date du 8 mai 1933.
En date du 6 juillet 1939, le classement des éléments inscrits à l'inventaire supplémentaire, sauf du château, devient effectif. Pendant la Seconde Guerre mondiale, à partir de 1941, le château et le petit parc sont occupés par les Allemands. Vers la fin de la guerre, Ettore Bugatti hypothèque son domaine afin de financer ses recherches mécaniques. À sa mort en 1947, le château est habité par Lidia Bugatti, sa fille. En 1963, avec le rachat de la marque Bugatti par Hispano-Suiza, le château tombe dans les mains de cette société. En 1964 le docteur Henri Mortanal rachète le domaine, qui est dans un état lamentable. Il aménage le château en hôtel-restaurant, puis le reconvertit en maison de retraite. En 1976, il n'arrive plus à son compte ; l'entretien et le chauffage coûtent trop cher, et les pensionnaires se font rares en dehors de la saison estivale. La maison de retraite ferme en 1978, et le château reste vacante jusqu'en 1981, quand Mme Biestro, fille du Dr Mortanal, le loue à la secte hindoue « La conscience de Krishna », non sans avoir hésité longtemps. La décision est mal acceptée au village. Mme Biestro entreprend les réparations nécessaires et ouvre de nouveau une maison de retraite au château, en date du 1er juillet 1988. Elle vend la propriété, deux ans plus tard le 31 mai 1991 aux Les Hôtels Particuliers du groupe de Philippe Savry, qui le réaménage en hôtel-restaurant de prestige.
Le Grand Parc n'est que sommairement entretenu depuis le départ des Radziwiłł, exception faite de quelques restaurations de fabriques entreprises pendant les années 1960. Avec la liquidation du Touring Club en automne 1983, le Grand Parc est de nouveau en péril jusqu'à son acquisition par le Conseil général de l'Oise. Il reprend un parc laissé dans un état d'abandon par le Touring Club. À partir des années 1990, le Temple de la philosophie, le Banc des mères et le jeu d'arc sont restaurés, et les berges de l'Île des peupliers rongées par les courants d'eau sont régénérés.
Le parc d'Ermenonville était l'un des premiers parcs à l'anglaise sur le continent, c'est-à-dire en dehors de la Grande-Bretagne, « conçus avec autant de précision sémantique et de recherche artistiques. Le jardin était en tout point remarquable, tant dans la création de paysages qu’il offrait à ses visiteurs que dans les réflexions qu’il suscitait au cours de la promenade ».

Le parc reçut, dès ses premières années, la visite de plusieurs hôtes illustres :
La diffusion de l'œuvre paysager de René-Louis de Girardin eut lieu grâce aux gravures de Georges-Louis Le Rouge, parues dans les cahiers de la série « Jardins anglo-chinois à la mode », et grâce aussi à l'ouvrage Promenade ou itinéraire des jardins d'Ermenonville, comportant des gravures de Mérigot fils et paru pour la première fois à Paris en 1783, souvent attribué à Stanislas de Girardin.
Du fait de son rôle de précurseur, le parc d'Ermenonville inspira d'autres créations et trouva des imitateurs. Le premier fut le prince Léopold-Frédéric d'Anhalt-Dessau (1740-1807) avec son Royaume des jardins de Dessau-Wörlitz. Ce très vaste ensemble paysager de 145 km2 comportant plusieurs parcs est considéré comme le plus grand parc à l'anglaise sur le continent et classé Patrimoine mondial depuis 2000. À Wörlitz, même l'île des Peupliers avec son tombeau fut reproduite, et une île Jean-Jacques Rousseau se trouvent également aux parcs Großer Tiergarten à Berlin et Arkadia en Pologne. Dans sa région, Ermenonville inspira, par exemple, le parc de Méréville, le Désert de Retz et le parc de Mortefontaine de Joseph Bonaparte. Mais la création la plus célèbre inspirée par Ermenonville est sans doute le hameau de la Reine (1783) du domaine de Marie-Antoinette, au parc du petit Trianon à Versailles. Bien entendu, on s'éloigne ici considérablement des ambitions de René de Girardin avec ses préoccupations philosophiques et philanthropiques, le hameau de la Reine ne servant qu'à l'amusement de cette dernière.
Jusqu'au premier quart du XIXe siècle, l'excursion pour Ermenonville était l'un des rêves du Parisien, mais ce fut surtout pour l'attrait exercé par le tombeau de Jean-Jacques Rousseau (et plus tard du cénotaphe), et Ermenonville fut avant tout un pèlerinage littéraire depuis la disparition du grand philosophe. Lors des batailles que le général prussien Blücher se livrait dans la région avec les troupes napoléoniennes, Blücher défendit le cantonnement de troupes à Ermenonville par respect pour le souvenir de Rousseau. Beaucoup d'officiers allemands, admirateurs enthousiastes de La Nouvelle Héloïse et de l'Émile vinrent par ailleurs se recueillir face au cénotaphe de l'écrivain.
On estime généralement qu'Ermenonville n'a jamais pu atteindre la perfection des jardins anglais d'outre-Manche, pour le manque de rigueur dans sa conception et les incohérences conceptuelles en résultant, et aussi pour les divergences entre René de Girardin et Jean-Marie Morel. Pour le géographe du XIXe siècle Adolphe Joanne, par exemple, c'était « un retour à l'imitation de la nature, mais avec une malheureuse intention de l'orner, en y mêlant de fausses ruines, de fausses chaumières, de faux temples, de faux autels, de faux tombeaux, de petits vers français, italiens. (...) le promeneur supposé « sensible et philosophe, » devait avoir le plus vif plaisir à découvrir ainsi sur une pierre revêtue de mousse les restes d'une inscription ingénieuse ou sublime et « propre à le faire rêver. » Avec un pareil système (...), M. de Girardin donnait à quelques parties de son beau paysage un style d'Opéra-Comique, où la nature était tout à fait sacrifiée à l'effet théâtral ».
Catherine Dumas, de l'université de Bretagne occidentale, est l'auteur de la première analyse scientifique moderne du message philosophique des tableaux paysagers de René de Girardin, qui propose une lecture des différentes perspectives et fabriques. Elle parvient à décrypter l'ensemble des éléments du parc, mais arrive tout de même à la conclusion suivante : « Tantôt philosophe, tantôt peintre et poète, Girardin n'a pas fait la part des choses : il a réuni ces deux versants dans son jardin, imposant la philosophie au pittoresque et introduisant la poésie dans l'Arcadie, brouillant ainsi la lecture et l'interprétation ». Elle ajoute qu'il est impossible de dire si ce fut conscient de la part de Girardin, ou s'il était incapable d'organiser sa pensée et à trancher.
Le Parc Jean-Jacques Rousseau, si l'on ne considère que sa partie ouverte au public, ne représente qu'une petite partie du parc d'Ermenonville du marquis René-Louis de Girardin. Ce secteur sud du parc fut appelé « Grand Parc » ou encore enclos du Midi. Environ les deux-tiers de ce qu'il en reste sont actuellement accessibles ; quant au tiers restant, la « Prairie Arcadienne » tout au Sud est en restauration. Mais le parc continuait aussi à l'ouest du contournement de Senlis par la N 330 et englobait donc quelques parcelles de la forêt d'Ermenonville laissées en l'état par Girardin. Au nord, le Grand Parc est délimité par la RD 922 et la N 330, ces routes ayant déjà existé au XVIIIe siècle.
Le secteur nord du parc se décompose en le « Désert » et le « Petit Parc ». Le Désert n'a jamais été aménagé comme jardin anglais ; la nature y a toujours régné en maîtresse et les aménagements du marquis s'étaient limités à l'ajout de quelques fabriques simples et probablement la création de sentiers. Ce secteur du parc comprenait les alentours des deux étangs, l'étang du Désert et l'étang des Crapauds, formant depuis 1912 une partie du domaine de Chaalis de l'Institut de France, ainsi que la parcelle 234 de la forêt d'Ermenonville au nord, pour établir la continuité avec le Grand Parc.
Quant au Petit Parc, il occupait un terrain presque équivalent à celui du Grand Parc, mais comme ce terrain n'a jamais été aménagé comme parc qu'en son centre, jusqu'au château, l'appellation de Petit Parc s'explique. À ce titre, il convient de rappeler que conformément aux préceptes de Girardin, les parcs n'étaient pas clôturés, et leur paysage se mêlait avec les paysages des environs, ce qui était tout à fait voulu. De là résultent quelques ambigüités quant à la définition des secteurs du parc. En effet, le parc d'Ermenonville était à la base une composition quadripartite ; mais le quatrième secteur avec ses bâtiments à vocation agricole et des maisons d'habitation avait une réelle vocation utilitaire et ne peut être considéré comme parc à proprement parler. Cependant, ce secteur entrait aussi dans la composition de perspectives de vues. L'ensemble Petit Parc et secteur est est délimité par la N 330 à l'ouest et l'ancien tracé de cette route au sud, et par la route du Regard au nord. Le moulin, bien qu'appartenant au parc, se trouve au nord de cette route ; ce fut le domicile de Jean Richard. À l'est, c'est le chemin du Moulin qui marque la limite de la propriété: le mur d'enceinte du XIXe siècle en témoigne toujours. À cet endroit, le parc a été amputé de plusieurs hectares à l'époque de Constantin de Radziwiłł : il a loti ces terrains pour la construction de villas particuliers.
Les différents secteurs du parc furent en partie conçus pour être visités à un moment donné de la journée : le Grand Parc (l'actuel Parc Jean-Jacques Rousseau) au matin, quand la lumière y est vive ; le Petit Parc (l'actuel parc de l'hôtel du château) au soir, avec sa lumière douce et vaporeuse. Le type d'éclairage naturel, le type d'horizon (fermé ou ouvert) et le type de végétation déterminèrent aussi le choix des fabriques. Les grandes fabriques d'inspiration antique s'accommodèrent avec le Grand Parc ; le Désert n'avait besoin que de peu de fabriques tenant compte de sa nature sauvage ; le Petit Parc avec ses perspectives lointaines pouvait inclure des bâtiments extérieurs au parc comme fabriques. Il aurait donc fallu effectuer la promenade en plusieurs temps. Aussi le marquis de Girardin avait-il tenu à ne pas imposer une promenade fixe et à éviter surtout de devoir passer deux fois au même endroit. Cependant, un genre de parcours-type s'était établi.

Ce parcours débutait au château et faisait ensuite le tour du Grand Parc : le pré à l'entrée, avec présence d'animaux ; le grand étang au centre (que l'on longeait sur la rive ouest) avec l'île aux Peupliers ; la prairie arcadienne tout au sud ; et le retour vers le nord en passant par la forêt à l'ouest de l'étang. L'on quittait donc l'actuel parc Jean-Jacques Rousseau non loin du nouveau rond-point à l'entrée d'Ermenonville, pour franchir la grande route de Senlis. Venait ensuite la découverte du Désert, partie sauvage du parc organisée autour des deux étangs du Désert. L'entrée s'effectuait à son extrémité sud-ouest, près de la cabane du bonhomme (devenue « cabane Jean-Jacques Rousseau » ou « Ermitage de Jean-Jacques Rousseau»). Le promeneur prenait ensuite un sentier sur la rive ouest du grand étang du Désert et regagnait l'autre côté par une digue séparant ce dernier d'avec l'étang des Crapauds. Puis suivait un court passage par la forêt d'Ermenonville et de nouveau la traversée de la grande route de Senlis. À cet endroit, se situait alors une ferme qui remplissait en même temps le rôle d'une fabrique. Venait un petit crochet par le nord pour entrer dans le Petit Parc et apprécier la fabrique dénommée « tombeau de Laure ». L'itinéraire prenait maintenant la direction du nord pour se rapprocher successivement du point de départ, le château. Face à la « tour Gabrielle » (à la place de laquelle se trouve aujourd'hui un petit temple), il fallait traverser l'étang moyennant un bac. La partie finale du parcours s'effectuait sur un sentier à flanc de coteau, sur la rive est de l'étang du Petit Parc. Ici la vue s'ouvrait sur un quatrième secteur du parc, où l'utile le remportait sur l'agréable, avec une métairie, les maisons du vigneron et du jardinier, et surtout des espaces voués à l'agriculture. En effet, Girardin espérait pouvoir apporter certains progrès à l'agriculture, prenant exemple sur le rôle de grands domaines qu'il avait visités en Angleterre.
L'accès au parc n'était pas soumis à l'autorisation de son propriétaire et il n'y avait pas de droit d'entrée à acquitter. Le marquis de Girardin souhaitait simplement qu'on lui fît communiquer son nom, afin que l'occasion de guider personnellement « un étranger célèbre, un artiste habile, un écrivain distingué ». Une promenade à travers le parc sur le parcours décrit prenait entre trois et quatre heures, mais une journée ne suffisait pas pour explorer tous les détails du parc.
Pour René de Girardin, le choix des fabriques était fonction « de la nature de chaque situation et de l'analogie avec les objets environnants ». Plus particulièrement, il recommande de tenir compte des cinq facteurs suivants :
Les fabriques n'ont donc rien d'aléatoire : leur type, leur style, leur position, etc. ont été soigneusement choisis. L'on constate également que les fabriques peuvent avoir une utilité réelle et ne se bornent pas toujours à leur simple rôle d'élément de décoration, loin de là. Il est donc inutile de départager les bâtiments du parc entre fabriques (temple, autel, dolmen...), équipements de loisirs (jeu d'arc, cabane de repos, banc...) et bâtiments utilitaires (glacière, pont, métairie...). Dans la catégorie des fabriques, entrent aussi bien les bâtiments que des éléments paysagers particuliers : grotte, île, cascade…
D'autre part, il convient de distinguer entre les fabriques construites selon les idées de Girardin et des rajouts ultérieurs, car ces derniers ne rentrent pas dans le concept du créateur du parc d'Ermenonville et entravent sa compréhension. En effet, le prince Constantin de Radziwiłł vit au présent et ne cherche pas à comprendre la signification des fabriques et leur raison d'être, procédant à quelques modifications à sa guise. Tandis que René de Girardin n'avait employé que des matériaux à l'état brut, Constantin de Radziwiłł emploie du béton armé et des balustrades sculptées, ce qui modifie sensiblement l'aspect du parc,. Les rajouts ultérieurs seront présentés dans une autre section du présent chapitre.
Reste à souligner que la fabrique principale du parc fut le château d'Ermenonville : il est visible depuis la plupart des endroits dégagés du Grand et du Petit Parc, divise visuellement ces deux secteurs du parc et entre dans la composition de plusieurs tableaux ou compositions paysagères.
Le nombre des fabriques subsistantes du temps de René de Girardin, hors le château, est de vingt-deux, dont trois hors de l'actuel parc Jean-Jacques Rousseau. Des dix-neuf fabriques restants, six n'étaient pas prévues comme telles : le pont de la Brasserie, le banc de la Reine (initialement un banc parmi tant d'autres), la glacière, la grotte aux ossements (vestige archéologique) et les tombe de l'Inconnu et de Meyer. Une septième fabrique a été reconstruite de façon différente : le banc des mères devenu table des mères. Ne restent donc que onze fabriques proprement dites au parc Jean-Jacques Rousseau, auxquelles s'ajoutent quelques vestiges des fabriques disparues, tels que la colonne provenant de la Brasserie, près de l'embarcadère.
De l'entrée au parc Jean-Jacques Rousseau, en s'orientant sur la rive ouest du grand étang conformément à l'itinéraire préconisé :
En s'orientant sur le chemin de retour conduisant autrefois vers le Désert :

Leur nombre est au minimum de vingt-sept, mais la liste suivante ne prétend pas d'être exhaustive : nous savons que certaines fabriques mineures ne furent pas mentionnées dans la littérature, et d'autres n'avaient pas de nom bien défini. Ce furent des arbres, des petites stèles ou des rochers portant des inscriptions. Selon les auteurs, des sentiers, des bocages et des simples bancs sont également comptés parmi les fabriques. - Dans les vingt-huit fabriques disparues, trois sont des arbres, et trois sont des sources ou fontaines antérieures à la création du parc. Restent donc vingt-deux fabriques qui étaient des édicules ou monuments ; l'on pourrait y ajouter d'autres maisons dans le périmètre du petit parc, habitées par des métayers du marquis de Girardin (maison du jardinier, maison de garde, ferme). Selon la définition, on peut résumer que vingt-deux des trente-quatre fabriques dans le sens propre du terme (construites par la main de l'homme dans le contexte de la création du parc et dans le but de l'orner) ont disparu ou ne subsistent que sous la forme de vestiges. Au début des Années 1920, le prince Léon Radziwiłł aurait eu le projet de rebâtir les fabriques disparues ; l'on ignore pourquoi il n'a pas mené à terme ce projet avant sa disparition en 1927.
Chemin de retour en direction du Désert:
Grand Parc :
Petit Parc :
Aménagements et bâtiments de l'ère des Radziwiłł disparues

« Le parc Jean-Jacques Rousseau, à Ermenonville, perpétue chichement le souvenir d'un grand jardin [...] auquel le temps et les événements auraient été fatals». Depuis qu'il en a fait l'acquisition en 1985, le Conseil général de l'Oise n'a toujours pas restauré l'ensemble du Grand Parc, et n'a commencé qu'à partir de 2010 d'entreprendre des grands travaux de sauvegarde des aménagements paysagers et des ouvrages hydrauliques. Les travaux ont porté sur la rénovation des accès et de l'accueil du public, sur la reconstruction de l'embarcadère et sur la plantation de la hêtraie attenante au Temple de la philosophie. La campagne 2010-2011 a été consacrée au dégagement et au curage des ouvrages hydrauliques, canaux et étangs et au renforcement des berges. Puis, les ponts les plus fragilisés ont été réparés au cours des années 2010. Le parcours autour de la « prairie arcadienne » a ainsi pu être rouvert au public.
Les moyens consacrés à l'entretien courant sont visiblement insuffisants. Les chemins éloignés de l'entrée sont abîmés, et le beursault tombe en ruines. L'élagage des arbres, nécessaire au maintien des perspectives de vues conçues par René de Girardin, n'est pas effectué assez régulièrement, et certaines fabriques disparaissent sous la végétation. Toute signalétique à l'intention des visiteurs est absente en dehors de la zone d'entrée. On peut en même temps saluer la prudence avec laquelle le Conseil départemental procède, veillant à préserver l'authenticité du parc et de son patrimoine paysager et architectural. Globalement ce patrimoine est relativement bien préservé, abstraction faite des fabriques disparues (en grande partie avant la fin du XVIIIe siècle déjà) et des ponts reconstruits au dernier quart du XIXe siècle en béton armé avec imitation de rondins de bois.
Le Désert se voit aujourd'hui privé de la plupart des surfaces dégagées, avec étendues sablonneuses, genêts, landes et bruyères, en raison de la décimation de la population de lapins dans les années 1950 à la suite de l'apparition de la myxomatose. Les pins et bouleaux ont rapidement envahi l'espace. Ainsi, le Désert ne ressemble plus que vaguement à ce qu'il avait encore été au début du XXe siècle, et le fort trafic sur la N 330 tracée sur les bords de l'étang du Désert enlève la tranquillité à ce lieu. Le Petit Parc subsiste dans ses grandes structures, avec notamment l'étang et les prairies tout autour, mais la voirie et les petits aménagements paysagers ont disparu. La zone la plus remarquable du Petit Parc de par ses richesses naturelles, marécages, bocages, prairies et ruisseaux, située au nord-ouest entre l'étang et le Désert, est perdue tout comme l'enclos des cultures.
L'ancien parc d'Ermenonville se trouve morcelé entre trois principaux propriétaires différents, et les conditions de visite sont également très différentes :
Cette situation en somme peu satisfaisante devait évoluer grâce à l'action du Parc naturel régional Oise-Pays de France, créé en 2004. En effet, selon la charte du parc, « la réhabilitation et la mise en valeur du site d'Ermenonville constituent l'un des objectifs majeurs du territoire en matière de politique patrimoniale et culturelle. Cette politique visait [entre autres] à reconstituer une vision cohérente du territoire, du nord au sud, c'est-à-dire de l'ancienne abbaye de Chaâlis au parc Jean-Jacques Rousseau par :
N'a été mis en place qu'une version allégée du projet d'itinéraire, le « sentier des écrivains », reliant l'abbaye de Chaâlis au parc Jean-Jacques Rousseau, mais en contournant le parc du château, par des voies publiques. L'accès à la portion du sentier située sur le domaine de l'Institut de France est conditionné à l'achat d'un billet d'entrée au domaine de Chaâlis. Le « sentier des écrivains » n'ouvre au public aucune partie du parc d'Ermenonville jusque là fermée.
Dans le cadre d'une convention avec l'ONF, le Parc voulait instaurer une « politique de gestion forestière permettant de conserver le caractère pittoresque et romantique de certains espaces », dont les landes, enrochements, étendues sableuses et points de vue qui étaient caractéristiques du Désert,.

René-Louis de Girardin a engagé Hubert Robert comme conseiller artistique lors de la conception de son parc, vers 1765. Hubert Robert est sans doute l'artiste le mieux connu encore aujourd'hui parmi tous ceux qui ont trouvé de l'inspiration dans le parc d'Ermenonville. D'abord dessinateur et artiste peintre, c'est apparemment sa contribution au parc d'Ermenonville qui fut à l'origine de sa réputation de paysagiste, lui permettant par la suite d'être engagé par Marie-Antoinette pour réaliser son Hameau de la Reine et de créer le parc de Méréville en collaboration avec d'autres artistes. Pour Ermenonville, Robert a dessiné plusieurs fabriques, dont notamment le temple de la Philosophie moderne, et plus tard le tombeau de Jean-Jacques Rosseau. Comme Robert a soumis plusieurs projets pour ce dernier au marquis de Girardin, l'un des tableaux ayant acquis une certaine notoriété montre un tombeau qui n'a jamais existé. Le peintre est encore revenu à Ermenonville même pendant les dernières années de sa vie, comme le montre une vue de la cascade et de l'île des Peupliers de 1802.
Le plus grand nombre d'impressions du parc d'Ermenonville du temps de sa splendeur nous viennent de Georges-Frédéric Meyer (* Paris 1740, † Ermenonville juin 1779), élève de Francesco Casanova et professeur de dessin des enfants de René de Girardin pendant les deux dernières années de sa vie. La plupart de ces œuvres sont des aquarelles ou des dessins. Il semble que Meyer s'installa à Ermenonville peu avant l'arrivée de Jean-Jacques Rousseau, ou pendant le séjour de ce dernier, car Rousseau a posé pour lui. On y voit le philosophe marchant dans la campagne, son chapeau sous le bras, tenant sa canne dans une main et un bouquet de fleurs dans l'autre. La gravure que Moreau le Jeune exécuta d'après cette peinture est devenue très populaire et fut maintes fois reproduite.
Le peintre paysager Auguste Gandat (* Paris 1758 - † juin 1794 dans la forêt d'Ermenonville) a laissé vingt-cinq tableaux d'Ermenonville, dont le plus célèbre montre l'Île des Peupliers. Tous ces tableaux furent gravées par François Godefroy en 1781. Gandat dispensa aussi des cours de dessin à Stanislas de Girardin. Après le décès de l'artiste, victime d'une apoplexie foudroyante, il fut un temps envisagé d'ériger un cippe funéraire en son honneur sur l'île des Boursaudes ; soit les événements de la Révolution compromirent ce projet, soit la présence du tombeau de Meyer sur cette même île fit y renoncer le marquis de Girardin. Stanislas fit exécuter 25 vues gravées du parc à Jacques Mérigot, publiées à Paris en 1788, sous le nom Promenade ou Itinéraire des jardins d'Ermenonville.